Akhénaton et le Monothéisme (II) : La Révolution Amarnienne
Cependant, depuis plusieurs décennies, une analyse de plus en plus serrée des textes et de la documentation archéologique a ébranlé les fondements mêmes de la lecture « proto-monothéiste » de la religion d'Akhénaton.
La Révolution Amarnienne et la Religion d'Akhénaton : Visions Nouvelles
Parmi les chercheurs qui ont été les artisans de ce renouvellement épistémologique, on citera surtout Jan Assmann, professeur à Heidelberg.
Ce qui est particulièrement neuf dans la perception qu'a Assmann de la « révolution » amarnienne, c'est de la situer dans le cadre d'une évolution majeure de la religion égyptienne, perceptible dès l'avènement de la XVIIIe dynastie soit au début du Nouvel Empire, au XVIe siècle av. J.-C. Cette évolution se caractérise par deux phénomènes saillants, une crise du polythéisme et la naissance d'une nouvelle théologie.
L'extraordinaire foisonnement des dieux semble tout à coup difficile à gérer pour les Égyptiens. L'hymnographie du Nouvel Empire manifeste nettement une tendance à l'épuration, à l'insistance sur l'Unité du divin plutôt que sur sa diversité. Cette tendance « antipolythéiste » exaltes, des hommes, des animaux.
Ce Soleil, Rê, lorsqu'il atteint le monde nocturne, est associé à Osiris, le dieu bon, mort et ressuscité, paradigme de toute résurrection et de toute immortalité.
Mais Rê est en outre assimilé par les pharaons de la XVIIIe dynastie au dieu protecteur de leur lignée et de leur cité de Thèbes : Amon, dont le clergé ne cesse d'étendre son influence sur la société, grâce aux prodigalités de la Couronne et aux richesses apportées par les conquêtes. Amon est aussi Amon-Rê, le dieu suprême, l'Un sans égal, le roi des dieux.
C'est dès lors dans la théologie d'Amon qu'émerge le plus nettement une nouvelle conception des rapports entre dieu et les hommes, qu'Assmann appelle la nouvelle « théologie de la volonté ».
Auparavant, la vision égyptienne du monde considérait celui-ci comme une machine harmonieusement réglée, selon la loi de Maât où le cosmos et la solidarité sociale se trouvaient dans un équilibre dynamique. Les dieux en étaient les puissances fonctionnelles et n'entretenaient avec les hommes que des rapports peu personnalisés.
Selon la nouvelle conception, Amon-Rê subjugue le panthéon et s'affirme en seul créateur initial de l'univers, dont dépendent à la fois les autres dieux et les hommes. Il intervient désormais dans la marche de l'histoire, il est, de manière toujours plus insistante, le souverain suprême de l'univers, dont la toute-puissance et la générosité sont symbolisées par le Soleil et sa course régulière dans le ciel ainsi que dans le monde invisible et nocturne de la Douat, l'au-delà, où il répand ses largesses sur les morts revivifiés. Des hymnes « solaires » célèbrent sur le ton d'un lyrisme inaccoutumé la beauté et la bonté du Créateur. Les prières de demande, les actions de grâce vont bientôt se multiplier, caractérisant la formation d'une piété dite « personnelle » ou « privée ».
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