Igor Brevnjovski : Chronique d'un homme en exil

Les Présocratiques (I) : Introduction

On fixe la date de Naissance de la philosophie au VIe siècle au pays ionien , dans les villes maritimes alors très riches et commerçantes (Milet) : c'est suivi par un déplacement de la philosophie dans l'Italie du Sud et la Sicile , après la soumission de l'Ionie aux Perses.

Presocratiques

Les présocratiques

Au temps de Périclès , après les guerres médiques et la fondation de l'empire thalassocratique athénien, et ce jusqu'à la guerre du Péloponnèse , Athènes devient la capitale intellectuelle de la Grèce comme celle du nouvel empire maritime. Dans ce développement , les Ioniens jouent le principal rôle

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L'Ecole Milésienne

À Milet, à partir du VIe siècle, va se développer la recherche de l'élément essentiel de constitution de toutes choses sous la variété de leurs aspects : Thalès , Anaximandre , Anaximène


Thalès

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Thalès conçoit la genèse du monde comme le résultat d'une « réaction » physique, car il pense que, après avoir été composées par un principe unique, les forces élémentaires de la nature, par « combinaison », mélanges mutuels et « transmutations », produisent les choses réelles.

Thalès observe donc la nature avec ce regard nouveau de physicien, et isole l’archè qui tient la place du commencement dans le processus de création du réel : pour lui, ce sera l'eau. De l'eau tout est issu et l'humide est la qualité commune à toutes natures ; l'eau est donc le principe de toute nature (l'eau serait ce qu'il y a au commencement, ce serait le début de la succession des états du monde)

Remarque : Thalès n'était pas le premier à souligner le rôle essentiel de l'eau comme principe ; avant lui les Babyloniens, les Égyptiens, Homère même, avaient accordé une importance à l'eau dans leur mythologie. Ainsi, selon Homère, les dieux prêtent serment par l'eau.

Pour bien comprendre Thalès il convient de ne pas concevoir son principe, l'eau, comme quelque chose de purement "aquatique". Thalès aurait en effet attribué une âme même à ce qui était inanimé (donc l'eau aurait eu une âme). Ce sont donc des choses animés !

« De tous les êtres le plus ancien c'est le dieu car il n'a pas été engendré ; le plus beau c'est le monde, car il est l'ouvrage du dieu ; le plus grand c'est l'espace, car il contient tout ; le plus rapide c'est l'esprit car il court partout ; le plus fort c'est la nécessité car elle vient à bout de tout ; le plus sage c'est le temps car il découvre tout » (Propos de Thalès, selon Diogène Laërce).

Source :
http://www.yrub.com/philo/thales.htm 


Anaximandre

Anaximandre l'élève et le successeur de Thalès, a élargi la spéculation menée sur l'archè, il a donné un instrument de pensée très important : le couple d'opposés (par exemple , celui de chaud et froid)

Avec Anaximandre nous avons l'émergence d'une conception du monde qui deviendra classique en Grèce par la suite, décrivant le monde comme un tout rassemblant en son sein des forces contraires qu'une loi d'harmonie tient en équilibre. C'est selon cette loi, qui génère un « mouvement éternel », que s'établit une justice mutuelle entre les choses créées. C'est le temps qui veille à l'accomplissement de cette justice et tel est l'ordre naturel qu'il impose.

Pour Anaximandre, le principe n'est plus tel ou tel élément particulier. Anaximandre « construit » le concept d'infini (a-peiron = le non-limité, l'in-fini) : l'Infini est le « principe » des principes, le contenant unique inengendré, mais surtout, indéterminé.

  1. C'est en lui que sont les éléments, qu'il enveloppe entièrement et qu'il gouverne selon la loi de la juste compensation.
  2. Ainsi, les choses sont créées à partir du jeu des antagonistes, ou plus précisément, dans le mouvement résultant de la séparation des contraires.

Les opposés ont un caractère destructeur, ils sont en quelque sorte "injuste" (adikia), mais le fait qu'ils continuent à être conjointement présent dans le monde doit s'expliquer ; c’est une diké (une justice) qui assure cette présence conjointe.

Source :
http://www.yrub.com/philo/anaximandre.htm 


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L'Ecole Pythagoricienne

L'école pythagoricienne était une secte philosophique, religieuse et scientifique, dont les disciples se conformaient à une philosophie de vie contraignante : le ponos. Pythagore est une des figures les plus mystérieuses de la Grèce antique. N'ayant jamais rien rédigé, son enseignement n'est connu que par les écrits de ses disciples et par la tradition orale.

Il semble que Pythagore ait introduit de nombreux rituels importés d'Égypte, et également l'idée de métempsychose :

  1. Pythagore pensait que l'âme humaine est « immortelle, qu'elle migre d'un être vivant à un autre, que selon certaines périodes, les êtres qui sont nés un jour naissent à nouveau, qu'il n'y a, à proprement parler, aucun être nouveau et qu'il faut croire que tout ce qui est animé appartient à la même souche. » (Porphyre de Tyr). C'est lui qui introduisit cette croyance en Grèce.
  2. « Ce sont encore les Égyptiens qui, les premiers, ont dit que l'âme humaine est immortelle et qu'au moment où le corps périt, elle vient se loger dans un autre être vivant qui naît alors ; que, lorsqu'elle a habité tour à tour toutes les espèces terrestres, aquatiques et aériennes, alors elle pénètre de nouveau dans le corps d'un homme à l'instant où il naît, après une migration de trois mille ans. » (Hérodote)

Les pythagoriciens croient également à la toute puissance du nombre qui régit l'univers : "Tout est nombre". Le nombre entier est la cause des qualités des divers éléments de l'univers. L'harmonie est divine, elle consiste en rapports numériques.

C'est de cette croyance que découlent les multiples recherches mathématiques réalisées par l'école de Pythagore.

Sources :
-
http://www.infoscience.fr/histoire/biograp...aph.php3?Ref=54
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Pythagore

Posté par Silverside le 17.05.07 à 16:52 - Commentaires (0) - Présentation

La Religion Grecque (I) : Apollon

Il peut être considéré comme l'incarnation même de l'esprit grec. En lui se résume tout ce qui distingue les conceptions des Grecs de celles des autres peuples, les barbares : le culte de la beauté sous toutes ses formes (beauté de l'art, beauté de la poésie, de la musique, de la jeunesse, des saines conceptions). Il représente avant tout l'amour des Grecs pour l'intelligible, le déterminé, l'harmonie, la mesure (comme le signalent certaines des devises du dieu, inscrites sur le temple de Delphes : Connais toi toi-même - Rien de trop - Domine-toi - Hais l'insolence - Reste dans les limites).

Source : Histoire Grecque Antique


A. Les origines du dieu

Apollon est le fils de Zeus et de Latone (Lètô). Sa sœur jumelle est Artémis. Il est né à Délos, au sommet du Cynthe où Latone, poursuivie par la colère de Héra se serait réfugiée. D'après une tradition autre, Latone serait venue à Délos sous la forme d'une louve et des loups, après la naissance d'Apollon et Artémis, l'auraient conduite en Lycie (littéralement, le pays des loups), auprès du fleuve Xanthos (c'est-à-dire le blond, comme Apollon).

Apollon

Apollon ne doit pas être un Hellène pur. On n'a pas trouvé à son nom d'étymologie convenable. On a songé à apellai, les bergeries, appellazô, réunir (au sens politique). Les Grecs eux-mêmes considéraient Apollon comme une acquisition récente.

Origine crétoise :

Délos a toujours eu, surtout dans les siècles primitifs, de très nombreux rapports avec la Crète et les marins crétois avaient un point d'attache au port de Délos, Krisa. Une thèse veut que ce soient des marins crétois qui aient introduit à Krisa, puis à Delphes, le culte d'Apollon. Leur bateau fut guidé par un animal, le dauphin, en grec delphis ; Apollon est dit delphinios. Delphes a-t-il donné delphinios ou delphinios Delphes ? Cette histoire est peut-être un aition. Aujourd'hui, cette hypothèse crétoise n'est pas retenue.

Origine asiatique :

Elle s'appuie sur l'épithète d'Apollon lukeios, le Lycien - Lykeios veut aussi dire loup. Rappelons-nous la forme prise par Latone, le fait que ce soient des loups qui aient emmené Lèto en Lycie. On immolait des loups à Apollon, dieu des troupeaux et des bergers. Dans l'Iliade, Apollon est du côté des Troyens, qui sont asiatiques, et un chef de l'armée troyenne, Pandaros, Lycien lui- même, invoque Apollon.

Le dieu est dit aussi lètoïdès, fils de Lèto, et Hérodote nous dit que les Lyciens prenaient le nom de leur mère. Certains assimilent Lèto à une déesse lycienne, Lada. Lors de la guerre de Troie, les Grecs aussi invoquent Apollon comme ils invoquent chaque divinité redoutable, même défavorable.

Il est certain qu'Apollon et Artémis sont adorés à l'époque classique ensemble, comme divinités parentes, à la mode asiatique. C'est en Asie que se trouve le plus grand temple d'Apollon, Didymes. On a trouvé des inscriptions hittites à un Apollonas, divinité des portes (pulai), or Apollon était un dieu du seuil.

Origine nordique :

Apollon est un ouranien. C'est le dieu des troupeaux, des pasteurs nomades venus du Nord. Le cygne est aussi un attribut d'Apollon. C'est un oiseau septentrional. Autre symbole d'Apollon, l'ambre.

Cette hypothèse s'appuie sur la tradition qui rattache Apollon aux Hyperboréens et le fait venir d'un endroit quelconque du Nord, où il avait été trouvé. Un poème d'Alcée nous dit que Zeus avait désigné Apollon pour aller à Delphes et pour être le législateur des Hellènes. Pour ce voyage, Zeus lui donna comme moyen de locomotion des cygnes, et Apollon se rendit chez les Hyperboréens au lieu d'aller à Delphes, où il finit cependant par se rendre pour rassembler les populations.


B. Apollon et Dionysos

Il est manifeste qu'un grand dieu panhellène de cette importance et de cette universalité a absorbé en lui-même des divinités ou des éléments de divinités d'origines très variées. La synthèse finale dépasse très largement cette somme d'acquisitions diverses. Elle nous apparaît pleine de grandeur et de vie.

ApollonDionysos

Dieu de la forme, dieu de l'harmonie, dieu de la mesure, Apollon s'oppose catégoriquement à Dionysos. Les deux divinités semblent deux pôles de l'esprit grec. Cependant certains, à la fin du XIXe siècle prétendirent qu'ils n'étaient pas si opposés que cela.

  1. La Pythie, l'extase, ont une origine dionysiaque. Pourtant, pas de suite orgiastique chez Apollon. Dionysos est un dieu avec lequel les fidèles s'identifient pendant l'extase. Apollon n'exige de ses fidèles aucune initiation et son culte n'est pas un culte de mystères. Il semble qu'il n'y ait pas eu interpénétration. Cependant, un problème ce pose : cette question de l'extasis.

  2. L'extasis pouvait permettre une comparaison entre Apollon et Dionysos. Mais l'extasis est dès le départ inhérente au culte d'Apollon et n'a jamais été empruntée aux rites de Dionysos. Pas d'élément orgiastique autour d'Apollon. Dans le culte d'Apollon, pas d'union avec le dieu, pas d'initiation. Il n'y a pas là de point commun et les deux restent opposés.

  3. Il n'en est pas moins vrai que l'extase a permis une réconciliation entre Apollon et Dionysos, réconciliation d'ennemis au départ farouches. Elle a bien eu lieu et ceci est extrêmement important pour toute la civilisation grecque. Elle s'est manifestée par l'adoption de Dionysos dans le panthéon hellène, par la création de l'gendes, d'aitia. Dans son adoption, Dionysos a eu un parrain, un garant, Apollon.

C'est ce qui explique qu'à la fin du Ve siècle, Apollon et Dionysos finissent par s'interpénétrer. Déjà Eschyle, parlant d'Apollon, disait " le dieu couronné de lierre ". Or le lierre est un des attributs essentiels de Dionysos. Euripide dit " le seigneur Bacchos, amant du laurier, Apollon à la lyre mélodieuse… ". Une véritable fusion. Dionysos, au IVe siècle, est adoré à Delphes.

Cette fusion est la réconciliation des deux pôles de l'esprit grec. Le pôle d'Apollon est celui de la rigueur, de la pureté des lignes et des formes, de la logique et de l'harmonie. Le pôle dionysiaque est celui de la joie délirante, de l'exubérance et du mysticisme.


C. Les fonctions d'Apollon


Fonctions législatives :

Apollon est un dieu législateur et interprète des lois. Jusqu'au Ve et au IVe siècles, il était absolument logique pour les législateurs grecs de fonder leur œuvre sur les décrets divins. Pour sonder les volontés des dieux, les Grecs consultaient les oracles, et surtout celui d'Apollon à Delphes. C'est ainsi que beaucoup d'états passaient pour avoir reçu leur constitution d'Apollon (Sparte, dont la constitution aurait été donnée par Delphes à Lycurgue ; les lois de Dracon d'Athènes, sur le meurtre et l'homicide, inspirées par des idées delphiques, - Aristote affirmant que Clisthène donna aux dix tribus d'Athènes le nom des héros que la Pythie avait choisis).

En plus de l'oracle, il avait des ministres connus sons le nom d'exègètai, qui expliquent et qui conseillent. Apollon conduisait, conseillait les états et les simples citoyens : les theopropoi - prophètes - à Sparte parlaient au nom du dieu ; les exègètai, à Athènes. Ils réglementaient une quantité de questions religieuses (tout ce qui concerne les temples, la liturgie, les sacrifices), indiquaient les purifications nécessaires aux meurtriers ou à ceux qui avaient été mêlés à un meurtre. En temps habituel, ils s'occupaient aussi des affaires courantes, et participaient à l'interprétation de la loi.

Apollon, par ces exègètai est donc le grand patron du droit, des statuts religieux ; il est l'interprète suprême de la loi.


L'homicide et le meurtre :

La nécessité d'une purification, même en cas de légitime défense, s'est toujours imposée aux Grecs, et c'est Apollon qui est le purificateur. Ce point est très important : il explique qu'Apollon soit l'un des rares dieux dont le regard se tourne vers la terre, un dieu qui intervient dans la vie même des hommes.


La pureté et le beau :

Apollon est le dieu de la pureté et du beau ; il est phoïbos, le purificateur.

Apollon est le dieu de l'intelligence utile, de l'intelligence qui soulage. C'est un dieu de la médecine. Il fait naître les maladies, mais il a aussi le pouvoir de guérir, c'est-à-dire de purifier le corps. A la fin de la peste d'Athènes, au début de la guerre du Péloponnèse, les Athéniens consacrent sa statue sous l'épithète d'épicourios, secourable.

La pureté morale et la pureté physique, c'est-à-dire l'harmonie - un corps souffrant est sans harmonie - c'est aussi l'art. Apollon est le dieu de la beauté, de l'harmonie, des formes plastiques musicales, il est le dieu de la musique et de la poésie. Il préside le chœur des muses : il est Apollon mousagètos.


La terre et les champs :

Apollon est aussi un dieu terrien et agraire. Son attribut est l'arc, arme d'un dieu chasseur, du dieu d'une tribu qui vit de la chasse. Plus tard, on le retrouve dieu des bois et des grottes. C'est à cet aspect que se rapporte la légende d'un Apollon dieu-loup. On voit par là le passage d'un genre de vie de chasseur à un genre de vie pastoral. Apollon protège les troupeaux et les bergers. Il est adoré avec Pan et les nymphes. Il passe même pour celui qui donne le lait aux brebis : Apollon galazios.

Dieu des troupeaux, de la musique et de la médecine : les trois choses sont étroitement liées. La houlette et la lyre vont toujours de pair. Le berger est aussi guérisseur et musicien. Dieu des arbres, dieu des fleuves, Apollon devient aussi un dieu franchement agricole, un dieu de la culture, avec la sédentarisation des peuples qui adorent Apollon. C'est lui qui fait germer et fructifier les moissons. A Delphes, à Délos, il reçoit les prémices des récoltes.

Plusieurs cités lui offrent des épis d'or. Cette récolte, tandis qu'elle mûrit, est menacée d'ennemis, rouille, mulots, sauterelles. Tous ces maux sont conjurés par le purificateur supérieur. Apollon reçoit alors les qualificatifs d'épisubios, celui qui conjure les rouilles, de sminthios, celui qui conjure le rat des champs. Avant la moisson, on célèbre des fêtes en son honneur. A Delphes, il est alors Apollon sitalchos, celui qui s'occupe de la nourriture.


La mer et les voyageurs :

Il est aussi le dieu des marins qui lui adressent des prières à l'embarquement et au débarquement. Apollon est protecteur des navigateurs, garant des traversées heureuses et protecteur des naufragés, le dieu des escales et des îles. Le dauphin lui est consacré. Apollon, protecteur des voyages est aussi celui des établissements grecs au-delà des mers. C'est lui qui sert de guide à quiconque se met en route et l'on place sa statue au seuil de la demeure, en signe de bon accueil. Il est devenu par là un dieu constructeur de villes. Une vieille légende l'associe à Poséidon.


D. Le culte d'Apollon

Le culte d'Apollon ne comporte que des cérémonies publiques. Nous ne trouvons aucune trace de mystères, de rites secrets, d'initiation. Peu ou pas d'éléments chthoniens.

Un grand nombre de sanctuaires d'Apollon sont tout simplement des grottes. Il y en a de nombreuses dans toute la Grèce, notamment en Attique. Par la suite, on a construit au dieu des temples, ou même des sanctuaires. Le temple est un édifice qui contient la statue du dieu ; le sanctuaire est un espace consacré, qui peut être un simple enclos ou un ensemble de bâtiments consacrés aux dieux : un temple, un théâtre, un stade, des bâtiments pour loger les prêtres...

Delphes

Parmi ces grands sanctuaires, beaucoup comportent un oracle. En Béotie, Thèbes, Tégyre, Ptoion ; en Asie mineure, Claros, Didymes (attribué à une migration delphique), sans oublier Delphes et Délos.

Posté par Silverside le 18.02.08 à 22:24 - Commentaires (0) - La Religion Grecque

Le Sanctuaire de Delphes

Le sanctuaire de Delphes a été créé par une confédération de douze peuples grecs, en majorité doriens. Le sanctuaire, qui fut d'abord celui d'une confédération, est devenu petit à petit un sanctuaire fréquenté par tous les hellènes.

Source : Histoire Grecque Antique


A. Le site de Delphes

« Le site de Delphes est un des plus beaux de la Grèce. Il a le mystère, la grandeur et l'effroi du divin » disait un archéologue. C'est bien l'avis de Flaubert : « C'est un paysage à terreur religieuse : vallée étroite entre deux montagnes presque à pic, le fond plein d'oliviers noirs, les montagnes rouges et vertes, le tout garni de précipices, avec la mer au fond et un horizon de montagnes couvertes de neige. Kranaki : tant de hauteurs où grondent les eaux souterraines, tant d'aigles et de présages, tant de précipices, non, ce lieu ne saurait être une simple demeure de l'homme. »

Delphes

Delphes

La ville est située au nord du golfe de Corinthe, au pied du Parnasse, et elle domine la vallée du Pleistos. On peut accéder à Delphes par la terre, mais l'accès par la mer et plus extraordinaire. On aborde au petit port d'Itéa, ancien port lochnéen de Chaleion, non loin de l'ancien port sacré de Kirra. A partir d'Itéa, la pente est extrêmement rapide. Le sanctuaire aussi est en pente, en pente brutale, limitée à l'horizon nord par des roches rouges qui le soir deviennent violettes, les Phédriades (les replendissantes). Dans une anfractuosité de ces Phédriades jaillit la fontaine Castalie, du nom de la jeune fille qui s'y jeta pour fuir un Apollon par trop entreprenant. Au sud, profondément encaissé, le Pleistos serpente dans une mer d'oliviers noirs. Non loin de là, se trouve le sanctuaire d'Athéna Pronaia.


B. L'oracle de Delphes

C'est le plus important de tous les oracles grecs. Apollon arrive au pied du Parnasse, résout d'y bâtir un temple : « Voici où je pense bâtir un temple superbe qui sera pour les hommes un oracle, et eux m'amèneront toujours ici de complètes hécatombes, aussi bien ceux qui habitent le Péloponnèse que ceux qui habitent l'Europe et les îles entourées par les eaux. Et moi, je leur réserverai toujours un conseil sûr, le dictant dans mon temple opulent. » (Hymne homérique).

En fait, le sanctuaire symbolise l'antagonisme de la religion chtonienne préhellénique et la religion ouranienne des Achéens.

  1. Les divinités chtoniennes ont d'abord été Gaia, terre mère qui possédait déjà des propriétés divinatoires, avec le serpent Python. Euripide : "La Terre suscitait des visions nocturnes, des songes qui disaient le passé, le présent et l'avenir à de nombreux mortels dans leur sommeil obscur".

  2. Apollon, dieu des Achéens vainqueurs, recueille, après sa victoire sur le python, la succession de Gaia, et prophétise d'une autre façon : « La divination apollinienne affranchit les hommes de la mantique ténébreuse. » (Euripide). Apollon dévoile l'avenir par l'intermédiaire de la Pythie, choisie parmi les jeunes filles de Delphes belles et pures. Belles ! Si bien qu'une des pythies fut enlevée. On choisit désormais les prêtresses parmi les femmes ayant dépassé la cinquantaine, précaution sage.

La place de Pythie n'était pas de tout repos : le métier était épuisant. Avec la tension nerveuse, la Pythie s'usait vite. On les fit se relayer : deux en service et une en réserve. La Pythie était assise dans l'adyton du temple, salle souterraine chtonienne, sur le trépied sacré.

La Pythie était placée au-dessus d'une crevasse d'où se dégageaient des vapeurs sous l'influence desquelles elle tombait en extase et proférait des paroles plus ou moins incohérentes. Ces vapeurs ont-elles existé ? Quelles étaient-elles ? Point d'interrogation. Certains auteurs ne parlent ni de vapeurs ni de crevasses.


C. Le rôle politique de l'oracle

Un rôle indiscutablement très important. Il ne s'est jamais exercé dans un sens totalement hellénique. Il a surtout été un facteur de division.

  1. L'influence politique de l'oracle de Delphes commence vraiment avec l'invasion dorienne. Les Doriens ont eu des liens étroits avec Delphes. Ils ont assuré à cet oracle un revenu temporel important en déclarant serfs d'Apollon les anciens habitants du pays. L'oracle lança alors les Doriens à la conquête du Péloponnèse. Lycurgue a rapporté de Delphes les prémices de sa mission, la constitution spartiate et est retourné y mourir. Delphes intervient alors en faveur de Sparte pendant les guerres de Messénie, dans la rivalité avec Athènes. Il y a un certain refroidissement dans l'idylle au moment où les Spartiates se font admettre dans la confédération olympique.

  2. L'oracle cherche d'autres appuis. Il va les chercher notamment à Athènes. Delphes représente en Grèce l'esprit aristocratique et conservateur opposé aussi bien aux tyrans qu'aux démocrates. L'oracle est donc hostile à Pisistrate, d'autant plus que les Alcméroïdes, famille de Périclès, opposés aux Pisistratides, essaient d'obtenir la faveur de Delphes. L'oracle répète qu'il faut chasser les Pisistratides.

  3. Pendant les guerres médiques, l'oracle n'intervient guère : la cause grecque est perdue... bôf ! et le bruit se répandit que Delphes "mèdisait", c'est-à-dire soutenait les Mèdes. "Abritez-vous derrière un rempart de bois". Thémistocle construit une flotte qui vaincra à Salamine. La paix revenue, Athènes se détourne de Delphes et c'est Délos qui reçoit le culte des Athéniens. Dans le conflit entre Sparte et Athènes, entre Delphes et Délos, c'est Delphes qui l'emporte.

  4. Au IVe siècle, Delphes se range à Thèbes dans la lutte pour l'hégémonie, et plus tard, la Pythie philippise : "La Grèce, dit-elle, ne saura pas résister". Elle jette la zizanie dans le camp grec. C'est grâce à l'ombre qui est à Delphes que Philippe impose à la Grèce son autorité, grâce aux deux dernières guerres sacrées.

Delphes intervient pour l'oligarchie contre la démocratie, pour les Doriens contre les autres cités, pour les plus forts dans les querelles internationales.


D. Le sanctuaire d'Athéna Pronaia

Il est situé à un petit kilomètre du sanctuaire d'Apollon, un petit sanctuaire assez pénible. Des restes d'offrandes ont été mises à jour récemment et révèlent la présence d'un très ancien sanctuaire, vraisemblablement mycénien : Athéna fut une déesse mycénienne.


Delphes

La Tholos

A la fin du Ve siècle, ce vieux sanctuaire fut rénové et l'on y construisit, en particulier deux monuments. Le deuxième édifice était un temple d'Athéna dont il ne reste plus rien, un petit édifice dorique.

Posté par Silverside le 21.02.08 à 23:16 - Commentaires (0) - La Religion Grecque

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