Présidentielles 2007 : Vortex
Les amateurs de science-fiction connaissent le sens du mot "vortex". J'ai trouvé cette image, assez parlante :

Trou de ver (Vortex)
En faisant quelques recherches, j'ai notamment trouvé cette petite phrase : « Une porte des étoiles est un dispositif destiné à manipuler l'espace-temps, principalement dans le but de créer un trou de ver (aussi appelé vortex) pour voyager rapidement entre deux points de l'espace-temps. »
Donc, un vortex est ce passage permettant de passer très rapidement d'un univers à un autre !
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En ce jour de premier tour de l'élection présidentielle, j'avais envie d'employer cette symbolique pour mieux représenter les mouvement d'électeurs, d'un candidat (ou d'un camp) à un autre. Et j'en ai extrait quatre principaux, afin d'illustrer à quel point il semble particulièrement difficile de pronostiquer un résultat.
Vortex 1 : "Extrême Gauche <-> Royal (PS)"
C'est celui qu'empruntent, au gré de leurs humeurs ou de leurs aspirations, les électeurs de la gauche traditionnelle. En gros, la question que l'on se pose est la suivante : pourra-t-on parler de "vote utile", c'est-à-dire d'une volonté des électeurs de la gauche de la gauche de voter pour la candidate du parti socialiste, par peur de voir éliminée la gauche dès le premier tour, comme en 2002.
Vortex 2 : "Royal (PS) <-> Bayrou (UDF)"
C'est celui que serait tenté de prendre un électorat traditionnellement socialiste (ou social démocrate), pour des raisons diverses que je n'aborderai pas en ce jour d'élection.
Vortex 3 : " Bayrou (UDF) <-> Sarkozy (UMP)"
Autre incertitude, le vote des électeurs traditionnellement de droite. Quel sera l'effet Bayrou sur une partie de l'électorat de l'UMP, plus conservateur que libéral ?
Vortex 4 : " Sarkozy (UDF) <-> Le Pen (FN)"
Depuis de nombreux mois, les instituts de sondage annoncent qu'une bonne part des électeurs du front national a été séduite par le candidat de l'UMP : à proportion d'un quart ou d'un tiers. Qu'en sera-t-il véritablement ?
Et l'élection d'aujourd'hui nous révélera-t-elle de nouveaux transferts d'électeurs :
- Un chemin qui conduirait une partie de la jeunesse traditionnellement de gauche (la plus à gauche) vers le candidat du centre, comme l'appelle de ses voeux le candidat centriste ?
- Un chemin qui conduirait une partie de l'extrême gauche vers le candidat du front national, comme voulait le croire un sociologue ?
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La participation risque en tout cas d'être très forte, si j'en juge par le nombre d'électeurs ayant déjà glissé leur bulletin dans l'urne de mon bureau de vôte. Les scénarios ne manquent pas : j'en cite trois !
Scénario 1 : Royal vs Sarkozy (second tour)
Extrême Gauche -> Royal +
Royal (PS) <-> Bayrou (UDF) +
Bayrou (UDF) <-> Sarkozy (UMP) +
Sarkozy (UDF) <- Le Pen (FN)
Scénario 2 : Sarkozy vs Bayrou (second tour)
Extrême Gauche <- Royal +
Royal (PS) -> Bayrou (UDF) +
Bayrou (UDF) <- Sarkozy (UMP) +
Sarkozy (UDF) <- Le Pen (FN)
Scénario 3 : Royal vs Bayrou (second tour)
Extrême Gauche -> Royal +
Royal (PS) -> Bayrou (UDF) +
Bayrou (UDF) <- Sarkozy (UMP) +
Sarkozy (UDF) -> Le Pen (FN)
Tout pourrait se jouer dans un mouchoir de poche, entre les trois candidats favoris des sondages, surtout si le vote FN est plus élevé qu'on l'imagine, et si les jeunes et les nouveaux inscrits se mobilisent massivement.
En tout cas, dans un peu moins de huit heures (voire de six heures), on aura une première idée. Mais la nuit électorale pourrait être plus longue que prévue (et interminable pour certains).
Présidentielles 2007 : Sociologie de l'électorat
J'ai parcouru l'enquête réalisée par l'institut Ipsos, institut dont la qualité des sondages n'est plus à démontrer désormais, dans la mesure où les intentions de votes qu'ils ont proposées tout au long de cette campagne se sont révélées très proches des résultats définitifs du premier tour.
Je livre un certain nombre de tableaux et de commentaires : commentaires certes discutables, dans la mesure où ils ne sont la conséquence d'une seule analyse, d'un seul regard. Il aurait été intéressant de disposer de la même enquête réalisée en 2002, afin de noter l'évolution, qui est peut-être plus intéressante que les données brutes. Un autre regrêt (mais nous sommes en France) : celui de ne pouvoir être renseigné sur le vôte "communautaire", comme c'est le cas aux Etats-Unis, où l'on sait pour qui votent les afro-américains, les latinos, les catholiques, les juifs, les musulmans et ainsi de suite.
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Tableau 1 : La sociologie de l'électorat

Pas de surprises (à mon avis) pour les catégories socio-professionnelles qui votent traditionnellement à droite : les artisans, les commerçants, les travailleurs indépendants et les agriculteurs. Le parti centriste les a plutôt séduits également, et le vote front national de ces secteurs reste assez fort. A noter, deux choses :
Le nombre de retraités ayant voté pour N. Sarkozy (39%) : le chiffre de 10% du front national semble indiquer qu'un fort transfert de voix a dû s'effectuer parmi ces électeurs.
Le nombre d'employés ayant voté pour N. Sarkozy (27%) est également très élevé (en tête), catégorie que l'on imaginerait plus volontiers à gauche : peut-être pour les mêmes raisons, ou bien parce qu'ils estiment le candidat de l'UMP plus en mesure d'accroître leur pouvoir d'achat.
Pas de surprise non plus lorsqu'on regarde le vote des salariés du public et ceux du privé : dans le public, on a voté majoritairement pour Ségolène Royal. L'électorat de base du parti socialiste semble composé d'étudiants, de cadres supérieurs (Professions libérales et Professions intermédiaires). François Bayrou semble avoir fait une percée chez les étudiants (traditionnellement de gauche) et Ségolène Royal semble avoir su séduire, par son discours, les chômeurs.
Les ouvriers continuent de voter majoritairement pour le front national, même si je suppose que le candidat de l'UMP a dû reprendre un certain nombre d'électeurs dans la mesure où son pourcentage est assez proche de celui la candidate du PS. A noter le score des partis que l'on pourrait considérer comme "ouvrier" : LCR (8), LO (4), PT (1) et PC (1) !! Triste de voir que les "travailleurs" ne votent pas pour ceux qui sont censés les représenter.
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Tableau 2 : Le Vote des jeunes

Juste quelques observations : François Bayrou semble avoir séduit les jeunes, dans la mesure où il est au-dessus de son score national de 18,5%. Chez les 35-59, le vote est équilibré : les deux candidats présents au second tour, recueillent à peu près le même nombre d'électeurs.
Un des enseignements de ce vote, à mon avis, c'est le vôte des plus de 60 ans, très favorable à Nicolas Sarkozy. Le pourcentage d'électeur frontiste est très faible : j'ignore ce qu'il en était lors des précédents scrutins. Peut-être est-ce dans ces catégories que le mouvement de transfert des électeurs s'est principalement effectué : et que les thématiques de l'identité nationale et de la sécurité ont le plus fait mouche.
A noter également, les 10% des 18-24 ans qui ont vôté pour O. Besancenot : les primo-votants ont également été nombreux à déposer un bulletin de la LCR dans l'urne (11%)
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Tableau 3 : L'Origine politique des électeurs

Un tableau que je trouve intéressant, celui du vote des électeurs de 2002. On y découvre des choses surprenantes, que j'analyse mal, même s'il faut tenir compte du faible nombre d'électeur de certains de ces candidats.
De "nombreux" électeurs de Lutte Ouvrière se sont déplacés vers la droite : 13% vers l'UDF et, plus surprenant, 10% vers l'UMP. Ce que cela révèle sur l'électorat de Lutte Ouvrière, je l'ignore.
Un fort vote utile chez les électeurs de O. Besancenot, compensé par l'arrivée de jeunes nouveaux électeurs : sera-t-il en mesure de les conserver dans les prochaines années, ou bien y a-t-il un âge au delà duquel "on" ne vote plus pour Besancenot ? On remarque également un certain vote utile au PC.
Une certain transfert d'électeurs du PS vers les partis "plus à droite" : 17% UDF et 8% UMP. On pourrait dire la même chose pour l'UDF (vers la droite) et pour l'UMP (vers le centre).
Une chose étonnante est le pourcentage d'électeurs de J.P. Chevènement, l'européo-sceptique, ayant choisi le candidat du centre, le plus européiste des trois : 38%, soit plus du tiers, et plus que pour la candidate du parti socialiste. Ou bien, le thème de la citoyenneté et de la défense des valeurs républicaines d'égalité, de fraternité, repris avec une certaine sincérité par le candidat de l'UDF, séduisent-ils les électeurs chevènementistes.
On ne peut que constater la volatilité de l'électorat Verts d'une élection à une autre : 46% PS (Vote Utile), 21% UDF (vote européen), 9% Bové (vote contestataire), 8% UMP, et seulement 17% pour D.Voynet. D'après l'enquête, le thème de l'environnement a été le thème qui a le plus compté pour 83% des électeurs de verts cette année (88% pour les électeurs de J. Bové).
Le vote frontiste pour terminer : deux tiers des électeurs du front national ont revoté pour ce parti, et près d'un cinquième a voté pour le candidat UMP. On note une faible évasion vers l'UDF et le MPF de Philippe de Villiers.
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Tableau 4 : Les trois thèmes ayant le plus compté au moment du choix

Pas de commentaire : je trouve juste cela intéressant !
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Pour terminer, deux questions et leurs réponses : elles portent sur les raisons de l'adhésion à tel ou tel candidat.
Question 1 : Quelles sont, parmi les suivantes, les deux principales raisons pour lesquelles vous avez, ou vous allez voter aujourd'hui pour ce candidat ?

On peut alors chercher à faire émerger des questions, et imaginer des réponses : des questions positives ou négatives.
L'électeur qui s'est posé en premier lieu la question : "Quel candidat a vraiment le profil de l'emploi ?" aura choisi N. Sarkozy.
L'électeur qui se sera posé la question : "En qui puis-je avoir confiance ?" aura choisi F. Bayrou
Inversement, un électeur qui se sera demandé : "Qui répond à mes préoccupations ?" n'aura peut-être pas voté pour François Bayrou (je pense à des propos de personnes ayant assisté à un meeting du candidat centriste)
Concernant Ségolène Royal, on constate qu'un faible nombre de ses électeurs se sera posé la question de sa stature de présidente ou la question de la confiance. La question 2 apporte une explication.
Question 2 : Et plus précisément, parmi les suivantes, quelle est la principale raison pour laquelle vous avez, ou vous allez voter aujourd'hui pour ce candidat ?

Ségolène Royal est la candidate du Parti Socialiste : ses électeurs peuvent lui trouver une stature d'homme (de femme) d'état, et l'apprécier pour ses qualités personnelles, mais avant toute chose, elle reste la candidate d'un appareil politique aux yeux de ses électeurs.
Note : on peut consulter l'enquête sur le site d'Ipsos !
Présidentielles 2007 : Géographie électorale
J'ai trouvé, sur un article du journal "La Croix", de très belles cartes pour illustrer cette idée de clivage est/ouest. Selon moi, il n'est qu'un instantané.

Le candidat en tête par département
En effet, il faudrait que ce clivage s'inscrive dans la durée pour qu'il ait une signification : en 2002, le parti socialiste (et la responsabilité en incombait à son candidat) était historiquement bas (on pourrait dire la même chose de l'UMP), tandis qu'en 2007 l'UMP (et la popularité de son candidat est là aussi la cause) est historiquement haut.
Il faudra suivre l'évolution du vote front national à l'avenir, de même que celle du vote centriste, deux causes susceptibles de colorer de rose voire d'orange cette carte.
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Quatre cartes qui donnent des informations sur le vote pour les quatre principaux candidats.

Le vote Nicolas Sarkozy
Le vote pour le candidat de l'UMP est forcément élevé aux endroits où le vote front national était très élevé, alors que, par exemple, dans le sud-ouest, il demeure assez faible, car le vote front national en 2002 y était assez faible : comme dans le même temps, le vote de François Bayrou y a été assez fort, et que le vote utile à gauche a été efficace...

Le vote Ségolène Royal
Maintenant, pour quelles raisons le score de la candidate du parti socialiste est-il si élevé - plus de 30% - dans de nombreux département du sud-ouest, du centre et de la Bretagne ?
Je cite : « Le vote en faveur de Ségolène Royal correspond, tout d'abord, aux bastions traditionnels de la gauche de gouvernement : la Nièvre de François Mitterrand, le Sud-Ouest (Ariège, Haute-Garonne, Landes, Gers, Hautes-Pyrénées, Aude). Ensuite, aux terres de l'Ouest conquises sur la démocratie chrétienne (Côtes-d'Armor, Finistère), auxquelles s'ajoutent les Deux-Sèvres de Ségolène Royal, la Haute-Vienne, la Charente, la Dordogne, la Corrèze de François Hollande » (La Croix).
Un peu d'histoire donc, et la conséquence du rayonnement de certains "hommes" : Marseille a longtemps été un bastion de la gauche (Defferre maire de Marseille de 1953 à 1986), et je ne parle pas des bastions communistes en PACA.
Un autre argument : « La candidate PS obtient souvent plus de 30 % des suffrages dans les villes et moins de 20 % en zones très rurales. Toutefois, le rosissement se renforce dans les « deuxièmes couronnes » où s'implantent les jeunes couples qui s'éloignent de villes-centres à l'immobilier trop cher. C'est le cas dans le Calvados, l'Ille-et-Vilaine et la Loire-Atlantique, par exemple. » (Ouest-France)

Le vote François Bayrou
Je cite : « La géographie électorale de François Bayrou est très proche de celle de Jean Lecanuet en 1965, avec une forte implantation dans les régions de tradition catholique : l'Ouest intérieur (Ille-et-Vilaine, Mayenne, Maine-et-Loire, Finistère, Morbihan), l'Alsace, la Haute-Savoie, le Rhône, la Haute-Loire et les Pyrénées-Atlantiques. Le candidat centriste récolte également de très bons scores à Mayotte et à Saint-Pierre-et-Miquelon. Il obtient en revanche ses plus mauvais résultats dans les autres collectivités territoriales doutre-mer et, toujours comme Jean Lecanuet en 1965, dans le Nord, le pourtour méditerranéen, la Corse, la Creuse et la Nièvre » (La Croix).
Si dans les départements à forte tradition catholique, on a davantage voté pour Bayrou qu'ailleurs, inévitablement, le score de Nicolas Sarkozy a été plus faible, si bien que celui de Ségolène Royal lui a été supérieur. Par exemple, si je prends le Finistère, en rose sur la carte de la France, j'y vois un PS à 29,19%. L'UMP est quant à lui à 27,27% : soit très proche. La progression de Nicolas Sarkozy est peut-être freinée par celle de François Bayrou qui fait 22,74% dans un terre très catholique.

Le vote Jean-Marie Le Pen
Pas de commentaire : son score reste élevé dans le nord et le sud-est.
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Annexe : J'ai jeté un oeil à l'étude réalisée par la sofrès, comparable à celle d'Ipsos.
Et j'ai relevé cette question : Dans les mois et les années qui viennent, souhaitez-vous que la société française soit une société avec plus de libertés individuelles ou une société avec plus d'ordre et d'autorité ?

C'était ce que je voulais dire lorsque je disais que le discours sur "l'ordre juste" de Ségolène Royal, qui va à contre-courant des aspirations des électeurs socialistes qui aspirent à davantage de libertés individuelles que d'ordre et d'autorité, était une anticipation de ce duel droite-gauche, avec en vue le report de voix au second tour des électeurs du front national du nord.
Certes, c'est sûrement davantage qu'un discours électoraliste : de profondes convictions par exemple.
Présidentielles 2007 : Reports de voix
La campagne présidentielle est sur le point de s'achever (c'est une question d'heures), et j'en éprouverais presque un certain soulagement : combien de temps ai-je en effet consacré à l'étude de sondages, refaisant mille et une fois l'élection avant même que celle-ci ait eu lieu !

Instituts de sondages
Alors j'aimerais ce soir, avant de tourner la page de plus de deux mois de frénésie sondagière, rendre un vibrant hommage aux instituts de sondages, pour avoir stimulé mon intellect, l'agrémentant de mille et une réflexions inédites : je cite dans l'ordre de mes préférences (mais c'est arbitraire peut-être) Ipsos et Sofres devant, et à égalité CSA, Ifop, Opinion Way et Bva.
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Après cette traditionnelle introduction, j'en viens à la raison de cet article : de la même manière que je me suis interrogé sur les mouvements d'électeurs au premier tour, je me suis interrogé depuis maintenant presque deux semaines sur les clés du scrutins de dimanche. Et je les cite :
Clé n°1 : Le report de voix de la gauche non socialiste
Dans leurs derniers sondages, Ipsos parle d'un report assez moyen de 66%-13%, Ifop d'un report 69%-18%, CSA d'un report de 73%-9%, et la Sofres parlait notamment d'un report 58%-15% des électeurs de la LCR.
Il n'est pas impossible que les indécis se mobilisent finalement davatange pour la candidate du PS ce dimanche : dans le cas contraire, on pourra se faire une idée des difficultés à venir du parti socialiste en vue de sa refondation en parti social-démocrate et de son ouverture au centre (en cas de défaite).
Clé n°2 : Le report de voix des électeurs de l'UDF
Alors, la Sofres parle d'un report 40%-35% en faveur de Nicolas Sarkozy, Ipsos d'un report 35%-35% alors que Ifop donne 43%-43%, et enfin CSA d'un report 37%-30% en faveur de Ségolène Royal. Ceci explique notamment l'écart qu'il existe entre l'estimation de la Sofrès (54,5%-45,5%) et celle de CSA (53%-47%).
Un report de voix qui, indépendamment de son importance pour le résultat de ce dimanche, nous éclairera sur les chances de réussite de l'entreprise de création d'un nouveau parti du centre par François Bayrou, l'ex Parti Démocrate rebaptisé Mouvement Démocrate (on devine aisément les raisons de ce changement).
Clé n°3 : Le report de voix des électeurs du front national
Alors que le leader de ce parti a appelé à une abstention massive, les instituts de sondages nous donnent un ensemble de report assez différent (avec une abstention assez faible) : CSA donne 72%16%, Ifop donne 67%-17%, la Sofres 61%-12%, et Ipsos 58%-14% en faveur de Nicolas Sarkozy, - le taux d'abstention allant de 12% à 28%.
Ce report de voix sera bien évidemment important à connaître pour mieux se faire une idée de la composition de la future assemblée nationale (en cas de victoire de Nicolas Sarkozy).
Clé n°4 : La mobilisation de l'électorat abstentionniste du premier tour
Difficile de prévoir si l'on assistera à une mobilisation d'abstentionniste du premier tour, et plus encore de dire sur qui se porterait leur suffrage. Avec près de 85% de votants au premier tour, cela ne laisse pas un fort réservoir de voix pour l'un ou l'autre.
Clé n°5 : La démobilisation de l'électorat du premier tour
Dernière incertitude, la mobilisation de l'électorat au second tour. Y aura-t-il une démobilisation de l'électorat de Nicolas Sarkozy, due à l'impression que les jeux sont faits ? Ou bien, au contraire, assistera-t-on à une démobilisation de l'électorat de Ségolène Royal, due à l'impression que les jeux sont faits ? (Je me répète un peu)
Bien évidemment, l'hypothèse d'une faille spatio-temporelle ou d'un événement de ce genre (rencontre du troisième type, séisme) pourrait bouleverser les données et rajouter de nouvelles clés : mais cela me semble peu vraisemblable, du moins il faut le souhaiter... Comme il faut souhaiter également que les nouvelles en provenance d'Afghanistan ne seront pas mauvaises !
Présidentielles 2007 : Sociologie et Géographie
Donc, Nicolas Sarkozy est élu président avec 53,06% des voix d'après le dernier sondage : à moins que ce soit les chiffres officiels en provenance du ministère de l'intérieur, car il n'y a pas des sondages dans la vie.
Avant de tourner la page, je me suis dit qu'il pouvait être agréable d'aller à la rencontre des français regroupés en tranche d'âge, en catégorie professionnelle, et des départements de France : je me trompais, car à 4 heures du matin, j'étais encore debout, mais c'est un autre problème !

Pour reprendre une question qui a été posée, je serai vraiment intéressé de connaître les raisons plus ou moins précises de implantations des différents électorats à l'est ou à l'ouest. Un beau sujet d'étude, s'il en est !
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Tableau 1 : La sociologie de l'électorat

En observant ce tableau, je me pose un certain nombre de questions, auxquelles je réponds parfois :
82% des artisans et commerçants, 77% des travailleurs indépendants (67% des agriculteurs également mais c'est sûrement plus complexe) ont vôté pour Nicolas Sarkozy. Je trouve que c'est énorme et que ce n'est pas surprenant : je pense qu'il y a en France un véritable mécontement de personnes appartenant à des catégories où la durée du temps de travail est largement supérieur à 35 heures par semaine, qui payent énormément d'impôt sous forme de taxes, et qui aiment le discours de Nicolas Sarkozy qui parle de "réhabiliter le travail". On pourrait parler de "dignité retrouvée" pour eux (ce qui ne veut pas dire qu'ils l'aient jamais perdue), même si elle n'est que symbolique.
57% des salariés du public ont vôté pour Ségolène Royal et 53% des salariés du privé pour Nicolas Sarkozy : un petit clivage donc, que l'on travaille dans le public ou le privé, mais je trouve qu'il n'est pas très marqué : il n'est pas l'illustration de l'opposition de deux France.
58% des étudiants ont vôté pour Ségolène Royal : 58%, c'est aussi le pourcentage des 18-24 ans qui ont glissé un bulletin à son nom dans l'urne. On peut certes être étudiant après 25 ans, mais il est intéressant de constater que la tendance s'inverse dans la tranche d'âge des 25-34 ans, puisque Nicolas Sarkozy y obtient 57% des suffrages. Il serait là aussi particulièrement intéressant de produire une analyse précise décortiquant les motivations de ces vôtes.
75% des chômeurs ont vôté pour Ségolène Royal et c'est là aussi énorme. Il serait vraiment intéressant de les entendre exprimer les motivations de leur choix : est-ce un vote de confiance en la candidate socialiste, ou un vote de défiance voire de peur à l'égard du nouveau président ?
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Tableau 2 : Les tranches d'âge

Les jeunes ont donc voté pour Ségolène Royal, et les toujours jeunes de plus de 60 ans ont choisi très majoritairement Nicolas Sarkozy.
J'émets des hypothèses pour cette inversion de tendance qui voit les plus 25-34 ans voter à 57% pour Sarkozy alors qu'ils étaient 58% à voter pour Ségolène Royal (18-24 ans) : la confrontation avec le monde du travail, la découverte de nouvelles responsabilités, un plus grand désir d'autorité et ainsi de suite. Mais il serait vraiment intéressant de disposer d'analyses précises sur ce sujet.
Je vois que cela s'équilibre dans la tranche d'âge des 35-44ans (50%-50%), mais "étrangement", une large majorité des électeurs âgés entre 45 et 59 ans ont choisi Ségolène Royal, et cela je ne l'explique pas. Ces personnes sont nées entre 1948 et 1962 : faut-il les considérer comme la génération de 68, ceux qui avait entre 15 et 30 ans dans les années 60-70 ? Bref, je n'ai que des questions et pas de réponse.
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Tableau 3 : Le report de voix
Alors trois tableaux : le premier est celui de l'institut Ipsos, le deuxième de l'institut CSA et le troisième de la Sofres.

Institut Ipsos

CSA

Sofres
On peut en déduire plusieurs choses :
Le report de voix de la gauche non socialiste sur Ségolène Royal a été plutôt fort, bien plus que ne le prévoyaient les divers instituts de sondages deux jours avant l'élection : 72%-8% pour Ipsos (66%-13%), 75%-6% pour CSA (73%-9%). Je doute que ce soit majoritairement un vote d'adhésion, mais c'est quand même une forte mobilisation qui prouve que la gauche de la gauche, s'il a fondu ces dernières années, est une force que l'éventuelle ouverture au centre et au libéralisme du parti socialiste ne séduit pas, mais qui pour l'instant est prêt à soutenir le parti socialiste du "pacte présidentiel".
Je disais qu'avec moins de 47% des voix, on pourra dire que la volonté de la candidate socialiste d'aller discuter avec le centre n'aura servi à rien : elle a fait 46,94% !! Quand on observe le report de voix des électeurs de l'UDF, on se rend compte qu'il est partagé : 40%-38% (Ipsos) et 47%-45% (CSA) pour Nicolas Sarkozy, 40%-40% (Sofres). J'ai ce sentiment que cette discussion avec François Bayrou n'aura servi à rien, les électeurs centristes rejoignant leur camp respectif au deuxième tour. La perspective d'une mutation du parti socialiste en parti social démocrate (ou social libéral) permettrait très vraisemblablement de récupérer une très grande majorité de ces électeurs partis au centre dès le premier tour, ce qui conduirait à trois scénarios : une évolution à l'anglaise (Tony Blair, avec son charisme, réduisant au silence son aile gauche après les réformes libérale de la droite thatcherienne des années 80), une évolution à l'allemande (Gerhard Schröder, mettant en place de nombreuses réformes, conduisant à une scission du SPD, suivi de la perte des dernières élections législatives), ou une non-évolution (et donc une disparition au profit d'un nouveau parti du centre).
Enfin, le report des voix du front national. Difficile de se prononcer car les résultats fournis par les différents instituts de sondages invitent à de la réserve : 63-12% pour Ipsos (58%-14%), 58%-18% pour CSA (72%-16%) et 66%-15% (61%-12%). Il est tout de même assez élevé pour le candidat de l'UMP, bien au-dessus des 50% recueillis en 1995 par Jacques Chirac dans des circonstances favorables.
A noter : une assez forte mobilisation des abstentionnistes du premier tour en faveur de Ségolène Royal d'après Ipsos (60%-40%)
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Tableaux 4 : La géographie de l'électorat
Alors, j'ai eu envie de produire une série de tableaux du vote dans les département pour illustrer la carte ci-dessus. La géographie de l'électorat mériterait une étude approfondie (et j'ignore s'il en existe une très précise).
Tout d'abord, les départements où Ségolène Royal arrive en tête :

Et maintenant, les départements où Nicolas Sarkozy arrive en tête :




Il faut préciser que certains départements peuvent être très à droite (Le Bas-Rhin par exemple avec 65.58% des voix pour Sarkozy, - et la Moselle avec 56,56%% de voix pour Sarkozy) et avoir des villes où c'est très serré (Strasbourg avec 51.08% des voix pour Sarkozy, - et Metz avec 53.72% de voix pour Sarkozy)
Note : Désolé pour les DOM et TOM !
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