Igor Brevnjovski : Chronique d'un homme en exil

L'Epoque Prédynastique : La Palette de Narmer

Vraiment intéressante est pour moi l'interrogation "thématique" de l'histoire : elle aide en effet à prendre énormément de recul sur ce que nous avons tendance à considérer comme fondamental dans notre histoire contemporaine.

Et un thème qui m'intéresse est celui de la confrontation de différentes civilisations, avec tout ce que cela suppose comme influence, échange, emprunt : quelle civilisation a le plus influencé l'autre, et pour quelle raison ; pourquoi certaines civilisations disparaissent-elles, un peu comme si elles avaient "fait leur temps".

Thème qui trouve une résonnance particulière à notre époque, à l'ère de la mondialisation : encore que l'on peut se demander si l'histoire n'est pas celle de la mondialisation justement.

Egypte1

L'Egypte prédynastique (http://www.egyptos.net/)

Aussi, fort de toutes ces interrogations, je franchis le desert du Sinaï : et j'aperçois l'Egypte !


Les premières cultures

Les premiers villages sont apparus un peu partout dans la vallée du Nil. Dès le départ, des différences distinguent le développement des habitants du Delta de ceux du Fayoum ou de ceux de la Haute-Égypte. L’organisation de la société se fait sur une base agricole : l’habitat se fixe sous forme de fermes destinées aussi bien à l’élevage (bœufs, chèvres, porcs) qu’à la culture (silos conservant le blé et l’orge).

Dès le VIe millénaire, des villages se sont organisés sur différents sites :

  1. le site de Badari (5500-4500) : la culture badarienne. On remarque, durant cette période, une amélioration du mobilier et du matériel agricole ainsi qu’une évolution sensible des pratiques funéraires.

  2. le site de El-Amrah (vers 4500) : la culture amrahtienne. La vaisselle de pierre trouvée à El-Amra prête à penser que les relations entre les groupes culturels du Nord et du Sud se sont intensifiés.

  3. le site de Nagada : la civilisation de Nagada. Le Gerzéen, qui correspond à la seconde phase de Nagada (ou Nagada II). Les tombes deviennent des répliques des demeures terrestres comportant meubles, amulettes, figurines et objets d’apparat décorés de thèmes représentant des animaux (lions, taureaux et bovidés, hippopotames, faucons…) qui symbolisent les divinités.

Nagada2

La culture de Nagada III (3300-3150) voit l'unification des traits culturels dans la vallée du Nil et le delta. A la fin de Nagada III, la structure du schéma décoratif se modifie, les scènes s’organisent en registres, les premières notations hiéroglyphiques apparaissent. Les thèmes évoluent l’affirmation de la prééminence d’un chef incarnant le groupe entier, dont la force et la puissance peuvent être exprimées à travers l’image du lion ou du taureau.

A consulter : http://perso.orange.fr/atil/atil/x1.htm


L'Emergence des structures étatiques

Une hypothèse a été émis, selon laquelle la civilisation d’Uruk aurait influencé, en plus des régions périphériques du Plateau iranien et d’Anatolie, l’Égypte prédynastique  :

  1. A la même période, on voit apparaître des villes (témoignant de l’existence de sociétés hiérarchisées, très organisées) et même ce qu'on peut considérer comme les premiers Etats (de simples micro-états). 

  2. En ce qui concerne la nature du pouvoir, on constate la présence dans l’iconographie de l’époque de la figure du « roi-prêtre », personnage tantôt représenté comme un guerrier ou un chasseur, tantôt comme accomplissant un rituel (deux fonctions qu’auront par la suite les rois de Sumer).

Dans ce qui va devenir l'Egypte, on assiste pendant tout le quatrième millénaire à l'émergence des structures étatiques dans un contexte confédéral, puis fédéral, pour donner naissance à une monarchie absolue et sacrée qui s'impose au-dessus des pouvoirs rivaux sans pour autant les évincer. Y a-t-il réellement influence, ou est-ce un processus qui est commun aux deux civilisations au même moment ?

Un article intéressant : L'émergence des structures étatiques


La Palette de Narmer

Il existe une thèse expliquant que l’Egypte était dans les temps prédynastiques scindée en deux royaumes. L’interprétation de la palette de Narmer, découverte par Quibell et qui pourrait symboliser cette unification, reste très controversée :

  1. D’un côté, les sources égyptiennes semblent parler d’un triomphe du Sud sur le Nord.

  2. D’un autre, les données archéologiques permettent de suivre l’influence croissante des cultures du Nord sur la Moyenne et la Haute-Égypte.

Le débat n’est d’ailleurs pas clôs : mais la palette de Narmer dmeure l’archétype du document archéologique de première importance pour les égyptologues qui étudient la période de développement de l’État pharaonique.

PaletteNamer

Palette de Narmer

Au verso, le roi, dont deux hiéroglyphes écrivent le nom – le poisson nar et le ciseau mer – fracasse la tête d’un homme explicitement désigné comme appartenant au royaume du Nord. Le recto affirme le triomphe de Narmer : en bas, un taureau défonce une enceinte crénelée en piétinant l’ennemi vaincu ; en haut, le roi est coiffé de la couronne rouge du Nord. Une autre tête de massue confirme cette victoire : on y voit le roi recevoir l’hommage des captifs. Ces documents, appuyés à leur tour par d’autres, comme la palette "du tribut libyen ", confortent l’hypothèse de la constitution d’un état où l’on retrouve déjà tous les éléments du pouvoir pharaonique, de la religion à l’écriture en passant par l’économie, l’habitat et les structures du gouvernement.

Source : www.bubastis.be

Posté par Silverside le 17.03.08 à 22:10 - Commentaires (0) - Introduction

Spiritualité de l'Egypte Ancienne (I) : Le Nom

Le mari d'une femme avec laquelle je travaille est égyptien et égyptologue : le monde semble petit, et les occasions qui me ramène à l'Egypte me semblent nombreuses ! Aussi, je me suis dit : pourquoi ne pas remonter l'histoire de l'Egypte en cheminant spirituellement ?

Nil

Le Nil

Je me suis hasardé à dire que la richesse de l'art Egyptien était liée à la richesse de sa spiritualité. Je ne connais rien à l'hindouisme, mais je me demande si, conceptuellement parlant, le polythéisme égyptien n'était pas plus riche. Les Egyptiens pensaient que tout individu se composait de sept éléments : le corps, le nom, l’ombre, le cœur, l’akh, le ba et le ka.


Le Nom

Par l'attribution d'un nom, un individu devient un homme, différencié, repérable, faisant partie d'un ensemble par ses attaches mais possédant une personnalité, une identité reconnue et un destin. L'efficacité d'un rite ne peut être assurée que si le bénéficiaire est nommé. Hommes et dieux sont tributaires des rites, et la connaissance des noms des êtres est la condition essentielle pour agir sur le monde (effacer le nom d'une personne sur ses monuments équivalait non seulement à effacer son souvenir dans le monde visible mais aussi à le priver d'existence dans l'autre).

Merenptah

La titulature du roi d'Égypte se compose de cinq « Grands Noms », dont chacun est formé d’un titre suivi d’un nom proprement dit. Ces cinq Grands Noms définissent la nature royale et constituent en même temps une idéologie du pouvoir.

  1. Le nom d'Horus assimile pharaon au dieu Horus, fils et successeur d'Osiris, et maître d'Hiérakonpolis d'où est issu Narmer, le premier roi. C'est le nom le plus ancien. Il est toujours précédé de l'image du faucon représentant Horus.

  2. Le nom de Nebty (Les deux Maîtresses ou Les deux Déesses) introduit le nom proprement dit, place le roi sous la protection des deux déesses tutélaires d'Égypte, Nekhbet, la déesse-vautour de Haute-Égypte, et Ouadjet, la déesse-cobra de Basse-Égypte, chacune étant posée sur le caractère signifiant « maître/maîtresse »

  3. Le nom d'Horus d'or : il y a différentes symboliques, certains disant qu’il symbolise peut-être la première contestation du pouvoir et la victoire d’Horus sur Seth, ou qu’il indique les grands principes et le programme du règne à venir.

  4. Le nom de Nesout-bity (littéralement « Celui qui appartient au jonc (swt) et à l'abeille (bity) »), associe le roi à la flore et à la faune symboliques des deux parties du royaume. Il sert donc à définir pharaon comme roi des deux pays.

  5. Le nom de Sa-Rê, qui signifie « nom du fils de Rê », rattache charnellement pharaon à la puissance cosmique de l'univers. Un exemple est celui du pharaon Khaképer-Rê Senousret, "la Manifestation de Rê est apparue en gloire" (Sésostris II).  

Posté par Silverside le 17.03.08 à 22:30 - Commentaires (0) - Introduction

Spiritualité de l'Egypte Ancienne (II) : Les éléments de la survie

Je poursuis avec, cette fois-ci, quelque chose d'absolument essentiel pour prendre conscience de la richesse de cette spiritualité.


Les Eléments de la Survie : Akh, Ba, Ka

L'Akh, c'est la parution spirituelle de la lumière : c’est l’Esprit inné dans la matière qui se manifeste (différent de l’Esprit d’origine). Quelque soit son acception, Akh est toujours "lumière triomphant des ténèbres". A ce titre Akh a trois aspects :
aspect métaphysique :

  1. Un aspect métaphysique : Akh = lumière générée dans les ténèbres.

  2. Un aspect naturel : akh, akh.t = la "lumière" incorporée puis générée par les éléments en putréfaction, la décomposition d’une semence en germination (la germination d’une graine provient de sa décomposition), etc...

  3. Un aspect humain : iakh = la lumière spirituelle triomphant des éléments humains qui se recomposeront en unité ; unité qui n’est pas une fin en soi, mais une étape vers une plus haute perfection. Iakh est en quelque sorte l’état du devenir spirituel dont les diverses spécifications indiquent divers degré de perfectionnement.

Le Ba. A l’origine il y a Ba, à la fin il y a Ba : entre les deux, ba est en toutes choses, il est le souffle qui fait la vie. L’Esprit Ba est donc le souffle dans tous les éléments constitutifs du monde, jusqu’à la perfection finale. Le Ba semble avoir donné le principe d’âme au sens judeo-chretien du terme, mais en est très différent. Comme le Ka, Ba a trois aspects :

  1. Ba "âme cosmique" : c’est l’Esprit du Feu, l’animateur des Neter et des divers lieux du monde. (Cf les "âmes" d’Orient, d’Occident, de Pê, Dep ou Nekhen, ainsi que le sens à Heliopolis)

  2. Ba "âme naturelle" : fixée dans la forme corporelle : elle a un caractère Osirien et subit les renaissances cycliques. Son symbole, dans ce sens, est le bélier aux cornes horizontales.

  3. Ba "âme humaine" : c’est l’oiseau à tête humaine, qui va et vient du Ciel en terre pour errer auprès de son corps jusqu’à ce que la purification du Ka-djet permette leur réunion.

Le Ka est une manifestation des énergies vitales, non pas d’ordre physique mais plutôt psychique, ce qui explique son rôle d’animateur. Dans sa manifestation, le Ka a un rôle créateur et conservateur. Le monde terrestre est une "copie animée" du ciel grâce au Ka, réservoir en quelque sorte des forces vitales d’où provient toute vie, grâce auxquelles toute vie subsiste et où toute vie retourne après la mort. Il y a trois aspects de Ka :

  1. Ka est la Forme qui donne forme à la Substance pour faire la Matière : c’est le principe spirituel de fixité, c’est le point d’appui pour toute manifestation, et c’est lui qui va subir à travers ce devenir de multiples modifications, de la forme la plus basse jusqu’au perfectionnement du corps indestructible.

  2. Ka de la Nature (animaux, vegetaux, minéraux)

  3. Ka individualisé de l’homme, qui comporte sa signature et fixe son destin.

Les qualités actives de Râ sont ses Kas (ou Kaou), les propriétés vitalisantes de chaque nourriture sont leur Kas. Tous les aspects du Kâ sont en l’homme, mais tous ne lui sont pas soumis. Les qualités supérieures du Ka individuel doivent être découvertes et "révélées" par chaque individu, qui doit tout faire pour en possèder la connaissance et la maîtrise.


Le Djet, l'Ib et le Khaibit

Le Djet est le corps matériel, réceptacle des composantes de la personnalité telles que le ba, le ka, l'akh, l'ombre ou le nom. C'est pourquoi sa préservation est primordiale et c'était une punition des plus redoutées que d'avoir son corps démembré ou privé de son intégrité. Djet devient Khat, un cadavre. qui deviendra une momie, si l’on opère sur lui tous les rites de l’embaumement, qui le préservera de l'action du temps.

l'Ib, c'est le coeur, siège de l'activité créatrice, pensante et intelligente de l'homme. Il régit la mémoire et fait l'objet d'une véritable mise en examen après la mort.

Le Khaibit est l’Ombre. Khaibit est le corps instinctif et émotionnel du défunt : à cause de ces inscritpions qui se sont faites tout au long de son vivant, elle est à son image et à sa ressemblance. A la mort du défunt les diverses enveloppes se différencient selon l’état où le défunt les abandonne. Khaibit se précise alors, se dégageant "comme une Ombre" ou forme impure du Ka individuel. Impure ici au sens de double nature donc n’étant pas homogène, et étant destructible : elle tient de l’Esprit, mais est affectée par le corps dans ses affinités instinctives non-épuisées. Elle conserve donc la soif ou "envie" Sethienne et la soif exaltante du ib.


Sources multiples, notamment :
- http://www.toutankharton.com/
- http://mythologica.fr/egypte/concept.htm
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Égypte_antique

Posté par Silverside le 17.03.08 à 22:50 - Commentaires (0) - Introduction

La Mythologie Egyptienne : La Cosmologie Héliopolitaine

Au début était le Noun, élément liquide incontrôlé ou "chaos" qui, après la création, reste cantonné aux fanges du monde organisé qu’il menace d’envahir si l’équilibre de l’univers est rompu. Il est le séjour des forces négatives et de ce qui échappe aux catégories de l’univers : les âmes en peine qui n’ont pas bénéficié des rites funéraires appropriés ou les enfants mort-nés. De ce chaos est issu le soleil "qui est venu à l’existence de lui-même". Son apparition se fait sur une butte de terre émergeant de l’eau, symbolisée par la pierre benben, objet d’un culte à Héliopolis. Ce dieu, qui est son propre créateur, est alternativement , le soleil proprement dit, Atoum, l’être achevé par excellence ou encore Khepri, représenté sous la forme d’un scarabée.

Le démiurge, en se masturbant, met au monde un couple, le dieu Chou, le Sec, et la déesse Tefnout, l’Humide. De l’union du Sec et de l’Humide naît un deuxième couple : le Ciel Nout et la Terre Geb. Ils ont quatre enfants : Isis et Osiris, Seth et Nephtys. Le second couple est stérile. Le premier, qui est fertile, constitue le prototype de la famille royale.

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Osiris, roi d’Egypte, est assassiné par son frère Seth, contrepartie négative et violent de la force organisatrice symbolisée par le pharaon. Il s’empare du trône après sa mort. Isis, modèle de l’épouse et de la veuve, aidée de sa sœur Nephtys, reconstitue le corps dépecé de son mari. Anubis, le chacal né des amours illégitimes de Nephtys avec Osiris, embaume le roi défunt.

Puis Isis donne le jour à un fils posthume, Horus, homonyme du dieu solaire d’Edfou et, comme lui, incarné par un faucon. Elle le cache dans les marais du Delta à proximité de la ville sainte de Bouto avec la complicité de la déesse Hathor, la vache nourricière. L’enfant grandit, et après une longue lutte contre son oncle Seth, obtient du tribunal des dieux présidé par son grand-père Geb d’être réintégré dans l’héritage de son père qui lui se voit confier le royaume des morts.

Source : http://www.bubastis.be/histoire/grimal02.html


Ré, le dieu Soleil

A l’Epoque Archaïque, (Bien que souvent l’on puisse trouver en français le nom de ce dieu écrit " Rê ", les Egyptiens l’appellaient Ra, nom qui nous a été transmis par l’écriture. Ce nom désignait initialement l’astre solaire, puis la divinité qui l’incarne) possède déjà un centre de culte à Héliopolis et son nom apparaît dans celui du pharaon Neb-Ra (IIème dynastie). Râ devint une divinité nationale pendant l’Ancien Empire.

  1. Khephren (mort vers 2620) consacre la filiation solaire de Pharaon, les rois deviennent en effet « fils de Râ ». Tandis que le roi régnait sur terre, Râ était le maître de l’univers, ainsi ils étaient de la même nature et chacun était le reflet de l’autre.

  2. Dans la vie, c’est le roi qui commande les humains, récompensant les obéissants et détruisant le désobéissants, et dans la mort, c’est Râ qui remplit ce rôle. Râ fut de plus en plus associé au roi, qui était humain et dieu en même temps.

  3. C’est probablement Radjedef qui, le premier, a introduit le nom de "Fils de Râ" dans la titulaire, nom dont l’usage perdurera jusqu’à la fin de l’epoque pharaonique.

Au cours de l’histoire égyptienne, Râ a été assimilé à Râ-Harakhty, à qui il emprunte la tête de faucon, tout en conservant un corps d’homme. L’évolution ultérieur du culte solaire consuisit à la fusion de Râ et d’Atoum, qui devient le soleil crépusculaire.

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Au Moyen Empire, Amon supplante Râ en tant que divinité royale, mais ce dernier conserve son importance dans la théologie et est uni à Amon sous la forme syncrétique d’Amon-Râ.

Source : http://www.toutankharton.com/Ra


Amon, le Dieu des Rois et des Humbles

C'est sous la XIIe dynastie qu'Amon est réellement intégré au panthéon égyptien et que son rôle s'amplifie à Thèbes, supplantant celui de Montou, principale divinité de la région.

Progressivement, le dieu thébain supplante Rê comme dieu dynastique et, par syncrétisme, prend la forme d'Amon-Rê, s'appropriant ainsi le caractère solaire du dieu d'Héliopolis. A Thèbes, Amon-Rê est la divinité principale du fameux temple de Karnak, le plus vaste sanctuaire de l'Egypte ancienne, constamment agrandi par les pharaons du Nouvel Empire à l'époque Lagide. Son avatar Amon d'Opet est le seigneur du temple de Louqsor (Ipet-Résit, « le harem du Sud »).

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Le Temple d'Amon à Karnak : L'allée des sphinx et le premier pylône

Selon les traditions les plus anciennes, Amon s’est créé lui même à partir du Chaos primordial, mais selon les plus vieilles traditions Thébaines, Amon a été créé par Thot comme une des huit déités primordiales de la création (Amon, Amenet, Heq, Heqet, la Nonne, Naunet, Kau, Kauket). Il est associé en triade à la déesse Amonet et surtout à Mout, forme locale de la déesse dangereuse. On lui adjoint également un fils, le dieu lunaire Khonsou. Il apparait également en tant que dieu de la fécondité sous la forme d'Amon-Min. Il est alors représenté sous la forme ithyphallique de Min, un bras levé tenant le fléau et portant la couronne d'Amon.

Amon est à l’origine le dieu des vent et des bateliers (c’est pourquoi il est parfois representé avec une couleur de chair bleue). Il devient « l'unique », qui a créé les dieux, les hommes et toutes choses dans les temps primordiaux. Il assimile les cosmogonies memphites, héliopolitaines et hermopolitaines pour s'affirmer en démiurge parfait et universel.

Note : le caractère éminemment royal du dieu ne fait pas que servir la monarchie. La religion populaire l'assimile, et les fidèles adressent leur prières à Amon comme un recours ultime et parfait des turpitudes de ce monde. Amon est « celui qui écoute les prières », le « vizir des pauvres » qui juge en toute équité et ne se laisse pas corrompre. Piété personnelle et justice oraculaire se développeront au cours du Nouvel Empire et de la XXIe dynastie.

Source : http://www.thotweb.com/ - http://www.toutankharton.com/ - http://www.bubastis.be

Posté par Silverside le 17.03.08 à 23:10 - Commentaires (0) - Introduction

Akhénaton et le Monothéisme (I) : Une Vision Romantique

Christian Cannuyer, professeur à la faculté de théologie de l’université catholique de Lille et président de la Société belge d’études orientales, nous propose de revenir sur les interprétations que les égyptologues ont données de la nouvelle religion instaurée par Akhénaton et explique en quoi le terme de monothéisme ne lui semble pas adapté pour la définir.

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Le « Monothéisme d'Akhénaton» : Une Vision « Romantique »

Dans la première moitié du XXe siècle, l'égyptologie a élaboré de la religion d'Akhénaton une reconstruction qu'on est tenté, avec le recul, de juger coupable d'un excès de « romantisme ». Selon cette vision, Akhénaton aurait balayé le polythéisme hirsute de la religion égyptienne traditionnelle et sa « contre-religion » marquerait l'avènement du premier monothéisme de l'histoire de l'humanité, le culte du Seul, de l'Unique Aton. Sigmund Freud lui-même, dans L'homme Moïse et la religion monothéiste, salua en Akhénaton le maître de Moïse, postulant une filiation spirituelle directe entre les deux « prophètes monothéistes ». La chronologie y invitait, qui avait de plus en plus tendance à situer la jeunesse égyptienne de Moïse au XIIIe siècle av. J.-C. Si Akhénaton avait précédé Moïse d'environ un siècle, Aton n'était-il pas le prototype du dieu d'Israël, Yahweh ?

Cette vision « monothéiste » de la religion d'Akhénaton se fondait essentiellement sur l'interprétation des deux « Hymnes » théologiques qu'on lit sur les parois de certaines tombes d'Amarna. On y lit qu'Aton, le Globe solaire, est Unique, Créateur de tout ce qui existe. Ainsi, dans le Grand Hymne : « Qu'elles sont nombreuses les œuvres que tu crées, Mystérieuses à nos yeux ! Ô toi ce dieu unique, dont il n'y a pas d'autre… » On notera qu'il y a une frappante similitude entre cette formule et celle d'Isaïe 44,6 « à part moi, il n'y a pas de dieu », ou celle de la première partie de la profession de foi ou shâhada musulmane, lâ ilâh illâ-llâh, « Il n'y a pas d'autre dieu sinon Allâh ». Aton, l'Unique, est un dieu vivant, ânkh, à la fois transcendant et proche de sa création, qu'il domine, qu'il inonde de son amour, à laquelle il prodigue sans cesse la vie, embrassant de sa sollicitude tous les êtres vivants et tous les peuples de la terre, dans une perspective universaliste d'une étonnante générosité :

« Ô Aton vivant qui a inauguré la vie…
Toi qui développes l'embryon dans les femmes ;
Toi qui crées la semence dans les hommes ;
Toi qui fais vivre le fils dans le sein de sa mère ;
Toi qui l'apaises pour qu'il ne pleure plus ;
Nourrice dans le sein ;
Toi qui donnes le souffle pour faire vivre chaque être que tu crées,
Lorsqu'il sort du sein pour respirer, au jour de sa naissance,
Tu ouvres sa bouche et tu pourvois à ses besoins.
Quand le poussin dans l'œuf pépie encore sous la coquille,
Tu lui donnes le souffle à l'intérieur, pour le faire vivre.
Tu lui crées la maturité pour briser l'œuf de l'intérieur,
Il sort de l'œuf pour, en pépiant, manifester qu'il est complètement formé,
Et il marche sur ses pattes sitôt qu'il en est sorti…
»

« Tu mets chaque homme à sa place et tu pourvois à ses besoins,
À chacun sa provende et son temps de vie.
Leurs langues sont diverses en leurs paroles,
Et leur apparence de même ;
Leurs couleurs de peau sont variées,
Car tu as diversifié les pays et les peuples étrangers…
»

À ce lyrisme s'accorde l'iconographie spécifique du dieu Aton toujours représenté à Amarna comme le Globe solaire dont les rayons se répandent sur la terre en un éventail de lumière, générateur de vie ; les petites mains qui les terminent et dont certaines présentent le signe de la vie, ânkh, devant les narines du roi ou de la reine symbolisent le don de la vie offert souverainement par le dieu.

Le caractère révolutionnaire de la religion d'Akhénaton se concrétise par la lutte contre la foule des autres dieux, dont le roi fit marteler les images et les noms. Cet anti-polythéisme intolérant annoncerait l'exclusivisme monolâtrique de la Bible, l'intransigeance du Dieu d'Israël envers les Baals cananéens. La révolution religieuse d'Akhénaton a donc été longtemps perçue par les égyptologues et est encore comprise aujourd'hui par le grand public comme l'instauration d'« un premier monothéisme universel » – ce sont les termes mêmes employés par mon Petit Larousse des noms propres à l'entrée Aménophis IV – dont on admettait et dont on admet encore, avec plus ou moins d'assurance, qu'il avait eu sa part dans le développement de la pensée de Moïse et du monothéisme israélite.

Posté par Silverside le 17.03.08 à 23:22 - Commentaires (0) - Introduction

Akhénaton et le Monothéisme (II) : La Révolution Amarnienne

Cependant, depuis plusieurs décennies, une analyse de plus en plus serrée des textes et de la documentation archéologique a ébranlé les fondements mêmes de la lecture « proto-monothéiste » de la religion d'Akhénaton.


La Révolution Amarnienne et la Religion d'Akhénaton : Visions Nouvelles

Parmi les chercheurs qui ont été les artisans de ce renouvellement épistémologique, on citera surtout Jan Assmann, professeur à Heidelberg.

Ce qui est particulièrement neuf dans la perception qu'a Assmann de la « révolution » amarnienne, c'est de la situer dans le cadre d'une évolution majeure de la religion égyptienne, perceptible dès l'avènement de la XVIIIe dynastie soit au début du Nouvel Empire, au XVIe siècle av. J.-C. Cette évolution se caractérise par deux phénomènes saillants, une crise du polythéisme et la naissance d'une nouvelle théologie.

  1. L'extraordinaire foisonnement des dieux semble tout à coup difficile à gérer pour les Égyptiens. L'hymnographie du Nouvel Empire manifeste nettement une tendance à l'épuration, à l'insistance sur l'Unité du divin plutôt que sur sa diversité. Cette tendance « antipolythéiste » exaltes, des hommes, des animaux.

  2. Ce Soleil, Rê, lorsqu'il atteint le monde nocturne, est associé à Osiris, le dieu bon, mort et ressuscité, paradigme de toute résurrection et de toute immortalité.

  3. Mais Rê est en outre assimilé par les pharaons de la XVIIIe dynastie au dieu protecteur de leur lignée et de leur cité de Thèbes : Amon, dont le clergé ne cesse d'étendre son influence sur la société, grâce aux prodigalités de la Couronne et aux richesses apportées par les conquêtes. Amon est aussi Amon-Rê, le dieu suprême, l'Un sans égal, le roi des dieux.

C'est dès lors dans la théologie d'Amon qu'émerge le plus nettement une nouvelle conception des rapports entre dieu et les hommes, qu'Assmann appelle la nouvelle « théologie de la volonté ».

Auparavant, la vision égyptienne du monde considérait celui-ci comme une machine harmonieusement réglée, selon la loi de Maât où le cosmos et la solidarité sociale se trouvaient dans un équilibre dynamique. Les dieux en étaient les puissances fonctionnelles et n'entretenaient avec les hommes que des rapports peu personnalisés.

Selon la nouvelle conception, Amon-Rê subjugue le panthéon et s'affirme en seul créateur initial de l'univers, dont dépendent à la fois les autres dieux et les hommes. Il intervient désormais dans la marche de l'histoire, il est, de manière toujours plus insistante, le souverain suprême de l'univers, dont la toute-puissance et la générosité sont symbolisées par le Soleil et sa course régulière dans le ciel ainsi que dans le monde invisible et nocturne de la Douat, l'au-delà, où il répand ses largesses sur les morts revivifiés. Des hymnes « solaires » célèbrent sur le ton d'un lyrisme inaccoutumé la beauté et la bonté du Créateur. Les prières de demande, les actions de grâce vont bientôt se multiplier, caractérisant la formation d'une piété dite « personnelle » ou « privée ».

Posté par Silverside le 17.03.08 à 23:38 - Commentaires (0) - Introduction

Akhénaton et le Monothéisme (III) : La Démythologisation Monothéiste

La « révolution » d'Akhénaton vient brusquer cette évolution, ou plutôt la dévier, en démythologisant radicalement la vision égyptienne du monde et en identifiant le dieu suprême et « Unique » au seul Globe solaire Aton, en fait à la Lumière elle-même considérée, dans une optique rationalisante, comme le principe explicatif exclusif, nécessaire et suffisant de toute la réalité.

Dans son superbe isolement, la cité d'Akhetaton devient la manifestation ou akhet de l'unicité du Globe. Aton, la Lumière, est la vie même, le pur phénomène de l'existence. Quand la lumière n'inonde plus sa création, l'existence de celle-ci s'éteint, elle est pour ainsi dire mise entre parenthèses.


La Démythologisation « Monothéiste » d'Akhénaton » : Une Pure Phénoménologie de l'Existence

Dans la théologie solaire antérieure, le coucher du soleil à l'Occident n'interrompait pas sa course : de nuit, il prodiguait ses dons aux défunts immortels, dans la Douat, et tel un bon berger, il continue à veiller sur les vivants assoupis. En revanche, lorsqu'Aton se couche l'existence s'éclipse. La vie s'arrête. C'est l'expérience de la mort. Les textes sont formels : « Ils [les hommes] ne vivent que lorsque tu brilles pour eux » (Petit Hymne) ; « Voir tes rayons, c'est être » ; « Te lèves-tu qu'ils vivent, te couches-tu qu'ils meurent. Tu es l'existence par toi-même, c'est de toi que l'on vit » (Grand Hymne) ; « Quand on te voit on dit vivre, de ne pas te voir on meurt » (tombe de Panéhésy).

En fait, c'est la réalité de l'invisible, de l'existence non-immédiate qui est tue, sinon niée. Le parcours du soleil n'est plus considéré que dans sa course diurne, selon une trajectoire désormais non cyclique, qui semble interrompue durant la nuit. Dans la religion de l'Aton, il n'y a d'autre réalité que celle éclairée par la lumière. Rien de ce qui n'est pas visible n'est. Le seul dieu est Aton, la lumière éclairante qui crée l'existence. La divinité est pur phénomène, elle n'est pas une essence cachée. C'est pourquoi le Grand Hymne à Aton évoque une création continue, toujours actuelle : Aton crée chaque jour, il ne crée que dans le jour. La nuit est une éclipse du créé. Point d'au-delà, dès lors, en dehors de l'ici-bas illuminé par Aton. C'est la fin d'Osiris et de son au-delà, absents des tombes à Amarna.

Malgré la persistance de la plupart des auteurs à vouloir parler de « monothéisme » lorsqu'il est question de la religion d'Akhénaton, on peut douter du bien-fondé de cette appellation. Le terme « monothéisme » est un héritage de la tradition judéo-chrétienne extrêmement marqué par celle-ci. Le concept implique l'idée d'un Dieu unique et transcendant, entretenant avec les hommes un lien d'amour et personnel. Pour les Juifs, c'est le Dieu de l'Alliance, d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, qui parle à Moïse, aux prophètes et par eux ; pour les chrétiens, c'est Notre Père, Dieu parmi nous, Emmanuel, le Logos ou Parole, incarné en la personne de Jésus-Christ, l'Esprit Saint qui vivifie ; pour les musulmans, c'est Allah, qui parle « en langue arabe claire » dans le Coran et qui aime l'humanité d'un amour « matriciel » – ar-Rahmân. La dimension « personnelle » de Dieu est indissociable de l'idée monothéiste.

Or, si Aton est Unique, c'est aussi un « monstre froid ». Certes, il ne cesse de créer et de prodiguer ses bienfaits, mais un peu à la manière d'un automate ou d'un « distributeur automatique ». On a souvent relevé qu'Aton est un dieu muet. Il ne parle jamais. Il crée sans mot dire ; en aucun cas il n'est un « Je », une personne. On n'insiste pas assez, à mon sens, sur cette singularité, sans doute sans équivalent dans toute l'histoire des religions : Aton est un « dieu » qui semble démuni de la plus fondamentale des capacités de la personne, le don de l'expression, partant de la pensée. N'est-ce pas là le motif principal du rejet de la religion d'Aton par les Égyptiens ? Aton ne pouvait pas être aimé. En Amon, au contraire, les Égyptiens avaient un dieu aimant et aimable, un dieu vers qui se tourner.


Une Préfiguration de la Pensée Présocratique

Au fond, Aton n'était pas un dieu, mais simplement le Soleil considéré comme le tout du tout, le principe, la source de l'Univers. Si la religion « amarnienne » ne préfigure en rien le monothéisme biblique, elle ressemble fort, à des siècles de distance, à la pensée des présocratiques, qui étaient à la recherche de l'élément cardinal du cosmos, de l'archè pouvant rendre compte de l'existence de ce dernier dans son intégralité. Aton, par ailleurs, n'est en rien transcendant ; il fait partie du monde matériel, dont il est la source, car il n'est autre que la Lumière, ou plutôt le Globe et la Lumière qui en émane. Ce thème de la Lumière immanente, source première et continue de l'existence, consonne étrangement avec certaines philosophies modernes ou avec des données de la cosmologie scientifique actuelle ; il n'en demeure pas moins qu'il est difficile d'encore considérer Aton comme un dieu, a fortiori comme « Dieu ». Il me semble donc inapproprié de parler de « monothéisme » à propos de la pensée d'Akhénaton ; ne représenterait-elle pas en fait la formulation du premier a-théisme, une philosophie purement natulle, une sorte de « matérialisme transcendantal » au sens kantien du terme ?

Il y a, on le voit, un abîme entre le dieu de Moïse, ou plutôt de l'Ancien Testament, et celui d'Akhénaton, et il faut résolument écarter l'idée d'une quelconque filiation entre le pseudomonothéisme amarnien et le monothéisme biblique. Le développement tardif de celui-ci, qu'on ne peut raisonnablement plus faire remonter au-delà de l'époque des prophètes, d'Osée surtout (vers 750 av. J.-C.), et qui n'a sans doute atteint son expression radicale qu'après l'exil à Babylone, avec le Deutéro-Isaïe et le courant deutéronomiste (VIe siècle av. J.-C.) – c'est-à-dire à une époque où Akhénaton et Aton ont été complètement effacés des mémoires – est d'ailleurs un argument dirimant contre l'hypothèse popularisée par Freud. En revanche, il y a peut-être des liens entre la naissance de l'idée monothéiste et ce qu'était devenue la religion d'Amon au Ier millénaire, mais ça, c'est une autre histoire…


Source : Akhenaton Précurseur du Monotheisme

Posté par Silverside le 17.03.08 à 23:40 - Commentaires (0) - Introduction

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