L'Empire des Hittites (III) : Le Nouveau Royaume (1353-1190)
Le jeune et énergique prince Suppiluliuma Ier (1348-1321), après l'assassinat de l'héritier du trône, réforme complètement le royaume hittite. C'est la véritable création de l'Empire hittite.
Suppiluliuma rétablit également le royaume dans son rôle de pièce majeure de l'échiquier du Proche-Orient. Il lutte contre le Mitanni dont il réduit la puissance, puis il lance une campagne contre le Kizzuwatna qu'il annexe.
Un équilibre bouleversé
Le renouveau de la puissance hittite bouleverse l'équilibre du Proche-Orient : les Hittites et les Égyptiens y exerçaient une lutte d'influence afin de contrôler le couloir commercial passant entre la Syrie et la Palestine. Or les pharaons égyptiens ne réagissent que mollement aux conquêtes hittites qui annexent ou vassalisent les états alliés du Mitanni, lui-même allié de l'Égypte :
Alalah, Nuhasse et même Qadesh, clé de la vallée de l'Oronte sont contrôlées par Suppiluliuma sous le règne d'Akhénaton.
Les royaumes d'Amurru, d'Aziru et d'Ugarit deviennent des vassaux pendant le règne de Toutânkhamon.
Finalement, les derniers alliés du Mitanni cèdent et Karkemish, contrôlant le passage de l'Euphrate, est intégrée à l'empire.
Rompant avec la tradition, Suppiluliuma consolide ses conquêtes en passant des traités avec ses vassaux, qu'il choisit avec soin : ainsi il nomme ses deux fils rois d'Alep et de Karkemish. Cette ville, l'une des plus anciennes du Proche-Orient, devient la deuxième ville de l'empire. C'est là que demeure le vice-roi, contrôlant de cette cité les différents royaumes syriens tous devenus progressivement les vassaux de l'empire hittite. Suppiluliuma renforce sa position en mariant ses filles aux différents rois syriens.
La succession de Suppiluliuma
Suppiluliuma meurt précocement d'une peste, dont la propagation avait été favorisée par les nombreuses déportations de son règne.
Son successeur, Arnuwanda II (1322-1321) disparaît également peu après, de la même maladie. Mais l'œuvre de Suppiluliuma lui survit : les rois d'Alep et de Karkemish, ses fils, ainsi que le roi du Mitanni, son beau-fils, sont liés par des liens très forts à la dynastie: ils resteront fidèles aux rois hittites jusqu'à la chute de l'empire.
Mursili II (1321-1295), un fils cadet de Suppiluliuma, monte sur le trône. La situation est difficile: non seulement la peste ravage le pays, mais Mursili doit tout d'abord mater la rebellion de certains vassaux. Le roi abandonne quelque temps la capitale Hattusa. Il conquiert l'Arsawa et détruit le royaume d'Azzi. Ugarit et l'Amurru se voient contraints de renouveler leurs traités de vassalité. Finalement, la lutte contre les Gasgas est également nécessaire : il libére les provinces du nord et renforce la frontière sur les montagnes surplombant la mer Noire.
Son fils Muwatalli II (1295-1270) lui succède sur le trône. Comme pour ses prédécesseurs, son règne est rythmé par les guerres. Muwatilli vainc tout d'abord le royaume de Wilusa, au nord-ouest de l'empire, qui devient son vassal. Puis il doit faire face aux Gasgas qui franchissent la frontière, pillant et détruisant les cités hittites. La capitale Hattusa est détruite et le roi et sa cour se réfugient à Tarhuntassa, une ville du sud. Pour rétablir son autorité sur le nord du pays, il nomme son frère Hattusili administrateur des provinces du nord.
En même temps, la menace assyrienne se précise: le Mitanni est vaincu et devient vassal de l'empire mésopotamien.
Les conflits avec l'Egypte
Pendant qu'Hattusili pacifie le nord et que le roi assyrien Adad-Nirari devient le suzerain du Mitanni, le roi Muwatalli se concentre sur la Syrie voisine. Le conflit avec l'Égypte ne tarde pas à reprendre :
Ses pharaons Séthi Ier, puis Ramsès II désirent récupérer les possessions syriennes perdues sous Akhénaton et Toutankhamon, en particulier le royaume de l'Amourrou et la clé de la route commerciale reliant la Méditerranée et la Mésopotamie, la citadelle de Qadesh, à la frontière entre les zones d'influence des deux empires.
Ramsès remporte dans un premier temps une victoire diplomatique en ralliant le souverain d'Amourrou à sa cause. La guerre atteindra son paroxysme lors de la deuxième bataille de Qadesh, véritable match nul qui rétablira le statu quo en replaçant le royaume d'Amourrou sous la suzeraineté hittite
Ce fut la fin du conflit entre les empires hittites et égyptiens : tout deux seront désormais accaparés par la menace assyrienne.

La bataille de Qadesh
Muwatalli II meurt en 1270 et son fils illégitime, Mursili III (1270-1265), lui succède sous la régence de son oncle Hattusili. Celui-ci se rebelle bientôt et exile Mursili qui se réfugie sur l'île de Chypre. Hattusili III (1265-1238) monte sur le trône et signe un traité de paix avec l'Égypte.
Le règne de Hattusili III est un règne un peu plus pacifique, ayant stabilisé la situation en Syrie par la paix avec l'Égypte et une alliance avec Babylone lui permettant de surveiller la menace assyrienne. Mais cette menace grandit: le Mitanni est brisé par les Assyriens en 1260.
Les derniers rois hittites
Tudhaliya IV (1238-1215) lui succède, et lutte d'abord pour maintenir l'unité de l'empire contre les royaumes d'Ahhiyawa et d'Arzawa.
Pendant ce conflit, il assure ses arrières en signant la paix avec l'Assyrie en contrepartie de la reconnaissance de ses conquêtes. Mais bientôt l'Assyrie repasse à l'offensive et attaque la rive ouest de l'Euphrate, en mains hittites. Tudhaliya réagit, mais sa contre-attaque aboutit à un échec à la bataille de Nihiriya en 1230.
Tudhaliya s'emploie alors à imposer un blocus maritime à l'Assyrie. À l'aide du roi de Karkemish, il convainc les royaumes syriens, en particulier l'Amurru, de respecter le blocus. Ceux-ci refusent les bateaux de l'Ahhiyawa.
Tudhalia débarque également au royaume d'Alasiya, l'actuelle Chypre, qui lui verse un tribut en cuivre. Le blocus s'avère payant : l'Assyrie signe un traité de paix et restitue les territoires glânés au détriment du royaume de Karkemish
Mais Tudhaliya n'a pas seulement marqué l'histoire hittite par ses faits guerriers : véritable réformateur religieux, il réorganisa le culte, modifia les fêtes et agrandit le sanctuaire de Yazilikaya.
Si la paix est maintenue sous les successeurs de Tudhaliya, Arnuwanda II (1215-1210) puis son frère Suppiluliuma III (1210-1190), l'empire hittite, miné par de longues famines ayant entraîné de nombreux mouvements de population qui ont complètement déstabilisé l'État va encore s'affaiblir sous les coups des Peuples de la Mer qui ravagent toute la région. L'Empire hittite y survit, mais en 1190, l'Empire s'effondre sous les coups des Gasgas. Hattusa et les principales villes hittites sont détruites et ne se relèveront jamais.
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