L'Industrie Lithique
Si le choc de deux pierres permet d'obtenir un éclatement non contrôlé, obtenir des éclats demande de contrôler le geste de frappe et de mettre en oeuvre tout un schéma opératoire : savoir où frapper, comment, selon quel angle, et savoir ajuster la force du coup. Il s'agira alors d'un éclatement contrôlé et le fractionnement se fera selon le mécanisme de fracture conchoïdale (en forme de coquillage).
Le geste fondamental nécessite une excellente coordination entre la main qui tient le bloc et celle qui tient le percuteur. L'enchaînement des gestes nécessite intelligence et dextérité. Or sur les chantiers archéologiques, la maîtrise de ces gestes est avérée depuis une époque remontant au moins à —2 MA, soit 300 000 ans avant Homo, c'est l'époque des Paranthropes. Si l'usage de l'outil n'est pas le propre de l'homme, la fabrication d'outil à l'aide d'un autre outil, semble lui être réservée.
Le silex est le matériau le plus utilisé pendant la Préhistoire, il nécessite d'être fracturé, taillé pour que ses propriétés tranchantes puissent être utilisées. Cela requiert des connaissances et des savoir faire, afin d'obtenir les éclats recherchés, naturellement coupants. On distingue :
Le nucleus est le bloc de pierre initial choisi afin d'être fracturé, sur lequel, une fois fracturé, se lisent les traces de stades techniques, aboutis ou non.
L'éclat est le produit détaché du nucleus par fracturation. Il pourra être utilisé tel quel étant donné le tranchant naturel de ses bords ou, au contraire, faire l'objet d'une reprise sur tout ou partie d'un bord ou d'un autre, opération dite de confection ou de retouche, pour mieux satisfaire aux buts recherchés.
Deux nucléus de type Levallois
Les Techniques employées
Ceci posé, il n'en reste pas moins qu'il est difficile pour un oeil non averti, de différencier par exemple un "chooper" ou un "chooper-tool", c'est-à-dire un outil résultant d'une intention et confectionné dans un but précis, d'un vulgaire galet.
L'archéologue va devoir mettre en jeu des techniques et des méthodes afin de donner ou non, à l'objet trouvé, son statut d'outil. Pour cela il doit commencer par une étude technologique. L'outil fini résulte:
D'un ou plusieurs modes d'action : le débitage, (l'éclat est le produit recherché), la retouche ou le réaffutage, le façonnage (le nucleus est le produit recherché, et l'éclat, un déchet de taille qui pourra éventuellement être utilisé),
D'une ou plusieurs techniques :
- la percussion directe avec soit :
- un percuteur dur (pierre) : c'est la première méthode utilisée, elle a été utilisée durant toute la Préhistoire. La zone de percussion est reconnaissable et identifie le percuteur, en le différenciant d'une simple pierre. Les nucleus trouvés montrent une grande maîtrise du geste de taille et ce dès —2,3MA
- un percuteur tendre (bois végétal ou animal). On obtient des éclats plus minces, ce qui facilite le façonnage. Cette méthode est attestée en Afrique à partir de —700 000 ans.
la percussion indirecte à l'aide d'un "punch" ou chasse-lame
la pression à l'aide d'une béquille (ventrale, pectorale ou tenue dans la main)
D'une ou plusieurs méthodes : le débitage d'éclats (type Levallois par exemple), le débitage laminaire.
Tout cela est organisé par un schèma opératoire antérieur à la fabrication, que nous devons comprendre afin de replacer l'outil dans sa lignée, étudier sa genèse, donc sa place dans la chaîne opératoire à laquelle il appartient, ce qui permettra de lui donner un sens et une cohérence.
Les Outils caractéristiques
La maîtrise du feu, c'est-à-dire sa reproduction intentionnelle qui semble acquise vers —400.000 ans, (Homo Erectus semble avoir résolu ce problème par la friction de 2 bâtons) va donner naissance à des usages techniques : fracturation des matériaux durs, durcissement des armes en bois au Paléolithique moyen, mais c'est au Paléolithique supérieur que les usages du feu se multiplient : oxydations des colorants, cuisson de la terre, chauffe du silex pour faciliter la taille, redressement des bois de cervidés, éclairage et chauffage.
Au Paléolithique inférieur, l'outil caractéristique de Homo habilis est le galet aménagé dont on a enlevé un éclat en le frappant contre un autre.On les rencontre en Afrique de l'Est avant – 2 millions d'années.
Des coups sont portés à l'aide d'un percuteur dur (le plus souvent un autre galet) sur un bord afin d'enlever des éclats et d'obtenir un tranchant. Si un ou plusieurs tranchants sont unifaces, il s'agit d'un chopper. Si le tranchant est obtenu par des enlèvements alternés sur les deux faces,c'est un chopping tool. Les galets aménagés se rencontrent aussi en Asie et en Europe à des périodes plus récentes de l'ordre de 1,8 à 1 millions d'années. La technique employée est dite " Clactonienne ".
Le véritable tailleur de pierres est Homo Erectus, dont l'outil principal est le hachereau et le biface (pierre en forme d'amande taillée sur ses 2 faces). Cet outil a été l'objet d'une lente évolution et correspond à l'Acheuléen. Son aire d'extension est vaste, et sa durée d'utilisation considérable, puisqu'elle traverse tout le Paléolithique ancien. La technique employée, dite " Levallois ", consiste à prédéterminer sur le " nucléus " la forme de l'éclat désiré. Elle survivra jusqu'au Néolithique
Au Paléolithique moyen, l'Homo Néandertalensis débite la pierre pour obtenir des éclats utilisés ensuite comme outils, une fois retouchés. Les grattoirs et les pointes représentent une part importante de l'équipement du Paléolithique moyen. Cette industrie sur éclats est caractéristique de cette période. Elle se rattache au Moustérien. Désormais l'Homme prévoit et maîtrise les effets de la taille des pierres. Une standardisation des techniques apparaît.
Au Paléolithique supérieur, l'Homo sapiens sapiens, invente l'art (grottes, figurines sculptées dans l'ivoire..) et fabrique un outillage de plus en plus économe de la matière première, mais plus sophistiqué, plus diversifié et plus efficace, avec des lames et des lamelles, et de minuscules pièces taillées appelées microburins, microlithes. Il utilisait aussi l'os, le bois de cervidé, l'ivoire pour fabriquer des sagaies, des aiguilles et des harpons.
Source :
- Les Outils (Nicole Rolin)
- Présentation du Paléolithique (Nicole Rolin)
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