La Conquête de l'Italie (III) : Rome Souveraine
Pendant plus d'un siècle, Rome, entre victoires et défaites, édifie sa primauté dans la péninsule face aux Etruques, aux Latins et aux cités grecques.
A. Rome et les Etrusques : la prise de Veies
La date de 509 ne correspond pas à l'éviction des Etrusques hors de Rome.
La première guerre entre Rome et une cité étrusque, Véies débute en - 480 et les Romains subissent de sévères défaites comme la bataille de Crémère en - 477, où 306 combattants de la gens Fabia sont anéantis en défendant la colonie fondée sur le territoire de Véies.
Après 4 ans de combats, une trêve de 40 ans est conclue permettant le retour à Rome de Fidènes et des conquêtes étrusques sur la rive droite du Tibre.
En 438, Fidènes, ancienne ville étrusque devenue colonie romaine, se soulève contre Rome et chasse les colons. Véies intervient en sa faveur. En 425, Rome reconquiert Fidènes, devenue tête de pont de Véies sur le Tibre. En guerre depuis 428, Rome et Véies concluent une trêve de vingt ans.
En 406, c'est le début du siège de la ville étrusque de Véies par le dictateur romain Camille, qui désire s’emparer de ses salines. La ville est abandonnée à son sort par la ligue étrusque dont l’aristocratie même se montre favorable aux Romains : en 396, la ville est prise par les Romains.
Rome contrôle alors les deux rives du fleuves qui va assurer à la ville un débouché sur la mer et accentuer sa vocation conquérante et commerciale.
B. Rome et les Gaulois
En 390, au lendemain de la prise de Veies, un premier affrontement entre Celtes et Romains a lieu.
Les Gaulois Sénons se présentent devant la ville étrusque de Clusium (Chiusi), qui est dans la sphère d’influence romaine. Rome envoie une ambassade, chargée d’offrir sa médiation. Mais les ambassadeurs violent la neutralité en intervenant les armes à la main contre les Gaulois, qui demandent réparation à Rome. Devant son refus, les Gaulois marchent sur la ville.
L’armée romaine se porte à leur rencontre et prend position, en avant de Véies, près du ruisseau de l’Allia. Il n’y a pas de combat. Effrayées par les cris des Gaulois et déconcertées par leur impétuosité, les troupes romaines se débandent et cherchent précipitamment un abri à Rome ou dans les villes voisines.
Rome se prépare au choc et installe une garnison conséquente dans la citadelle, bien approvisionnée. Après 3 jours, l'armée gauloise investit la Ville d'autant plus facilement que l'enceinte de Servius Tullius, détruite sous Porsenna, n'a pas été reconstruite. Seul le Capitole résiste et tient en particulier grâce aux "oies sacrées" (les oies du Capitole réveillent les Romains par leurs cris et les alertent ainsi d'une attaque surprise des Gaulois).
Manlius dirige la résistance pendant 7 mois mais la famine en vient à bout et le tribut en or payé par Rome pour acheter sa liberté est alourdi par l'épée que jette Brennus sur la balance, en pronançant ces mots "vae victis" (malheur aux vaincus).
Les Gaulois repartent avec 1 000 livres d'or, soit 327 kg! Camillus est rappelé d'exil et il remporte à la tête de l'armée romaine une victoire face aux Gaulois qui remontent vers le nord appelés par la menace des Vénètes et vont guerroyer contre une coalition de peuples alpestres.

Plusieurs invasions gauloises, se succèderent :
Vers - 367, Camillus les bat près d'Albe, c'est sa dernière victoire.
En - 361, Titus Quinctius Pennus leur fait face au pont de l'Anio à une lieue de la Ville, mais il n'y a pas combat, le torrent est trop fort.
En - 360, le dictateur Quintus Servilius Ahala lutte devant la porte Colline face à ces Gaulois qui remontent du sud de l'Italie.
En - 358, année de la chute de Felsina (Bologne) que les Boiëns renomment Bononia, le dictateur Gaïus Sulpicius Peticus remporte une furieuse victoire.
En - 350, les Gaulois campent tout l'hiver sur le mont Albain, luttant sur les côtes avec les pirates grecs et leur disputant leur butin. Ce n'est que l'année suivante que Lucius Ferius Camillius peut les chasser.
Ces "accidents" n'ont d'autres résultats qu'un sursaut étrusque pour libérer le territoire de Véies. Rome réplique en créant les forteresses de Sutrium et de Nepete sur leur nouvelle frontière nord et en installant des colonies romaines autour de Véies, Capène et Faléries.
Le péril gaulois écartés et les Etrusques définitivement vaincus, Rome peut envisager une stratégie à l'échelle de la péninsule.
C. Rome et les Latins
Entre 358 et 353, Rome anéantit la résistance des villes latines rebelles : Tibur capitule, Rome fait la paix avec Préneste et pacifie les pays volsques. Malgré l'alliance redoutable entre Rome et les Samnites, les latins ne se découragent pas.
La Ligue Latine se reforme et mène une véritable guerre d'indépendance. En 341 ou 341, c'est la première guerre samnite (Rome prend la défense des Sidiciens que menaçaient les Samnites), mais dès 340, Rome et les Samnites luttent nouveau ensemble contre la Ligue Latine dont les forces sont anéanties sur le fleuve Liris, à Trifanum dans le nord de la compagnie.
En 338, Lucius Furius Camillus prend les cités latines de Tibur et de Pedum. Caius Maenius remporte contre les Latins et les Volsques une bataille près d'Antium. C'est la fin de la Ligue Latine, Rome traitera dès lors directement avec chaque cité.
De nombreuses cités latines durent se soumettre, certaines reçurent en 338 la citoyenneté romaine sans restriction. En 332, Rome créa deux nouvelles tribus dans le Latium, Maecia et la Scaptia. En revanche d'autres cités campaniennes et volsques (Fundi, Formies, Cumes) se virent octroyer une citoyenneté sans suffrage qui leur permettait de conserver une autonomie de gestion et de magistrats dotés de leur titulature traditionnelles. D'autres cités (Tibur) conservaient le statut d'allié mais perdaient une partie de leur territoire.
Capoue eut droit à un traitement particulier. Rome voulait la punir pour sa défection et lui ôta son riche territoire qui devint propriété du peuple romain. Les chevaliers campaniens qui, eux, étaient restés fidèles à Rome pendant la guerre latine, reçurent la pleine citoyenneté, et une rentre de 450 drachmes que Capoue eut l'obligation de leur verser.

Cette domination n'avait pas que des avantages car Rome avait perdu le précieux "coussin" d'Etats-tampons qui la séparait des Samnites, aussi complèta-t-elle méthodiquement son dispositif de défense.
D. Rome et les Samnites
Ce qu'on appelle la 1re guerre samnite en 343 et 341 n'avait été qu'un bref épisode belliqueux. Dès 341, l'alliance avait été renouvelée et permis à Rome d'établir la domination sur les cités latines et les riches terres de Campanie, puis d'élaborer un maillage solide de colonies et d'alliés. Les Samnites se retrouvaient "coincés" dans les montagnes de l'Apennin entre les Apuliens au sud-est, des alliés de Rome et les Romains installés en Campanie à l'ouest.
Romains et Samnites étaient face à face et le heurt, inévitable. La guerre fut longue et dure : les hostilités auraient commencé en 326 lorsque Rome, après des victoires faciles, se contenta de contourner l'Apennin pour aller battre en 325 les Vestins, alliés des Samnites.
En -324, les Samnites s'installent à Pompéi. Après plusieurs années de guerres de frontières, les consuls romains décident, en -321, de porter la guerre en territoire Samnite, initiative qui se termine par la capture humiliante de deux légions par le samnite Caius Pontius à la bataille des Fourches Caudines, en -321. Les hostilités prennent fin en -316 et la trève est en faveur des Samnites, qui obtiennent des Romains la cession de la colonie romaine de Fregellae. Les Romains annexent Capoue, et commencent en 312 la construction de la Via Appia qui relie Rome à Capoue.
En 338, Lucius Furius Camillus prend les cités latines de Tibur et de Pedum. Caius Maenius remporte contre les Latins et les Volsques une bataille près d'Antium. C'est la fin de la Ligue Latine, Rome traitera dès lors directement avec chaque cité.
Rome mit à profit cette accalmie pour renforcer sa position en Campanie et conclure une série d'alliances avec des cités d'Apulie du Nord. Les hostilités reprennent en -314, les Romains remportent la victoire d'Ardéa et Fregallae est reprise en -313. Mais les Romains doivent faire face à une vaste coalition rassemblant les Samnites, les Etrusques, les Ombriens, les Marses, les Herniques et les Péligniens et les Salentins.
Les Etrusques sont vaincus à Sutrium puis dans la forêt Ciminienne par Quintus Fabius Maximus Rullianus, puis par Lucius Papirius Cursor au lac Vidimon. En -306, Rome écrase la révolte Hernique et annexe leur territoire. L'année suivante, les populations des Abruzzes subissent le même sort. Les hostilités avec les Samnites s'achèvent en -305 (ou en -304) par la bataille de Bovianum. La paix sera conclue avec eux l'année suivante. En -304, les Marses, les Péligniens, les Marrucins et les Volsques sont à leur tour écrasés et soumis. Les Eques, vaincus par une campagne éclair, sont annexés.
Cette guerre permit aux Romains d'assurer sa domination sur toute l'Italie centrale. Comme à leur habitude, ils assurèrent leurs nouvelles conquêtes par la construction d'une route stratégique qui reliait Rome à l'Adriatique par l'Apennin central et en fondant de nouvelles colonies sur les nouveaux territoires acquis, à Minturnes, à Sinuessa et à Venusia..
En -298, les hostilités reprennent avec les Samnites. En -295, les Samnites réussirent à faire pénétrer une armée en Italie du Nord, secondés par leurs alliés étrusques et ombriens,qui étaient en guerre contre Rome depuis -302. De plus, ils profitèrent de la présence des Gaulois qui depuis -299 faisaient des incursions régulières en Italie du Nord. Les Romains écrasèrent cette coalition à la bataille de Sentinum en -295. Le territoire Samnite fut envahi et les Romains remportèrent la bataille d'Aquilonia en -293. Les Samnites capitulèrent en -290, Rome asservit leurs villes et annexa leur territoire.
D. Rome et la Grande Grèce : la prise de Tarente
Une alliance conclue avec Carthage en 304 ou 306, les positions des deux parties étant bien définies (Rome s'engageait à ne pas intervenir en Sicile et Carthage en Italie), Rome poursuit sa progression vers le sud de la péninsule.
Les Cités grecques de l'Italie du Sud avaient toujours été incapables d'avoir une politique communue et étaient déchirés de manière endémique par des luttes intestines : ces querelles internes intéressaient directement Rome, car, en général, les aristocraties locales étaient philo-romaines alors que les "démocrates" populaires lui étaient hostiles (les deux partis n'hésitant pas à faire appel à l'étranger pour régler leurs différents).

Tarente fut la première à se préoccuper de l'avancée romaine en Lucanie, région sur laquelle elle avait elle-même des visées. La tendance des cités grecques de Magna Grecia à demander de l'aide de Rome ne lui agréait point.
Vers 285 puis 282, Thurii implora le secours de Rome contre les Lucaniens, Rome en profita pour installer une garnison qui constituait une excellente base pour ses navires sur la route des colonies de l'Adriatique, dispotif complété par son implantation à Hipponium, Rhégion, Locres et Crotone.
La situation dégénéra lorsque Rome fit croiser dix navires jusque devant le port de Tarente qui considéra qu'il s'agissait d'une provocation et réagit fermement, quatre navires furent coulés, un capturé et les autres mis en fuite. Les Tharentins marchèrent sur Thurii, la prirent et chassèrent la garnison romaine.
En 281, le consul Lucius Aemilius Barbula dirigeait une expédition contre Tarente avec l'intention d'obtenir des excuses alors que Tarente avait décidé de faire appel au roi d'Epire, Pyrrhus. La guerre était inévitable.
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Je n'entre pas dans les détails : Pyrrhus débarque en Italie. Ses victoires à la bataille d'Héraclée et celle d’Ausculum n’ébranlent pas les Romains, qui finissent par le vaincre en 275 à la bataille de Maleventum Bénévent. Pyrrhus repart pour la Grèce ne laissant qu'une garnison à Tarente.
Les cités de Grande Grèce s'offrent alors à Rome : Vélia, Héraclée, Thurii, Métaponte deviennent des alliées qui, dans un premier temps, reçoivent un traitement honorable. En 272, après un long siège soutenu par Milon (le lieutenant de Pyrrhus), Tarente se résoud à se rendre et est durement punie : elle donne des otages et se voit imposer en permanence une légion romaine.
La prise de Tarente en 272 met un terme aux résistances méridionales, tandis que la prise puis la destruction de Volsinies (Orvieto) marquent la fin de la résistance étrusque. Rome dirige la politique «italienne» par des traités bilatéraux à son avantage. Les Romains ont aussi confisqué de nombreux territoires, souvent en des points stratégiques, et y ont établi des colons.
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