Igor Brevnjovski : Chronique d'un homme en exil

La Constitution du Pentateuque

Le Pentateuque se constitue au début du IVème siècle avant notre ère comme un tout, un canon, texte normatif et fondateur où se dit l'identité du peuple juif : les récits disent les hauts faits du Seigneur en faveur d'Israël, et les lois, ce à quoi s'engage Israël dans le cadre de l'alliance avec son Dieu. Le Pentateuque met en relation l'histoire d'Israël présentée comme une histoire de salut et de libération dont l'initiative revient au Seigneur, et d'autre part les lois, les prescriptions qu'Israël s'engage à respecter en réponse au don de Dieu.

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A. Milieux sacerdotaux et milieux deutéronomistes

Le dialogue ou le débat entre théologie deutéronomiste et théologie sacerdotale constitue une excellente clef de compréhension de la composition du texte dans sa forme définitive, canonique. Le pentateuque exprime ainsi deux réponses théologiques différentes à la question de l'identité religieuse, véhiculées par :

  • Les milieux sacerdotaux se sont constitué autour des prêtres exilés. Pour ces groupes, l'identité du peuple se construit et s'exprime dans la célébration du culte du temple de Jérusalem. Les prêtres ont un rôle spécifique dans la sanctification de la communauté d'Israël comme dans le maintien de son identité religieuse - qui passe par une séparation des autres peuples.

  • Les milieux deutéronomistes sont des milieux laïcs. Pour eux, le maintien de l'identité religieuse du peuple passe également par une séparation vis-à-vis des autres peuples, mais pour ces groupes, l'identité du peuple ne réside pas exclusivement dans la sphère cultuelle : elle se dit dans une histoire commune relue comme histoire de libération, de salut accordé par Dieu et appelant en réponse l'engagement du peuple dans l'alliance, c'est-à-dire dans l'obéissance aux lois, décrets et commandements divins.

Milieux deutéronomistes et milieux sacerdotaux réinterprètent et mettent en forme les traditions narratives et législatives préexiliques, ce qui débouche sur un travail de composition littéraire dont le Pentateuque, dans sa version définitive, porte la marque.

  • Le rassemblement de textes émanant de ces deux groupes concurrents, possédant chacun une réelle spécificité théologique, ne constituant pas des oeuvres littéraires distinctes, autonomes, pourrait être la conséquence d'un facteur extérieur, habituellement nommé "autorisation impériale perse".

  • Esd 7,11-28 décrit en effet l'autorisation donnée par Artaxerxès d'établir en Judée un droit particulier en faveur des juifs. L'initiative perse a servi de catalyseur à la rédaction d'une unique Tora dans la constitution de laquelle la quête d'identité religieuse du peuple représente un autre facteur déterminant.

Ex : "Et ils lisaient dans le livre de la Tora de Dieu, traduisant et donnant le sens, et ils comprenaient la lecture" (Néhémie 8,8)

La Tora forme un livre écrit, clos, canonique, qu'il n'est pas possible de modifier, mais qui appelle traduction (de l'hébreux à l'araméen), et interprétation, commentaire (la Tora écrite appelle une Tora orale, tradition interprétative vivante).


B. Exil et retour d'exil

Les éxilés ont été conduits en captivité à l'issue des deux défaites militaires du royaume de Juda face à Babylone : (a) en 597, sous le règne de Yoyakin, un premier groupe est déporté ; (b) en 587 sous le règne de Sedecias, Jerusalem est prise et pillée et un second groupe est emmené en exil.

  • A l'issue de cette ultime défaite, le royaume de Juda perd son indépendance et devient une simple province de l'empire babylonien.

  • La défaite des Babyloniens face à Cyrus, en 539, ouvre une période de plus grande liberté religieuse : le pouvoir perse favorise une politique de retour des exilés en Judée et de restauration du Temple de Jérusalem.

Ex : Nb 14 relate le refus du peuple sorti d'Egypte de monter en Canaan : ce récit, dans sa forme définitive, pourrait en réalité faire allusion aux réticences du peuple face à l'invitation qui lui est faite, après plusieurs générations d'exil, de rentrer en Judée.

Les récits post-exiliques désignent par l'expression « peuple du pays » les habitants de la Judée que trouvent les exilés à leur retour, et qui bénéficient de droits politiques équivalents aux leurs. Le « peuple du pays » est perçu comme une menace contre l'identité religieuse du peuple de Juda - la gola - qui a connu l'exil.

La politique de séparation vis-à-vis des étrangers est loin de faire l'unanimité dans l'Israël d'après l'exil. Le livre de Ruth présente de manière positive le mariage étranger d'un Judéen et d'une Moabite. Le Deuxième Isaïe (Is 40-55) voit en Cyrus - un païen - le médiateur, choisi par Dieu, du salut, dont bénéficie Israël, et allant jusqu'à lui attribuer le titre royale de messie (Is 45,1). Le livre de Jonas est une composition post-exilique dont l'universalisme s'exprime dans les personnages païens qu'elle met en scène : les marins, la ville de Ninive qui se convertit et est ainsi sauvée.

Source : « Cahiers Évangile » - Le Pentateuque (Editions du Cerf)

Posté par Silverside le 29.05.08 à 21:10 - Commentaires (0) - Présentation

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