Igor Brevnjovski : Chronique d'un homme en exil

La Deuxième Guerre Punique (III) : Le Tessin et la Trébie (218)

Franchir les Alpes à mi-octobre, sous le harcèlement des autochtones, alors que les premières neiges de l'automne tombent, se révèle terriblement éprouvant: 25 éléphants y meurent, au cours des 9 jours de montée et des 6 jours de descente (18 jours en tout, si l'on suit Tite-Live), et deux autres meurent quelques jours après. (Selon d'autres sources, des éléphants survécurent au moins jusqu'à la Bataille de la Trébie). Après cinq mois de trajet, c'est une armée épuisée qui arrive en Italie, bien accueillie par les Gaulois : 20000 fantassins et 6 000 cavaliers.

Rome est contrainte de réviser son plan de manœuvre : Publius Cornelius Scipion doit rebrousser chemin à Marseille avec une partie de son armée, l'autre partie naviguant vers l'Espagne sous le commandement de son frère, Gnaeus Cornelius Scipio Calvus. L'armée du consul Sempronius revient de Sicile où elle stationnait.

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Les Batailles du Tessin et de la Trébie (218)


La bataille du Tessin

D'après Polybe, « Publius [Cornelius Scipion] s'était déjà avancé au-delà du Pô, et, pour passer le Tessin, il avait ordonné que l'on y jetât un pont. En attendant qu'il fût achevé, il assembla le reste de ses troupes et les harangua : Hannibal est dans l'Italie, mais la plus grande partie de son armée est ensevelie sous les neiges des Alpes, et ce qui en est échappé est dans un état à n'en pouvoir attendre aucun service. La plupart des chevaux ont succombé à la longueur et aux fatigues de la marche, et le peu qui en reste ne peut être d'aucun usage.

Le lendemain les deux armées s'avancèrent l'une contre l'autre le long du Tessin, du côté qui regarde les Alpes, les Romains ayant le fleuve à leur gauche, et les Carthaginois à leur droite. Le second jour, les fourrageurs de part et d'autre ayant donné avis que l'ennemi était proche, chacun campa dans l'endroit où il était. Le troisième, Publius avec sa cavalerie, soutenue de troupes armées à la légère, et Hannibal avec sa cavalerie seule, marchèrent chacun de son côté dans la plaine pour reconnaître les forces l'un de l'autre.

Quand on vit, à la poussière qui s'élevait, que l'on n'était pas loin, on se mit en bataille. Publius met en avant les vélites avec la cavalerie gauloise, range le reste sur le front, et avance au petit pas. Hannibal vint au devant de lui, ayant au centre l'élite des cavaliers à chevaux bridés, et la cavalerie numide sur les deux ailes, pour envelopper l'ennemi. Les chefs et la cavalerie ne demandant qu'à combattre, on commence à charger.

  1. Au premier choc les troupes armées à la légère eurent à peine lancé leurs premiers traits, qu'épouvantées par la cavalerie carthaginoise qui venait sur eux, et craignant d'être foulées aux pieds des chevaux, elles se retirèrent entre les intervalles des turmes, pour se reformer sous leur protection. Les deux corps de bataille s'avancent ensuite, et en viennent aux mains.

  2. Le combat se soutient longtemps à forces égales. De part et d'autre beaucoup de cavaliers mirent pied à terre, de sorte que l'action fut d'infanterie comme de cavalerie. Pendant ce temps-là les Numides, tournant les ailes, tombent sur l'infanterie légère qui était derrière les escadrons, la culbutent, prennent à dos la cavalerie elle-même, et la mettent en fuite. Les Romains perdirent beaucoup de monde dans ce combat.

La perte fut encore plus grande du côté des Carthaginois. Une partie des premiers s'enfuit en déroute. Le reste se rallia auprès du consul. »

La cavalerie romaine, se voyant cernée, commence à fuir par petits groupes. De justesse, Scipion blessé parvient à s'échapper. Tite-Live aime à croire qu'il fut sauvé par son propre fils âgé de 17 ans, nommé lui aussi Publius Cornelius Scipio (le futur Scipion l'Africain) et futur vainqueur de la bataille de Zama. Après cet échec, le Romain préfère repasser le Pô et s'installe à la Trébie. Hannibal installe son camp à une dizaine de kilomètres de Plaisance.


La bataille de la Trébie

Après sa défaite dans l'engagement du Tessin, Publius Cornelius Scipio s'était replié sur la Trébie où il attendait le renfort de l'autre consul, Tiberius Sempronius Longus. Avant que ce dernier ne le rejoigne mi-décembre, Scipion subit des défections parmi ses alliés gaulois tandis qu'Hannibal accumulait au contraire les ralliements de guerriers celtes.

Entre le campement des deux armées coule un ruisseau, renfermé de toutes parts, dans les rives profondes et couvertes d'herbe marécageuse, de broussaille. Hannibal le remarque, et dit a son frère Magon de choisir mille cavaliers et mille fantassins parmi les plus braves et de les embusquer ici.

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Bataille de la Trébie (218)

À l'aube, Hannibal envoie sa cavalerie Numide (1800 cavaliers) franchir la Trébie et provoquer les Romains.

  1. Tiberius Sempronius Longus improvise aussitôt une sortie mal préparée. La cavalerie sort en premier, suivie de l'infanterie en désordre. Sous la neige, les Romains traversent les eaux glaciales de la Trébie qui gonflées par la pluie et la neige, leur arrive jusqu'aux épaules. Ils en ressortent épuisés et frigorifiés, pouvant d'après Tite-Live à peine tenir leurs armes. En face, les Carthaginois s'étaient préparés à combattre dans le froid en allumant des feux et en se couvrant d'huile. Outre la troupe en embuscade de Magon, Hannibal répartit ainsi ses forces : les frondeurs des Baléares en avant (8000 hommes), l'infanterie au centre et deux ailes de 5000 cavaliers, avec à leur tête les éléphants. Tiberius Sempronius Longus disposa ses troupes selon l'ordre de bataille romain habituel : l'infanterie (18000 Romains et 20000 alliés) au centre, sa cavalerie (6000) étant en train de poursuivre les numides.

  2. Le combat débute par un affrontement entre la cavalerie numide qui a attiré les Romains qui fait volte face et attaque la cavalerie romaine à sa poursuite. Surpris, les cavaliers romains se battent, mais Spicion leur ordonne le repli et les distribue sur ses deux ailes. La bataille commence vraiment quand l'infanterie romaine monte à l'attaque des frondeurs des Baléares, obligeant Hannibal à les replier sur les ailes. Ce mouvement a pour effet de déborder totalement la cavalerie romaine, engagée déjà en sous nombre face à la cavalerie carthaginoise. Les éléphants effrayant les chevaux, l'avantage tourne vite dans le camp d'Hannibal.

  3. Au centre, le combat est équilibré, l'infanterie romaine est épuisée par sa traversée des eaux mais sa valeur et son nombre lui permet de tenir tête aux carthaginois. Lorsque la cavalerie romaine est mise en déroute, les frondeurs encerclent les flancs de l'infanterie romaine et la crible de traits tandis que les éléphants se portent au centre. A ce moment, Magon sort de sa cachette et attaque l'arrière de l'armée romaine déjà malmenée. Les éléphants attaquent ensuite les auxiliaires romains qui paniquent et s'enfuient. Démoralisée par la fuite des auxiliaires, l'armée romaine est mise en déroute. Les fantassins se sauvent comme ils le peuvent, retraversant le lac ou fuyant dans les bois. Ceux qui réussirent à s'enfuir prirent la route de Plaisance ou retournèrent dans le campement.

Les pertes carthaginoises étaient faibles, mais la plupart des éléphants moururent de leurs blessures à cause du froid. Les jours suivants, Hannibal fait poursuivre les Romains par les cavaliers numides restant, mais garde le reste de son armée auprès de lui, car des pluies torrentielles se mirent à tomber et son armée avait besoin de repos. Le sénat commence à prendre conscience de l'ampleur du danger qu'est Hannibal à cause de ce désastre.

Source :
- http://www.apollonia.com.tn/polybe.html
- http://www.apollonia.com.tn/polybe3_13.html
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Tessin
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_la_Tr%C3%A9bie

Posté par Silverside le 24.04.08 à 00:10 - Commentaires (0) - Les Guerres Puniques

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