La Deuxième Guerre Punique (VII) : Le Conflit en Espagne
« Tous ces événements, tous ces préparatifs qui occupaient l'Italie ne ralentissaient nullement la guerre d'Espagne, où les Romains jusqu'alors avaient été plus heureux. Les deux Scipions, Publius et Cnéius, s'étaient partagé les troupes. Cnéius commandait l'armée de terre, et Publius la flotte. Hasdrubal, le général carthaginois, peu confiant dans ses soldats et dans sa flotte, se tenait loin de l'ennemi, à une distance et dans des positions où il n'avait rien à craindre. Après de longues et pressantes prières, il avait enfin obtenu d'Afrique un renfort de quatre mille fantassins et de cinq cents chevaux. »
Plan de la seconde Guerre Punique
L'offensive romaine en Espagne
A Dertosa, en - 215, Hasdrubal marche avec une armée de 30 000 soldats, espagnols pour moitié et rencontre les frères Scipio (Gnaeus et Publius Scipio) et leurs 6 légions (30 000 soldats romains et alliés italiens accompagnés d'un millier d'auxiliaires espagnols).
Hasdrubal imite le dispositif de Cannes, et place l'infanterie celtibère au centre, flanquée aux ailes de l'infanterie lourde africaine et la cavalerie espagnole et libyenne à gauche, les Numides à droite.
Le centre romain est bien plus fort que son adversaire et il remporte la décision en "cassant" l'infanterie espagnole avant que la cavalerie carthaginoise se défasse de son ennemi, inférieur en nombre (3 000 contre 4 000).
Cette défaite fait basculer de nombreux chefs Celtibères et Magon, prêt à prendre la mer pour rejoindre Hannibal, avec 12 000 fantassins, 1 500 cavaliers et 20 éléphants est détourné vers l'Espagne. Il évite un plus grand désastre pour Carthage et permet à Hasdrubal de reconstituer son armée.
Les frères Scipio fortifient Tarragone et attaquent les Carthaginois en Andalousie. En - 214, ils reprennent Sagonte, et combattent jusqu'aux colonnes d'Hercule. Vers - 213, ils entrent en relation avec Syphax, le puissant roi des Masaesyles et envoient quelques officiers romains former ses troupes. Et bientôt, Syphax provoque un tel esprit de révolte chez les sujets libyens de Carthage qu'Hasdrubal doit revenir en Afrique avec ses meilleurs soldats. Un conflit se déclare en Afrique, le roi des Massyles Gaïa ennemi de Syphax prend parti pour Carthage et son fils Massinissa réussit à battre Syphax et à l'obliger à faire la paix. enfin en - 211, Hasdrubal peut revenir en Espagne avec de nouveaux renforts et Massinissa. Au total, les troupes carthaginoises en Espagne comprennent 35 000 fantassins, 6 000 cavaliers et 30 éléphants. Pendant l'absence d'Hasdrubal, les Scipio ont pu piller le pays et inciter les Espagnols à les rejoindre.
Réaction d'Hasdrubal
C'est au tour des Romains d'être délaissés par leur capitale et, sans renforts, ils sont surclassés par les troupes carthaginoises. Pour tenter de rester, ils engagent 20 000 Celtibères, puis divisent leurs troupes en 3 corps pour faire face à Hasdrubal Barca, Magon et Hasdrubal, fils de Giscon.
Gnaeus Scipio commande les Celtibères et un contingent de Romains et poursuit Hasdrubal qui avec 2 fois moins de troupes, réussit à corrompre les Celtibères qui abandonnent Gnaeus. Ce dernier doit retraiter. Le corps romain, commandé par Publius Scipio, marche vers Magon qu'il trouve près de Castulo, renforcé du 3ème corps punique et de la cavalerie de Massinissa. Cette dernière marque des points et enveloppe le camp des légionnaires. Publius tente une sortie audacieuse. Les légionnaires sont d'abord victorieux mais la cavalerie numide intervient et lui coupe la retraite. L'infanterie carthaginoise se regroupe. Le proconsul est tué et c'est un désastre pour les 23 000 romains. Ces deux combats ont lieu dans la vallée du Guadalquivir.
Gnaeus ignore le sort de son frère et les troupes puniques convergent vers lui. Gnaeus voulant éviter le combat s'installe sur une colline près d'Ilorca ou Ilurci. Attaquée par les 3 corps carthaginois, la cavalerie numide bloquant toute retraite, les soldats romains résistent sur une colline dégagée mais sont anéantis avec leur chef.
Les Carthaginois récupèrent le terrain jusqu'à l'Ebre et sont capables de franchir le fleuve et de se connecter avec l'Italie. Mais Gaius Marcus, un officier de Gnaeus Scipio, rescapé de la bataille d'Illorca avec une petite troupe, a rassemblé les soldats éparpillés et les garnisons. Elu par les soldats, le nouveau chef profite de la jalousie entre les commandants puniques et les refoule sur l'autre rive de l'Ebre. La ligne est maintenue jusqu'à l'envoi par Rome d'une solide légion de 12 000 soldats commandées par le propréteur Claudius Neron.
A la fin - 211, la situation en Espagne est revenue au point de départ d'Hannibal. L'Ebre sépare les Romains au Nord des Carthaginois au Sud.
Publius Cornelius Scipio Africanus
« Le sénat et le peuple romains, depuis la réduction de Capoue, tenaient leur attention fixée sur l'Espagne autant que sur l'Italie. On voulait renforcer l'armée, y envoyer un général ; mais on ne savait à qui donner cette mission. Deux grands généraux ayant succombé là dans l'espace de trente jours, on voulait pourvoir à leur remplacement avec un soin tout particulier. Comme les avis étaient partagés entre plusieurs personnages, le sénat finit par renvoyer aux comices du peuple l'élection du proconsul destiné pour l'Espagne, et les consuls fixèrent le jour de l'assemblée.
D'abord on s'était attendu que ceux qui se croiraient dignes d'un commandement si important offriraient leurs noms: cet espoir que l'on vit trompé renouvela la douleur du désastre qu'on avait éprouvé et les regrets qu'avait fait naître la perte des deux généraux. Plongé dans cette affliction, sans résolution arrêtée, le peuple n'en descendit pas moins au Champ de Mars le jour de l'assemblée; tous les yeux sont tournés vers les magistrats, vers les principaux citoyens qui se regardent les uns les autres; on déplore que la situation des affaires de la république soit tellement perdue et désespérée que personne n'ose accepter le commandement de l'Espagne.
Tout à coup P. Cornélius, fils de celui qui avait péri dans cette contrée, jeune homme âgé d'environ vingt-quatre ans, déclare qu'il brigue cet honneur, et s'arrête sur un lieu élevé, d'où l’on pouvait l'apercevoir. »
Scipion l'Africain
« Tous les regards se fixent sur lui; des cris et la faveur du peuple semblent dès ce moment présager à son commandement des succès et des victoires. Lorsque ensuite on alla aux voix, le suffrage unanime des centuries et de chaque citoyen conféra à P. Scipion le commandement de l'armée d'Espagne. Mais quand l'élection fut terminée, que les transports et l'ardeur de l'enthousiasme furent refroidis, le silence régna dans l'assemblée; cette triste réflexion s'empara des esprits: qu'avait-on fait? la faveur ne l'avait-elle pas emporté sur la raison? L'âge de Scipion causait surtout ce repentir: plusieurs redoutaient aussi la fortune, le nom de sa maison, en le voyant partir, couvert du deuil de deux parents, pour une province où il aurait à combattre au milieu des tombeaux d'un père et d'un oncle. » (Tite-Live, Livre XXVI-18)
Scipion en Espagne
Publius Cornelius Scipio est déclaré Proconsul en Espagne, en 211 av. J.-C., à 24 ans. Il rassemble les restes des armées romaines et avec les recrues amenées avec lui, il se lance à la reconquête de l'Espagne.
Après des escarmouches contre les Carthaginois, il prend la Nouvelle Carthage (Carthagène), en 209 av. J.-C.. Cette victoire lui permet de mettre la main sur un riche butin, en or, en provisions et en armes. Il libère les otages des diverses tribus espagnoles gardées par Hasdrubal pour s'assurer de la fidélité de ces tribus. Grâce à cela il rallie les Celtibères (voir l'épisode du chef ibère Allutius qui a donné lieu au thème de La Continence de Scipion, sujet de plusieurs tableaux).
De là, il mène ses troupes contre les armées Carthaginoises et en 208 av. J.-C. il triomphe d'Hasdrubal à Bécula, en Andalousie, alors que celui-ci quittait l'Espagne pour rejoindre son frère Hannibal en Italie. Après plusieurs batailles victorieuses, il conquiert toute l'Andalousie, en 207 av. J.-C..
Dans le même temps il traite avec le roi numide Syphax. En 206 av. J.-C., il doit faire face à une mutinerie d'une partie de son armée, qui réclamait sa solde et croyait Scipion, alors malade, aux portes de la mort. Il rétablit la situation et punit de mort les meneurs. Il doit aussi affronter le soulèvement de tribus ibériques qu'il vainc à l'automne 206. Afin de montrer sa bonne volonté et de pacifier l'Espagne, il ne sévit pas contre les vaincus et exige seulement un tribut, pour payer la solde de ses soldats.
Après la soumission de Gadès (Cadix) et l'alliance avec Massinissa, il rentre à Rome à l'automne 206 av. J.-C., couvert d'une gloire immense.
Source :
- http://pagesperso-orange.fr/miltiade/guerpunique_2eme.htm
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Deuxi%C3%A8me_guerre_punique
- http://bcs.fltr.ucl.ac.be/LIV/Intro.html
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Scipion_l%27Africain
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