L'Apogée de l'Assyrie (IV) : Assurbanipal (669-627)
Après la mort d'Assarhaddon, il n'y eut pas de troubles de succession. La question avait en effet été réglée par le souverain, qui craignait à juste titre le problème, et il avait décidé de confier son trône à son second fils Assurbanipal, et de donner celui de Babylone à son aîné Shamash-shuma-ukîn. Les membres de la famille royale, ceux de la cour, et les sujets d'Assyrie, ont tous du prêter serment, et jurer qu'ils respecteraient ce choix. Ainsi, la succession se passa sans heurts.

L'Empire Assyrien sous Assurbanipal
La conquête de l'Egypte
Assurbanipal sera l'un des plus brillants souverains assyriens. Préparé à cette tâche depuis sa naissance, il saura se montrer digne de ses plus illustres ancêtres. La situation de l'Empire est relativement calme en 669, lorsqu'il prend le pouvoir. Aussi, il peut entreprendre de suite la reconquête de l'Égypte, perdue un an plus tôt.
Il envoie donc son turtânu sur la terre des pharaons. Celui-ci reprend Memphis sans difficultés, faisant fuir Taharqa. Mais comme le pays n'est pas encore complètement soumis, puisque le sud n'est pas conquis, Assurbanipal prépare une grande armée, qu'il envoie à la conquête de Thèbes, la capitale de la Haute Égypte.
C'est alors qu'une tentative de rébellion égyptienne avorte, obligeant Assurbanipal à changer de politique. Il décide donc de mettre un Égyptien qu'il juge fable, Necho, sur le trône de ce pays, tout en laissant son armée dans le nord. Et il fut très avisé en cela. Car si le roi ne se révolta pas, le fils de Taharqa, Tanutamon, organisa une contre-attaque en 664, et réussit une percée vers Memphis, avant d'être vaincu par l'armée assyrienne, qui se dirigea aussitôt sur Thèbes, et détruisit définitivement la cité.
La situation dans le reste de l'Empire n'en restait pas moins préoccupante. Ainsi, Assurbanipal dut envoyer plusieurs fois ses troupes en Phénicie et en Palestine, ainsi qu'en Iran, contre les Élamites et les Mèdes, et même au nord contre les Cimmériens
La situation s'aggrava en 653, lorsque Psammétique prend le pouvoir en Égypte, et chasse les Assyriens.
L'Elam et Babylone
Cet évènement tombait bien mal pour les Assyriens, puisque leur plus farouche ennemi, l'Élam, se faisait de plus en plus agressif, et était un objectif plus prioritaire que la lointaine Égypte. Une seconde offensive contre ce pays se solda par une victoire assyrienne, et qu'un souverain favorable à ces derniers fut mis sur le trône d'Élam.
Aussitôt, la plus grande révolte que subit l'Empire Assyrien commença à Babylone, où Shamash-shumi-ukîn, après seize années de calme, se souleva contre son frère. Il avait bien sur reçu le soutien des Elamites, peu fidèles à Assurbanipal, mais aussi celui des peuples du Levant, et des Arabes.
Cette guerre terrible dura plus de trois années, au cours desquelles les adversaires se rendirent coup pour coup, avant que les Babyloniens ne finissent finalement vaincus, et que Shamsh-shumi-ukîn, assiégé dans sa capitale, ne mette le feu à son palais avant de s'y jeter dedans. Le trône de Babylone revint à Kandalanu, un homme de confiance d'Assurbanipal, qui restera fidèle jusqu'au bout aux Assyriens
Après ce conflit, Assurbanipal décida de châtier tous ceux qui avaient aidé les Babyloniens. Il ravagea d'abord le pays des Arabes, en plein désert, avant de se lancer vers l'Élam. Après une guerre longue et complexe, qui dura plus de trois ans, Suse, capitale de l'Élam, fut prise, et pillée, comme tout les pays élamite. Celui-ci ne s'en relèvera jamais, et les Perses s'installèrent en ces lieux petit à petit.
La Fin de l'Empire Assyrien
Après plus de six ans de batailles dans le sud de son Empire face aux Babyloniens et aux Élamites, Assurbanipal était au sommet de sa puissance. Mais l'Égypte était perdue, et partout les peuples soumis se préparaient à se soulever contre l'envahisseur, qui n'est pas accepté malgré une probable baisse de la rigueur de sa domination.
La situation de l'Assyrie même à la fin du règne d'Assurbanipal paraît assez difficile.
Marquées par les guerres, qui ont causé de nombreuses pertes, ainsi que les déportations, les campagnes semblent en crise, notamment du point de vue démographique, mais aussi économique.
Les grandes agglomérations du pays sont des centres de consommation très importants, et l'approvisionnement y est difficile, ce qui provoque une forte inflation.
De plus, la situation à la tête du pouvoir ne s'est pas stabilisée. Les rivalités de cour continuent, et les souverains doivent toujours se méfier autant de leur entourage que des pays vassaux.
Alors qu'en 647 l'Assyrie était au faîte de sa gloire, en 627, elle est au bord de l'explosion. Cette période qui fut semble-t-il assez trouble, aura vu la montée en puissance des Mèdes en Iran, et des Scythes.
Là est le problème qui va affaiblir l'Assyrie : si l'Ouest (le Levant), le Sud-est (l'Élam) et le Sud (la Babylonie) sont soumis et bien défendus, la frontière Nord-ouest (le Haut Tigre et le Zagros occidental) sont des espaces à la merci de ces deux peuples. A la mort du roi, les Cimmériens jettent le trouble en Cilicie, tandis que les Mèdes se font menaçants.
Les soulèvements
C'est son fils Assur-etil-ilani (627-623) qui succède à Assurbanipal à sa mort en 627 (il règne probablement depuis 630, son père s'étant sans doute retiré du trône avant son décès), assez proche de celle de Kandalanu à Babylone. C'est du nord et du sud que viendront les problèmes.
Peu après sa montée sur le trône, le jeune roi doit affronter les hordes Scythes qui ravagent l'Urartu, et se dirigent vers l'Assyrie. Il semble cependant qu'ils furent détournés vers l'Egypte de Psammétique, où ils seront arrêtés, non sans avoir semé la désolation sur leur passage.
Mais c'est de la Babylonie que viendra le début de la fin. Sîn-shar-ishkun, autre fils d'Assurbanipal, avait probablement été nommé roi de Babylone, et se soulève contre son frère. Au même moment, le gouverneur chaldéen de la région du sud (le Pays de la Mer, autour d'Isin), Nabopolassar, se soulève à son tour, ainsi qu'un personnage nommé Sîn-shum-lishir, qui règne quelques temps autour de Nippur.
Dans le sud, Sîn-shar-ishkun (623-612) fait mieux que résister puisqu'il tue son frère venu le combattre directement en 624. Mais il décida alors de repartir à Ninive, pour se faire couronner roi d'Assyrie plutôt que de laisser un autre le faire à sa place, laissant le champ libre à Nabopolassar en Babylonie. Ce dernier profita de l'aubaine, et obligea Sîn-shar-ishkun à venir l'affronter, tandis que tout l'Empire Assyrien vacillait.
La révolte de Babylone avait en effet eu des répercussions partout dans le royaume, et peu à peu tous les vassaux de Ninive reprirent leur indépendance sans aucun problème, puisque l'armée assyrienne (du moins ce qu'il en restait), était occupée en Babylonie. Nabopolassar tint tête à son adversaire, qui vit son Empire se désagréger encore plus.
La chute de Ninive
Cette situation suscita l'intérêt du souverain Mède Cyaxare, qui désirait profiter de la faiblesse de l'Assyrie pour enfin donner de la splendeur à son royaume, qu'il avait étendu en soumettant les peuples iraniens (dont les Perses) quelques années auparavant.
Il sollicita ainsi l'alliance de Nabopolassar, qui accepta. Sîn-shar-ishkun n'avait alors plus d'autre choix que celui de combattre, puisqu'il ne pouvait plus tenter de faire la paix avec le Chaldéen, ce qui lui aurait laissé l'opportunité de reprendre le contrôle de ses anciens pays vassaux. Mais ses adversaires avaient décidé sa fin et celle de son Empire. Nous sommes en 616.
Face à ces ennemis, les Assyriens ne pouvaient plus tenir. Dans le sud, Nabopolassar progressait, tandis que les Mèdes, qui attaquaient au nord, firent tomber la ville d'Assur en 614. Ils furent rejoints par Nabopolassar, qui avait réussi à chasser Sîn-shar-ishkun de la Mésopotamie Centrale. Cette jonction en Assyrie même en disait long sur le sort que les deux alliés réservaient à ce pays : ils avaient décidé la fin de cet Empire trop arrogant.
Kalakh tomba peu après, avant que Ninive ne s'effondre définitivement en 612. Sîn-shar-ishkun mourut vers ce moment, et un des ses généraux, Assur-uballit (612-609), prit le flambeau, et amena les dernières troupes assyriennes à Harran, plus au nord.
Là, ils résistèrent jusqu'en 609, date à laquelle les Babyloniens et les Mèdes anéantirent les dernières poches de résistances assyriennes. C'en était fini du grand et puissant empire qui avait terrorisé tout le Moyen-Orient pendant plusieurs siècles ...
Plus qu'une simple défaite, celle-ci marqua définitivement la fin de la nation assyrienne ancienne. Après 609, seule la ville d'Assur redeviendra une bourgade d'importance mineure. Mais les pays était ruiné, et ne sortit pas de cette situation économique désastreuse avant longtemps. Dans cette situation, le prestige de la puissante Assyrie retombera rapidement, pour ne plus être qu'un lointain souvenir relayé par la Bible et quelques auteurs classiques.
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