La Religion Grecque (I) : Apollon
Il peut être considéré comme l'incarnation même de l'esprit grec. En lui se résume tout ce qui distingue les conceptions des Grecs de celles des autres peuples, les barbares : le culte de la beauté sous toutes ses formes (beauté de l'art, beauté de la poésie, de la musique, de la jeunesse, des saines conceptions). Il représente avant tout l'amour des Grecs pour l'intelligible, le déterminé, l'harmonie, la mesure (comme le signalent certaines des devises du dieu, inscrites sur le temple de Delphes : Connais toi toi-même - Rien de trop - Domine-toi - Hais l'insolence - Reste dans les limites).
Source : Histoire Grecque Antique
A. Les origines du dieu
Apollon est le fils de Zeus et de Latone (Lètô). Sa sœur jumelle est Artémis. Il est né à Délos, au sommet du Cynthe où Latone, poursuivie par la colère de Héra se serait réfugiée. D'après une tradition autre, Latone serait venue à Délos sous la forme d'une louve et des loups, après la naissance d'Apollon et Artémis, l'auraient conduite en Lycie (littéralement, le pays des loups), auprès du fleuve Xanthos (c'est-à-dire le blond, comme Apollon).

Apollon ne doit pas être un Hellène pur. On n'a pas trouvé à son nom d'étymologie convenable. On a songé à apellai, les bergeries, appellazô, réunir (au sens politique). Les Grecs eux-mêmes considéraient Apollon comme une acquisition récente.
Origine crétoise :
Délos a toujours eu, surtout dans les siècles primitifs, de très nombreux rapports avec la Crète et les marins crétois avaient un point d'attache au port de Délos, Krisa. Une thèse veut que ce soient des marins crétois qui aient introduit à Krisa, puis à Delphes, le culte d'Apollon. Leur bateau fut guidé par un animal, le dauphin, en grec delphis ; Apollon est dit delphinios. Delphes a-t-il donné delphinios ou delphinios Delphes ? Cette histoire est peut-être un aition. Aujourd'hui, cette hypothèse crétoise n'est pas retenue.
Origine asiatique :
Elle s'appuie sur l'épithète d'Apollon lukeios, le Lycien - Lykeios veut aussi dire loup. Rappelons-nous la forme prise par Latone, le fait que ce soient des loups qui aient emmené Lèto en Lycie. On immolait des loups à Apollon, dieu des troupeaux et des bergers. Dans l'Iliade, Apollon est du côté des Troyens, qui sont asiatiques, et un chef de l'armée troyenne, Pandaros, Lycien lui- même, invoque Apollon.
Le dieu est dit aussi lètoïdès, fils de Lèto, et Hérodote nous dit que les Lyciens prenaient le nom de leur mère. Certains assimilent Lèto à une déesse lycienne, Lada. Lors de la guerre de Troie, les Grecs aussi invoquent Apollon comme ils invoquent chaque divinité redoutable, même défavorable.
Il est certain qu'Apollon et Artémis sont adorés à l'époque classique ensemble, comme divinités parentes, à la mode asiatique. C'est en Asie que se trouve le plus grand temple d'Apollon, Didymes. On a trouvé des inscriptions hittites à un Apollonas, divinité des portes (pulai), or Apollon était un dieu du seuil.
Origine nordique :
Apollon est un ouranien. C'est le dieu des troupeaux, des pasteurs nomades venus du Nord. Le cygne est aussi un attribut d'Apollon. C'est un oiseau septentrional. Autre symbole d'Apollon, l'ambre.
Cette hypothèse s'appuie sur la tradition qui rattache Apollon aux Hyperboréens et le fait venir d'un endroit quelconque du Nord, où il avait été trouvé. Un poème d'Alcée nous dit que Zeus avait désigné Apollon pour aller à Delphes et pour être le législateur des Hellènes. Pour ce voyage, Zeus lui donna comme moyen de locomotion des cygnes, et Apollon se rendit chez les Hyperboréens au lieu d'aller à Delphes, où il finit cependant par se rendre pour rassembler les populations.
B. Apollon et Dionysos
Il est manifeste qu'un grand dieu panhellène de cette importance et de cette universalité a absorbé en lui-même des divinités ou des éléments de divinités d'origines très variées. La synthèse finale dépasse très largement cette somme d'acquisitions diverses. Elle nous apparaît pleine de grandeur et de vie.

Dieu de la forme, dieu de l'harmonie, dieu de la mesure, Apollon s'oppose catégoriquement à Dionysos. Les deux divinités semblent deux pôles de l'esprit grec. Cependant certains, à la fin du XIXe siècle prétendirent qu'ils n'étaient pas si opposés que cela.
La Pythie, l'extase, ont une origine dionysiaque. Pourtant, pas de suite orgiastique chez Apollon. Dionysos est un dieu avec lequel les fidèles s'identifient pendant l'extase. Apollon n'exige de ses fidèles aucune initiation et son culte n'est pas un culte de mystères. Il semble qu'il n'y ait pas eu interpénétration. Cependant, un problème ce pose : cette question de l'extasis.
L'extasis pouvait permettre une comparaison entre Apollon et Dionysos. Mais l'extasis est dès le départ inhérente au culte d'Apollon et n'a jamais été empruntée aux rites de Dionysos. Pas d'élément orgiastique autour d'Apollon. Dans le culte d'Apollon, pas d'union avec le dieu, pas d'initiation. Il n'y a pas là de point commun et les deux restent opposés.
Il n'en est pas moins vrai que l'extase a permis une réconciliation entre Apollon et Dionysos, réconciliation d'ennemis au départ farouches. Elle a bien eu lieu et ceci est extrêmement important pour toute la civilisation grecque. Elle s'est manifestée par l'adoption de Dionysos dans le panthéon hellène, par la création de l'gendes, d'aitia. Dans son adoption, Dionysos a eu un parrain, un garant, Apollon.
C'est ce qui explique qu'à la fin du Ve siècle, Apollon et Dionysos finissent par s'interpénétrer. Déjà Eschyle, parlant d'Apollon, disait " le dieu couronné de lierre ". Or le lierre est un des attributs essentiels de Dionysos. Euripide dit " le seigneur Bacchos, amant du laurier, Apollon à la lyre mélodieuse… ". Une véritable fusion. Dionysos, au IVe siècle, est adoré à Delphes.
Cette fusion est la réconciliation des deux pôles de l'esprit grec. Le pôle d'Apollon est celui de la rigueur, de la pureté des lignes et des formes, de la logique et de l'harmonie. Le pôle dionysiaque est celui de la joie délirante, de l'exubérance et du mysticisme.
C. Les fonctions d'Apollon
Fonctions législatives :
Apollon est un dieu législateur et interprète des lois. Jusqu'au Ve et au IVe siècles, il était absolument logique pour les législateurs grecs de fonder leur œuvre sur les décrets divins. Pour sonder les volontés des dieux, les Grecs consultaient les oracles, et surtout celui d'Apollon à Delphes. C'est ainsi que beaucoup d'états passaient pour avoir reçu leur constitution d'Apollon (Sparte, dont la constitution aurait été donnée par Delphes à Lycurgue ; les lois de Dracon d'Athènes, sur le meurtre et l'homicide, inspirées par des idées delphiques, - Aristote affirmant que Clisthène donna aux dix tribus d'Athènes le nom des héros que la Pythie avait choisis).
En plus de l'oracle, il avait des ministres connus sons le nom d'exègètai, qui expliquent et qui conseillent. Apollon conduisait, conseillait les états et les simples citoyens : les theopropoi - prophètes - à Sparte parlaient au nom du dieu ; les exègètai, à Athènes. Ils réglementaient une quantité de questions religieuses (tout ce qui concerne les temples, la liturgie, les sacrifices), indiquaient les purifications nécessaires aux meurtriers ou à ceux qui avaient été mêlés à un meurtre. En temps habituel, ils s'occupaient aussi des affaires courantes, et participaient à l'interprétation de la loi.
Apollon, par ces exègètai est donc le grand patron du droit, des statuts religieux ; il est l'interprète suprême de la loi.
L'homicide et le meurtre :
La nécessité d'une purification, même en cas de légitime défense, s'est toujours imposée aux Grecs, et c'est Apollon qui est le purificateur. Ce point est très important : il explique qu'Apollon soit l'un des rares dieux dont le regard se tourne vers la terre, un dieu qui intervient dans la vie même des hommes.
La pureté et le beau :
Apollon est le dieu de la pureté et du beau ; il est phoïbos, le purificateur.
Apollon est le dieu de l'intelligence utile, de l'intelligence qui soulage. C'est un dieu de la médecine. Il fait naître les maladies, mais il a aussi le pouvoir de guérir, c'est-à-dire de purifier le corps. A la fin de la peste d'Athènes, au début de la guerre du Péloponnèse, les Athéniens consacrent sa statue sous l'épithète d'épicourios, secourable.
La pureté morale et la pureté physique, c'est-à-dire l'harmonie - un corps souffrant est sans harmonie - c'est aussi l'art. Apollon est le dieu de la beauté, de l'harmonie, des formes plastiques musicales, il est le dieu de la musique et de la poésie. Il préside le chœur des muses : il est Apollon mousagètos.
La terre et les champs :
Apollon est aussi un dieu terrien et agraire. Son attribut est l'arc, arme d'un dieu chasseur, du dieu d'une tribu qui vit de la chasse. Plus tard, on le retrouve dieu des bois et des grottes. C'est à cet aspect que se rapporte la légende d'un Apollon dieu-loup. On voit par là le passage d'un genre de vie de chasseur à un genre de vie pastoral. Apollon protège les troupeaux et les bergers. Il est adoré avec Pan et les nymphes. Il passe même pour celui qui donne le lait aux brebis : Apollon galazios.
Dieu des troupeaux, de la musique et de la médecine : les trois choses sont étroitement liées. La houlette et la lyre vont toujours de pair. Le berger est aussi guérisseur et musicien. Dieu des arbres, dieu des fleuves, Apollon devient aussi un dieu franchement agricole, un dieu de la culture, avec la sédentarisation des peuples qui adorent Apollon. C'est lui qui fait germer et fructifier les moissons. A Delphes, à Délos, il reçoit les prémices des récoltes.
Plusieurs cités lui offrent des épis d'or. Cette récolte, tandis qu'elle mûrit, est menacée d'ennemis, rouille, mulots, sauterelles. Tous ces maux sont conjurés par le purificateur supérieur. Apollon reçoit alors les qualificatifs d'épisubios, celui qui conjure les rouilles, de sminthios, celui qui conjure le rat des champs. Avant la moisson, on célèbre des fêtes en son honneur. A Delphes, il est alors Apollon sitalchos, celui qui s'occupe de la nourriture.
La mer et les voyageurs :
Il est aussi le dieu des marins qui lui adressent des prières à l'embarquement et au débarquement. Apollon est protecteur des navigateurs, garant des traversées heureuses et protecteur des naufragés, le dieu des escales et des îles. Le dauphin lui est consacré. Apollon, protecteur des voyages est aussi celui des établissements grecs au-delà des mers. C'est lui qui sert de guide à quiconque se met en route et l'on place sa statue au seuil de la demeure, en signe de bon accueil. Il est devenu par là un dieu constructeur de villes. Une vieille légende l'associe à Poséidon.
D. Le culte d'Apollon
Le culte d'Apollon ne comporte que des cérémonies publiques. Nous ne trouvons aucune trace de mystères, de rites secrets, d'initiation. Peu ou pas d'éléments chthoniens.
Un grand nombre de sanctuaires d'Apollon sont tout simplement des grottes. Il y en a de nombreuses dans toute la Grèce, notamment en Attique. Par la suite, on a construit au dieu des temples, ou même des sanctuaires. Le temple est un édifice qui contient la statue du dieu ; le sanctuaire est un espace consacré, qui peut être un simple enclos ou un ensemble de bâtiments consacrés aux dieux : un temple, un théâtre, un stade, des bâtiments pour loger les prêtres...

Parmi ces grands sanctuaires, beaucoup comportent un oracle. En Béotie, Thèbes, Tégyre, Ptoion ; en Asie mineure, Claros, Didymes (attribué à une migration delphique), sans oublier Delphes et Délos.
La Religion Grecque (II) : Dionysos
Depuis sa naissance miraculeuse et tout au long de son histoire, il existe dans sa vie, dans son histoire, dans son culte, quelque chose auquel on ne trouve aucune analogie exacte, de raison plausible ni d'origine soupçonnable, mais des contradictions irritantes, des bestialités archaïques et sauvages, mais une sérénité sublime.
Source : Histoire Grecque Antique
Les fêtes en son honneur se déroulent aussi bien en hiver qu'au printemps ou en été. Les solennités sont aussi bien diurnes que nocturnes. A côté d'un aspect exubérant et joyeux, elles présentent une veine sombre et farouche. Il est représenté comme dispensateur de toute bonne chose aussi bien que comme mangeur de chair crue et dispenseur d'horreur. Il prend des formes humaines, animales ou végétales. Il a des rapports avec la mer. Il préside à des scènes d'hystérie telles qu'on l'appelle le dieu fou, mais en même temps, il est d'une sérénité divine.

A. Les origines du dieu
Des légendes grecques introduisent Dionysos dans le panthéon hellénique : elles firent de sa mère Sémélé une princesse de Thèbes. Elle avait fait, dit-on la conquête de Zeus. Tête de Héra. Héra suggère à Sémélé de demander à Zeus de se manifester sous sa forme la plus divine et la plus majestueuse, ce qui fut fait : elle fut foudroyée. Son fils cependant fut sauvé, tiré du sein de sa mère et placé dans la cuisse de Zeus, et ce fut au terme logique de cette vie on n'ose dire utérine que naquit Dionysos.
Une origine étrangère :
Cette légende n'a pour but que de justifier la présence d'un Dionysos qui n'est pas grec.
La religion de Dionysos est bien une religion étrangère, elle est l'invasion du monde barbare
Tout, dans le personnage, dans ses rites, devait choquer les Grecs. Ces orgies, ces transes collectives, cette hystérie sont à l'opposé de la connaissance de soi-même, de tous les préceptes apolliniens, de la mesure, du goût de l'harmonie. Dionysos est l'incarnation de l'hubris.
Choquants aussi pour les Grecs le rôle et l'attitude des femmes. Choquantes encore les idées sur la mort et la résurrection du dieu, qui sont fondamentalement étrangères à l'esprit grec pour qui tout dieu doit être immortel.
Choquant enfin le culte : pour le riche comme pour le pauvre. Un culte populaire. C'est le petit peuple qui le premier y trouve des satisfactions. Un culte qui admet tout le monde, même les esclaves, c'est difficile à admettre chez des Hellènes.
La marche de Dionysos :
Dionysos est venu d'ailleurs et n'a pas été accepté immédiatement par les Grecs. Dionysos a dû venir à la fois de Thrace par voie de terre et de Phrygie par le relais des îles.
Il a progressé régulièrement vers la sud où son culte a rencontré la religion du Zeus crétois et de sa suite de Courètes. C'est un taureau qui symbolise le Zeus Crétois et c'est aussi une des formes de Dionysos. On assiste donc à une assimilation du Zeus idéen et de Dionysos. Dans les Bacchantes, on invoque ensemble des dieux phrygiens, lydiens, crétois, et satyres, Zeus, Silène, Bacchus et Dionysos sont mêlés.
Il est incontestable que les rapports sont extrêmement étroits entre notre Dionysos et la divinité phrygienne Sabazios, dont le nom devient parfois le nom de culte de Dionysos. Par ailleurs, Sémélé, mère de Dionysos, existe en Phrygie sous le nom de Zémélis. La religion de Dionysos est bien du même type orgiastique que les cultes de la terre-mère et les cortège des Corybantes rappelle le cortège des Satyres, les Grecs ont souvent mêlé les deux. Le verbe korubantô veut dire " être en proie aux hallucinations sacrées ". Attis, l'époux de Cybèle, déesse-mère de Phrygie représente, comme Dionysos, tout l'élément liquide de la nature.
On parle aussi d'une origine thrace. Hérodote nous dit que les seules divinités adorées en Thrace étaient Dionysos, Artémis et Arès. Nous savons, nous que les Thraces, depuis la nuit des temps, adoraient un dieu de la nature, de la végétation, de la chaleur et de la fertilité dont l'attribut était le lierre et qui jouait un rôle essentiel dans la vie des hommes et dans leurs activités agricoles. Le dieu avait un cortège orgiastique, il se plaisait sur les sommets boisés et se recueillait dans des grottes tapissées de lierre. Homère nous le représente bercé par des nymphes. Il aurait été le premier à accoupler des bœufs.
Le plus fameux de ses oracles est celui de Satres et, comme à Delphes, c'est une femme qui répond. La vénération du dieu se manifeste par des transports d'ivresse mystique, à base de vin de Maronée.
La résistance de la Grèce à Dionysos :
Au Ve siècle, Thèbes était considéré comme le centre du culte dionysiaque. Lorsqu'une cité désirait installer le culte de Dionysos, des Ménades étaient dépêchées par Thèbes pour organiser les nouveaux rites, avec l'approbation de l'oracle de Delphes. Mais même à Thèbes, persista une opposition au culte. Trois filles de Cadmos, roi de Thèbes, les trois sœurs de Sémélé niaient la divinité de leur neveu, et le fils de l'une d'elles, cousin germain de Dionysos, Penthée, s'opposait à l'introduction des rites dionysiaques à Thèbes. Dionysos se vengea en envoyant la folie aux femmes de Thèbes qui déchirèrent Penthée, et il causa la folie des filles de Proétos, roi d'Argos.
Une autre légende attique prend pour thème cette résistance. Au temps du légendaire roi Pandion, un devin, Icarios, reçut le dieu lorsque celui-ci vint à Athènes et lui offrit l'hospitalité. Dionysos fut très touché en en signe de reconnaissance apprit à Icarios la viticulture et lui révéla les bienfaits sournois du vin. Icarios fit goûter le vin aux paysans de l'Attique, et ces pasans qui ne buvaient que de l'eau et du lait ressentirent, après avoir avalé le breuvage, des effets curieux. Ils crurent qu'Icarios les avait empoisonnés, le poursuivirent et le tuèrent. La fille d'Icarios se pendit de désespoir. Dionysos fut outré. Il se vengea en frappant de folie les femmes de l'Attique qui allèrent se pendre. Les habitants de l'Attique instituèrent des fêtes en l'honneur de la fille d'Icarios ; des statuettes étaient pendues aux branches des arbres et Dionysos fut accepté.
B. Le culte de Dionysos
Les orgies :
Les orgies sont des cérémonies mystérieuses, réservées à des initiés et destinées à donner l'ivresse divine et à faire d'eux des dieux. Les orgies se déroulaient souvent la nuit. Les femmes n'étaient pas les seules à y participer, mais elles en étaient les actrices principales et les plus assidues. Elles ont pour les mener, un prêtre dont elles forment le cortège (thuasis), un adolescent aux longs cheveux d'apparence efféminée, qui est possédé de l'esprit divin et appelé bacchos. Vêtues de peaux de bêtes, de faon, le thyrse à la main, couronnées de lierre, les zélatrices de Dionysos, les Bacchantes ou Ménades, suivent le prêtre dans les coins les plus sauvages des montagnes, absorbées dans des danses frénétiques et des courses folles. Beaucoup portent un serpent. Leur danse s'accompagne de musique barbare, flûtes de roseau, cymbales, dans une atmosphère incroyable. A cela s'ajoute la lueur fumeuse des torches, et le vin.

La Jeunesse de Bacchus (William-Adolphe Bouguereau)
Vin, musique, danse, conduisent à l'ekstasis, le fait d'être projeté hors de soi. Dans cet état, les adoratrices et les adorateurs avaient des visions et rien ne leur était impossible. La force, l'invulnérabilité des Ménades sont bien évidemment du ressort de l'hystérie. Dans cet état de délire, les Ménades étaient prêtes pour le rite suprême, l'assimilation au dieu, par le repas sacré fait de sang, qui achève l'ivresse, et de chair crue. Ici se sattache le principe fondamental du meurtre rituel.
Le rite de la résurrection :
Dionysos incarne le rite, étonnant pour le primitif, du lever du soleil, mais aussi de la mort et de la résurrection de la végétation. Il est encore plus celui de la germination du grain de blé. C'est le miracle, le drame en plusieurs actes de l'univers. Dionysos incarnera ce drame : mis à mort par ses ennemis, il est rappelé à la vie.
La commémoration de ce retour à la vie est essentielle. Elle se fait au printemps, et plus précisément à l'équinoxe, au moment où le jour devient plus long que la nuit. Les fêtes ne sont pas nécessairement annuelles, elles peuvent être biennales ou triennales, symbole de l'assolement. Le fidèle de Dionysos, alors, accomplit les cérémonies de la résurrection du dieu, mais au-delà, il espère que lui, fidèle de Dionysos, possédé du dieu, obtiendra, à l'image du dieu, la résurrection.
C. Les fonctions de Dionysos
Les fonctions de Dionysos sont nombreuses et faciles à adapter aux rites agraires locaux, puisqu'elles présentent souvent un caractère rural.
Dieu de la végétation :
Dionysos, c'est le dieu de la végétation et d'abord de la végétation sauvage. Il est Dionysos endendros et se manifeste dans la sève. Sa plante préférée est le lierre et son arbre le pin. On suspendait aux branches de pin des masques de Dionysos en terre cuite. Il est ensuite le dieu des vergers et des jardins, de la vigne et du figuier.
Dionysos finit par devenir le dieu de tout principe liquide. Son culte est fréquemment associé à celui des Nymphes. Des sources lui sont consacrées. Il a des temples dans des lieux humides. Il est le dieu de la fécondation. Le taureau est le symbole des transfigurations du dieu.
Dieu du monde souterrain :
Divinité des morts, Dionysos Zagreus donne à ses initiés une éternelle félicité, car ce sont les tanants des sectes secrètes, des mystères, qui ont accueilli Dionysos.
Dieu conducteur des hommes :
Dionysos hègémôn préside à l'organisation de la cité, de l'état, comme à la conduite personnelle de l'homme. Il inspire les hommes et l'ivresse bachique a des rapports étroits avec l'inspiration artistique. Le théâtre, le dithyrambe, la danse viennent de Dionysos. Tous les artistes lyriques, danseurs, acteurs et auteurs se groupent sous le nom d'artistes dionysiaques.
La Religion Grecque (III) : Athéna
Déesse de l'intelligence, de la Raison, des Arts, de la Littérature, Athéna est le type même de la divinité protectrice de la cité, de l'état. A l'époque classique, elle exprime une civilisation intelligente, réfléchie, harmonieuse, claire, que dis-je, transparente, sans mystère ni mysticisme. Sa personnalité pourtant n'est pas simple.

Source : Histoire Grecque Antique
A. Les origines du dieu
Très tôt, nous trouvons le culte d'Athéna dans de très nombreuses régions du monde grec. La déesse est mêlée aux légendes les plus archaïques, au folklore le plus lointain.
Athéna, déesse mycénienne :
Athéna nous apparaît nettement comme une déesse préhellénique ; elle a été alors la divinité protectrice des princes régnants crétois et mycéniens. Parmi les points bien définis, certains, de la religion crétoise et de la religion mycénienne, figurent le culte de la déesse- serpent et des arbres. Or Athéna, même à l'époque classique, a pour compagnon habituel un serpent, et ses rapports avec Erechthée, le roi-serpent, sont particulièrement étroits. Beaucoup d'arbres étaient consacrés à l'Athéna classique, en particulier l'olivier. Elle était devenue la déesse du palais des princes mycéniens, en rapport avec tout un tas de travaux d'intérieur, tissage ou filature.
Athéna, déesse d'Athènes :
A Athènes, Athéna a été une variante de la montagne déesse-mère. Elle vécut donc sur l'Acropole, appelée à l'époque Athènè. Grâce à son locatif, Athénai donne un pluriel justifié par le synoecisme, la réunion de plusieurs bourgades. L'Athéna de l'Acropole s'appelait comme le rocher même. C'était la déesse chthonienne. A ce titre, elle protégera la polis naissante : ce sera Athéna Polias.
A ce titre de déesse-mère, Athéna était liée aux produits du roc, toute vie végétale ou animale existant dans les creux du rocher. Par conséquent, elle était symbolisée par l'olivier, par le serpent, et par la chouette, oiseau des cavernes, qui lui fut consacrée.
La fusion :
Cette athéna chthonienne fusionne ultérieurement avec une divinité grecque. Athéna, dont l'étymologie n'est pas indo-européenne, n'est pas hellénique, a trouvé après les invasions une concurrente dangereuse : Pallas, mot grec qui signifie jeune fille, vierge. Il est à peu près certain que les envahisseurs hellènes ont amené avec eux cette divinité virginale, qui devait être martiale.
Pallas et Athéna ont finalement fusionné, apportant chacune quelques caractères importants. Ceux d'Athéna étaient certainement les plus nombreux.
B. Le culte d'Athéna
Le culte d'Athéna est un culte universel. Il est célébré partout avec plus ou moins de solennité. Il est particulièrement développé dans les îles et en Asie Mineure où se déroulent les fêtes des theia, en Thessalie, à Corinthe, en Argolide, en Arcadie, en Laconie, en Béotie où ont lieu les pamboiotia, fêtes de la confédération béotienne. Mais Athéna était vénérée avec encore plus d'ampleur, plus de solennité en Attique. Dans cette région, certains dèmes semblent avoir connu un culte d'Athéna plus ancien et différent de celui de la capitale, notamment le dème de Pallènè.

A Athènes, la déesse a pris la place de divinités indigènes antérieures, Cécrops et Erechthée, qui furent absorbés par Poséidon. Athéna est cependant devenue la divinité poliade par excellence.
Divinité poliade :
Athéna est une divinité poliade. C'est la divinité poliade par excellence. Elle est donc la protectrice des acropoles et la gardienne des cités. En cette qualité, elle est vénérée dans les temples sacrés situés sur les hauteurs et qui ont bien souvent une importance stratégique.
Parmi ces villes, sa préférée est Athènes. Quand les Athéniens abandonnent leur ville à l'approche des Perses, c'est à Athéna qu'ils confient la cité : avant la bataille de Salamine, un décret officiel confia la ville à Athéna. D'autres cités honorent Athéna comme leur gardienne. Toutes ces cités possèdent une image miraculeuse de la déesse, un palladion : Troie, Sparte, Rhodes.
Athéna, divinité de la concorde intérieure, de l'union, de l'unité extérieure est la divinité du panhellénisme. C'est autour d'elle que la tentative de Périclès a été élaborée.
Divinité familiale :
Là, le cheminement est assez confus. Il s'agit visiblement de l'origine chthonienne. Déesse du palais mycénien, Athéna, à l'époque classique, est devenue naturellement la protectrice de la famille. Elle s'intéresse à la conclusion des mariages. La prêtresse d'Athéna portait chez les jeunes mariés l'image de la déesse. De là, Athéna étend sa protection aux enfants des premiers âges.
Divinité guerrière :
Cette fonction est la suite logique de son rôle vis-à-vis de la cité. Le meilleur garant de l'indépendance de la cité, c'est la déesse. Le gorgoneion est un de ses attributs les plus instantanés et les plus efficaces. Dans la guerre de Troie, elle intervient constamment. Elle est Athéna promachos, celle qui combat au premier rang, elle est Athéna nikè, celle qui donne la victoire.
Divinité de l'industrie et des travaux artisanaux pacifiques :
Elle préside à tous les arts et à tous les travaux de la paix, qui expriment la plus haute habileté manuelle. Athéna, déesse aux doigts agiles, est la patronne des fileuses et des tisseuses. C'est Athéna erganè, artisane, patronne des potiers (elle avait inventé le tour), des armuriers, des ouvriers du bronze, elle invente l'équerre et protège aussi les beaux-arts.
Divinité agricole :
Elle a d'étroits rapports avec Cécrops et les filles de Cécrops. Dans ce domaine elle ne présente pas de traits mystérieux. Elle est divinité des champs, divinité des eaux.
Divinité de la santé :
Déesse de la santé physique et morale, elle possède à ce titre une statue sur l'Acropole ainsi que des autels. C'est Athéna hugieia, la déesse de la bonne santé. Il est probable qu'avant l'introduction du culte d'Asclèpios à Athènes, Apollon et Athéna se partageaient les guérisons. Déesse purificatrice dans le domaine physique, Athéna l'est aussi dans le domaine moral. Elle a la faculté d'acquitter les dettes de sang, prend la défense de l'homicide involontaire ou du meurtre en légitime défense depuis la défense d'Oreste devant l'Aréopage.
Divinité de l'intelligence, de la justice et des arts :
Athéna est la déesse de la raison et du savoir, la déesse des plus hautes spéculations de l'esprit. Sa sagesse guide les hommes et les états. A Athènes, elle est Athéna boulaia. Gardienne de l'hospitalité, gardienne de la justice, c'est elle qui, au nom de l'intelligence, de la clarté, de la raison, répudie les violences archaïques de la vendetta et du talion. Elle institue un tribunal particulier pour le jugement des meurtres involontaires, le palladion. Elle protège enfin les arts et la musique : Athéna aedôn, rossignol.
La Religion Grecque (IV) : Déméter
Déméter est l'incarnation de la terre-mère nourricière, incarnation dont on trouve un équivalent dans presque toutes les mythologies.
Déméter préside à la prospérité et à la propagation de la race humaine. Déméter, terre nourricière est la déesse de l'agriculture. L'agriculture avait pour les Grecs une signification morale: en sédentarisant les nomades, elle fait cesser la vie anarchique.
Déméter est aussi thesmophoros, celle qui apporte la loi.
Enfin, cette déesse de la germination et du renouveau, comme toutes les divinités agraires, prend encore un sens plus haut : elle promet elle aussi une vie future bienheureuse, elle est la garantie du salut de l'homme.

Déméter était la fille de Rhéa et de Cronos, donc la sœur de Zeus. Elle est en rapport très tôt avec une foule de petits farfadets, héros de second ordre très folkloriques et locaux auxquels elle aurait révélé les secrets de l'agriculture. parmi eux, en Attique, Bouzygès, qui a donné son nom à une famille. Il est le premier qui ait attelé des bœufs à la charrue. Un autre, Triptolème, était parti d'Eleusis pour répandre partout les dons de la déesse. Il fit le tour du monde sur un char traîné par des serpents.
Homère fait allusion au mythe de Déméter pour nous citer un troisième héros, Iasion, avec lequel Déméter s'était unie sur une jachère trois fois labourée - hiérogamie. De cette union serait né Ploutos, la richesse. Mais le mythe principal de la légende de Déméter, c'est celui d'Hadès, dieu du monde souterrain, ravissant la fille de Déméter, Corè (Perséphone).
Source : Histoire Grecque Antique
A. Les origines du dieu
Le -métér de Déméter veut-il dire mère : il est tentant de la rapprocher de Gè, la terre-mère...
L'origine égyptienne :
Déméter seraient venue du delta en Attique vers la XVIIIe dynastie pharaonique. Un égyptien nommé Danaos et ses filles aurait fondé son culte en apportant en Attique les Thesmophories. Il aurait amené la culture de la vigne, des céréales et le culte d'Isis et Osiris auxquels Danaos attribuait l'invention de la culture du blé et de la vigne. Déméter serait la traduction grecque du personnage d'Isis. La passion de Déméter à la recherche de sa fille Corè serait celle d'Isis à la recherche d'Osiris. Il y a par ailleurs certaines analogies entre le rituel d'Eleusis et la religion égyptienne. Dans les mystères, un enseignait au néophyte la route à suivre pour gagner les Champs-Elysées. Cela ressemble au Livre des Morts. La similitude entre le rituel d'Eleusis et le Livre des Morts ne signifie pas grand'chose : quelques préceptes égyptiens ont pu s'introduire dans le rite éleusinien. Dans toutes ces religions orientales, religions de salut, les conseils aux croyants sont les mêmes. Le couple égyptien Isis-Osiris est un couple mari et femme. Ici, c'est la mère et la fille.
L'origine thessalienne :
Au sud-ouest du mont Ossa existait une grande plaine fertile, la plaine du Dotion. C'est la région de l'ancienne Achaïe et c'est un fait que Déméter est souvent dite Achaia Déméter. Sur les flancs se trouvent d'antiques sanctuaires rupestres. Dans tout le sud-ouest, on n'enregistre aucun témoignage du culte de Déméter antérieur au VIIe siècle.
L'origine crétoise :
La Crète nous apparaît comme un des plus anciens foyers du culte de Déméter. C'est en Crète qu'Hésiode place les amours de Déméter avec Iasion. Les populations égéennes pré-helléniques, sédentaires, agricoles, dans lesquelles la femme jouait un rôle déterminant, avait des divinités chthoniennes et parmi elles, une grande déesse-mère, divinité de la fécondité universelle. Et si Déméter a une fille, la déesse-mère crétoise a la sienne, nommée la bonne vierge. Or le mot de Corè signifie jeune fille.
B. Eleusis et ses mystères
Au début, nous sommes en présence d'un véritable état sacerdotal fondé par Eumolpos qui venait de Thrace. Sa puissance s'est peut-être substituée à celle d'une grande prêtresse. Jusqu'au VIIe siècle, Eleusis reste dirigé par la famille des Eumolpides, puis le bourg est absorbé par Athènes et devient un dème de l'Attique.
Les Eumolpides doivent partager la responsabilité du culte de Déméter avec une famille athénienne, celle des Kérukés. Au sommet de la hiérarchie, le hiérophante, celui qui montre, qui révèle les objets sacrés. Puis viennent les exégètes, appartenant comme le hiérophante à la famille des Eumpolpides, le Kèrux (héraut), le Dadouque (porteur de torche).

Les cérémonies d'Eleusis faisaient l'orgueil d'Athènes et constituaient pour les Athéniens la preuve qu'Athènes était au plus haut point de la civilisation ; Athènes va essayer de faire d'Eleusis la réalisation du panhellénisme. Quant au secret des mystères d'Eleusis, il a été bien gardé : juste quelques textes, des allusions et la projection des mystères dans le mythe.
Les petits mystères
Ils avaient lieu au mois d'Anthestérion, fin janvier début février, sur les bords de l'Ilissos, à Agraï, un faubourg d'Athènes.
Ils comportaient toute une série de purifications avec l'eau du fleuve, et l'on commençait l'instruction des futurs initiés. Les instructeurs s'appelaiens mystagogues et étaient choisis dans la famille des Eumolpides et des Kèrukès. Les fidèles, après l'initiation, recevaient le nom de mystes ; après les mystères, ils auront droit à celui d'epoptoi, ceux qui voient.
Les grands mystères
Ils avaient lieu au mois de Boedromion, fin août
Le premier jour, une procession solennelle d'éphèbes quittait Athènes pour Eleusis afin d'y chercher les hiéra.
Le second jour, les hiéra étaient apportés à Athènes, voilés, et déposés dans l'Eleusinion : 22 km qu'il fallait couper de pauses, au cours desquelles avaient lieu la représentation de drames ou de farces. On arrivait le soir.
Le troisième jour, on convoquait à Athènes tous les mystes. La réunion avait lieu sous le portique du Poecile (stoa poikilis). Un héraut invitait à sortir tous ceux qui n'étaient pas dans les conditions voulues. Etaient ainsi exclus ceux qui étaient convaincus de meurtre, ceux qui n'avaient pas été purifiés, ceux dont la voix n'était pas intelligible, et qui par conséquent ne seraient pas capables de prononcer les formules sacrées.
Le quatrième jour, les mystes se rendaient à Phalère. Les prêtes criaient : " Mystes, à la mer ! " et ils se baignaient avec un petit cochon.
Les 17 et 18 avaient lieu les fêtes en l'honneur d'Asclèpios.
Le 19 était le jour de la grande procession qui ramenait à Eleusis les hiéra, avec prêtres, prêtresse, éphèbes, porteurs des oblets sacrés et les mystes.
Le 20 était un jour de purification. C'est la partie vraiment secrète des mystères. Elle avait lieu dans le télestérion d'Eleusis. Avant d'y pénétrer, les candidats absorbaient un breuvage sacré, le kykeon. Avec la nuit, commençait la grande initiation, qui devait comporter d'abord la représentation de drames sacrés. On plongeait le télestérion dans l'obscurité la plus totale. Le néophyte devait courir au hasard, marcher sans fin à travers les ténèbres. Soudain, c'était la lumière, merveilleuse. Le hiérophante montrait les hiéra, parmi lesquels figurait sans doute le hiéron le plus célèbre : l'épi de blé.
Les mystères ont, à l'origine, une signification purement agraire. « Heureux parmi les hommes celui qu'aimaient les deux déesses. Bientôt à son foyer elles envoient demeurer Ploutos, dispensateur de la richesse aux mortels » (Hymne homérique à Déméter).
De très bonne heure, les idées sur la vie, la mort et l'au-delà sont rattachées aux mystères : « Heureux parmi les hommes vivant sur la terre, celui qui les a vus (les mystères). Mais celui qui n'est pas initié n'aura pas le même sort après sa mort, au royaume des ombres d'Hadès. Si le grain de froment tombé dans la terre ne meurt pas, il reste seul.
Le Sanctuaire de Delphes
Le sanctuaire de Delphes a été créé par une confédération de douze peuples grecs, en majorité doriens. Le sanctuaire, qui fut d'abord celui d'une confédération, est devenu petit à petit un sanctuaire fréquenté par tous les hellènes.
Source : Histoire Grecque Antique
A. Le site de Delphes
« Le site de Delphes est un des plus beaux de la Grèce. Il a le mystère, la grandeur et l'effroi du divin » disait un archéologue. C'est bien l'avis de Flaubert : « C'est un paysage à terreur religieuse : vallée étroite entre deux montagnes presque à pic, le fond plein d'oliviers noirs, les montagnes rouges et vertes, le tout garni de précipices, avec la mer au fond et un horizon de montagnes couvertes de neige. Kranaki : tant de hauteurs où grondent les eaux souterraines, tant d'aigles et de présages, tant de précipices, non, ce lieu ne saurait être une simple demeure de l'homme. »

Delphes
La ville est située au nord du golfe de Corinthe, au pied du Parnasse, et elle domine la vallée du Pleistos. On peut accéder à Delphes par la terre, mais l'accès par la mer et plus extraordinaire. On aborde au petit port d'Itéa, ancien port lochnéen de Chaleion, non loin de l'ancien port sacré de Kirra. A partir d'Itéa, la pente est extrêmement rapide. Le sanctuaire aussi est en pente, en pente brutale, limitée à l'horizon nord par des roches rouges qui le soir deviennent violettes, les Phédriades (les replendissantes). Dans une anfractuosité de ces Phédriades jaillit la fontaine Castalie, du nom de la jeune fille qui s'y jeta pour fuir un Apollon par trop entreprenant. Au sud, profondément encaissé, le Pleistos serpente dans une mer d'oliviers noirs. Non loin de là, se trouve le sanctuaire d'Athéna Pronaia.
B. L'oracle de Delphes
C'est le plus important de tous les oracles grecs. Apollon arrive au pied du Parnasse, résout d'y bâtir un temple : « Voici où je pense bâtir un temple superbe qui sera pour les hommes un oracle, et eux m'amèneront toujours ici de complètes hécatombes, aussi bien ceux qui habitent le Péloponnèse que ceux qui habitent l'Europe et les îles entourées par les eaux. Et moi, je leur réserverai toujours un conseil sûr, le dictant dans mon temple opulent. » (Hymne homérique).
En fait, le sanctuaire symbolise l'antagonisme de la religion chtonienne préhellénique et la religion ouranienne des Achéens.
Les divinités chtoniennes ont d'abord été Gaia, terre mère qui possédait déjà des propriétés divinatoires, avec le serpent Python. Euripide : "La Terre suscitait des visions nocturnes, des songes qui disaient le passé, le présent et l'avenir à de nombreux mortels dans leur sommeil obscur".
Apollon, dieu des Achéens vainqueurs, recueille, après sa victoire sur le python, la succession de Gaia, et prophétise d'une autre façon : « La divination apollinienne affranchit les hommes de la mantique ténébreuse. » (Euripide). Apollon dévoile l'avenir par l'intermédiaire de la Pythie, choisie parmi les jeunes filles de Delphes belles et pures. Belles ! Si bien qu'une des pythies fut enlevée. On choisit désormais les prêtresses parmi les femmes ayant dépassé la cinquantaine, précaution sage.
La place de Pythie n'était pas de tout repos : le métier était épuisant. Avec la tension nerveuse, la Pythie s'usait vite. On les fit se relayer : deux en service et une en réserve. La Pythie était assise dans l'adyton du temple, salle souterraine chtonienne, sur le trépied sacré.
La Pythie était placée au-dessus d'une crevasse d'où se dégageaient des vapeurs sous l'influence desquelles elle tombait en extase et proférait des paroles plus ou moins incohérentes. Ces vapeurs ont-elles existé ? Quelles étaient-elles ? Point d'interrogation. Certains auteurs ne parlent ni de vapeurs ni de crevasses.
C. Le rôle politique de l'oracle
Un rôle indiscutablement très important. Il ne s'est jamais exercé dans un sens totalement hellénique. Il a surtout été un facteur de division.
L'influence politique de l'oracle de Delphes commence vraiment avec l'invasion dorienne. Les Doriens ont eu des liens étroits avec Delphes. Ils ont assuré à cet oracle un revenu temporel important en déclarant serfs d'Apollon les anciens habitants du pays. L'oracle lança alors les Doriens à la conquête du Péloponnèse. Lycurgue a rapporté de Delphes les prémices de sa mission, la constitution spartiate et est retourné y mourir. Delphes intervient alors en faveur de Sparte pendant les guerres de Messénie, dans la rivalité avec Athènes. Il y a un certain refroidissement dans l'idylle au moment où les Spartiates se font admettre dans la confédération olympique.
L'oracle cherche d'autres appuis. Il va les chercher notamment à Athènes. Delphes représente en Grèce l'esprit aristocratique et conservateur opposé aussi bien aux tyrans qu'aux démocrates. L'oracle est donc hostile à Pisistrate, d'autant plus que les Alcméroïdes, famille de Périclès, opposés aux Pisistratides, essaient d'obtenir la faveur de Delphes. L'oracle répète qu'il faut chasser les Pisistratides.
Pendant les guerres médiques, l'oracle n'intervient guère : la cause grecque est perdue... bôf ! et le bruit se répandit que Delphes "mèdisait", c'est-à-dire soutenait les Mèdes. "Abritez-vous derrière un rempart de bois". Thémistocle construit une flotte qui vaincra à Salamine. La paix revenue, Athènes se détourne de Delphes et c'est Délos qui reçoit le culte des Athéniens. Dans le conflit entre Sparte et Athènes, entre Delphes et Délos, c'est Delphes qui l'emporte.
Au IVe siècle, Delphes se range à Thèbes dans la lutte pour l'hégémonie, et plus tard, la Pythie philippise : "La Grèce, dit-elle, ne saura pas résister". Elle jette la zizanie dans le camp grec. C'est grâce à l'ombre qui est à Delphes que Philippe impose à la Grèce son autorité, grâce aux deux dernières guerres sacrées.
Delphes intervient pour l'oligarchie contre la démocratie, pour les Doriens contre les autres cités, pour les plus forts dans les querelles internationales.
D. Le sanctuaire d'Athéna Pronaia
Il est situé à un petit kilomètre du sanctuaire d'Apollon, un petit sanctuaire assez pénible. Des restes d'offrandes ont été mises à jour récemment et révèlent la présence d'un très ancien sanctuaire, vraisemblablement mycénien : Athéna fut une déesse mycénienne.

La Tholos
A la fin du Ve siècle, ce vieux sanctuaire fut rénové et l'on y construisit, en particulier deux monuments. Le deuxième édifice était un temple d'Athéna dont il ne reste plus rien, un petit édifice dorique.
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