La Première Guerre Punique (264-241) : Le conflit
Rome projette d'attaquer en Corse et en Sardaigne sans avoir chassé les Carthaginois de Sicile.
Le consul Cornelius Scipion débarque à Aléria et détruit le poste punique. Puis il pille systématiquement les côtes de Sardaigne et vainc le général Hannon sur l'île. Il évite le combat naval, face à 30 navires puniques convoyant la Flotte d'Argent et rentre au port. Le Sénat heureux du retour de l'escadre lui accorde le triomphe. Puis, Sulpicus Paterculus profite de la jonction des flottes Etrusque et de Grande Grèce pour tenter d'attaquer la flotte ennemie en force. Il se poste devant les Bouches de Bonifacio, mais aucun navire punique n'est là car ils soutiennent Hannibal en Sicile. Paterculus veut s'emparer de navires de commerce puniques sur les côtes d'Afrique mais il tarde en pillant les cités puniques de la Sardaigne. Hannibal alerté, retourne à Carthage et revient avec des galères en renfort pour isoler les Romains de la flotte marchande qui rentre. La rencontre a lieu vers Sulci, au Sud de la Sardaigne et les deux flottes rentrent pour ravitailler. La flotte romaine, malgré un nouveau triomphe, ne tentera plus rien dans l'année.
A Rome deux camps s'opposent, les "corsaires" qui considèrent qu'il faut piller la Flotte d'Argent (la force de Carthage) et ceux qui ne songent à utiliser la flotte qu'en soutien d'opérations terrestres. En -257, ces derniers dominent en raison des faibles butins récoltés en Sardaigne. En Sicile, les légions obtiennent des succès dans les sièges de villes et aussi sur mer, dans l'engagement au large de Tyndare. Le consul Attilius Regulus compte recommencer la victoire de Myles avec plus de moyens. La rencontre de l'escadre de 200 navires romains venus de Messine avec les 80 puniques venus de Sicile et de Sardaigne se solde par 18 pertes carthaginoises et 10 chez les Romains. Carthage a sous estimé l'ennemi qui ne peut forcer la décision.
Alors, un projet audacieux se dessine. Il s'agit d'imiter l'expédition d'Agathocle en Afrique et de faire mieux. En -256, les consuls Attilius Regulus et Vulso Longus appareillent de Messine, au printemps, avec 200 galères et 100 transports. En longeant le Sud de la Sicile, cette flotte est attaquée au large d'Ecnomos, par la flotte punique commandée par Hamilcar et Hannon qui disposent d'environ 200 navires. Dans cette bataille, les Carthaginois sont présomptueux et se placent dos au rivage. Les consuls choisissent un ordre de bataille inédit : sur les 4 escadres, 3 forment un triangle pointé vers l'ennemi, le quatrième est en renfort, parallèle à la base. Les navires puniques tentent d'envelopper l'ennemi, tandis que les navires romains écrasent leurs opposants contre la rive et la quatrième escadre attaque celle d'Hamilcar qu'elle chasse. Le centre punique est enfoncé, Hamilcar et Hannon prennent la fuite.
Le bilan fourni par Polybe est lourd : 24 navires perdus pour Rome, et pour Carthage, 30 sont détruits et 64 capturés. En fait, la flotte romaine retourne à Messine et le gouvernement carthaginois confirme Hamilcar dans son poste et offre la paix, la guerre coûtant très cher à son économie (maintien de la flotte et solde des mercenaires). Rome refuse car elle sait que Carthage en paix rétablira ses finances plus rapidement qu'elle, par le commerce. Ecnomos n'est pas la victoire décisive attendue par les Romains, mais la proposition de paix est considérée comme une faiblesse.
L'expédition de Regulus en Afrique
En août seulement, la flotte romaine peut rejoindre l'Afrique sans opposition, la flotte punique étant alors majoritairement désarmée, et débarquer 40 000 hommes, au Cap Bon, près de Kerkouane. La forteresse punique de Clupea (actuellement Kelibia) est rapidement investie. Il est trop tard (pour la saison) pour attaquer Carthage, le Sénat ordonne au consul Manlius Vulso de rentrer avec la majorité des troupes et des navires.
Regulus reste avec environ 15 000 légionnaires, 500 cavaliers et 40 navires qu'il fait mettre au sec et protéger d'un rempart et d'un fossé. Carthage évite le combat avec cette armée romaine qui pille la région, puis installe son camp à Tunes (Tunis). Il ne tente rien pour obtenir l'aide des Libyens. Deux généraux carthaginois sont nommés mais ils ne s'entendent pas. Regulus rencontre les deux armées puniques à Adys (Oudna) et remporte la victoire. Pendant ce temps Carthage recrute des mercenaires qui se rassemblent à Lixus et Gades. En Egypte, Ptolémée II Philadelphe rassemble des combattants grecs pour soutenir Carthage qui est confronté à un manque de chef compétent. Aussi, c'est un mercenaire spartiate, Xanthippe, qui recrute une force importante en Grèce et commande l'armée carthaginoise. Carthage négocie avec Regulus, mais celui ci émet des propositions excessives pour les Carthaginois (évacuation de la Sicile, de la Corse et de la Sardaigne, désarmement de l'essentiel de la flotte de guerre). Xanthippe est arrivé avec les mercenaires venus d'Egypte et de Grèce, transportés par la Flotte d'Argent et il livre bataille aux Romains vers Bagradas non loin de Tunes.
Xanthippe a mis les éléphants en première ligne et il les utilise comme des "blindés" et simultanément avec la cavalerie. Les vélites romains sont enfoncés et la cavalerie romaine prend la fuite. L'aile gauche romaine évite les éléphants et repousse les troupes qui lui font face. Mais le centre romain est écrasé par les éléphants et ses lignes arrières sont attaquées par la cavalerie punique, c'est la déroute. Seuls 2 000 romains s'échappent vers Clupea, tandis que Carthage perd 800 soldats. Le Consul Regulus est fait prisonnier. L'offensive romaine reprend l'année suivante et une flotte de 150 galères et 200 transports occupe Cossyra (Pantelleria) puis attaque la flotte punique qui organise le blocus de la flotte de Regulus à Clupea. ce petit engagement coûte 24 navires à Carthage.
La flotte romaine évacue les rescapés de l'armée de Regulus et le butin considérable. Mais suite à un naufrage, les 3/4 de la flotte romaine coule. Une nouvelle proposition de paix punique est refusée, seul, un échange de prisonniers peut s'accomplir.
En - 254, les consuls Atilius Catalinus et Scipion Asina prennent Palerme, la principale ville punique, reléguant les Carthaginois à la pointe ouest de la Sicile, dans deux forteresses : Lilybée tenue par un responsable énergique, Himilcon et Drépane, le siège de la flotte. Une attaque punique pour repreLa bataille des îles Aegatesndre Palerme échoue en - 251. Rome réussit à prendre les îles Lipari, et une flotte de 240 galères bloque Lilybée. Le consul Caecilius Metellus, met au point en Sicile, une tactique efficace contre les éléphants. Des troupes légères sont chargées de cribler de traits des animaux qui deviennent furieux et chargent au hasard les Carthaginois ou l'ennemi.
En - 249, Claudius Pulcher pense terminer rapidement la guerre en détruisant la flotte punique à Drépane. L'amiral punique Adherbal écrase la flotte romaine qui perd 96 galères coulées ou capturées. Une autre flotte conduite par le consul Junius, comprenant 120 galères et un convoi de ravitaillement, avance vers Lilybée. L'officier punique Carthalo est chargé de l'intercepter. Mais voyant venir la tempête, il met ses navires à l'abri. Junius, ne voulant pas combattre, immobilise sa flotte au bord des falaises. Les navires romains sont brisés sur les rochers. Le consul est capturé à terre.
La bataille des îles Aegates
A Rome, les Claudii, au pouvoir, sont remplacés par les Fabii, moins bellicistes et Carthage connaît un mouvement semblable. Face à Rome sans marine, Carthage mobilise ses forces pour développer son domaine africain, source de revenus pour entretenir l'armée. Himilcon et Adherbal sont privés de leur commandement. Rome privée de flotte, renouvelle son alliance avec Hiéron de Syracuse et relance la guerre de course depuis les ports de la Grande Grèce. Cette activité est durement ressentie à Carthage dont les fonds sont bas.
Hamilcar Barcas de Barak (la foudre) a mission de neutraliser la piraterie grecque et, en - 247, il part de Carthage avec 50 galères et 6 000 mercenaires. Il arrive au moment du grand départ annuel des pirates et effectue de nombreuses captures, puis les régions sont méthodiquement ravagées. Puis Hamilcar débarque près de Panorme, en Sicile, en zone romaine. Il s'empare du mont Héricté, une position facile à défendre et proche d'un bon mouillage. Puis en - 243, il chasse la garnison du mont Eryx et l'occupe. Depuis ce point d'appui, il lance des raids contre les postes romains. La marine punique opère jusqu'à Cumes. Le butin de ces pillages est bienvenu pour les finances de Carthage.
La Campanie est atteinte, Hamilcar Barca est difficile à contenir avec ses faibles moyens. Le danger serait plus grand s'il disposait d'une armée puissante. Il faut le priver de sa base de départ et pour cela une flotte est indispensable. On fait appel aux fortunes privées. Comme à Athènes pendant les Guerres Médiques, chacun s'engage à financer l'équipement d'un vaisseau ou se joint à un ou deux autres citoyens si ses moyens sont insuffisants. Les frais engagés doivent se rembourser par le butin et les prises sur les rivages africains. Les dirigeants puniques pensent avoir le temps de ramener la flotte à Drépane, nous sommes en - 242. Les Romains pressent la construction de cette flotte et en mai, la flotte appareille de Messine, commandée par le consul Lutatius Catulus qui commence le siège de Drépane immédiatement. La situation de la flotte punique est grotesque : les navires sont au port de Carthage et "l'infanterie de marine" est avec Hamilcar en Sicile.
Un plan hardi est décidé. 200 navires quitteront le Cothon (port de guerre de Carthage), juste avant l'équinoxe, date inhabituelle, transportant chacun une centaine de mercenaires. Pour profiter de la surprise, la flotte arrivera au point du jour aux îles Aegates, s'y cachera jusqu'au soir, défilant devant Drépane sans se faire voir, débarquant les mercenaires au pied de l'Erix et rechargeant les soldats de marine, elle surprendra la flotte romaine au mouillage, en préparation du réarmement annuel. L'issue ne faisait pas de doute. Mais le secret devait être bien gardé et pour cela, seuls des mercenaires libyens sont recrutés.
Le secret ne fut pas gardé et le 10 mai - 241, la flotte punique commandée par Hannon, trouve aux îles Aegates, les escadres de Catulus prêtes au combat. Les navires puniques surchargés s'engagent en une file dans l'archipel, Lutatius engage ses navires allégés au maximum et disposés en ligne. La flotte romaine remporte rapidement le combat. Les pertes puniques représentent 50 navires coulés, 70 sont capturés et 10 000 soldats faits prisonniers.
La paix
Cette défaite n'interdit pas la poursuite de la guerre. Le gouvernement punique laisse décider Hamilcar. Il peut continuer la lutte sans soutien en soldats ni en argent. Le reste de la flotte est mobilisé pour protéger la Flotte d'Argent et aucun soutien ne pourra venir avant la fin de mai. Hamilcar se décide à traiter.
Au sujet des négociations, 2 camps s'opposent : le "parti de la paix" fait valoir que les caisses sont vides, l'économie ruinée, l'Afrique en ébullition, et la Sicile n'est pas un enjeu essentiel.
Le "parti de la guerre", (les Barcides), pressent que l'avenir de Carthage se joue contre Rome et d'abord en Sicile.
Hamilcar est chargé de négocier avec Catulus sur 4 points : le vaincu évacue les territoires au profit du vainqueur ; le vaincu paie un indemnité ; le vaincu rend les prisonniers et livre les transfuges ; le vaincu livre des armes. Hamilcar observe que ses troupes sont intactes et demande l'honneur de conserver ses armes et garder les déserteurs. Hamilcar songe à reprendre la guerre rapidement. Catulus pressé de conclure, accepte ces demandes.
Les deux hommes rédigent le projet de traité :
- Carthage évacue la Sicile entièrement.
- Carthage ne fait pas la guerre à Hiéron ni à ses alliés.
- Carthage restitue à Rome et sans rançon tous les prisonniers.
- Carthage verse à Rome un indemnité en argent de 2 200 talents euboïques en 20 ans.
A Rome, le projet est rejeté par les Comices. Le nouveau texte stipule que Carthage versera à Rome 3 200 talents en 10 ans et s'engage à évacuer non seulement la Sicile mais les îles situées entre la Sicile et l'Italie.
Carthage a tout sacrifié à la protection de la Flotte d'Argent que Rome n'a pu menacer. Les pertes en navires sont estimées à 500 unités. Les finances puniques sont fort affaiblies et une grave crise économique frappe la ville. Les sénateurs de Carthage qui ont opté pour la paix (paix = prospérité) sont ruinés et en plein déclin. En - 241, Rome est devenue la maîtresse de la mer. Cette guerre lui a coûté 700 navires. L'indemnité de guerre et l'annexion de la Sicile rembourseront ces lourdes dépenses.
Accueil
