Igor Brevnjovski : Chronique d'un homme en exil

La Première Guerre Punique (264-241) : Un enjeu, la Sicile

Les deux puissances sont entrées en conflit pour la Sicile.

  1. Carthage avait depuis plusieurs siècles des intérêts essentiels dans cette île : à plusieurs reprises, les Carthaginois avaient tenté de la subjuguer tout entière ; leurs efforts avaient échoué devant la résistance des Grecs maîtres de l'est de l'île et rassemblés par les souverains de Syracuse ; mais, depuis le début du IIIe siècle, Syracuse n'échappait pas à la dégénérescence générale de l'hellénisme occidental, et Carthage exerçait sur l'ensemble de l'île une hégémonie de fait. Il est donc normal que la république punique ait défendu son bien.

  2. L'intervention de Rome au-delà du détroit de Messine paraît à première vue plutôt paradoxale. Certes, la guerre contre Pyrrhos (278-276) lui avait permis d'achever l'unité de l'Italie en soumettant les villes grecques du Sud. Mais l'organisation qu'elle avait bâtie, appelée confédération italique bien qu'elle ne possédât pas d'organes communautaires et que chacun des participants non romains fût lié à Rome par un accord individuel, ne paraît pas, à la majorité des historiens modernes, avoir eu de vocation impérialiste.

Carthage

On insiste en particulier sur le caractère très primitif de l'économie du territoire romain proprement dit, qui coupe en deux la Péninsule en son milieu, de la mer Tyrrhénienne à l'Adriatique : c'est une économie essentiellement paysanne, qui vient de découvrir la monnaie sous une forme particulièrement incommode, celle de l'aes grave . On insiste également sur l'absence complète de marine, l'inexistence de relations diplomatiques avec l'outre-mer. Rome se serait trouvée attirée en Sicile par un enchaînement de circonstances et d'incidents mineurs et aurait en quelque sorte conquis l'île malgré elle, sans en avoir une conscience très nette, par le seul poids de son énorme force militaire ; les premières réactions des Puniques, consistant en raids de corsaires sur les côtes italiennes, auraient amené les sénateurs à surestimer la puissance de Carthage et à y voir un danger, en fait inexistant, pour la sécurité de l'Italie. Telle est la thèse développée notamment, en 1949, par l'historien allemand A. Heuss.

Depuis lors cependant, une autre interprétation tend à s'imposer, qui trouve son origine dans les recherches de J. Heurgon, publiées en 1942, sur les rapports de Rome et de Capoue : elles font apparaître que le point de départ de l'impérialisme romain a été la conclusion, vers le milieu du IVe siècle avant J.-C., d'une union politique entre Rome et la Campanie, qui a donné naissance, dans les premiers temps, à un « État romano-campanien » où les deux partenaires se trouvaient sur pied d'égalité. Or, si Rome demeurait économiquement arriérée, la Campanie, et en particulier Capoue, était l'un des principaux centres industriels et commerciaux de la Méditerranée. Des liens étroits s'étaient formés entre les classes dirigeantes de Rome et de Capoue, des Campaniens venant siéger au Sénat romain, et des familles romaines, comme les Claudii, s'engageant dans les affaires du Sud.

L'image de la société romaine, au début du IIIe siècle, apparaît ainsi beaucoup plus complexe qu'on ne le croyait, comme l'a montré, en 1962, F. Cassola : si certaines familles nobles, comme les Fabii, demeuraient attachées à une politique exclusivement terrienne, d'autres montraient un esprit plus ouvert et plus hardi. On constate d'autre part que les Osques, qui constituaient le fond de la population campanienne, avaient entrepris dès le IVe siècle la conquête de la Sicile, en s'y infiltrant comme mercenaires. Vers 285, une de leurs bandes s'était emparée de Messine. Or, c'est à l'appel de ces Mamertins que les Romains interviendront dans l'île. Il est donc vraisemblable que la conquête de la Sicile a été décidée par le parti qui, dans le Sénat romain, soutenait les intérêts des Campaniens ; elle fut commencée par un consul qui appartenait à la famille des Claudii, la plus importante de ce parti, alors que la principale famille du parti adverse, celle des Fabii, connaissait une éclipse.


L'Intervention romaine

La partie qui s'engage alors (264 av. J.-C.) met en présence quatre joueurs : outre Carthage et Rome, les Mamertins et les Grecs de Sicile orientale, rassemblés par un général habile, Hiéron, qui ne tardera pas à se proclamer roi à Syracuse.

La situation a changé en Sicile depuis le départ de Pyrrhus. En - 289, les Mamertins, des mercenaires osques à la solde d'Agathocle, s'emparent de la ville grecque de Messine et forment rapidement une menace pour toute la pointe nord-est de l'île par leurs brigandages. Les Grecs de Syracuse se dotent d'un chef efficace, Hiéron. En - 269, une bataille les oppose près du fleuve Longanus, les Mamertins sont vaincus et bloqués dans Messine.

  1. Ces derniers appellent à leur secours, la flotte carthaginoise des îles Lipari et Rome à la fois. Le général Hannibal (nom commun chez les Carthaginois), est envoyé en Sicile et, en accord avec Hiéron, installe une garnison punique dans la citadelle de Messine.  Les Romains discutent et se décident à intervenir avec un but limité : pour rendre Messine aux Mamertins. Le consul Appius Claudius, envoyé à Rhegion tente de négocier mais la rencontre avec le méprisant Hannon qui a remplacé Hannibal ne donne rien.

  2. Le premier essai d'Appius Claudius, de venir en Sicile avec des troupes, est intercepté par la flotte punique qui reconduit les Romains au rivage. Mais, grâce à leurs alliés marins, Claudius débarque en Sicile, c'est une première pour les Romains. Les Mamertins ont déjà chassé les Carthaginois et une garnison romaine s'installe à Messine. Les légionnaires repoussent les forces puniques mais sont bientôt assiégés dans cette ville par les troupes de Carthage et de Syracuse alliées. En - 263, 2 consuls débarquent 4 légions et les alliés, c'est une force inhabituelle. Marcus Valerius repousse les Carthaginois assiégeants Messine puis marche contre Syracuse. Hiéron se soumet, livre du blé, des machines de guerre et paie une indemnité alors Rome lui octroie le titre d'allié et ami du peuple romain.

En Sicile, la guerre continue. Les troupes puniques rassemblées à Lilybée et Agrigente, lancent des raids en Sicile. Hannon ravage les côtes italiennes pour détourner les Romains de la Sicile, mais Rome ne se sent pas menacée. A Agrigente, un général Hannibal dispose de nouveaux mercenaires Ibères, Ligures et Gaulois. Les Romains traversent la Sicile et assiègent la ville malgré la venue d'Hannon et d'une armée de renfort qui assiège à leur tour les Romains. Mais Hannon est battu en rase campagne et Hannibal s'enfuit en abandonnant la ville. Agrigente est prise en - 261 et mise à sac. Tous les survivants sont vendus.

Port de Carthage

Ruine du port de Carthage
un des emplacements du Cothon pouvant recevoir une galère


Les débuts de la marine romaine

Les Romains incitent les marins de la Grande Grèce à pirater la flotte de commerce punique.

  1. En - 262 et - 261, les représailles puniques sur les rivages italiens vont faire échouer cette tentative. Mais cela décide Rome à construire une flotte de guerre. 20 trirèmes et 100 quinquérèmes sont commandées aux arsenaux alliés, surtout Tarente, Locus Velie et Naples. L'éloignement de ces ports ne favorise pas la concentration des navires tant que Carthage tient les Îles Lipari. En - 260, le consul Cneius Cornelius Scipio tente de faire main basse sur les îles Lipari et attaque avec les premiers vaisseaux disponibles, 17 en tout, pensant qu'il ne reste que les forces puniques de Sicile, le gros de la flotte ennemie restant en protection de la Flotte d'Argent. Le consul débarque et la nuit, est surpris par l'attaque de 20 galères puniques qui le capturent avec sa flotte. Il gagne le surnom d'Asina, l'ânesse !

  2. C'est à ce moment qu'apparaît l'amiral Gaius Duilius qu'on crédite de l'invention du corvus (corbeau), sorte de pont d'assaut coulissant le long d'un mât à la proue du navire au moyen d'une poulie et terminé par un croc en fer permettant la fixation sur le bateau ennemi. A la bataille de Myles, Duilius affronte avec 143 navires, Hannibal qui dispose de 130 bateaux plus manoeuvrants. Les corbeaux sont efficaces et immobilisent les galères puniques, tandis que les légionnaires les "chargent". Les Carthaginois fuient et laissent 31 bateaux capturés tandis que 14 sont coulés.

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Trirème romaine

La flotte romaine éprouvée rentre à Messine et cesse toute mission pour la saison mais les Romains "ont osé se laver les mains dans la mer". Le Sénat offre à Duilius un triomphe exceptionnel.

Source :
- http://pagesperso-orange.fr/miltiade/guerpunique.htm
- http://membres.lycos.fr/majed/tunisie/histoire/gpunique/gpunique.html

Posté par Silverside le 22.04.08 à 23:24 - Commentaires (0) - Les Guerres Puniques

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