Igor Brevnjovski : Chronique d'un homme en exil

La Religion Grecque (I) : Apollon

Il peut être considéré comme l'incarnation même de l'esprit grec. En lui se résume tout ce qui distingue les conceptions des Grecs de celles des autres peuples, les barbares : le culte de la beauté sous toutes ses formes (beauté de l'art, beauté de la poésie, de la musique, de la jeunesse, des saines conceptions). Il représente avant tout l'amour des Grecs pour l'intelligible, le déterminé, l'harmonie, la mesure (comme le signalent certaines des devises du dieu, inscrites sur le temple de Delphes : Connais toi toi-même - Rien de trop - Domine-toi - Hais l'insolence - Reste dans les limites).

Source : Histoire Grecque Antique


A. Les origines du dieu

Apollon est le fils de Zeus et de Latone (Lètô). Sa sœur jumelle est Artémis. Il est né à Délos, au sommet du Cynthe où Latone, poursuivie par la colère de Héra se serait réfugiée. D'après une tradition autre, Latone serait venue à Délos sous la forme d'une louve et des loups, après la naissance d'Apollon et Artémis, l'auraient conduite en Lycie (littéralement, le pays des loups), auprès du fleuve Xanthos (c'est-à-dire le blond, comme Apollon).

Apollon

Apollon ne doit pas être un Hellène pur. On n'a pas trouvé à son nom d'étymologie convenable. On a songé à apellai, les bergeries, appellazô, réunir (au sens politique). Les Grecs eux-mêmes considéraient Apollon comme une acquisition récente.

Origine crétoise :

Délos a toujours eu, surtout dans les siècles primitifs, de très nombreux rapports avec la Crète et les marins crétois avaient un point d'attache au port de Délos, Krisa. Une thèse veut que ce soient des marins crétois qui aient introduit à Krisa, puis à Delphes, le culte d'Apollon. Leur bateau fut guidé par un animal, le dauphin, en grec delphis ; Apollon est dit delphinios. Delphes a-t-il donné delphinios ou delphinios Delphes ? Cette histoire est peut-être un aition. Aujourd'hui, cette hypothèse crétoise n'est pas retenue.

Origine asiatique :

Elle s'appuie sur l'épithète d'Apollon lukeios, le Lycien - Lykeios veut aussi dire loup. Rappelons-nous la forme prise par Latone, le fait que ce soient des loups qui aient emmené Lèto en Lycie. On immolait des loups à Apollon, dieu des troupeaux et des bergers. Dans l'Iliade, Apollon est du côté des Troyens, qui sont asiatiques, et un chef de l'armée troyenne, Pandaros, Lycien lui- même, invoque Apollon.

Le dieu est dit aussi lètoïdès, fils de Lèto, et Hérodote nous dit que les Lyciens prenaient le nom de leur mère. Certains assimilent Lèto à une déesse lycienne, Lada. Lors de la guerre de Troie, les Grecs aussi invoquent Apollon comme ils invoquent chaque divinité redoutable, même défavorable.

Il est certain qu'Apollon et Artémis sont adorés à l'époque classique ensemble, comme divinités parentes, à la mode asiatique. C'est en Asie que se trouve le plus grand temple d'Apollon, Didymes. On a trouvé des inscriptions hittites à un Apollonas, divinité des portes (pulai), or Apollon était un dieu du seuil.

Origine nordique :

Apollon est un ouranien. C'est le dieu des troupeaux, des pasteurs nomades venus du Nord. Le cygne est aussi un attribut d'Apollon. C'est un oiseau septentrional. Autre symbole d'Apollon, l'ambre.

Cette hypothèse s'appuie sur la tradition qui rattache Apollon aux Hyperboréens et le fait venir d'un endroit quelconque du Nord, où il avait été trouvé. Un poème d'Alcée nous dit que Zeus avait désigné Apollon pour aller à Delphes et pour être le législateur des Hellènes. Pour ce voyage, Zeus lui donna comme moyen de locomotion des cygnes, et Apollon se rendit chez les Hyperboréens au lieu d'aller à Delphes, où il finit cependant par se rendre pour rassembler les populations.


B. Apollon et Dionysos

Il est manifeste qu'un grand dieu panhellène de cette importance et de cette universalité a absorbé en lui-même des divinités ou des éléments de divinités d'origines très variées. La synthèse finale dépasse très largement cette somme d'acquisitions diverses. Elle nous apparaît pleine de grandeur et de vie.

ApollonDionysos

Dieu de la forme, dieu de l'harmonie, dieu de la mesure, Apollon s'oppose catégoriquement à Dionysos. Les deux divinités semblent deux pôles de l'esprit grec. Cependant certains, à la fin du XIXe siècle prétendirent qu'ils n'étaient pas si opposés que cela.

  1. La Pythie, l'extase, ont une origine dionysiaque. Pourtant, pas de suite orgiastique chez Apollon. Dionysos est un dieu avec lequel les fidèles s'identifient pendant l'extase. Apollon n'exige de ses fidèles aucune initiation et son culte n'est pas un culte de mystères. Il semble qu'il n'y ait pas eu interpénétration. Cependant, un problème ce pose : cette question de l'extasis.

  2. L'extasis pouvait permettre une comparaison entre Apollon et Dionysos. Mais l'extasis est dès le départ inhérente au culte d'Apollon et n'a jamais été empruntée aux rites de Dionysos. Pas d'élément orgiastique autour d'Apollon. Dans le culte d'Apollon, pas d'union avec le dieu, pas d'initiation. Il n'y a pas là de point commun et les deux restent opposés.

  3. Il n'en est pas moins vrai que l'extase a permis une réconciliation entre Apollon et Dionysos, réconciliation d'ennemis au départ farouches. Elle a bien eu lieu et ceci est extrêmement important pour toute la civilisation grecque. Elle s'est manifestée par l'adoption de Dionysos dans le panthéon hellène, par la création de l'gendes, d'aitia. Dans son adoption, Dionysos a eu un parrain, un garant, Apollon.

C'est ce qui explique qu'à la fin du Ve siècle, Apollon et Dionysos finissent par s'interpénétrer. Déjà Eschyle, parlant d'Apollon, disait " le dieu couronné de lierre ". Or le lierre est un des attributs essentiels de Dionysos. Euripide dit " le seigneur Bacchos, amant du laurier, Apollon à la lyre mélodieuse… ". Une véritable fusion. Dionysos, au IVe siècle, est adoré à Delphes.

Cette fusion est la réconciliation des deux pôles de l'esprit grec. Le pôle d'Apollon est celui de la rigueur, de la pureté des lignes et des formes, de la logique et de l'harmonie. Le pôle dionysiaque est celui de la joie délirante, de l'exubérance et du mysticisme.


C. Les fonctions d'Apollon


Fonctions législatives :

Apollon est un dieu législateur et interprète des lois. Jusqu'au Ve et au IVe siècles, il était absolument logique pour les législateurs grecs de fonder leur œuvre sur les décrets divins. Pour sonder les volontés des dieux, les Grecs consultaient les oracles, et surtout celui d'Apollon à Delphes. C'est ainsi que beaucoup d'états passaient pour avoir reçu leur constitution d'Apollon (Sparte, dont la constitution aurait été donnée par Delphes à Lycurgue ; les lois de Dracon d'Athènes, sur le meurtre et l'homicide, inspirées par des idées delphiques, - Aristote affirmant que Clisthène donna aux dix tribus d'Athènes le nom des héros que la Pythie avait choisis).

En plus de l'oracle, il avait des ministres connus sons le nom d'exègètai, qui expliquent et qui conseillent. Apollon conduisait, conseillait les états et les simples citoyens : les theopropoi - prophètes - à Sparte parlaient au nom du dieu ; les exègètai, à Athènes. Ils réglementaient une quantité de questions religieuses (tout ce qui concerne les temples, la liturgie, les sacrifices), indiquaient les purifications nécessaires aux meurtriers ou à ceux qui avaient été mêlés à un meurtre. En temps habituel, ils s'occupaient aussi des affaires courantes, et participaient à l'interprétation de la loi.

Apollon, par ces exègètai est donc le grand patron du droit, des statuts religieux ; il est l'interprète suprême de la loi.


L'homicide et le meurtre :

La nécessité d'une purification, même en cas de légitime défense, s'est toujours imposée aux Grecs, et c'est Apollon qui est le purificateur. Ce point est très important : il explique qu'Apollon soit l'un des rares dieux dont le regard se tourne vers la terre, un dieu qui intervient dans la vie même des hommes.


La pureté et le beau :

Apollon est le dieu de la pureté et du beau ; il est phoïbos, le purificateur.

Apollon est le dieu de l'intelligence utile, de l'intelligence qui soulage. C'est un dieu de la médecine. Il fait naître les maladies, mais il a aussi le pouvoir de guérir, c'est-à-dire de purifier le corps. A la fin de la peste d'Athènes, au début de la guerre du Péloponnèse, les Athéniens consacrent sa statue sous l'épithète d'épicourios, secourable.

La pureté morale et la pureté physique, c'est-à-dire l'harmonie - un corps souffrant est sans harmonie - c'est aussi l'art. Apollon est le dieu de la beauté, de l'harmonie, des formes plastiques musicales, il est le dieu de la musique et de la poésie. Il préside le chœur des muses : il est Apollon mousagètos.


La terre et les champs :

Apollon est aussi un dieu terrien et agraire. Son attribut est l'arc, arme d'un dieu chasseur, du dieu d'une tribu qui vit de la chasse. Plus tard, on le retrouve dieu des bois et des grottes. C'est à cet aspect que se rapporte la légende d'un Apollon dieu-loup. On voit par là le passage d'un genre de vie de chasseur à un genre de vie pastoral. Apollon protège les troupeaux et les bergers. Il est adoré avec Pan et les nymphes. Il passe même pour celui qui donne le lait aux brebis : Apollon galazios.

Dieu des troupeaux, de la musique et de la médecine : les trois choses sont étroitement liées. La houlette et la lyre vont toujours de pair. Le berger est aussi guérisseur et musicien. Dieu des arbres, dieu des fleuves, Apollon devient aussi un dieu franchement agricole, un dieu de la culture, avec la sédentarisation des peuples qui adorent Apollon. C'est lui qui fait germer et fructifier les moissons. A Delphes, à Délos, il reçoit les prémices des récoltes.

Plusieurs cités lui offrent des épis d'or. Cette récolte, tandis qu'elle mûrit, est menacée d'ennemis, rouille, mulots, sauterelles. Tous ces maux sont conjurés par le purificateur supérieur. Apollon reçoit alors les qualificatifs d'épisubios, celui qui conjure les rouilles, de sminthios, celui qui conjure le rat des champs. Avant la moisson, on célèbre des fêtes en son honneur. A Delphes, il est alors Apollon sitalchos, celui qui s'occupe de la nourriture.


La mer et les voyageurs :

Il est aussi le dieu des marins qui lui adressent des prières à l'embarquement et au débarquement. Apollon est protecteur des navigateurs, garant des traversées heureuses et protecteur des naufragés, le dieu des escales et des îles. Le dauphin lui est consacré. Apollon, protecteur des voyages est aussi celui des établissements grecs au-delà des mers. C'est lui qui sert de guide à quiconque se met en route et l'on place sa statue au seuil de la demeure, en signe de bon accueil. Il est devenu par là un dieu constructeur de villes. Une vieille légende l'associe à Poséidon.


D. Le culte d'Apollon

Le culte d'Apollon ne comporte que des cérémonies publiques. Nous ne trouvons aucune trace de mystères, de rites secrets, d'initiation. Peu ou pas d'éléments chthoniens.

Un grand nombre de sanctuaires d'Apollon sont tout simplement des grottes. Il y en a de nombreuses dans toute la Grèce, notamment en Attique. Par la suite, on a construit au dieu des temples, ou même des sanctuaires. Le temple est un édifice qui contient la statue du dieu ; le sanctuaire est un espace consacré, qui peut être un simple enclos ou un ensemble de bâtiments consacrés aux dieux : un temple, un théâtre, un stade, des bâtiments pour loger les prêtres...

Delphes

Parmi ces grands sanctuaires, beaucoup comportent un oracle. En Béotie, Thèbes, Tégyre, Ptoion ; en Asie mineure, Claros, Didymes (attribué à une migration delphique), sans oublier Delphes et Délos.

Posté par Silverside le 18.02.08 à 22:24 - Commentaires (0) - La Religion Grecque

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