La Première Guerre Punique (264-241) : Un enjeu, la Sicile
Les deux puissances sont entrées en conflit pour la Sicile.
Carthage avait depuis plusieurs siècles des intérêts essentiels dans cette île : à plusieurs reprises, les Carthaginois avaient tenté de la subjuguer tout entière ; leurs efforts avaient échoué devant la résistance des Grecs maîtres de l'est de l'île et rassemblés par les souverains de Syracuse ; mais, depuis le début du IIIe siècle, Syracuse n'échappait pas à la dégénérescence générale de l'hellénisme occidental, et Carthage exerçait sur l'ensemble de l'île une hégémonie de fait. Il est donc normal que la république punique ait défendu son bien.
L'intervention de Rome au-delà du détroit de Messine paraît à première vue plutôt paradoxale. Certes, la guerre contre Pyrrhos (278-276) lui avait permis d'achever l'unité de l'Italie en soumettant les villes grecques du Sud. Mais l'organisation qu'elle avait bâtie, appelée confédération italique bien qu'elle ne possédât pas d'organes communautaires et que chacun des participants non romains fût lié à Rome par un accord individuel, ne paraît pas, à la majorité des historiens modernes, avoir eu de vocation impérialiste.
On insiste en particulier sur le caractère très primitif de l'économie du territoire romain proprement dit, qui coupe en deux la Péninsule en son milieu, de la mer Tyrrhénienne à l'Adriatique : c'est une économie essentiellement paysanne, qui vient de découvrir la monnaie sous une forme particulièrement incommode, celle de l'aes grave . On insiste également sur l'absence complète de marine, l'inexistence de relations diplomatiques avec l'outre-mer. Rome se serait trouvée attirée en Sicile par un enchaînement de circonstances et d'incidents mineurs et aurait en quelque sorte conquis l'île malgré elle, sans en avoir une conscience très nette, par le seul poids de son énorme force militaire ; les premières réactions des Puniques, consistant en raids de corsaires sur les côtes italiennes, auraient amené les sénateurs à surestimer la puissance de Carthage et à y voir un danger, en fait inexistant, pour la sécurité de l'Italie. Telle est la thèse développée notamment, en 1949, par l'historien allemand A. Heuss.
Depuis lors cependant, une autre interprétation tend à s'imposer, qui trouve son origine dans les recherches de J. Heurgon, publiées en 1942, sur les rapports de Rome et de Capoue : elles font apparaître que le point de départ de l'impérialisme romain a été la conclusion, vers le milieu du IVe siècle avant J.-C., d'une union politique entre Rome et la Campanie, qui a donné naissance, dans les premiers temps, à un « État romano-campanien » où les deux partenaires se trouvaient sur pied d'égalité. Or, si Rome demeurait économiquement arriérée, la Campanie, et en particulier Capoue, était l'un des principaux centres industriels et commerciaux de la Méditerranée. Des liens étroits s'étaient formés entre les classes dirigeantes de Rome et de Capoue, des Campaniens venant siéger au Sénat romain, et des familles romaines, comme les Claudii, s'engageant dans les affaires du Sud.
L'image de la société romaine, au début du IIIe siècle, apparaît ainsi beaucoup plus complexe qu'on ne le croyait, comme l'a montré, en 1962, F. Cassola : si certaines familles nobles, comme les Fabii, demeuraient attachées à une politique exclusivement terrienne, d'autres montraient un esprit plus ouvert et plus hardi. On constate d'autre part que les Osques, qui constituaient le fond de la population campanienne, avaient entrepris dès le IVe siècle la conquête de la Sicile, en s'y infiltrant comme mercenaires. Vers 285, une de leurs bandes s'était emparée de Messine. Or, c'est à l'appel de ces Mamertins que les Romains interviendront dans l'île. Il est donc vraisemblable que la conquête de la Sicile a été décidée par le parti qui, dans le Sénat romain, soutenait les intérêts des Campaniens ; elle fut commencée par un consul qui appartenait à la famille des Claudii, la plus importante de ce parti, alors que la principale famille du parti adverse, celle des Fabii, connaissait une éclipse.
L'Intervention romaine
La partie qui s'engage alors (264 av. J.-C.) met en présence quatre joueurs : outre Carthage et Rome, les Mamertins et les Grecs de Sicile orientale, rassemblés par un général habile, Hiéron, qui ne tardera pas à se proclamer roi à Syracuse.
La situation a changé en Sicile depuis le départ de Pyrrhus. En - 289, les Mamertins, des mercenaires osques à la solde d'Agathocle, s'emparent de la ville grecque de Messine et forment rapidement une menace pour toute la pointe nord-est de l'île par leurs brigandages. Les Grecs de Syracuse se dotent d'un chef efficace, Hiéron. En - 269, une bataille les oppose près du fleuve Longanus, les Mamertins sont vaincus et bloqués dans Messine.
Ces derniers appellent à leur secours, la flotte carthaginoise des îles Lipari et Rome à la fois. Le général Hannibal (nom commun chez les Carthaginois), est envoyé en Sicile et, en accord avec Hiéron, installe une garnison punique dans la citadelle de Messine. Les Romains discutent et se décident à intervenir avec un but limité : pour rendre Messine aux Mamertins. Le consul Appius Claudius, envoyé à Rhegion tente de négocier mais la rencontre avec le méprisant Hannon qui a remplacé Hannibal ne donne rien.
Le premier essai d'Appius Claudius, de venir en Sicile avec des troupes, est intercepté par la flotte punique qui reconduit les Romains au rivage. Mais, grâce à leurs alliés marins, Claudius débarque en Sicile, c'est une première pour les Romains. Les Mamertins ont déjà chassé les Carthaginois et une garnison romaine s'installe à Messine. Les légionnaires repoussent les forces puniques mais sont bientôt assiégés dans cette ville par les troupes de Carthage et de Syracuse alliées. En - 263, 2 consuls débarquent 4 légions et les alliés, c'est une force inhabituelle. Marcus Valerius repousse les Carthaginois assiégeants Messine puis marche contre Syracuse. Hiéron se soumet, livre du blé, des machines de guerre et paie une indemnité alors Rome lui octroie le titre d'allié et ami du peuple romain.
En Sicile, la guerre continue. Les troupes puniques rassemblées à Lilybée et Agrigente, lancent des raids en Sicile. Hannon ravage les côtes italiennes pour détourner les Romains de la Sicile, mais Rome ne se sent pas menacée. A Agrigente, un général Hannibal dispose de nouveaux mercenaires Ibères, Ligures et Gaulois. Les Romains traversent la Sicile et assiègent la ville malgré la venue d'Hannon et d'une armée de renfort qui assiège à leur tour les Romains. Mais Hannon est battu en rase campagne et Hannibal s'enfuit en abandonnant la ville. Agrigente est prise en - 261 et mise à sac. Tous les survivants sont vendus.
Ruine du port de Carthage
un des emplacements du Cothon pouvant recevoir une galère
Les débuts de la marine romaine
Les Romains incitent les marins de la Grande Grèce à pirater la flotte de commerce punique.
En - 262 et - 261, les représailles puniques sur les rivages italiens vont faire échouer cette tentative. Mais cela décide Rome à construire une flotte de guerre. 20 trirèmes et 100 quinquérèmes sont commandées aux arsenaux alliés, surtout Tarente, Locus Velie et Naples. L'éloignement de ces ports ne favorise pas la concentration des navires tant que Carthage tient les Îles Lipari. En - 260, le consul Cneius Cornelius Scipio tente de faire main basse sur les îles Lipari et attaque avec les premiers vaisseaux disponibles, 17 en tout, pensant qu'il ne reste que les forces puniques de Sicile, le gros de la flotte ennemie restant en protection de la Flotte d'Argent. Le consul débarque et la nuit, est surpris par l'attaque de 20 galères puniques qui le capturent avec sa flotte. Il gagne le surnom d'Asina, l'ânesse !
C'est à ce moment qu'apparaît l'amiral Gaius Duilius qu'on crédite de l'invention du corvus (corbeau), sorte de pont d'assaut coulissant le long d'un mât à la proue du navire au moyen d'une poulie et terminé par un croc en fer permettant la fixation sur le bateau ennemi. A la bataille de Myles, Duilius affronte avec 143 navires, Hannibal qui dispose de 130 bateaux plus manoeuvrants. Les corbeaux sont efficaces et immobilisent les galères puniques, tandis que les légionnaires les "chargent". Les Carthaginois fuient et laissent 31 bateaux capturés tandis que 14 sont coulés.
Trirème romaine
La flotte romaine éprouvée rentre à Messine et cesse toute mission pour la saison mais les Romains "ont osé se laver les mains dans la mer". Le Sénat offre à Duilius un triomphe exceptionnel.
Source :
- http://pagesperso-orange.fr/miltiade/guerpunique.htm
- http://membres.lycos.fr/majed/tunisie/histoire/gpunique/gpunique.html
La Première Guerre Punique (264-241) : Le conflit
Rome projette d'attaquer en Corse et en Sardaigne sans avoir chassé les Carthaginois de Sicile.
Le consul Cornelius Scipion débarque à Aléria et détruit le poste punique. Puis il pille systématiquement les côtes de Sardaigne et vainc le général Hannon sur l'île. Il évite le combat naval, face à 30 navires puniques convoyant la Flotte d'Argent et rentre au port. Le Sénat heureux du retour de l'escadre lui accorde le triomphe. Puis, Sulpicus Paterculus profite de la jonction des flottes Etrusque et de Grande Grèce pour tenter d'attaquer la flotte ennemie en force. Il se poste devant les Bouches de Bonifacio, mais aucun navire punique n'est là car ils soutiennent Hannibal en Sicile. Paterculus veut s'emparer de navires de commerce puniques sur les côtes d'Afrique mais il tarde en pillant les cités puniques de la Sardaigne. Hannibal alerté, retourne à Carthage et revient avec des galères en renfort pour isoler les Romains de la flotte marchande qui rentre. La rencontre a lieu vers Sulci, au Sud de la Sardaigne et les deux flottes rentrent pour ravitailler. La flotte romaine, malgré un nouveau triomphe, ne tentera plus rien dans l'année.
A Rome deux camps s'opposent, les "corsaires" qui considèrent qu'il faut piller la Flotte d'Argent (la force de Carthage) et ceux qui ne songent à utiliser la flotte qu'en soutien d'opérations terrestres. En -257, ces derniers dominent en raison des faibles butins récoltés en Sardaigne. En Sicile, les légions obtiennent des succès dans les sièges de villes et aussi sur mer, dans l'engagement au large de Tyndare. Le consul Attilius Regulus compte recommencer la victoire de Myles avec plus de moyens. La rencontre de l'escadre de 200 navires romains venus de Messine avec les 80 puniques venus de Sicile et de Sardaigne se solde par 18 pertes carthaginoises et 10 chez les Romains. Carthage a sous estimé l'ennemi qui ne peut forcer la décision.
Alors, un projet audacieux se dessine. Il s'agit d'imiter l'expédition d'Agathocle en Afrique et de faire mieux. En -256, les consuls Attilius Regulus et Vulso Longus appareillent de Messine, au printemps, avec 200 galères et 100 transports. En longeant le Sud de la Sicile, cette flotte est attaquée au large d'Ecnomos, par la flotte punique commandée par Hamilcar et Hannon qui disposent d'environ 200 navires. Dans cette bataille, les Carthaginois sont présomptueux et se placent dos au rivage. Les consuls choisissent un ordre de bataille inédit : sur les 4 escadres, 3 forment un triangle pointé vers l'ennemi, le quatrième est en renfort, parallèle à la base. Les navires puniques tentent d'envelopper l'ennemi, tandis que les navires romains écrasent leurs opposants contre la rive et la quatrième escadre attaque celle d'Hamilcar qu'elle chasse. Le centre punique est enfoncé, Hamilcar et Hannon prennent la fuite.
Le bilan fourni par Polybe est lourd : 24 navires perdus pour Rome, et pour Carthage, 30 sont détruits et 64 capturés. En fait, la flotte romaine retourne à Messine et le gouvernement carthaginois confirme Hamilcar dans son poste et offre la paix, la guerre coûtant très cher à son économie (maintien de la flotte et solde des mercenaires). Rome refuse car elle sait que Carthage en paix rétablira ses finances plus rapidement qu'elle, par le commerce. Ecnomos n'est pas la victoire décisive attendue par les Romains, mais la proposition de paix est considérée comme une faiblesse.
L'expédition de Regulus en Afrique
En août seulement, la flotte romaine peut rejoindre l'Afrique sans opposition, la flotte punique étant alors majoritairement désarmée, et débarquer 40 000 hommes, au Cap Bon, près de Kerkouane. La forteresse punique de Clupea (actuellement Kelibia) est rapidement investie. Il est trop tard (pour la saison) pour attaquer Carthage, le Sénat ordonne au consul Manlius Vulso de rentrer avec la majorité des troupes et des navires.
Regulus reste avec environ 15 000 légionnaires, 500 cavaliers et 40 navires qu'il fait mettre au sec et protéger d'un rempart et d'un fossé. Carthage évite le combat avec cette armée romaine qui pille la région, puis installe son camp à Tunes (Tunis). Il ne tente rien pour obtenir l'aide des Libyens. Deux généraux carthaginois sont nommés mais ils ne s'entendent pas. Regulus rencontre les deux armées puniques à Adys (Oudna) et remporte la victoire. Pendant ce temps Carthage recrute des mercenaires qui se rassemblent à Lixus et Gades. En Egypte, Ptolémée II Philadelphe rassemble des combattants grecs pour soutenir Carthage qui est confronté à un manque de chef compétent. Aussi, c'est un mercenaire spartiate, Xanthippe, qui recrute une force importante en Grèce et commande l'armée carthaginoise. Carthage négocie avec Regulus, mais celui ci émet des propositions excessives pour les Carthaginois (évacuation de la Sicile, de la Corse et de la Sardaigne, désarmement de l'essentiel de la flotte de guerre). Xanthippe est arrivé avec les mercenaires venus d'Egypte et de Grèce, transportés par la Flotte d'Argent et il livre bataille aux Romains vers Bagradas non loin de Tunes.
Xanthippe a mis les éléphants en première ligne et il les utilise comme des "blindés" et simultanément avec la cavalerie. Les vélites romains sont enfoncés et la cavalerie romaine prend la fuite. L'aile gauche romaine évite les éléphants et repousse les troupes qui lui font face. Mais le centre romain est écrasé par les éléphants et ses lignes arrières sont attaquées par la cavalerie punique, c'est la déroute. Seuls 2 000 romains s'échappent vers Clupea, tandis que Carthage perd 800 soldats. Le Consul Regulus est fait prisonnier. L'offensive romaine reprend l'année suivante et une flotte de 150 galères et 200 transports occupe Cossyra (Pantelleria) puis attaque la flotte punique qui organise le blocus de la flotte de Regulus à Clupea. ce petit engagement coûte 24 navires à Carthage.
La flotte romaine évacue les rescapés de l'armée de Regulus et le butin considérable. Mais suite à un naufrage, les 3/4 de la flotte romaine coule. Une nouvelle proposition de paix punique est refusée, seul, un échange de prisonniers peut s'accomplir.
En - 254, les consuls Atilius Catalinus et Scipion Asina prennent Palerme, la principale ville punique, reléguant les Carthaginois à la pointe ouest de la Sicile, dans deux forteresses : Lilybée tenue par un responsable énergique, Himilcon et Drépane, le siège de la flotte. Une attaque punique pour repreLa bataille des îles Aegatesndre Palerme échoue en - 251. Rome réussit à prendre les îles Lipari, et une flotte de 240 galères bloque Lilybée. Le consul Caecilius Metellus, met au point en Sicile, une tactique efficace contre les éléphants. Des troupes légères sont chargées de cribler de traits des animaux qui deviennent furieux et chargent au hasard les Carthaginois ou l'ennemi.
En - 249, Claudius Pulcher pense terminer rapidement la guerre en détruisant la flotte punique à Drépane. L'amiral punique Adherbal écrase la flotte romaine qui perd 96 galères coulées ou capturées. Une autre flotte conduite par le consul Junius, comprenant 120 galères et un convoi de ravitaillement, avance vers Lilybée. L'officier punique Carthalo est chargé de l'intercepter. Mais voyant venir la tempête, il met ses navires à l'abri. Junius, ne voulant pas combattre, immobilise sa flotte au bord des falaises. Les navires romains sont brisés sur les rochers. Le consul est capturé à terre.
La bataille des îles Aegates
A Rome, les Claudii, au pouvoir, sont remplacés par les Fabii, moins bellicistes et Carthage connaît un mouvement semblable. Face à Rome sans marine, Carthage mobilise ses forces pour développer son domaine africain, source de revenus pour entretenir l'armée. Himilcon et Adherbal sont privés de leur commandement. Rome privée de flotte, renouvelle son alliance avec Hiéron de Syracuse et relance la guerre de course depuis les ports de la Grande Grèce. Cette activité est durement ressentie à Carthage dont les fonds sont bas.
Hamilcar Barcas de Barak (la foudre) a mission de neutraliser la piraterie grecque et, en - 247, il part de Carthage avec 50 galères et 6 000 mercenaires. Il arrive au moment du grand départ annuel des pirates et effectue de nombreuses captures, puis les régions sont méthodiquement ravagées. Puis Hamilcar débarque près de Panorme, en Sicile, en zone romaine. Il s'empare du mont Héricté, une position facile à défendre et proche d'un bon mouillage. Puis en - 243, il chasse la garnison du mont Eryx et l'occupe. Depuis ce point d'appui, il lance des raids contre les postes romains. La marine punique opère jusqu'à Cumes. Le butin de ces pillages est bienvenu pour les finances de Carthage.
La Campanie est atteinte, Hamilcar Barca est difficile à contenir avec ses faibles moyens. Le danger serait plus grand s'il disposait d'une armée puissante. Il faut le priver de sa base de départ et pour cela une flotte est indispensable. On fait appel aux fortunes privées. Comme à Athènes pendant les Guerres Médiques, chacun s'engage à financer l'équipement d'un vaisseau ou se joint à un ou deux autres citoyens si ses moyens sont insuffisants. Les frais engagés doivent se rembourser par le butin et les prises sur les rivages africains. Les dirigeants puniques pensent avoir le temps de ramener la flotte à Drépane, nous sommes en - 242. Les Romains pressent la construction de cette flotte et en mai, la flotte appareille de Messine, commandée par le consul Lutatius Catulus qui commence le siège de Drépane immédiatement. La situation de la flotte punique est grotesque : les navires sont au port de Carthage et "l'infanterie de marine" est avec Hamilcar en Sicile.
Un plan hardi est décidé. 200 navires quitteront le Cothon (port de guerre de Carthage), juste avant l'équinoxe, date inhabituelle, transportant chacun une centaine de mercenaires. Pour profiter de la surprise, la flotte arrivera au point du jour aux îles Aegates, s'y cachera jusqu'au soir, défilant devant Drépane sans se faire voir, débarquant les mercenaires au pied de l'Erix et rechargeant les soldats de marine, elle surprendra la flotte romaine au mouillage, en préparation du réarmement annuel. L'issue ne faisait pas de doute. Mais le secret devait être bien gardé et pour cela, seuls des mercenaires libyens sont recrutés.
Le secret ne fut pas gardé et le 10 mai - 241, la flotte punique commandée par Hannon, trouve aux îles Aegates, les escadres de Catulus prêtes au combat. Les navires puniques surchargés s'engagent en une file dans l'archipel, Lutatius engage ses navires allégés au maximum et disposés en ligne. La flotte romaine remporte rapidement le combat. Les pertes puniques représentent 50 navires coulés, 70 sont capturés et 10 000 soldats faits prisonniers.
La paix
Cette défaite n'interdit pas la poursuite de la guerre. Le gouvernement punique laisse décider Hamilcar. Il peut continuer la lutte sans soutien en soldats ni en argent. Le reste de la flotte est mobilisé pour protéger la Flotte d'Argent et aucun soutien ne pourra venir avant la fin de mai. Hamilcar se décide à traiter.
Au sujet des négociations, 2 camps s'opposent : le "parti de la paix" fait valoir que les caisses sont vides, l'économie ruinée, l'Afrique en ébullition, et la Sicile n'est pas un enjeu essentiel.
Le "parti de la guerre", (les Barcides), pressent que l'avenir de Carthage se joue contre Rome et d'abord en Sicile.
Hamilcar est chargé de négocier avec Catulus sur 4 points : le vaincu évacue les territoires au profit du vainqueur ; le vaincu paie un indemnité ; le vaincu rend les prisonniers et livre les transfuges ; le vaincu livre des armes. Hamilcar observe que ses troupes sont intactes et demande l'honneur de conserver ses armes et garder les déserteurs. Hamilcar songe à reprendre la guerre rapidement. Catulus pressé de conclure, accepte ces demandes.
Les deux hommes rédigent le projet de traité :
- Carthage évacue la Sicile entièrement.
- Carthage ne fait pas la guerre à Hiéron ni à ses alliés.
- Carthage restitue à Rome et sans rançon tous les prisonniers.
- Carthage verse à Rome un indemnité en argent de 2 200 talents euboïques en 20 ans.
A Rome, le projet est rejeté par les Comices. Le nouveau texte stipule que Carthage versera à Rome 3 200 talents en 10 ans et s'engage à évacuer non seulement la Sicile mais les îles situées entre la Sicile et l'Italie.
Carthage a tout sacrifié à la protection de la Flotte d'Argent que Rome n'a pu menacer. Les pertes en navires sont estimées à 500 unités. Les finances puniques sont fort affaiblies et une grave crise économique frappe la ville. Les sénateurs de Carthage qui ont opté pour la paix (paix = prospérité) sont ruinés et en plein déclin. En - 241, Rome est devenue la maîtresse de la mer. Cette guerre lui a coûté 700 navires. L'indemnité de guerre et l'annexion de la Sicile rembourseront ces lourdes dépenses.
La Deuxième Guerre Punique (218-202)
Durant la première guerre punique, les Carthaginois se servaient d'armées composées principalement de mercenaires (contrairement aux Romains), dont ils réglaient le paiement après les guerres, qui avaient jusqu'alors presque toujours été des victoires puniques. Cependant, la première guerre punique fut une écrasante défaite carthaginoise, et les Romains leur avaient imposé un traité selon lequel Carthage se voyait obligé de verser l'énorme indemnité de guerre de 3200 talents. Le versement de cette amende provoqua une véritable crise économique dans la ville, et les dirigeants ne purent pas régler les mercenaires (près de 20 000 hommes) qui attendaient.
En - 241, Carthage a effectué une frappe de monnaie d'or pour payer une partie de ces primes. Carthage installe ces mercenaires dans la ville pour les faire patienter. Ils sont Celtes, Campaniens, Grecs, Ligures, Ibères, Baléares, et en majorité Africains. 20 000 hommes revendiquent leur complément de solde. Les Libyens réclament en outre la liberté et espèrent la création d'un état, par la guerre s'il le faut.
En - 240, pour rassurer les habitants, Carthage demande aux mercenaires de se rendre à Sicca (actuellement le Kef). Hannon est envoyé pour parlementer avec les agités, il est arrêté, n'ayant pas d'or dans ses bagages, c'est l'explosion. La révolte s'étend rapidement, chez les mercenaires, chez les Africains, et en Sardaigne où les officiers rencontrés sont mis à mort.
La Guerre Inexpiable
Des chefs sont vite désignés : Spendios pour les Campaniens, Autarite chez les Celtes et Matho pour les Africains. Ils rassemblent les insurgés et installent leur camp sur l'isthme entre Carthage et Tunes. Les Africains rejoignent les mercenaires et l'ensemble atteint 70 000 hommes. Utique et Hippone Zarite massacrent les soldats carthaginois qui s'y tiennent. En Corse et en Sardaigne, des scènes identiques se produisent. Hannon s'y rend et y est crucifié par ses troupes, Des insulaires font appel à Rome qui refuse. La riposte de Carthage est lente, Hannon le Grand recrute de nouveaux mercenaires et mobilise les citoyens, mais il se montre défaillant face aux troupes de Spendios qui assiègent Utique et subit une défaite.
Les classes populaires exigent le rappel d'Hamilcar Barca qui ne souhaite pas combattre ses anciens soldats. Mais les violences subies par les prisonniers carthaginois le font changer d'avis. Il est nommé commandant en chef et on lui confie 10 000 hommes et 70 éléphants. Pour marquer les esprits, il fait franchir à son armée 40 kilomètres pour rejoindre Utique par un chemin peu praticable. Bénéficiant de l'effet de surprise, il manoeuvre efficacement et massacre 6 000 mercenaires en écartant la menace d'un blocus maritime. Hamilcar incorpore dans l'armée tous les prisonniers qui se rallient et renvoie les autres dans leurs pays. Les chefs rebelles réagissent par la terreur et les sous-officiers survivants puniques et les autres prisonniers sont suppliciés.
Les oligarques carthaginois dénoncent les résultats funestes de la politique d'Hamilcar (défection de l'armée de Sardaigne, de Bizerte et d'Utique). Un blocage intervient dans le choix du stratège par les gérontes. Il faut recourir à l'arbitrage populaire qui choisit Hannibal, un parent d'Hamilcar. Le parti oligarchique conteste cette décision, mais le succès justifie ce coup d'Etat. Hamilcar remporte une première victoire à Bagradas, sur les rives de la Medjerda. L'armée est renforcée de Libyens fidèles. Hamilcar réussit à attirer le prince numide Naravas et peut utiliser ses 2 000 cavaliers, il remporte un deuxième combat. Rome soutient Carthage, le Sénat n'apprécie guère les insurrections. Rome autorise le recrutement de mercenaires en Italie et interdit de fournir de l'aide aux insurgés.
Giscon, un noble carthaginois, est envoyé en parlementaire, il est capturé et supplicié, les mains et les pieds tranchés, puis jeté vivant dans une fosse comme 7000 autres carthaginois. Hamilcar fait, en représailles, écraser les prisonniers qu'il détient par ses éléphants. Cette guerre mérite son nom d'inexpiable. Hamilcar bloque la troupe de Spendios dans un endroit appelé "la Scie" (le défilé de la Hache), affamés, les mercenaires mangent de la chair humaine. Spendios est crucifié et peu après Matho, qui a fait prisonnier et crucifié le général Hannibal vaincu. Les Libyens sont battus près de Leptiminus. Carthage agrandit son domaine africain.
La Révolution Barcide
Le parti oligarchique relève la tête et tente de traduire Hamilcar devant le tribunal des 104. Mais l'arrivée au pouvoir à Carthage d'hommes hostiles à Rome, a provoqué un changement de la politique "bienveillante" menée par le Sénat romain. Les Cornelii ont évincé les Fabii, et recommandent une politique d'expansion vers la Corse et la Sardaigne. Ainsi en - 238, le Sénat accepte l'offre des rebelles de Sardaigne qu'il a refusée précédemment. Une expédition romaine dirigée par le consul Tiberius Gracchus vient affirmer l'autorité de Rome.
Hasdrubal rassemble les artisans et les boutiquiers qui refusent de retomber sous l'autorité des oligarques. Hamilcar s'allie avec lui et lui offre sa fille en mariage. En - 237, le tribunal des 104 a perdu une grande partie de ses pouvoirs et l'assemblée populaire a vu ses compétences élargies. Hannon est destitué définitivement et les deux suffètes sont désignés démocratiquement.
Hamilcar décide d'envoyer des troupes en Sardaigne que les Romains n'ont pas encore investie et que les mercenaires révoltés ont abandonnée. Les magistrats des cités puniques l'administrent à nouveau avec les chef des tribus de l'intérieur. Ce geste est conforme au traité de Lutatius, en - 241. Mais le Sénat y voit un acte d'hostilité et déclare la guerre à Carthage. Hamilcar n'est pas prêt à faire la guerre et cède. A Carthage, le sentiment patriotique est exacerbé.
Une Conquête de la Péninsule Ibérique
En - 236, mécontent de la capitulation de - 241 et pour préparer la revanche, Hamilcar quitte Carthage pour l'Espagne, avec son gendre Hasdrubal et ses trois fils : Hannibal, Hasdrubal et Magon. Partant de la colonie phénicienne de Gadès (Cadix), il entreprend la conquête du sud de la péninsule ibérique. Cette région est riche : mines d'or d'argent et de cuivre, arrivée des routes de l'étain en provenance de Bretagne (Grande Bretagne). Le blé pousse en abondance en plaine, et plus important pour Hamilcar, on y trouve des chevaux et des hommes pour faire la guerre.
La conquête n'est pas aisée. Hamilcar soumet rapidement les Turdétans, habitants de la vallée du Guadalquivir mais, en - 235, il se heurte aux tribus celtibères occupant la Meseta qui attaquent la nouvelle province. Indortès, un roi celtibère est fait prisonnier alors qu'il attaquait les Carthaginois avec une armée de 50 000 soldats. Il est vaincu et torturé devant ses troupes puis mis en croix, en même temps, 10 000 prisonniers sont libérés pour se concilier ce peuple courageux.
Hamilcar s'efforce de conquérir des terres à l'ouest des colonnes d'Hercule, il soumet ainsi les Bastulo-Poeni, les Mastiens et plus au nord les Deilans. Puis il remonte vers le nord et sa progression est ralentie par la résistance des peuples ibères. En - 231, il installe son quartier général à Akra Leuké , près d'Alicante. Les Grecs de Catalogne s'inquiètent de cette avancée et leurs compatriotes de Massalia alertent les Romains. Une mission du sénat vient rendre une visite et Hamilcar la reçoit correctement en expliquant que son seul but était de fournir à Carthage les moyens de payer ses indemnités de guerre. Les Romains repartent satisfaits.
Hamilcar n'a jusqu'à présent conquis que les côtes, il décide de se porter au devant des tribus de l'intérieur en 2 colonnes, La première qu'il commande remonte le cours du Jucar et la seconde dirigée par Hasdrubal opérant plus au sud. Hamilcar doit affronter la levée en masse des Celtibères. Hamilcar trouve la mort durant ces opérations militaires en - 229 près d'Elche.
Hasdrubal est nommé successeur d'Hamilcar par Carthage, il est apprécié par ses hommes et utilise plus volontiers la diplomatie que la guerre. Il s'allie avec les chefs locaux et épouse la fille d'un roitelet ibérique. Il fait évoluer l'Espagne barcide vers une monarchie indépendante de Carthage et fonde sa capitale Carthagène. Son action diplomatique en Espagne du Nord, rassemble les tribus catalanes autour d'Indibilis et celles d' Aragon autour d'Edecon et ces deux personnages reconnaissent les Barcides comme suzerain. Vers - 226, il est forcé de signer une traité avec Rome lui interdisant de franchir l'Iber. Mais il poursuit un jeu subtil d'alliances avec les chefs Ibères. Les Gaulois se préparent à attaquer Rome.
Hannibal Barca
Le partisan d'un chef celte de la vallée du Tage supplicié par les Puniques, assassine Hasdrubal en - 221. L'armée choisit Hannibal, jeune homme de 26 ans pour général.
Buste d'Hannibal
Devant ce choix, Carthage s'incline. Si Hasdrubal pouvait envisager par la diplomatie, de conserver l'Etat barcide, Hannibal, tout comme Hamilcar, voyait en l'Espagne, uniquement une base capable de fournir les moyens de la revanche. Hannibal combat immédiatement les peuples indigènes en restant au sud de l'Iber, et soumet les Olcades et la tribu des Vacciens. Il passe l'hiver à Carthagène.
Source :
- http://pagesperso-orange.fr/miltiade/guerpunique.htm
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Deuxi%C3%A8me_guerre_punique
La Deuxième Guerre Punique (I) : La Prise de Sagonte (218)
Depuis la paix de - 241, Rome est intervenue en Sardaigne d'une façon qui a suscité à Carthage un regain de patriotisme. Tandis que les Barcides ont fondé en Espagne, un état solide dans le but de prendre leur revanche, les Romains ont depuis le premier conflit, obligé sous la menace d'une reprise de la guerre, Carthage à lui céder la Corse et la Sardaigne et un traité est signé en - 226 qui fixe les zones d'expansion respectives en Espagne. Mais Rome a agi prudemment en ne profitant pas de la grave crise qui affecte Carthage: la guerre inexpiable contre les mercenaires entre - 240 et -237.
Les interventions militaires de Rome se font essentiellement en Italie, par souci de sécurité.
Au nord, une loi de Flaminius prépare la colonisation du pays Sénon. Les Celtes indépendants passent à l'attaque, soutenus par des Belges, des Germains et descendent en Étrurie. Les Romains régissent tardivement mais la victoire du Cap Télamon et la mort du roi celte Viridumar (Virdomar) en - 225, suivies du succès écrasant de Clastidium en -223, permettent à Flaminius d'imposer aux Celtes la domination romaine. Vers - 220, Rome porte sa frontière sur les Alpes.
Dans le sud, les Romains débarquent en Illyrie en - 229, - 228 pour se débarrasser des pirates de l'Adriatique. Ils y reviennent en - 221 après un retour de la piraterie.
L'affaire de Sagonte
Cette ville, bien au sud de l'Ebre et proche de l'actuelle Sagonte est partagée en deux partis, l'un pro carthaginois et l'autre pro romain. Ce dernier est maître de la cité depuis que Rome est intervenu pour écraser un soulèvement populaire rejetant l'alliance romaine vers - 220. Puis la guerre éclate entre Sagonte et ses voisins Turbolètes.
Le siège de Sagonte (218)
Hannibal, en chef des forces de la "ligue ibérique" doit les soutenir. Carthage est liée par le traité de - 226 qui lui interdit d'attaquer une ville grecque ou située au nord de l'Iber (sans doute le Jucar). Hannibal rassemble dans l'hiver - 220 -219, une armée de 50 000 fantassins, 6 000 cavaliers et 200 éléphants. En juin - 219, il débute le siège de Sagonte qui va durer 8 mois. Les combats sont rudes, Hannibal est blessé et Rome mobilisée en Illyrie ne bronche pas. La cité est prise par surprise durant des négociations et le butin est envoyé en partie à Carthage. Hannibal rentre à Carthagène.
C'est alors que le Sénat romain envoie des ambassadeurs auprès d'Hannibal, c'est un échec. Puis ils vont à Carthage et se plaignent de l'accueil de Carthagène. Seul Hannon plaide pour le retour à la situation antérieure, il pense qu'un conflit renforcerait les Barcides. A Rome on est divisé au sujet de la guerre et la perspective d'un autre front contre la Macédoine refroidit les ardeurs des sénateurs.
En mars - 218, une nouvelle ambassade romaine vient à Carthage, exiger l'évacuation de Sagonte et la livraison d'Hannibal et de ses lieutenants coupables d'avoir rompu le traité.
L'ambassade se rend ensuite en Espagne pour y chercher des alliés, mais les chefs contactés n'ont plus confiance en Rome après l'abandon de Sagonte. Les Gaulois Transalpins consultés répondent indignés que c'était extravagant de proposer d'attirer la guerre sur leur propre territoire, pour qu'elle ne passât point en Italie et, avec force éclats de rire nous dit Tite Live, rejettent les propositions des Romains.
Rome connaît une expansion démographique lui permettant d'aligner 500 000 fantassins et 50 000 cavaliers, plus faciles à mobiliser en Italie pour la défendre que des Espagnols ou des Africains pour l'attaquer. Cette abondance d'effectifs permet aux officiers d'effectuer une sévère sélection et en cas de défaites mêmes sévères, ils pouvaient combler les pertes. Bien entendu dans l'antiquité, il n'est pas question d'équiper tous les adultes en âge de combattre. Le "tumultus" romain est la levée en urgence et non la levée en masse. La situation financière de Rome est bonne, les conquêtes rapportent du butin et des tributs. L'armée romaine est passée de 4 légions à 6. La marine, avec ses 220 quinquérèmes, interdit toute opération navale à l'ennemi et assure la logistique des légions.
Cette suprématie navale de Rome est permise par ses moyens financiers. Les forces politiques opposées avant le déclenchement de la guerre font l'union sacrée contre Hannibal.
La Deuxième Guerre Punique (II) : La Traversée des Alpes (218)
Hannibal réussit à mobiliser au printemps - 218, 102 000 hommes (90 000 fantassins, 12 000 cavaliers et 37 éléphants) à Carthagène. L'économie punique est florissante et les richesses de l'Andalousie s'ajoutent à celles de l'Afrique. Ces moyens économiques permettent aux Barcides d'équiper une solide armée, avec de nombreux mercenaires, les citoyens formant le gros de la cavalerie lourde et des équipages de la flotte. Des contingents d'autres cités puniques, des soldats recrutés en Espagne et des Africains constituent une grande part de cette armée dont la force principale repose sur les troupes montées à l'opposé de Rome où l'infanterie est essentielle.
La protection de l'Espagne est planifiée : 12 000 fantassins, 2 500 chevaux, une vingtaine d'éléphants, et la flotte (50 quinquérèmes dont 18 non armées stationnant sur la côte), sont confiés à son jeune frère Hasdrubal. Hannibal prépare également la défense de Carthage et envoie des troupes Ibériques protéger l'Afrique de l'Ouest, et les Africains de l'Ouest renforcer la métropole. Hannibal est singulier pour son époque, il considère comme déterminante la mobilité et donc la cavalerie, en fait, il s'inspire de la geste d'Alexandre le Grand. La marine punique est réduite à 150 quinquérèmes dont 50 stationnent à Carthagène. La marine romaine est trop puissante et Hannibal est persuadé que seules une grande victoire en bataille rangée ou la prise de Rome permettront de conclure le conflit. Son objectif est d'entraîner dans sa marche les Gaulois de part et d'autre des Alpes, puis les peuples italiens pour écraser Rome. Il s'appuie sur un mouvement populaire opposé à l'aristocratie punique et compte sur l'équivalent en Italie.
Le Voyage vers l'Italie
Les consuls romains, Tiberius Sempronius Longus et Publius Cornelius Scipio, ont planifié deux opérations simultanées. Scipio part de Pise avec deux légions pour la péninsule ibérique, y couper les sources d'approvisionnement d'Hannibal. Sempronius se rend en Sicile pour débarquer en Afrique à la manière d'Agathocle et Regulus mais avec plus de succès. Les Romains s'emparent de Naples.
Mais Hannibal met en place une stratégie pour le moins inattendue : il veut porter la guerre au cœur de l’Italie par une marche rapide à travers l’Hispanie et le sud de la Gaule. Sachant que sa flotte est largement inférieure à celle des Romains, il ne les attaque pas par la mer : il choisit un trajet terrestre beaucoup plus long mais plus intéressant car il lui permet de recruter en chemin bon nombre de mercenaires ou de s’allier aux peuples celtes désireux d’en découdre avec les Romains.
Le Passage du Rhone
Hannibal laisse 20 000 soldats à son frère Hasdrubal pour tenir le domaine des Barcides et en mai, il franchit l'Ebre.
Hannibal remonte vers le Nord en négligeant les comptoirs d'Emporion et Rhodes, et rencontre une vive résistance des Ibères de Catalogne. Hannibal passe avec des pertes sensibles et il laisse à un officier nommé Hannon, le gouvernement de la région avec 10 000 fantassins et 1 000 cavaliers.
C'est avec environ 50 000 fantassins et 9 000 cavaliers, qu'Hannibal franchit le col du Perthus. Il rencontre les Volques Arécomices qui viennent de conquérir ce territoire. La plupart des Celtes accueillent volontiers les Carthaginois dont la venue a été annoncée par les agents d'Hannibal.
Les Salyens sont aussi bienveillants et l'armée d'Hannibal atteint le Rhône en Juillet, vers Avignon.
Ayant atteint le Rhone, Hannibal se retrouve face à une armée gauloise se tenant en position de l'autre côte du fleuve. Il va lui falloir combattre.
Les dirigeants de Massalia ont envoyé un message au consul Scipio qui vient de débarquer dans le Delta avec 3 légions. Pour ne pas être pris entre ces deux ennemis, Hannibal imagine une ruse, à la manière d'Alexandre à la bataille de l'Hydaspe et envoie en toute discrétion, un détachement vers le Nord avec l'ordre de traverser en un endroit paisible et revenir vers le Sud attaquer au moment où les premières barques accosteront. Les hommes traversent en barque, les chevaux à la nage mais les éléphants sont effrayés. Il faut construire des radeaux et les recouvrir de terre et d'herbe.
La manoeuvre est parfaitement exécutée et les Gaulois attaqués sur deux fronts subissent de lourdes pertes. Le consul Scipio arrivé à Massalia, apprend qu'Hannibal tente de traverser le fleuve et temporise. Ses cavaliers rencontrent dans un combat sanglant 500 cavaliers numides. Quand ils sont revenus à Massalia, Scipio se presse de marcher vers Hannibal mais il est trop tard.
La Traversée des Alpes
Hannibal a pensé au moyen de stupéfier les Romains, et pour cela, traverser les Alpes et choisir l'Italie, pour champ de bataille. Il se rend dans le pays des Allobroges partagé entre deux prétendants. Il prend la route de l'Isère puis celle de la Maurienne. Sur le chemin il subit les attaques des Gaulois. La route devient difficile, la neige et les rochers s'ajoutent sont autant d'obstacles en plus des montagnards Ligures.
En arrivant en Italie, l'armée d'Hannibal ne compte plus que 20 000 fantassins, 6 000 cavaliers et 3 éléphants. Mais les Boïens et les Insubres venaient de se soulever et furieux de l'installation récentes de colons romains à Crémone et Plaisance, attaquaient ces deux cités et expulsaient les colons vers Modène. Les Gaulois viennent rejoindre l'armée d'Hannibal. Quand le carthaginois repart en guerre, juste avant l'hiver, ses troupes viennent d'être significativement renforcées par des Gaulois.
Chez les Romains, c'est l'inquiétude d'autant que Capoue, sa rivale économique, s'oppose à Rome. La flotte et les troupes parties en Sicile, sont rappelées mais l'expédition en péninsule ibérique, conduite par Cneius Scipio bénéficie de 2 légions. Publius Scipio, venu à Massalia pour intercepter Hannibal, le poursuit en vain et revient en Italie pour faire face à la nouvelle révolte gauloise. Il est doté de 2 nouvelles légions, soit un total inégalé de 6 légions actives.
Source :
- http://pagesperso-orange.fr/miltiade/guerpunique.htm
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Deuxi%C3%A8me_guerre_punique
- http://ollier.pierre.free.fr/HANNIBAL.htm
La Deuxième Guerre Punique (III) : Le Tessin et la Trébie (218)
Franchir les Alpes à mi-octobre, sous le harcèlement des autochtones, alors que les premières neiges de l'automne tombent, se révèle terriblement éprouvant: 25 éléphants y meurent, au cours des 9 jours de montée et des 6 jours de descente (18 jours en tout, si l'on suit Tite-Live), et deux autres meurent quelques jours après. (Selon d'autres sources, des éléphants survécurent au moins jusqu'à la Bataille de la Trébie). Après cinq mois de trajet, c'est une armée épuisée qui arrive en Italie, bien accueillie par les Gaulois : 20000 fantassins et 6 000 cavaliers.
Rome est contrainte de réviser son plan de manœuvre : Publius Cornelius Scipion doit rebrousser chemin à Marseille avec une partie de son armée, l'autre partie naviguant vers l'Espagne sous le commandement de son frère, Gnaeus Cornelius Scipio Calvus. L'armée du consul Sempronius revient de Sicile où elle stationnait.
Les Batailles du Tessin et de la Trébie (218)
La bataille du Tessin
D'après Polybe, « Publius [Cornelius Scipion] s'était déjà avancé au-delà du Pô, et, pour passer le Tessin, il avait ordonné que l'on y jetât un pont. En attendant qu'il fût achevé, il assembla le reste de ses troupes et les harangua : Hannibal est dans l'Italie, mais la plus grande partie de son armée est ensevelie sous les neiges des Alpes, et ce qui en est échappé est dans un état à n'en pouvoir attendre aucun service. La plupart des chevaux ont succombé à la longueur et aux fatigues de la marche, et le peu qui en reste ne peut être d'aucun usage.
Le lendemain les deux armées s'avancèrent l'une contre l'autre le long du Tessin, du côté qui regarde les Alpes, les Romains ayant le fleuve à leur gauche, et les Carthaginois à leur droite. Le second jour, les fourrageurs de part et d'autre ayant donné avis que l'ennemi était proche, chacun campa dans l'endroit où il était. Le troisième, Publius avec sa cavalerie, soutenue de troupes armées à la légère, et Hannibal avec sa cavalerie seule, marchèrent chacun de son côté dans la plaine pour reconnaître les forces l'un de l'autre.
Quand on vit, à la poussière qui s'élevait, que l'on n'était pas loin, on se mit en bataille. Publius met en avant les vélites avec la cavalerie gauloise, range le reste sur le front, et avance au petit pas. Hannibal vint au devant de lui, ayant au centre l'élite des cavaliers à chevaux bridés, et la cavalerie numide sur les deux ailes, pour envelopper l'ennemi. Les chefs et la cavalerie ne demandant qu'à combattre, on commence à charger.
Au premier choc les troupes armées à la légère eurent à peine lancé leurs premiers traits, qu'épouvantées par la cavalerie carthaginoise qui venait sur eux, et craignant d'être foulées aux pieds des chevaux, elles se retirèrent entre les intervalles des turmes, pour se reformer sous leur protection. Les deux corps de bataille s'avancent ensuite, et en viennent aux mains.
Le combat se soutient longtemps à forces égales. De part et d'autre beaucoup de cavaliers mirent pied à terre, de sorte que l'action fut d'infanterie comme de cavalerie. Pendant ce temps-là les Numides, tournant les ailes, tombent sur l'infanterie légère qui était derrière les escadrons, la culbutent, prennent à dos la cavalerie elle-même, et la mettent en fuite. Les Romains perdirent beaucoup de monde dans ce combat.
La perte fut encore plus grande du côté des Carthaginois. Une partie des premiers s'enfuit en déroute. Le reste se rallia auprès du consul. »
La cavalerie romaine, se voyant cernée, commence à fuir par petits groupes. De justesse, Scipion blessé parvient à s'échapper. Tite-Live aime à croire qu'il fut sauvé par son propre fils âgé de 17 ans, nommé lui aussi Publius Cornelius Scipio (le futur Scipion l'Africain) et futur vainqueur de la bataille de Zama. Après cet échec, le Romain préfère repasser le Pô et s'installe à la Trébie. Hannibal installe son camp à une dizaine de kilomètres de Plaisance.
La bataille de la Trébie
Après sa défaite dans l'engagement du Tessin, Publius Cornelius Scipio s'était replié sur la Trébie où il attendait le renfort de l'autre consul, Tiberius Sempronius Longus. Avant que ce dernier ne le rejoigne mi-décembre, Scipion subit des défections parmi ses alliés gaulois tandis qu'Hannibal accumulait au contraire les ralliements de guerriers celtes.
Entre le campement des deux armées coule un ruisseau, renfermé de toutes parts, dans les rives profondes et couvertes d'herbe marécageuse, de broussaille. Hannibal le remarque, et dit a son frère Magon de choisir mille cavaliers et mille fantassins parmi les plus braves et de les embusquer ici.
Bataille de la Trébie (218)
À l'aube, Hannibal envoie sa cavalerie Numide (1800 cavaliers) franchir la Trébie et provoquer les Romains.
Tiberius Sempronius Longus improvise aussitôt une sortie mal préparée. La cavalerie sort en premier, suivie de l'infanterie en désordre. Sous la neige, les Romains traversent les eaux glaciales de la Trébie qui gonflées par la pluie et la neige, leur arrive jusqu'aux épaules. Ils en ressortent épuisés et frigorifiés, pouvant d'après Tite-Live à peine tenir leurs armes. En face, les Carthaginois s'étaient préparés à combattre dans le froid en allumant des feux et en se couvrant d'huile. Outre la troupe en embuscade de Magon, Hannibal répartit ainsi ses forces : les frondeurs des Baléares en avant (8000 hommes), l'infanterie au centre et deux ailes de 5000 cavaliers, avec à leur tête les éléphants. Tiberius Sempronius Longus disposa ses troupes selon l'ordre de bataille romain habituel : l'infanterie (18000 Romains et 20000 alliés) au centre, sa cavalerie (6000) étant en train de poursuivre les numides.
Le combat débute par un affrontement entre la cavalerie numide qui a attiré les Romains qui fait volte face et attaque la cavalerie romaine à sa poursuite. Surpris, les cavaliers romains se battent, mais Spicion leur ordonne le repli et les distribue sur ses deux ailes. La bataille commence vraiment quand l'infanterie romaine monte à l'attaque des frondeurs des Baléares, obligeant Hannibal à les replier sur les ailes. Ce mouvement a pour effet de déborder totalement la cavalerie romaine, engagée déjà en sous nombre face à la cavalerie carthaginoise. Les éléphants effrayant les chevaux, l'avantage tourne vite dans le camp d'Hannibal.
Au centre, le combat est équilibré, l'infanterie romaine est épuisée par sa traversée des eaux mais sa valeur et son nombre lui permet de tenir tête aux carthaginois. Lorsque la cavalerie romaine est mise en déroute, les frondeurs encerclent les flancs de l'infanterie romaine et la crible de traits tandis que les éléphants se portent au centre. A ce moment, Magon sort de sa cachette et attaque l'arrière de l'armée romaine déjà malmenée. Les éléphants attaquent ensuite les auxiliaires romains qui paniquent et s'enfuient. Démoralisée par la fuite des auxiliaires, l'armée romaine est mise en déroute. Les fantassins se sauvent comme ils le peuvent, retraversant le lac ou fuyant dans les bois. Ceux qui réussirent à s'enfuir prirent la route de Plaisance ou retournèrent dans le campement.
Les pertes carthaginoises étaient faibles, mais la plupart des éléphants moururent de leurs blessures à cause du froid. Les jours suivants, Hannibal fait poursuivre les Romains par les cavaliers numides restant, mais garde le reste de son armée auprès de lui, car des pluies torrentielles se mirent à tomber et son armée avait besoin de repos. Le sénat commence à prendre conscience de l'ampleur du danger qu'est Hannibal à cause de ce désastre.
Source :
- http://www.apollonia.com.tn/polybe.html
- http://www.apollonia.com.tn/polybe3_13.html
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Tessin
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_la_Tr%C3%A9bie
La Deuxième Guerre Punique (IV) : Le Lac de Trasimène (217)
La bataille du lac de Trasimène au printemps 217, opposant Romains et Carthaginois, est à la fois une manifestation du génie manœuvrier d’Hannibal mettant à bien son projet d’invasion de l’Italie, mais aussi un symbole de la volonté des Romains de lutter malgré tout contre l’envahisseur.
Hannibal possède un réseau de renseignement très efficace (les Romains découvriront dans leur ville des espions qui s’y cachaient depuis des années). Il prend connaissance avec soin de la topographie aux abords du lac afin d'en tirer profit. On sait aussi qu’il usa d’une ruse étonnante pour conforter Flaminius dans ses suppositions que les troupes carthaginoises se trouvaient bien plus loin qu’en réalité. À cette fin, il fit allumer à la veille de la bataille des feux sur les collines voisines. L’issue de la bataille était liée à un grand nombre de facteurs (le temps, Flaminius, ses alliés); si un seul d’entre eux avait fait défaut, Hannibal se serait retrouvé pris à son propre piège. Loin de l'impulsivité, ses grands desseins sont préparés longuement par des méditations solitaires et tout est pesé avec prudence.
La stratégie de l’embuscade
Selon Polybe, « On lui dit [à l'égard de Flaminius] que c'était un homme doué d'un grand talent pour s'insinuer dans l'esprit de la populace, mais qui, sans en avoir aucun ni pour le gouvernement ni pour la guerre, se croyait très habile dans l'un et dans l'autre. De là Hannibal conclut que s'il pouvait passer au-delà du camp de ce consul, et porter le ravage dans la campagne sous ses yeux, celui-ci, soit de peur d'encourir les railleries du soldat, soit par chagrin de voir le pays ravagé, ne manquerait pas de sortir de ses retranchements, d'accourir contre lui, de le suivre partout où il le conduirait, et de se hâter de battre l'ennemi par lui-même, avant que son collègue pût partager avec lui la gloire de l'entreprise, tous mouvements dont il voulait tirer avantage pour attaquer le consul. »
« Hannibal prenant adroitement Flaminius par son faible, l'attira dans ses filets. à peine eut-il levé son camp d'autour de Fiésoles et passé un peu au-delà du camp des Romains, qu'il se mit à dévaster tout. Le consul irrité, hors de lui-même, prit cette conduite du Carthaginois pour une insulte et un outrage. Quand il vit ensuite la campagne ravagée et la fumée annonçant de tous côtés la ruine entière de la contrée, ce triste spectacle le toucha jusqu'à lui faire répandre des larmes. Alors ce fut en vain que son conseil de guerre lui dit qu'il ne devait pas se presser de marcher sur les ennemis, qu'il n'était pas à propos d'en venir si tôt aux mains avec eux, qu'une cavalerie si nombreuse méritait toute son attention, qu'il ferait mieux d'attendre l'autre consul et d'attendre jusqu'à ce que les deux armées pussent combattre ensemble. Non seulement il n'eut aucun égard à ces remontrances, mais il ne pouvait même supporter ceux qui les lui faisaient... Et sur-le-champ il se met en marche, sans attendre l'occasion favorable, sans connaître les lieux, emporté par un violent désir d'attaquer au plus tôt l'ennemi, comme si la victoire eût été déjà certaine et acquise. Il avait même inspiré une si grande confiance à la multitude, qu'il avait moins de soldats que de gens qui le suivaient dans l'espérance du butin, et qui portaient des chaînes, des liens et autres appareils semblables. »
L'embuscade du Lac de Trasimène (217)
La plaine bordant le lac forme une véritable souricière. L’étroit défilé au sol plat forme un vallon entre Borghetto et Passigano. Il est enserré entre, au sud, le lac, et au nord, des collines naturellement fortifiées et difficilement accessibles.
Hannibal voyait en ce lieu un piège idéal : une fois les Romains entrés dans le défilé, ils étaient pris au piège. Les Carthaginois passèrent tranquillement la nuit sur leurs positions : Hannibal et ses fantassins libyens et espagnols campèrent sur la pente abrupte. Son infanterie légère se mit à couvert derrières les versants, et la cavalerie numide ainsi que les Gaulois se cachèrent près de l’endroit où débouchait la route dans la vallée et prirent place au petit matin. Quasiment imprévisibles, l’obscurité et le brouillard ont joué un rôle non négligeable dans cette entreprise. Lorsque Flaminius décide de la traversée du défilé au petit matin, il y avait beaucoup de brouillard, ce qui rendait le déplacement des Romains difficiles. Cependant ce qui handicape les Romains ne gêne aucunement les Carthaginois puisqu'ils sont postés en hauteur sur les collines où le brouillard ne sévit pas. Par ailleurs, cette position donne aux unités Carthaginoises une vision plus large, et leur permet de se coordonner en créant un mouvement organisé contre les troupes romaines.
Le déroulement de l'embuscade
Quand Flaminius engage ses troupes dans l’étroit couloir le long de la rive, il ne se doute vraiment pas qu’il est observé par Hannibal et les Carthaginois, qui attendent le bon moment pour refermer le piège.
Les Carthaginois sont organisés selon un plan bien précis, en quatre corps, de l’ouest vers l’est, d’abord les cavaliers, puis les Gaulois, puis les Baléares et Carthaginois, enfin les Ibères et les Africains. Ainsi tous les côtés du lieu étaient couverts de « milles endroits à la fois ». Et quand enfin les troupes de Flaminius comprirent qu’elles étaient prises dans une embuscade il était déjà trop tard pour elles ; elles ne purent se déployer et se mettre en ordre de bataille. L’avant-garde composée de 6000 hommes environ fut vite séparée du gros de la troupe. Les hommes de celle-ci, comprenant ce qui se passait, s'éloignèrent précipitamment du champ de bataille et « se retirèrent sur un village d‘Étrurie ».
De ce fait, Hannibal, qui avait eu la volonté de séparer les Romains par petits groupes, put les affaiblir pour mieux les neutraliser. Ils ne résistèrent que peu de temps surtout par le fait de la surprise. Cette « mort à l’improviste » créa une panique générale, et tant la « situation était confuse » qu'oubliant les principes qui régissaient leur armée (« ne pas fuir, ne pas abandonner son poste ») les Romains se lancèrent dans un sauve-qui-peut général, « perdant tout sang-froid et toute raison ». Ceux qui ne se sont pas fait massacrer dans les premiers instants de l’affrontement, portèrent leurs espoirs sur la fuite, dont cependant les options étaient très limitées : certains préférèrent se jeter dans le lac, d’autres se rendirent présumant voir ainsi leurs vies épargnées, d’autres enfin choisirent de pénétrer dans le vallon et de traverser les lignes ennemies.
Il n'était plus question alors d’armée romaine tant le désordre règnait, chacun ne pensant plus qu’à sa propre vie, pas même à celle de ses camarades (« ne pouvaient porter secours aux leurs ») et pas plus à Rome qu’il fallait protéger. La violence des combats, qui durèrent près de trois heures, fut telle que les Romains « furent taillés en pièces », « sans pouvoir se défendre », « se noyèrent »
« Dans cette confusion, Flaminius abattu, désespéré, fut environné par quelques Gaulois qui le firent expirer sous leurs coups. Près de quinze mille Romains perdirent la vie dans ce vallon, pour n'avoir pu ni agir ni se retirer. Car c'est chez eux une loi inviolable de ne fuir jamais, et de ne jamais quitter son rang. Il n'y en eut pas dont le sort soit plus déplorable que ceux qui furent surpris dans le défilé. Poussés dans le lac, les uns voulant se sauver à la nage avec leurs armes furent suffoqués, les autres, en plus grand nombre, avancèrent dans l'eau jusqu'au cou, mais quand la cavalerie y fut entrée, voyant leur perte inévitable, ils levaient les mains au-dessus du lac, demandaient qu'on leur sauvât la vie, et faisaient pour l'obtenir les prières les plus humbles et les plus touchantes, mais en vain. Les uns furent égorgés par les ennemis, et les autres s'exhortant mutuellement à ne pas survivre à une aussi honteuse défaite, se donnaient la mort à eux-mêmes. »
La Deuxième Guerre Punique (V) : Cannes (216)
La bataille de Cannes est une victoire décisive d'Hannibal sur les légions romaines, au cours de la deuxième guerre punique. Le 2 août 216 av. J.-C., le général carthaginois écrase, grâce à une manœuvre géniale les troupes romaines deux fois et demi plus nombreuses, ce qui lui permet de s'établir durablement dans le sud de l'Italie.
La bataille de Cannes (216)
Devant la gravité de la défaite de Trasimène, les comices centuriates nomment dictateur Quintus Fabius Maximus Verrucosus surnommé Cunctator, le Temporisateur, qui applique alors une stratégie d'usure, suivant les déplacements d’Hannibal qui pille la Campanie et le Samnium, tout en évitant l’affrontement direct.
Selon Polybe, « Fabius avait pris la résolution, et rien dans la suite ne fut capable de la lui faire quitter, de ne rien hasarder témérairement, de ne pas courir les risques d'une bataille, et de s'appliquer uniquement à mettre ses troupes à couvert de tout danger. D'abord ce parti ne lui fit pas honneur, il courut des bruits désavantageux sur son compte, on le regarda comme un homme lâche, timide, et qui craignait l'ennemi, mais on ne fut pas longtemps à reconnaître que, dans les circonstances présentes, le parti qu'il avait pris était le plus sage et le plus judicieux que l'on pût prendre. La suite des événements justifia bientôt la solidité de ses réflexions. »
« Le dictateur se borna pendant toute la campagne à harceler toujours les ennemis, et à s'emparer des postes qu'il savait être les plus favorables à son dessein. Il ne souffrit pas que les soldats allassent au fourrage. Il les retint toujours réunis et serrés, uniquement attentif à étudier les lieux, le temps et les occasions. Quand quelques fourrageurs du côté des Carthaginois, approchaient de son camp, comme pour l'insulter, il les attaquait. Il en tua ainsi un assez grand nombre. Par ces petits avantages, il diminuait peu à peu l'armée ennemie, et relevait le courage de la sienne, que les pertes précédentes avaient intimidée. Mais on ne put jamais obtenir de lui qu'il marquât le temps et le lieu d'un combat général. »
La Bataille de Cannes
Hannibal, lentement affaibli par la guerre d'usure menée par le dictateur, cherche à engager une bataille rangée contre les forces romaines. Il s’installe dans le sud de l’Italie où il dispose d’alliés, et cantonne à Capoue, renommée dans toute l'Italie pour sa splendeur. Il espère ainsi provoquer les Romains et les forcer à se battre en plaine, là où il est le plus apte à utiliser son excellente cavalerie.
Du côté romain, on prépare les élections suivantes et, sur fond de conflit entre la plèbe et les patriciens, les consuls sont élus. Paul Émile comme Varron sont partisans d'une bataille mettant rapidement fin à la guerre, sous la pression de leurs électeur. Tite-Live signale que la tactique attentiste commençait à payer et que l'armée carthaginoise était presque à bout de vivres et avait les plus grandes difficultés à se ravitailler. C'est Varron qui commande à Cannes. Sa confrontation au génie militaire d'Hannibal donne un exemple de bataille classique et démontre les limites des légions romaines (les consuls étant élus chaque année, ils n'avaient pas le temps de se former au commandement militaire.
Rome avait donc mis en place une tactique éprouvée et simple, où le succès de la bataille reposait peu sur la valeur du général et essentiellement sur la discipline et la valeur des soldats romains, qui étaient citoyens et défendaient leurs biens).
La tactique romaine
La bataille de Cannes se déroule à proximité de l'Aufide en Apulie à quelques dizaines de kilomètres des premières colonies romaines. La disposition des troupes était toujours la suivante :
- les légions romaines au centre : étant les mieux équipées, elles constituent le point fort du dispositif ;
- les légions alliées les flanquant à droite et à gauche : étant moins bien équipées, elles forment un point faible ;
- la cavalerie, flanquant le tout et protégeant les ailes.
À l'intérieur des légions, les troupes étaient disposées en trois lignes, d'âge et d'équipement croissant. Là encore, les légions étant composées de citoyens payant leur équipement, les jeunes et les pauvres avaient un armement léger, alors que les plus vieux et les citoyens aisés étaient bien cuirassés.
Les riches pouvant se payer un cheval formaient la cavalerie. Au cours de la bataille, après un harcèlement de l'adversaire par des troupes légères, la première ligne s'avançait pour enfoncer les lignes ennemies. Si elle était repoussée, elle reculait en bon ordre derrière la troisième ligne et c'est la deuxième qui prenait le relais.
Le déroulement de la bataille
Hannibal, qui est en infériorité numérique dans un rapport de 1 pour 2 pour ce qui est de l’infanterie, dispose d’un atout majeur : la cavalerie qu’il va utiliser avec génie. Les consuls Varron et Paul Émile dirigent l’armée romaine (qui à l’époque n’est qu’une troupe de citoyens en armes) et forme un immense rectangle d’environ 80 000 hommes (8 légions) qui se déplace en ordre. Hannibal oppose une seule ligne de fantassins à cette masse. Sur les deux ailes, Hannibal dispose sa cavalerie. L’aile de la cavalerie gauloise aura pour objectif de maintenir la cavalerie romaine pendant que l’autre aile prendra les Romains à revers.
Le coup de génie du carthaginois sera de disposer une ligne beaucoup plus longue que le rectangle romain, puis de provoquer le contact entre ses lignes et la première ligne de l’armée romaine et enfin de faire reculer le centre de sa ligne de telle manière que ses fantassins forment une tenaille autour des Romains dont seul la première ligne reste en contact. La cavalerie lourde ibéro-gauloise arrive alors par l’arrière de l’armée Romaine et provoque l’un des plus grands massacres de l’Antiquité.
Les Romains, contenus par les Celtes et les Espagnols à l’avant, attaqués par la redoutable infanterie lourde carthaginoise sur les côtés et chargés par derrière par la cavalerie victorieuse d'Hannibal sont réduits peu à peu dans une poche dans laquelle ils sont enfermés. Caius Terentius Varro n’ayant plus de réserve voit son armée massacrée en quelques heures.
Les conséquences
« Après cette victoire, les affaires prirent l'aspect qu'on s'attendait leur voir prendre dans les deux partis. Elle rendit les Carthaginois maîtres de presque toute cette partie de l'Italie qu'on appelle l'ancienne et la grande Grèce. Les Tarentins se rendirent d'abord. Les Argyripains et quelques peuples de la Campanie appelèrent Hannibal chez eux. Tous les autres inclinaient déjà à se livrer aux Carthaginois, qui de leur côté n'espéraient rien moins que de prendre Rome d'emblée. Les Romains ne crurent pas seulement alors avoir perdu sans ressource l'empire d'Italie, ils tremblaient pour eux-mêmes et pour leur patrie, dans la pensée qu'Hannibal viendrait incessamment à Rome. La fortune même sembla en quelque sorte vouloir mettre le comble au malheur des Romains, et disputer à Hannibal la gloire de les détruire. À peine avait-on appris à Rome la défaite de Cannes, qu'on y reçut la nouvelle que le préteur envoyé dans la Gaule Cisalpine y était malheureusement tombé dans une embuscade, et que son armée y avait été tout entière taillée en pièces par les Gaulois. »
A l'issue de la bataille, la route de Rome était ouverte et l'armée carthaginoise aurait pu s'emparer de Rome qui ne s'attendait pas à ce moment à une défaite. Mais Hannibal aurait décidé de reposer son armée cette nuit-là. Rome pu reprendre alors sa tactique de temporisation et reconquérir patiemment le terrain perdu. Beaucoup pensent qu'Hannibal, malgré son écrasante victoire, avait une armée trop faible pour assiéger Rome, ce qui causa son repli en Italie du Sud. Cependant, certains soulignent que la stratégie d'Hannibal reposait sur la destruction du pouvoir de Rome en la privant d'alliés, et n'avait pas pour but la chute de Rome en tant que cité. Selon eux, Hannibal ne prit donc pas Rome par choix, et non parce qu'il n'en était pas capable.
Source :
- http://www.apollonia.com.tn/polybe.html
- http://www.apollonia.com.tn/polybe3_19.html
- http://www.apollonia.com.tn/polybe3_24.html
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Cannes
La Deuxième Guerre Punique (VI) : La résistance de Rome
L’effet de la victoire carthaginoise à Cannes pousse de nombreuses parties de l’Italie à se rallier à la cause d’Hannibal. Comme le note Tite-Live, « le désastre de Cannes fut plus grave que les précédents, on en a déjà un indice dans ce fait que la fidélité des alliés, qui jusqu’à ce jour était restée ferme, commença à chanceler, sans aucune raison, assurément, sinon qu’ils désespéraient de l’empire. »
Durant la même année, les cités grecques de Sicile se révoltent contre le contrôle politique des Romains alors que le roi Philippe V de Macédoine apporte son appui à Hannibal, lançant par la même la Première Guerre macédonienne contre Rome.
Hannibal noue aussi une alliance avec le nouveau roi Hiéronyme de Syracuse.
On affirme souvent que si Hannibal avait reçu le matériel nécessaire de la part de Carthage, il aurait pu conduire une attaque directe contre Rome. Pour le moment, il se contente de harceler les forteresses qui lui résistent encore et le seul événement marquant de l’année est la défection de certains territoires italiens importants tels que Capoue, la seconde ville d’Italie, dont Hannibal fait sa nouvelle base. Néanmoins, seul un petit nombre des cités italiennes qu’Hannibal espère rallier consentent à le rejoindre.
L'Enlisement en Italie (215-209)
Capoue accueille chaleureusement Hannibal mais refuse qu'on enrôle ses citoyens et la majeure partie de l'Italie du Sud se rallie mais pas les Grecs.
Rhegion, Thurium, Metaponte et Tarente refusent d'ouvrir leurs portes par traditionnelle hostilité envers les Puniques.
Naples qui reçoit une garnison romaine, les cités côtières et celles du Nord de la Campanie restent fidèles à Rome qui reprend la tactique de harcèlement du Cunctator. Marcellus a réussi à devancer et repousser Hannibal de Nola avec pertes. Cette victoire insignifiante produit une effet moral disproportionné.
Hannibal assiège et prend Nucérie, Acerra, et après un long siège Casilinum, clef du Vulturne mais il échoue devant Cumes. L'hiver arrive, l'armée d'Hannibal peut enfin se reposer à Capoue.
A Syracuse, la mort de Hiéron à 90 ans, autorise son petit fils et successeur Hieronymos, à rejoindre le camp du vainqueur qui lui promet que la Sicile entière lui reviendrait.
La Sardaigne se soulève à nouveau.
Dans l'Italie du Nord, les Gaulois anéantissent les 2 légions et les alliés de l'armée de Lucius Postumius Albinus, soit 25 000 soldats, dans la forêt Litana ou Litena.
Hannibal doit parcourir la Campanie pour protéger ses alliés. Il a besoin de renforts que Carthage mené par Hannon consent chichement à lui envoyer et que la marine romaine empêche d'arriver en nombre. En - 215, Bomilcar lui envoie par le port de Locres, un renfort de 4 000 Numides, des éléphants et de l'argent. Il étend sa domination sur l'Italie du Sud. Les ports italiens restent contrôlés par Rome. Hannibal est surveillé en permanence par 3 armées romaines, Marcus Marcellus dans le Samnium qui contrôle la route de Brindes, Sempronius Gracchus en Campanie même et Fabius Maximus près de Calès, inspirant la stratégie romaine.
Syracuse
Hiéronyme, héritier du trône, conseillé par ses deux oncles, préfère se rapprocher des Carthaginois. Cependant, la conduite scandaleuse de Hiéronyme provoque une sédition et il est assassiné en 214. Ceci entraîne des troubles dans la ville et finalement, toute la famille royale est massacrée. Les Carthaginois en profitent pour prendre le contrôle de la cité et, de là, tenter de reconquérir la Sicile. La prise de contrôle s'effectue plutôt par voie diplomatique, en retournant les alliances, que par des combats militaires.
Le consul Marcus Claudius Marcellus ne parvient pas à rétablir l'alliance avec Syracuse par la négociation, et au printemps 213 commence le siège de Syracuse. Dans le même temps, une armée carthaginoise de 25 000 hommes et 3 000 cavaliers débarque en Sicile, commandée par Himilcon. Il occupe Agrigente, mais ne peut faire lever le siège de Syracuse. Une épidémie décime ensuite son armée. La flotte carthaginoise ravitaille plusieurs fois Syracuse, mais retourne à chaque fois vers Carthage, redoutant un combat naval avec la flotte de guerre romaine.
En 211, Marcellus finit, après un long siège et de nombreuses péripéties par reprendre Syracuse, la plus belle et la plus illustre des villes grecques, qu'il livre partiellement au pillage. Le grand savant Archimède est, selon une légende rapportée par Tite-Live, tué pendant le sac par un soldat qui ne le connaissait pas alors qu'il était en train de contempler des figures géométriques dans le sable. Toutes les œuvres d’art de la ville, publiques ou appartenant à des particuliers, sont transférées à Rome.
Les Romains s'assurent la fidélité de leurs alliés siciliens tentés par une alliance avec Carthage par différents moyens, y compris par le massacre « préventif » des habitants d'Enna : Alors on égorgea les habitants d'Enna parqués dans le théâtre. C'est ainsi que l'on garda Enna : je ne sais si ce fut un crime affreux ou une mesure indispensable.
Tarente et Capoue
Lors de l'hiver 213/212, Tarente ouvre ses portes à Hannibal. Toutefois la garnison romaine retranchée dans la citadelle verrouille l'accès du port. Hannibal parvient enfin à se donner un accès à la mer, en s'emparant des cités côtières voisines de Métaponte, Héraclée et Thourioi. Si la flotte punique parvient à embarquer les troupes de Philippe V de Macédoine, elle pourra les débarquer en Italie du Sud. Mais en 211, la flotte de Bomilcar ravitaille une dernière fois Syracuse assiégée et se contente de bloquer la citadelle de Tarente, restant à l’écart de la flotte romaine de Brindisi.
Profitant de la fixation d'Hannibal sur Tarente, les Romains reprennent pied en Campanie et assiègent Capoue une première fois en 212, mais Hannibal les bat. En 211, ils reprennent leur blocus, que Hannibal ne peut rompre. Ce dernier tente alors un raid de diversion en se dirigeant sur Rome avec sa cavalerie. Aucune force ne s’interpose, les Romains refusent toujours une bataille rangée frontale.
Hannibal ad portas ("Hannibal est à nos portes") rapporte Tite-Live. Le Sénat s'empresse d'organiser la défense de la ville derrière ses murailles. La cavalerie d’Hannibal campe près de Rome, mais faute de machines de siège, elle doit rebrousser chemin vers l'Italie du sud.
Les Romains n'ont pas levé leur siège autour de Capoue : la diversion d'Hannibal a échoué. Capoue capitule en 211. En punition de sa trahison envers Rome, toutes ses terres sont confisquées et rattachées à l’ager publicus. Enfin, en 209, Fabius Cunctator réoccupe Tarente. La répression est plus sévère qu’à Capoue : Tarente est pillée, et 30 000 habitants sont vendus comme esclaves.
Source :
- http://pagesperso-orange.fr/miltiade/guerpunique_2eme.htm
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Deuxi%C3%A8me_guerre_punique
La Deuxième Guerre Punique (VII) : Le Conflit en Espagne
« Tous ces événements, tous ces préparatifs qui occupaient l'Italie ne ralentissaient nullement la guerre d'Espagne, où les Romains jusqu'alors avaient été plus heureux. Les deux Scipions, Publius et Cnéius, s'étaient partagé les troupes. Cnéius commandait l'armée de terre, et Publius la flotte. Hasdrubal, le général carthaginois, peu confiant dans ses soldats et dans sa flotte, se tenait loin de l'ennemi, à une distance et dans des positions où il n'avait rien à craindre. Après de longues et pressantes prières, il avait enfin obtenu d'Afrique un renfort de quatre mille fantassins et de cinq cents chevaux. »
Plan de la seconde Guerre Punique
L'offensive romaine en Espagne
A Dertosa, en - 215, Hasdrubal marche avec une armée de 30 000 soldats, espagnols pour moitié et rencontre les frères Scipio (Gnaeus et Publius Scipio) et leurs 6 légions (30 000 soldats romains et alliés italiens accompagnés d'un millier d'auxiliaires espagnols).
Hasdrubal imite le dispositif de Cannes, et place l'infanterie celtibère au centre, flanquée aux ailes de l'infanterie lourde africaine et la cavalerie espagnole et libyenne à gauche, les Numides à droite.
Le centre romain est bien plus fort que son adversaire et il remporte la décision en "cassant" l'infanterie espagnole avant que la cavalerie carthaginoise se défasse de son ennemi, inférieur en nombre (3 000 contre 4 000).
Cette défaite fait basculer de nombreux chefs Celtibères et Magon, prêt à prendre la mer pour rejoindre Hannibal, avec 12 000 fantassins, 1 500 cavaliers et 20 éléphants est détourné vers l'Espagne. Il évite un plus grand désastre pour Carthage et permet à Hasdrubal de reconstituer son armée.
Les frères Scipio fortifient Tarragone et attaquent les Carthaginois en Andalousie. En - 214, ils reprennent Sagonte, et combattent jusqu'aux colonnes d'Hercule. Vers - 213, ils entrent en relation avec Syphax, le puissant roi des Masaesyles et envoient quelques officiers romains former ses troupes. Et bientôt, Syphax provoque un tel esprit de révolte chez les sujets libyens de Carthage qu'Hasdrubal doit revenir en Afrique avec ses meilleurs soldats. Un conflit se déclare en Afrique, le roi des Massyles Gaïa ennemi de Syphax prend parti pour Carthage et son fils Massinissa réussit à battre Syphax et à l'obliger à faire la paix. enfin en - 211, Hasdrubal peut revenir en Espagne avec de nouveaux renforts et Massinissa. Au total, les troupes carthaginoises en Espagne comprennent 35 000 fantassins, 6 000 cavaliers et 30 éléphants. Pendant l'absence d'Hasdrubal, les Scipio ont pu piller le pays et inciter les Espagnols à les rejoindre.
Réaction d'Hasdrubal
C'est au tour des Romains d'être délaissés par leur capitale et, sans renforts, ils sont surclassés par les troupes carthaginoises. Pour tenter de rester, ils engagent 20 000 Celtibères, puis divisent leurs troupes en 3 corps pour faire face à Hasdrubal Barca, Magon et Hasdrubal, fils de Giscon.
Gnaeus Scipio commande les Celtibères et un contingent de Romains et poursuit Hasdrubal qui avec 2 fois moins de troupes, réussit à corrompre les Celtibères qui abandonnent Gnaeus. Ce dernier doit retraiter. Le corps romain, commandé par Publius Scipio, marche vers Magon qu'il trouve près de Castulo, renforcé du 3ème corps punique et de la cavalerie de Massinissa. Cette dernière marque des points et enveloppe le camp des légionnaires. Publius tente une sortie audacieuse. Les légionnaires sont d'abord victorieux mais la cavalerie numide intervient et lui coupe la retraite. L'infanterie carthaginoise se regroupe. Le proconsul est tué et c'est un désastre pour les 23 000 romains. Ces deux combats ont lieu dans la vallée du Guadalquivir.
Gnaeus ignore le sort de son frère et les troupes puniques convergent vers lui. Gnaeus voulant éviter le combat s'installe sur une colline près d'Ilorca ou Ilurci. Attaquée par les 3 corps carthaginois, la cavalerie numide bloquant toute retraite, les soldats romains résistent sur une colline dégagée mais sont anéantis avec leur chef.
Les Carthaginois récupèrent le terrain jusqu'à l'Ebre et sont capables de franchir le fleuve et de se connecter avec l'Italie. Mais Gaius Marcus, un officier de Gnaeus Scipio, rescapé de la bataille d'Illorca avec une petite troupe, a rassemblé les soldats éparpillés et les garnisons. Elu par les soldats, le nouveau chef profite de la jalousie entre les commandants puniques et les refoule sur l'autre rive de l'Ebre. La ligne est maintenue jusqu'à l'envoi par Rome d'une solide légion de 12 000 soldats commandées par le propréteur Claudius Neron.
A la fin - 211, la situation en Espagne est revenue au point de départ d'Hannibal. L'Ebre sépare les Romains au Nord des Carthaginois au Sud.
Publius Cornelius Scipio Africanus
« Le sénat et le peuple romains, depuis la réduction de Capoue, tenaient leur attention fixée sur l'Espagne autant que sur l'Italie. On voulait renforcer l'armée, y envoyer un général ; mais on ne savait à qui donner cette mission. Deux grands généraux ayant succombé là dans l'espace de trente jours, on voulait pourvoir à leur remplacement avec un soin tout particulier. Comme les avis étaient partagés entre plusieurs personnages, le sénat finit par renvoyer aux comices du peuple l'élection du proconsul destiné pour l'Espagne, et les consuls fixèrent le jour de l'assemblée.
D'abord on s'était attendu que ceux qui se croiraient dignes d'un commandement si important offriraient leurs noms: cet espoir que l'on vit trompé renouvela la douleur du désastre qu'on avait éprouvé et les regrets qu'avait fait naître la perte des deux généraux. Plongé dans cette affliction, sans résolution arrêtée, le peuple n'en descendit pas moins au Champ de Mars le jour de l'assemblée; tous les yeux sont tournés vers les magistrats, vers les principaux citoyens qui se regardent les uns les autres; on déplore que la situation des affaires de la république soit tellement perdue et désespérée que personne n'ose accepter le commandement de l'Espagne.
Tout à coup P. Cornélius, fils de celui qui avait péri dans cette contrée, jeune homme âgé d'environ vingt-quatre ans, déclare qu'il brigue cet honneur, et s'arrête sur un lieu élevé, d'où l’on pouvait l'apercevoir. »
Scipion l'Africain
« Tous les regards se fixent sur lui; des cris et la faveur du peuple semblent dès ce moment présager à son commandement des succès et des victoires. Lorsque ensuite on alla aux voix, le suffrage unanime des centuries et de chaque citoyen conféra à P. Scipion le commandement de l'armée d'Espagne. Mais quand l'élection fut terminée, que les transports et l'ardeur de l'enthousiasme furent refroidis, le silence régna dans l'assemblée; cette triste réflexion s'empara des esprits: qu'avait-on fait? la faveur ne l'avait-elle pas emporté sur la raison? L'âge de Scipion causait surtout ce repentir: plusieurs redoutaient aussi la fortune, le nom de sa maison, en le voyant partir, couvert du deuil de deux parents, pour une province où il aurait à combattre au milieu des tombeaux d'un père et d'un oncle. » (Tite-Live, Livre XXVI-18)
Scipion en Espagne
Publius Cornelius Scipio est déclaré Proconsul en Espagne, en 211 av. J.-C., à 24 ans. Il rassemble les restes des armées romaines et avec les recrues amenées avec lui, il se lance à la reconquête de l'Espagne.
Après des escarmouches contre les Carthaginois, il prend la Nouvelle Carthage (Carthagène), en 209 av. J.-C.. Cette victoire lui permet de mettre la main sur un riche butin, en or, en provisions et en armes. Il libère les otages des diverses tribus espagnoles gardées par Hasdrubal pour s'assurer de la fidélité de ces tribus. Grâce à cela il rallie les Celtibères (voir l'épisode du chef ibère Allutius qui a donné lieu au thème de La Continence de Scipion, sujet de plusieurs tableaux).
De là, il mène ses troupes contre les armées Carthaginoises et en 208 av. J.-C. il triomphe d'Hasdrubal à Bécula, en Andalousie, alors que celui-ci quittait l'Espagne pour rejoindre son frère Hannibal en Italie. Après plusieurs batailles victorieuses, il conquiert toute l'Andalousie, en 207 av. J.-C..
Dans le même temps il traite avec le roi numide Syphax. En 206 av. J.-C., il doit faire face à une mutinerie d'une partie de son armée, qui réclamait sa solde et croyait Scipion, alors malade, aux portes de la mort. Il rétablit la situation et punit de mort les meneurs. Il doit aussi affronter le soulèvement de tribus ibériques qu'il vainc à l'automne 206. Afin de montrer sa bonne volonté et de pacifier l'Espagne, il ne sévit pas contre les vaincus et exige seulement un tribut, pour payer la solde de ses soldats.
Après la soumission de Gadès (Cadix) et l'alliance avec Massinissa, il rentre à Rome à l'automne 206 av. J.-C., couvert d'une gloire immense.
Source :
- http://pagesperso-orange.fr/miltiade/guerpunique_2eme.htm
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Deuxi%C3%A8me_guerre_punique
- http://bcs.fltr.ucl.ac.be/LIV/Intro.html
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Scipion_l%27Africain
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