La Deuxième Guerre Punique (VIII) : La Bataille de Zama
« Je n'ignorais pas, Hannibal, que l'espérance de vous voir arriver avait seule poussé les Carthaginois à rompre et la trêve qu'ils avaient jurée et la paix qui se préparait. Vous ne cherchez pas vous-même à le dissimuler, quand des conditions précédemment établies pour la paix vous retranchez tout, excepté ce qui est depuis longtemps en notre pouvoir. Au reste, autant vous avez à coeur de faire sentir à vos concitoyens combien votre arrivée les soulage, autant je dois veiller à ce que la suppression des articles qu'ils ont consentis précédemment ne devienne pas aujourd'hui le prix de leur perfidie. Vous ne les méritez seulement pas, ces premières conditions; et vous voudriez encore tirer parti de votre mauvaise foi ! Ce n'est pas pour la Sicile que nos pères ont fait la première guerre, ni pour l'Espagne que nous avons fait la seconde. Alors c'était le péril des Mamertins nos alliés; aujourd'hui c'est la ruine de Sagonte; c'est toujours une cause juste et sacrée qui nous met les armes à la main. Vous avez été les agresseurs, vous l'avouez, Hannibal, et les dieux m'en sont témoins, les dieux qui, dans la première guerre, ont fait triompher le bon droit et la justice, comme ils les font et les feront triompher encore cette fois. Pour ce qui me concerne, je connais la faiblesse de l'homme, je songe à la puissance de la fortune, et je sais que toutes nos actions sont subordonnées à mille chances diverses. »
Scipion et Hannibal
« Au reste, j'aurais pu m'avouer coupable de présomption et de violence, si, avant de passer en Afrique, vous voyant quitter volontairement l'Italie et venir à moi, vos troupes déjà embarquées, pour demander la paix, j'eusse repoussé vos offres; mais aujourd'hui que la bataille est déjà presque engagée, que, malgré vos résistances et vos tergiversations, je vous ai attiré en Afrique, je ne vous dois aucun ménagement. Ainsi donc, si aux conventions qui semblaient devoir servir de base à la paix vous ajoutez une réparation convenable pour l'attaque de nos vaisseaux et de nos convois, et pour l'attentat commis sur nos députés en pleine trêve, j'en pourrai référer au conseil. Si vous trouvez ces premières clauses mêmes trop onéreuses, préparez-vous à la guerre, puisque vous n'avez pu supporter la paix »
L'Offensive africaine
Au Sénat, on hésite beaucoup sur l'offensive projetée par Scipio, nouvellement élu consul, en Afrique. La présence d'Hannibal en Italie et le caractère indocile de ce général inquiètent les Sénateurs. Aussi reçoit il l'ordre de se rendre en Sicile, d'y faire construire une flotte, de rassembler le matériel de siège et de préparer un corps expéditionnaire pour attaquer l'Afrique au prochain printemps. Il dispose de l'armée de Sicile, les deux légions de rescapés du désastre de Cannes, punis en Sicile et mal considérés. Scipio peut aussi recruter en Italie. Sa réputation lui apporte 7 000 volontaires venus de toutes les régions
Au printemps - 204, il part avec 30 000 hommes, 40 vaisseaux et 400 transports, et sans croiser de flotte ennemie, débarque près d'Utique.
Massinissa face à Syphax
Les Carthaginois se sont préparés à recevoir les Romains et ont détaché Syphax, le plus puissant des rois numides voisins, de l'alliance romaine qui prend pour épouse Sophonisbe, la fille d'Hasdrubal. En traitant avec lui, ils ont trahi Massinissa, son ennemi "intime" qui a quitté son royaume avec une faible escorte, sous les assauts conjugués de Syphax et des Carthaginois. Carthage dispose de 6 000 cavaliers, 20 000 fantassins et 140 éléphants, l'ensemble est commandé par Hasdrubal, fils de Giscon, qui rentre d'Espagne. Massinissa se tourne vers le consul Scipio qu'il a combattu en Espagne.
Le Romain en position de force, met le siège devant Utique. Mais Syphax arrive avec 10 000 cavaliers et 50 000 fantassins. Scipio doit lever le siège et se retrancher pour la mauvaise saison, dans un camp facile à protéger. Au printemps - 203, la situation n'est pas meilleure pour le Romain. Des négociations de paix lui permettent de surprendre ses ennemis, de nuit. Les huttes de roseaux des numides sont incendiées et lorsque les Carthaginois viennent les secourir c'est leurs tentes qui brûlent. Fuyant sans armes, ils sont passés au fil de l'épée.
Carthage réagit et comme des renforts viennent d'arriver de Macédoine et de Celtibérie, une bataille rangée est décidée dans les Grandes Plaines, actuellement la Dakla. Scipio se précipite avec ses légions. Les Celtibères sont au centre, devant l'infanterie africaine, sur les ailes, la cavalerie de Syphax à gauche et les Carthaginois à droite. Scipio innove dans son dispositif, les 3 lignes traditionnelles d'infanterie : hastati, principes et triaires sont placés sur le même plan, la cavalerie aux ailes. Les hastati attaquent en même temps que les cavaliers et balaient leurs opposants. Les principes et les triaires se lancent à leur tour et attaquent de flanc. Les Numides et Carthaginois sont dispersés rapidement tandis que les Celtibères se défendent avec acharnement et sont taillés en pièces.
C'est une grande victoire pour le Romain. Syphax est capturé par Massinissa et Laelius.
Négociations de paix
Le parti de la paix se réveille à Carthage et envoie une délégation de 30 sénateurs chez les Romains. Selon Tite Live, les Carthaginois se montrent humbles et rejettent les fautes sur Hannibal et les siens. Scipio fait connaître ses conditions : les Carthaginois doivent rendre les prisonniers, les déserteurs et les esclaves fugitifs, retirer leurs troupes d'Italie et de Gaule , renoncer à toute prétention sur l'Espagne et quitter toutes les îles situées entre l'Italie et l'Afrique , livrer tous leurs navires de guerre à l'exception de vingt, cinq cent mille boisseaux de blé, trois cent mille d'orge, plus une contribution de 4 000 talents. Les Carthaginois ont 3 jours pour se décider.
Une ambassade part pour Rome et à Carthage, les patriotes laissent leurs opposants négocier la paix pendant qu'ils préparent l'effort final et rappellent Magon et Hannibal. Magon venait de combattre deux armées romaines bien supérieures en nombre, dans le pays des Insubres. Il avait du reculer vers la côte et reçu une grave blessure. L'armée punique embarque aussitôt, mais Magon meurt durant la traversée.
Hannibal était à Crotone quand l'ordre de retour lui arrive. Il fait tuer tous ses chevaux ainsi que tous les soldats italiens qui ne voulaient pas le suivre. Sa traversée s'effectue sans incidents tant il agit rapidement. Il débarque à Leptis Minor, au sud d'Hadrumète et la paix conclue est rejetée. Hannibal reçoit des renforts gaulois, macédoniens et numides. Une flotte romaine de transports qui s'est échouée est pillée et une galère venue de Rome est capturée. Hannibal renoue avec Vermina, le fils et successeur de Syphax en - 202. Scipio, furieux pille la riche vallée du Bagradas et fait vendre en masse ses habitants comme esclaves. Hannibal, voulait reconquérir le royaume de Syphax pour prendre les Romains en étau. Scipio s'y oppose.
Une entrevue a lieu où Hannibal tente d'obtenir des meilleures conditions de paix. C'est un échec. Il ne reste plus qu'à combattre.
La Bataille de Zama (202)
La bataille de Zama est le tournant décisif de la deuxième guerre punique. Elle voit s'affronter les armées romaine, dirigée par Scipion l'Africain, et carthaginoise d'Hannibal. Peu après celle-ci, le sénat carthaginois signera un traité de paix qui met fin à près de 20 ans de guerre.
Les Forces en présence
Des deux côtés, les généraux ont élaboré un plan très précis d'attaque.
Dispositions des armées
Hannibal fait placer en première ligne 80 éléphants, en deuxième ligne les mercenaires gaulois et ligures, en troisième ligne l'infanterie carthaginoise et africaine. À quelque distance, d'autres mercenaires, des vétérans recrutés lors de la campagne d'Italie, doivent servir de réserve. Aux deux ailes se trouve la cavalerie; à droite, celle des Carthaginois, à gauche, celle des Numides, commandée par le jeune roi des Massaessyles, Syphax, époux de Sophonisbe.
Rompant avec la formation compacte en quinconce de l'infanterie utilisée par l'armée romaine, Scipion laisse des passages libres entre les manipules (unités tactiques de la légion) et place dans ces intervalles des vélites, ou soldats d'infanterie légère qui pourront évoluer facilement et désorienter les éléphants. À l'aile gauche, il dispose la cavalerie italienne et, à la droite, la cavalerie des Numides conduite par Massinissa, allié des Romains.
Le déroulement de la bataille
On peut reconstituer le plan d'Hannibal : faire charger les éléphants, puis envoyer les mercenaires gaulois et ligures dans un premier assaut qui doit affaiblir les Romains, ensuite faire intervenir la ligne des Carthaginois beaucoup plus solide et, enfin, les vétérans italiens pour assurer la victoire. Dans cette armée composée d'hommes si différents par leurs nationalités, leurs langues, leurs armes, leurs modes de combat, il est difficile de parvenir à harmoniser les consignes traduites par des interprètes, et Hannibal s'efforce de motiver les combattants : aux mercenaires il promet une solde supplémentaire, aux Carthaginois, aux Numides et aux Africains il représente la ruine de leur pays en cas de défaite. Mais les dispositions prises par Scipion rendent la tactique d'Hannibal totalement inefficace.
Conformément au plan d'Hannibal la charge des éléphants marque le début du combat. Mais, affolés par le vacarme des clairons et des cors romains, les pachydermes se retournent contre leur propre armée. Seuls quelques-uns continuent à avancer vers les troupes romaines. C'est alors que la disposition adoptée par Scipion montre sa supériorité : les cornacs engagent leurs bêtes dans les passages laissés libres et les vélites peuvent lancer leurs javelots sur les flancs des animaux, exposés des deux côtés à la fois.
Les deux ailes de l'armée d'Hannibal, les cavaleries carthaginoise et numide, font les frais de la débandade des éléphants. Lorsque, à leur tour, les deux infanteries s'affrontent, les forces sont déjà inégales. Les auxiliaires gaulois et ligures, comme Hannibal l'a prévu ne peuvent longtemps résister et se mettent à reculer vers la troisième ligne celle des Carthaginois et des Africains. Ceux-ci refusent de leur faire place dans leurs rangs et se battent pour repousser à la fois leurs mercenaires et les Romains.
Scipion adopte ensuite la tactique utilisée par Hannibal lors de la bataille de Cannes : la deuxième et la troisième ligne des légionnaires sont envoyées aux ailes et commencent un mouvement tournant encerclant les Carthaginois qui continuent à se battre contre la première ligne. À partir de ce moment, la victoire est acquise pour les Romains, de plus la cavalerie de Massinissa et de Laelius reviennent et prennent à revers l'infanterie Carthaginoise qui est massacrés. Privés de l'aide des éléphants, de leur cavalerie, de leurs mercenaires, quelques rares Carthaginois prennent la fuite.
Environ 20 000 hommes ont péri dans leurs rangs. 10000 ont été faits prisonniers ainsi que 11 éléphants. Les Romains, quant à eux, n'ont à déplorer qu'environ un millier et demi de morts. Ayant pu regagner Carthage, Hannibal déclare à ses concitoyens qu'il vient de perdre non une bataille, mais la guerre. Carthage doit accepter un traité de paix désastreux pour elle : elle perd l'Espagne, doit livrer sa flotte et ses éléphants de combat, et payer en cinquante annuités une indemnité de 10 000 talents (environ 50 millions de francs-or). Revenu à Rome, Scipion célèbre un triomphe magnifique et reçoit de ses soldats le surnom d'Africain.
Les conditions de la paix
« Ils vivraient en liberté sous l'empire des lois; les villes, les territoires, les frontières qu'ils avaient possédés avant la guerre, ils les conservaient, et dès ce jour les Romains cesseraient leurs dévastations. Ils rendraient aux Romains tous les transfuges, déserteurs et prisonniers; ils livreraient tous les vaisseaux de guerre, à l'exception de dix trirèmes et les éléphants domptés qu'ils avaient; ils ne pourraient en dompter d'autres. Il leur était défendu de faire la guerre, soit en Afrique, soit hors de l'Afrique, sans la permission du peuple romain. Ils donneraient satisfaction à Masinissa et concluraient une alliance avec lui. Ils fourniraient des vivres et paieraient la solde aux auxiliaires, jusqu'à ce que leurs députés fussent revenus de Rome. Ils acquitteraient en cinquante ans un tribut de dix mille talents d'argent partagé par sommes égales. Ils remettraient au choix de Scipion cent otages de quatorze ans au moins et de trente ans au plus. Ils obtiendraient une trêve de lui, si les bâtiments de transport capturés pendant la première trêve et leurs cargaisons étaient restitués: sans quoi point de trêve, point de paix à espérer. »
Source :
- http://pagesperso-orange.fr/miltiade/guerpunique_2eme.htm
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Deuxi%C3%A8me_guerre_punique
- http://bcs.fltr.ucl.ac.be/LIV/Intro.html
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Scipion_l%27Africain
La Troisième Guerre Punique (149-146) : Entre les deux guerres
Encouragé par le Sénat, Massinissa, le roi numide attaque en - 193, la riche Byzacène. Le pays d'Empories est pillé et occupé. Peu à peu, toute la campagne est perdue.
Les Carthaginois se maintiennent dans les plus grosses agglomérations. Ils supplient le Sénat de les laisser se défendre ou de tracer de façon définitive la frontière. Les envoyés de Carthage demandent au Sénat d'être sujet de Rome. Mais cette dernière laisse la situation en l'état et si elle retient, une fois ou deux, l'avidité de Massinissa, les commissaires romains venus en Afrique repartent sans prendre de décisions. Carthage se montre très prévenante pour Rome et lui envoie de riches convois de blé.
La situation financière de Carthage s'est durablement améliorée après le passage d'Hannibal aux affaires. L'oligarchie est remplacée par une "démocratie" qui assainit les finances et récupère les sommes détournées par l'oligarchie. En - 187, Carthage propose le paiement anticipé de toutes les annuités de l'indemnité de guerre. Rome refuse pour maintenir Carthage dans la situation de tributaire. Elle se rend compte que malgré ses efforts, Carthage n'est absolument pas ruinée. Mais les armées de Rome sont occupées à l'Est et aussi en Ibérie.
Massinissa constitue un véritable état numide. Syphax, le roi des Massaesyles étant mort dans une prison romaine, son fils Vermina n'avait récupéré qu'une infime partie des états de son père, l'essentiel étant sous la maîtrise de Massinissa. Son royaume s'agrandit sans cesse, et a pour capitale Cirta, l'actuelle Constantine, il s'étend jusqu'à la Cyrénaïque, après avoir conquis Leptis Magna. Il a transformé les nomades en agriculteurs et a fondé des villes administrées à la punique avec des suffètes. Son armée comprend des éléphants et aussi une marine.
Caton l’Ancien
Caton (Marcus Porcius Cato) dit Caton l’Ancien (Cato Maior), également appelé Caton le Censeur (Cato censor), est un homme d’État et écrivain romain, né en 234 av. J.-C au municipe de Tusculum et mort en 149 av. J.-C.
Né d’une famille obscure ; il servit d’abord sous Fabius Maximus pendant la deuxième guerre punique. Il fut successivement soldat à 17 ans, questeur du consul Scipion l’Africain en -204, édile curule en -199, préteur en -198 en Sardaigne, il acheva de soumettre ce pays, envoyé avec le titre de consul en Hispanie (Espagne) et en Grèce en -195, il obtint les honneurs du triomphe en soumettant les tribus des hauts-plateaux espagnols.
Il devint censeur en -184, il exerça ses fonctions avec une sévérité qui passa en proverbe , et il mérita qu’on lui élevât une statue avec cette inscription : À Caton, qui a corrigé les mœurs. Il lutta contre l’hellénisation de la classe politique, s’opposant aux Scipions plus ouverts, et s’opposa (vainement) à l’abrogation de la loi Oppia contre le luxe des femmes. Il fit construire la basilique Porcia sur le forum romanum pendant sa censure.
Dans ses dernières années, en -153, il dirigea une mission diplomatique envoyé à Carthage. Impressionné par le relèvement économique de Carthage, il adopta une attitude anti-carthaginoise systématique, et terminait tous ses discours au Sénat romain par la formule Delenda Carthago est (« Il faut détruire Carthage »). Il mourut en l’an 149 av. J.-C., à 85 ans, au déclenchement de la troisième guerre punique.
Caton s’appliqua aux sciences et aux lettres ; il excellait dans la jurisprudence aussi bien que dans l’agriculture ; il étudia jusque dans sa vieillesse et apprit, dit-on, le grec à 80 ans. Cependant il regardait comme dangereux certains arts de la Grèce, et il en empêcha l’introduction à Rome. On reproche à ce sage païen son goût pour le vin et son avarice.
Le drame se noue
Les Carthaginois ont développé la culture de la vigne et de l'olivier dans le but de cesser les importations du vin et de l'huile. Caton en mission d'inspection en Afrique en - 153 remarque ces progrès avec aigreur.
Le parti pro numide est réduit à l'impuissance par l'exil de ses chefs décidé par le "parti des populaires": Hamilcar le Samnite, Hasdrubal le Boetharque (commandant des troupes auxiliaires) et Carthalo.
Massinissa vient d'occuper la région de Dakhla (les Campi Magni) et dès - 154, Carthage commence à fabriquer des armes et à construire un nouveau port de guerre. Rome reste indifférente à ce manquement au traité de - 201. Les envoyés de Rome, en - 153, remarquent dans les arsenaux des stocks d'armes. Et en - 152, la commission romaine manque d'être massacrée par le peuple de Carthage.
En - 151 Caton réclame une déclaration de guerre en bonne et due forme. Mais Scipio Nausica obtient qu'une commission soit envoyée pour imposer le désarmement et qu'en cas de refus la guerre contre Carthage soit déclarée. Cette politique amenait à terme la guerre mais les événements d'Afrique vont fournir un autre prétexte. La pression de Massinissa autour de Carthage se fait de plus en plus forte et celle ci lui déclare la guerre en - 149. Elle arme 50 000 hommes et livre bataille au roi numide.
Cette armée carthaginoise est vaincue sous les yeux de Scipion Emilien en mission près de Massinissa. Carthage refusant de livrer les transfuges, la guerre continue et l'armée punique cernée, capitule en raison de la famine et est en partie massacrée. Les sénateurs de Carthage, pour amadouer Massinissa et en prévenant Rome de leur action, condamnent à mort Carthalo et Hasdrubal qui prend le maquis immédiatement.
Mais entre temps, à Rome, le parti de la guerre l'a emporté. Carthage a attaqué un allié de Rome en violation du traité de - 201. Au printemps, les consuls, Manilius et Censorinus sont chargés de conduire 4 légions et 50 quinquérèmes en Afrique et de détruire Carthage. Les Carthaginois envoient une ambassade à Rome. On lui répond que ce sont les consuls qui donneront les directives en Afrique. Ces derniers exigent d'abord la livraison de 300 otages issus des familles les plus nobles. Puis ils demandent la livraison de toutes les armes.
Pour éviter la guerre, Carthage accepte ces conditions et 200 000 armures, 2 000 catapultes et toute la flotte sont livrées aux consuls qui ont débarqués à Utique, cité qui a pris le parti de Rome. Après avoir désarmé son ennemie, les consuls rappellent les torts de Carthage et annoncent la dernière injonction du Sénat. « Allez et bâtissez une autre ville à 80 stades au moins de la mer. Nous avons l’ordre de détruire Carthage ! »
La Troisième Guerre Punique (149-146) : La fin de Carthage
A Carthage, cette nouvelle déclenche une violence qui frappe les plénipotentiaires, les partisans de la paix ainsi que les Italiens qui résidaient à Carthage. Le Sénat déclare la guerre à Rome, et décide de mobiliser toute ses ressources pour produire des armes et remettre les remparts en état. En été, les arsenaux et les particuliers fabriquent quotidiennement : 300 épées, 500 lances, 140 boucliers et 1000 traits de catapulte ainsi que ces machines. Lorsque l'armée romaine approche des murs de la ville, elle les trouve en état de défense.
Reconstitution de Carthage
Hasdrubal, petit fils de Massinissa se voit confier le commandement militaire et Hasdrubal le Boetharque est immédiatement amnistié, il se rapproche de Carthage et vient camper à Néphéris, au Sud Est de la ville. La stratégie décidée est toute défensive, en réaction aux attaques des Romains. Une partie des cités voisines reste fidèle à Carthage : Hippo Diarytus (Bizerte), Apsis (Kelibia) et Neapolis (Nabeul), alors qu'Hadrumète (Sousse), Thapsus et Leptis Minor s'allient aux Romains.
Le début du siège
Les consuls pouvaient empêcher ce réarmement en occupant rapidement la cité, mais ils comptaient sur une reddition spontanée. Quand ils se décident à donner l'assaut, les légionnaires sont repoussés. Il faut entreprendre un siège.
Manilius agit comme si l'affaire allait durer et face aux fortifications, il établit un camp retranché sur l'isthme, pour se défendre des troupes d'Hasdrubal qui menacent ses arrières. Censorinus s'établit sur la plage, non loin de Khereddine et près des ports. Pour se procurer du bois et construire les machines de siège, Censorinus fait sortir les légionnaires de leur camp et la cavalerie punique les surprend et tue beaucoup de soldats romains.
C'est le tribun Scipio Emilien qui est appelé pour partager les fonctions royales entre ses 3 fils. L'aîné Micipsa obtient la capitale Cirta et "l'administration", Mastanabal les tribunaux et Gulussa l'armée. Ce dernier rallie le camp romain, mais des cavaliers numides viennent se placer sous les ordres de Phameas, le commandant de la cavalerie punique. Des renforts viennent aussi du côté des Maures. La situation de Carthage s'améliore et celle des Romains se détériore. Censorinus a réussi à construire deux tours contenant chacune un bélier et avec celles ci, a percé une brèche dans la muraille. La nuit suivante, les Carthaginois réparent la muraille et dans une sortie périlleuse, brûlent les deux tours. Il reste une brèche mal réparée et les Romains se précipitent dans la ville où ils sont repoussés avec de lourdes pertes et sauvés par les soldats que Scipio a placés en couverture.
Carthage est encore ravitaillée par des bateaux qui profitent d'un vent favorable pour entrer à grande vitesse dans le port. Des brûlots sont lancés contre la flotte romaine. Les assiégés passent à l'offensive et de nuit, parviennent à franchir le fossé du camp romain sur l'isthme et arrachant la palissade, attaquent les troupes de Manilius qui paniquent. La cavalerie romaine charge et sauve la situation. Hasdrubal et son armée, installés sur les hauteurs, contrôlent les communications avec la Byzacène. En voulant le faire partir, Manilius est surpris près de Néphéris en novembre - 149 et il évite le désastre grâce à l'intervention de Scipio Emilien. La popularité de ce dernier parvient au Sénat de Rome.
Le changement de consuls intervient en - 148, Calpurnius Pison et Hostilius Mancinus n'obtiennent pas de meilleurs résultats. Evitant de s'attaquer de front à Carthage, ils tentent de prendre les villes qui lui sont encore fidèles. En particulier Hippo Diarytus, d'où partent les corsaires attaquer les convois ravitaillant les Romains, cette cité est secourue par Carthage et avec Apsis ce sont pour les consuls de sanglantes déconvenues.
La défense de la ville
Scipio Emilien est devenu consul et commandant de l'armée d'Afrique pour une seule raison : terminer le siège qui n'en finit pas depuis deux ans. Scipio désire terminer la guerre rapidement, il rétablit l'ordre dans le camp romain qui ressemble à un marché où se vend le résultat des rapines effectuées par les légionnaires. Il se heurte à la triple enceinte qui protège la ville face à l'isthme. C'est là que les défenses sont les plus solides.
Le premier obstacle, derrière un fossé de 30 mètres de large, est un mur de terre de 2,40 mètres d'épaisseur et d'une hauteur moyenne de 3 mètres atteignant parfois 4 mètres. Le dernier mur, proche de la ville, mesure 17 mètres de haut et a entre 9 et 10 mètres d'épaisseur. La base de ce mur, sur 6 mètres de hauteur, est composée d'une construction de maçonnerie de 5,50 mètres d'épaisseur. A intervalle de 60 mètres, un tour de 4 étages fait saillie. Cette muraille est à peu près intacte au bout de deux ans de siège ! Face à la mer, une simple muraille couvre la presqu'île mais Carthage se sent protégée de ce côté, par les côtes escarpées qui dissuadent les assaillants.
A Carthage, les extrémistes du parti des populaires dirigés par Hasdrubal le Boetharque, gouvernent seuls et les prisonniers romains sont suppliciés sur les remparts et jetés encore vivants dans le vide, pour exclure tout compromis. Le Sénat ayant protesté, Hasdrubal condamne quelques sénateurs. Tout défaitisme est sanctionné. Les vivres sont réservés aux combattants. Scipio transforme le siège qui devient offensif, il entreprend méthodiquement de couper toute voie d'approvisionnement pour la ville. L'isthme est totalement clos par le camp retranché, cette fortification continue, servant autant à arrêter toute attaque venant de Carthage que d'une armée de secours. Une tour permet de surveiller l'ennemi. Un fossé continu de 4,5 kilomètres de long renforce le dispositif.
Pour interdire toute sortie des brûlots ou autres navires puniques, Scipio décide de fermer l'entrée du port qu'utilisaient les forceurs de blocus par une digue. Carthage réplique en construisant cinquante trirèmes et d'autres navires plus petits et en creusant un canal vers le rivage dans un endroit où il est impossible de construire une digue. Toute la population est mobilisée, jour et nuit. Les Romains sont surpris en voyant sortir cette flotte inattendue qui malmène l'escadre romaine dans un premier engagement, puis connait la défaite dans l'été – 147.
Mais Scipio réussit à s'installer sur le terre-plein qui contrôle l'entrée des ports. Après une âpre lutte, des catapultes sont installées. Des soldats carthaginois, en véritables commandos, réussissent à incendier ces machines et sèment la panique chez les Romains. A l'automne - 147, l'armée de Néphéris est anéantie et des secours envoyés par les Maures sont battus par les Romains. Les alliés de Carthage sont progressivement réduits à l'impuissance. Scipio réussit une attaque depuis la digue vers l'avant-port et 4 000 soldats s'installent dans cette position face à une nouvelle fortification édifiée par Hasdrubal. La situation reste bloquée pendant plusieurs mois.
La destruction de Carthage
Le Sénat a prolongé le mandat de Scipio malgré l'élection de nouveaux consuls en - 146. Carthage est épuisée et affamée. En Avril - 146, Scipio Emilien mobilise toutes ses forces. Partant de l'avant-port, les légionnaires abattent la fortification des ports et de là poursuivent vers l'agora voisine. La population se réfugie sur la colline de Byrsa. Trois avenues parallèles montent vers la citadelle. Un terrible combat de rues s'engage où chaque immeuble de six étages, transformé en forteresse est pris d'assaut l'un après l'autre, les Carthaginois poursuivant le combat jusque sur les toits. Pour limiter ses pertes, Scipio, après avoir rassemblé un grand nombre d'oeuvres d'art, fait incendier la ville et fit tracer au génie une avenue au milieu des décombres fumants. Les redditions commencent seulement.
Dans la citadelle, 50 000 personnes se sont réfugiées, la résistance durera six jours. Le septième jour la citadelle de Byrsa capitule et le consul fait grâce aux personnes qui y sont réfugiées et vont terminer leur vie en esclavage. Mais il reste un ultime îlot de résistance, le temple d'Eshmoun, bâti sur une colline au nord de Byrsa. Hasdrubal y est barricadé avec 900 transfuges de l'armée romaine et d'irréductibles carthaginois. Ils y mettent le feu et se jettent dans les flammes tandis que le Boetharque se rend à Scipio Emilien. Toute résistance a cessé, les incendies poursuivent la destruction de la cité pendant dix-sept jours. C'est la fin de Carthage
Une mission de 10 sénateurs organise la conquête. Ce qui reste de Carthage est rasé, le sol est maudit et interdit à tout occupation. Les villes qui s'étaient tournées vers Rome, comme Utique sont déclarées libres. La province romaine est séparée du royaume numide par un fossé, le fossa regia.
Source :
- http://membres.lycos.fr/majed/tunisie/histoire/gpunique/gpunique.html
- http://www.histoiredumonde.net/rubrique.php3?id_rubrique=184
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Troisi%C3%A8me_guerre_punique
- http://massyles.free.fr/3emeguerrepunique.htm
- http://pagesperso-orange.fr/miltiade/guerpunique_3eme.htm
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