Igor Brevnjovski : Chronique d'un homme en exil

Le Lévitique : La Notion de Sainteté

Les mots hébreux qu'on peut traduire par « saint, sacré, sanctifier, consacrer » dérivent d'une même racine (QaDaSh) qui figure 152 fois dans le Lévitique. Ce livre se place ainsi en première place avant Ezéchiel (105 emplois) et l'Exode (102 emplois). Ce qui confirme la première approche du livre : le Lévitique peut et veut être lu comme un programme de sanctification.

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1) Dans la Bible, la notion fondamentale du « sacré » (qadosh, qodesh) signifie l'appartenance à Dieu :

  1. Est saint, sacré tout ce qui lui appartient tout ce qui a une relation spéciale avec lui : certaines réalités sont saintes par nature (le nom du Seigneur, sa résidence céleste).

  2. D'autres le sont parce que Dieu les a consacrés : le peuple qu'il choisit (Ex 19,6), le septième jour (Gn 2,3), les premiers-nés des humains ou du bétail (Ex 13,11-16 ; Lv 27,26), le sang et la graisse des animaux domestiques (Lv 7,25-26), le lieu où Dieu se révèle à Moïse (Ex 3,2).

  3. D'autres encore sont saintes parce que l'homme les consacre : les offrandes apportées au sanctuaire (2,1-3 ; 27,9-10), les jours fériés dans la mesure où on les respecte ; et chacun doit consacrer sa personne (« soyez saints »). L'exemple du sabbat montre la double dimension de la consécration : ce jour est déclaré saint par le Créateur mais il doit aussi être traité comme tel par l'homme.

« Etre saint » est donc à la fois un don de Dieu et une exigence pour l'homme.

2) Pour les humains la sainteté a naturellement deux dimensions : collective et individuelle. Le Lévitique développe surtout la dimension individuelle : on n'y trouve pas l'expression traditionnelle de « peuple saint » (Ex 19,6 ; Dt 7,6 ; 14,2) mais bien « vous serez saints » ou « je vous sanctifie ». Pourtant la dimension collective n'est pas absente : elle joue de deux façons.

  1. La sainteté est d'abord un don de Dieu qui ne sanctifie pas son peuple simplement en déclarant : « je vous sanctifie ». Il lui donne les moyens concrets d'être saints, à savoir des institutions : un sanctuaire, un sacerdoce, un rituel (Lv 1-10)

  2. La sainteté est ensuite une exigence pour le peuple pris dans son ensemble. Ce qui se traduit par une législation qui fera d'Israël un peuple « à part ». Cette idée de séparation que l'histoire sacerdotale met en vedette dès le récit de la création (Gn 1) colore toute la législation (Lv 20,24-26) et explique plus d'une prescription.

3) Quant à la dimension individuelle elle joue dans cette vaste collection de règles de conduite qui concernent chaque personne. Il s'agit surtout d'actions concrètes, visibles (Lv 11-25)

La sainteté est une propriété de Dieu, c'est son identité. Elle commande son action envers les humains. Elle se caractérise par la toute-puissance : rien n'est impossible à Dieu et on n'a pas le droit de refuser ses exigences. Cette puissance et cette autorité sont généralement bienfaisantes pour Israël. Et le mot « saint » n'apparaît que rarement sans qu'Israël soit à l'arrière-plan. Finalement, c'est en se consacrant Israël que Dieu se montre saint.


Les Notions de Pureté / Impureté

On relève les notions suivantes, auxquelles « pur » (tahor) et « impur » (tamé) sont associés. Pur s'apparente à : propre, clair, sans mélange, vrai, complet, en ordre. Ce qui est pur favorise la vie, l'épanouissement, la rationalité, la maîtrise de la nature. Impur s'apparente à : sale, trouble, hybride, faux, anormal, désordonné. Ce qui est impur mène à l'affaiblissement de la vie, à la mort, à l'absurdité ; l'impur est souvent du côté de la nature mal contrôlée, de l'animalité.

  1. Le caractère pratique de la Loi fait qu'on détaillera beaucoup les cas d'impureté et les manières de se purifier, mais sans donner une théorie de cette notion. Bien qu'elle relève du domaine religieux, l'impureté est une réalité physique et non morale. On peut la contracter involontairement et même inconsciemment. Elle est contagieuse, comme une maladie ; elle présente plusieurs degrés de gravité.

  2. On la définira mieux en regardant ses conséquences : l'impureté étant contagieuse, elle oblige plus ou moins l'être impur à s'isoler de la société ; l'impureté interdit de toucher des choses consacrées, de manger des aliments consacrés, de fréquenter des lieux saints ; l'impur est exclu de toute assemblée cultuelle.

Mais l'impur n'est pas pour autant coupé de Dieu ; il peut prier, car l'impureté n'est pas un péché ; mais c'en serait un de ne pas respecter les interdits qu'elle entraîne ou de ne pas essayer de s'en débarrasser.

Source : « Cahiers Évangile » - Le Lévitique, la Loi de Sainteté (Editions du Cerf)

Posté par Silverside le 31.05.08 à 14:50 - Commentaires (0) - Le Lévitique

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