Igor Brevnjovski : Chronique d'un homme en exil

Le Paléolithique : l'âge de la Pierre ancienne

Le terme "Paléolithique" a été créé par John Lubbock en 1865, pour désigner l'âge de la pierre taillée. Il s'étend sur 5 à 6 millions d'années, depuis le début du Quaternaire (Pliocène) jusqu'à 10 000 avant notre ère, et se termine avec la fin de la dernière glaciation de Würm. Il comprend 3 périodes définies selon le type d'industrie lithique :

  1. Le Paléolithique très ancien, puis ancien ou inférieur.

  2. Le Paléolithique moyen, allant de —200.000 à —35.000 ans. environ.

  3. Le Paléolithique supérieur de —35.000 à —9.500 ans.

Originellement, le Paléolithique a été défini comme étant la période durant laquelle les outils en pierre sont taillés (voir aussi industrie lithique). Ce peut-être par exemple des outils en silex. Mais, on retrouve aussi des outils en pierre taillée durant les périodes postérieures du Mésolithique, du Néolithique et même postérieurement.

La définition du Paléolithique est donc précisée comme suit : Période durant laquelle les outils en pierre sont taillés mais ou les technologies suivantes ne sont pas présentes : Pierre polie, céramique, métaux. Exception faite toutefois, des quelques rares statuettes en céramique que l’on peut retouver au Palélolithique supérieur.

Source :
- http://cylaix.com/cariboost1/crbst_33.html
- http://pagesperso-orange.fr/nicole.rolin/prehistoire/index.htm
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Pal%C3%A9olithique
- http://hominines.portail-svt.com/articles.php?lng=fr&pg=61
- http://www.encyclopedie.snyke.com/articles/paleolithique.html
- http://www.memo.fr/
- http://www.musee-terra-amata.org/francais/expo/temporaires.htm
- http://www.hominides.com/html/dossiers/sepulture-tombe-prehistoire.html

Posté par Silverside le 06.04.08 à 00:46 - Commentaires (0) - Chronologie

L'Expansion des Hominidés

A partir des fossiles retrouvés sur le vieux continent, les scientifiques ont cherché à comprendre comment l'Homo sapiens avait colonisé la planète...  Avec des mêmes éléments fossiles plusieurs théories s'affrontent.

Théorie Monocentriste (Out of Africa - Arche de Noé) : développée en 1959 par William Howells, Christopher Stringer et Peter Andrews. Les Homo erectus migrent donc à partir de l'Afrique vers l'Europe et l'Asie une première fois. Puis se rédéploient vers - 1 millions. Ces Homo erectus européens et asiatiques s'installent et commencent une lente évolution vers l'homme moderne. Malheureusement, ces espèces se trouvent dans une impasse évolutive, les populations s'appauvrissent... Vers - 200 000 - 100 000 ans l'Homo sapiens apparaît en Afrique, biologiquement et intellectuellement mieux armé que ses prédecesseurs. C'est lui qui va repartir à la conquête de l'Asie et de l'Europe. C'est lors de cette troisième grande migration humaine que l'Homo sapiens supplante les populations archaïques restantes.

Théorie Pluricentriste (Multirégionale) : proposée en 1947 par Franz Weidenreich. De manière identique à la première, la théorie Multirégionale reprend l'hypothèse d'une migration importante il y a 2 millions d'années. Les Homo erectus migrent donc à partir de l'Afrique vers l'Europe et l'Asie une première fois. Puis se rédéploient vers - 1 millions - 700 000 ans , toujours à partir du berceau africain, vers l'Europe. A ce moment, les différentes populations, chacunes dans leurs régions respectives, vont évoluer vers l'homme moderne. Biologiquement on va donc assister à une sorte de "pré-sapientisation" des populations pour aboutir à l'apparition des Homo sapiens, simultanément, sur tout le globe.

Théorie intermédiaire (Evolution réticulée) : synthèse développée par Erik Trinkauss, Fred Smith et Günter Bräuer. Devant l'antinomisme et quelques incohérences des deux précédentes théories, quelques anthropologues ont cherché une voie intermédiaire. Selon ces scientifiques, les migrations depuis 2 millions d'années ont été régulières et progressives dans le temps. De plus, ces mouvements de populations se sont également réalisés d'une région à une autre : de l'Asie vers l'Europe par exemple. Cela sous-entend donc un mixage génétique permanent qui empêche l'apparition d'espèces différentes. La dernière migration en provenance d'Afrique (- 150 000 ans) serait donc naturellement celle qui aurait laissé le plus de traces dans le patrimoine génétique de l'homme moderne.

Formation

Les trois scénarios de l'apparition de l'homme


Une étude

L'équipe du Docteur Andréa Manica a réalisé une étude permettant de départager les tenants des trois théories en utilisant deux méthodes totalement différentes mais complémentaires. Ils ont en effet combiné une étude génétique sur les populations humaines du globe avec une étude des caractéristiques physiques de plus de 6000 squelettes fossiles provenant également de plusieurs régions de la planète.

Les résultats montrent que plus les populations sont éloignées géographiquement de l'Afrique, plus la diversité génétique et la variété phénotypique diminuent. Le Dr Andrea Manica (University's Department of Zoology) explique : « Certains ont utilisé des données morphologiques pour argumenter que les hommes modernes avaient des origines multiples. Nous avons combiné nos enregistrements génétiques avec de nouvelles mesures d'un large échantillon de squelettes pour démontrer définitivement que les hommes modernes sont originaires d'une seule région au sud du Sahara en Afrique. »

Pour valider leurs résultats, les chercheurs ont tenté d'utiliser leurs données pour trouver des origines non-africaines aux hommes modernes. Le Dr Francois Balloux explique : « Pour tester une théorie alternative aux origine de l'homme, nous avons essayé de trouver une origine non-africaine. Nous avons simplement trouvé que cela ne fonctionne pas. Notre étude montre que les humains sont bien originaires de l'Afrique sub-saharienne. »


Une autre étude

L'Europe a peut-être été colonisée par cette dernière, voilà plusieurs centaines de milliers d'années. C'est la thèse que défendent, dans la dernière livraison des Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) américaines, publiée lundi 6 août, des spécialistes espagnols, géorgien et italien de l'évolution humaine.

L'hypothèse la plus répandue parmi les paléoanthropologues, concernant le peuplement du globe, est celle du berceau africain. Plusieurs vagues migratoires successives se seraient produites depuis ce foyer originel, que les premiers représentants du genre Homo auraient quitté voilà quelque 2 millions d'années. L'homme moderne, Homo sapiens, y serait apparu il y a environ 200 000 ans, avant de se répandre en Asie et en Europe, puis sur le reste de la planète, voilà 100 000 ans. C'est la théorie du "out of Africa". L'étude publiée dans les PNAS met à mal ce scénario.

  1. Les auteurs ont scruté à la loupe plus de 5 000 dents fossilisées datant du pléistocène, sur une période s'étendant de l'émergence d'Homo erectus, 1,8 million d'années avant notre ère, à l'apparition de l'homme de Neandertal, il y a quelque 250 000 ans. Au vu de cette analyse dentaire comparée, deux groupes humains bien distincts apparaissent : l'un formé de fossiles découverts sur l'ensemble continental eurasiatique (Homo erectus, Homo heidelbergensis, Homo neanderthalensis), l'autre de fossiles exhumés en Afrique (Australopithecus afarensis, Australopithecus africanus, Homo habilis).

  2. L'examen montre "d'importantes différences morphologiques" entre les spécimens mis au jour. Chez les Eurasiates, la denture antérieure (incisives et canines) est marquée par une robustesse que l'on ne trouve pas au même degré chez leurs homologues africains. La denture postérieure (prémolaires et molaires) des premiers se caractérise, au contraire, par une importance réduite (perte des cuspides par exemple, c'est-à-dire des pointes en contact avec les dents opposées) par rapport aux seconds.

Autant d'indices qui donnent à penser que les cours de l'évolution en Eurasie et en Afrique "ont été relativement indépendants pendant une longue période". Au sein de l'ensemble eurasiatique, l'Asie aurait donc pu être un creuset de l'évolution des espèces. Et, au niveau génétique, avancent les chercheurs, son influence sur le peuplement de l'Europe aurait été "plus importante que celle de l'Afrique". Les "paléodentistes", toutefois, n'écartent pas totalement la piste africaine. L'arrivée en Europe de nos lointains ancêtres serait peut-être la résultante d'un "puzzle complexe" de contacts et de migrations entre continents.

Source :
- http://www.hominides.com/html/dossiers/expansion.html
- http://www.hominides.com/html/actualites/theorie-out-of-africa-confirmation-0057.html
- http://pagesperso-orange.fr/nicole.rolin/prehistoire/Pages/Le%20peuplement%20de%20la%20terre.htm
- http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3244,36-943424,0.html

Posté par Silverside le 06.04.08 à 19:42 - Commentaires (0) - Chronologie

Homo Neandertalensis et Homo Sapiens

Homo neanderthalensis était différent d'Homo sapiens mais pas plus rustre, animal ou primitif... juste différent !


Comparaison du crâne et du squelette

La face de neandertal est particulière avec un grand nez saillant et de larges sinus.

Formation

Le crâne comparé de sapiens et de neandertal

A première vue les squelettes de sapiens et de neandertal sont relativement semblables. Si la taille est le premier élément différenciant il existe pourtant de nombreuses différences anatomiques. Globalement Homo neandertalensis est plus trapu qu'Homo sapiens, il posséde également des articulations plus massives et des insertions musculaires plus fortes... Les différences physiques entre les mâles et les femelles de l'espèce Homo neandertalensis étant peu prononcées il y avait un faible dismorphisme sexuel.

Formation

Le squelette comparé de sapiens et de neandertal


Utilisation de l'ADN mitochondrial

L'ADN des mitochondries, organites du milieu cellulaire a l'avantage d'être présent en de multiples exemplaires dans une même cellule et de contenir chacun de nombreuses molécules d'ADN similaires ; alors qu'on ne trouve qu'un seul noyau par cellule, et que ce dernier ne contient qu'un unique exemplaire de chaque ADN paternel et maternel.

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Les diverses études menées sur les régions hypervariables de la boucle D de l'ADN mitochondrial convergent toutes vers la même conclusion : Il n'y a probablement pas eu de mélanges génétiques entre Homo sapiens et Homo neanderthalensis. L'hypothèse selon laquelle ces individus correspondent bien à deux espèces humaines distinctes est ainsi confortée. De plus, de tels résultats confortent la théorie dite "Out of Africa", selon laquelle l'Homme moderne serait apparu en Afrique, puis aurait migré vers le reste de la planète (au contraire des autres modèles, proposant une apparition multiple et locale de l'Homme moderne).

  1. Toutefois la prudence s'impose, car ces séquences hypervariables, longues d'à peine quelques centaines de nucléotides, ne peuvent raconter la même histoire que celle de l'ADN du noyau, riche de ses trois milliards de nucléotides. Les mitochondries ne se transmettant que par les mères, ces études sur l'ADN mitochondrial suggèrent qu'il n'y aurait pas de femmes de Néanderthal parmi nos ancêtres ; à cette restriction près, apportée par de récentes études, qu'il existe de rares transmissions paternelles des mitochondries.

  2. Une autre limite importante de ces résultats est le très faible nombre d'échantillons fossiles utilisés. Seuls quelques Hommes de Néanderthal et quelques Hommes de Cro-Magnon ont en effet été analysés. Et il n'est pas impossible que ce faible échantillonnage ait entraîné un biais, non détecté encore...

  3. De plus, il est à noter que les ADN extraits de ces fossiles peuvent très bien avoir subi des mutations au cours des milliers d'années qui se sont écoulées. Toutefois, la très forte homologie entre les Cro-Magnons étudiés et les Hommes actuels, de même que la similarité des résultats entre des Néanderthals issus de différents sites, suggèrent que, au moins pour ces durées de conservation et ces séquences, ce phénomène reste négligeable.

Ainsi, même si le modèle le plus probable aujourd'hui paraît être celui d'une colonisation de la planête par des Homo sapiens issus d'Afrique, remplaçant les Homo neanderthalensis sans mélanges génétiques, il n'est pas possible à l'heure actuelle d'apporter une réponse définitive à cette question...


La théorie de la spéciation

Les néandertaliens ont une aire de répartition qui s’étend de l’Europe de l’ouest jusqu’en Asie centrale et au Proche-Orient :

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Aire de répartition

Cependant, sur cette vaste aire de répartition, les néandertaliens ne forment pas une population homogène pour de nombreux caractères.

  1. Les différences morphologiques atteignent une telle amplitude entre l’Europe occidentale et le Proche-Orient, que certains auteurs et non des moindre refusent même le terme de Néanderthal pour les individus du Proche-Orient tels que Kebara, Amud, Shanidar, … (habituellement considérés comme néandertaliens). Ces auteurs considèrent que la morphologie de ces derniers est suffisamment proche de celle des hommes modernes archaïques présents au Levant, comme Qafzeh ou Sküll, pour ne plus les considérer comme des néandertaliens, mais bien comme des hommes modernes archaïques. Cette conception entraîne implicitement que les premiers hommes modernes présentaient une variabilité morphologie très importante, plus que celle qui existe aujourd’hui.

  2. Par ailleurs, en Europe centrale, on constate que les populations néandertaliennes présentent une morphologie intermédiaire entre celles observées chez les individus plus occidentaux, comme la Ferrassie ou La Chapelle-aux-Saints, et ceux du Proche-Orient. Cette variation de caractères s’observe sur toute les parties du squelette, aussi bien crânien que post-crânien.

  3. En outre, de nombreux caractères présents chez les néandertaliens se retrouvent dans les premières populations d’homme moderne en Europe centrale et au Proche-Orient mais jamais dans celles d’Europe occidentale. En d’autres termes, en Europe occidentale, la transition entre néandertaliens et homme moderne est brutale et non transitoire contrairement à l’Europe centrale.

Dès lors, une hypothèse est que lorsque l’homme moderne arrive en Europe il y a 40 000 ans via le Levant, il rencontre, au fur et à mesure de sa remontée vers l’ouest, des populations autochtones présentant des caractères néandertaliens de plus en plus prononcés (cette population ayant développé, au cours du temps, une différentiation morphologique selon un gradient Est/Ouest, bien que les populations la constituant soient liées par un flux génique), associés à une diminution, jusqu’à l’arrêt, des possibilités de métissage. Ainsi, l’hybridation était encore possible en Europe centrale et au Proche-Orient, comme l’atteste la présence de caractères néandertaliens dans les populations post-néandertaliennes de ces régions, alors qu’il ne l’était plus en Europe occidentale.

Formation

Dans le cas de l’hypothèse de la spéciation par distance des néandertaliens, les populations du Proche-Orient ne présentaient aucun isolement reproducteur avec l’homme moderne. Au contraire, l’absence de caractères néandertaliens dans les premières populations modernes d’Europe occidentale traduit un isolement reproducteur important. Cependant, cet isolement n’était peut-être pas total. En effet, l’isolement reproducteur peut être pre* ou post-zygotique*. Dans le premier cas, il est total, mais dans le second il peut ne pas être total et les hybrides peuvent alors exister mais présenter une très faible fitness*, voir être stériles.

L’hypothèse de spéciation par distance considère les néandertaliens du Proche-Orient non comme le résultat d’une migration vers l’Est mais bien comme appartenant à un même continuum populationel dans le temps et l’espace. Cette interprétation permet d’expliquer pourquoi les néandertaliens du Levant présentent autant de différences par rapport à ceux d’Europe occidentale. Cette interprétation est aussi plus cohérente avec les connaissances archéologiques (comme par exemple l’absence d’intrusion culturelle européenne parmi les technologies du Levant), que la notion de migration des néanderthaliens vers le Proche-Orient.

Source :
- http://www.hominides.com/html/dossiers/neandertal-sapiens-comparer-comparaison.html
- http://www.scienceshumaines.com/-0ales-multiples-origines-des-cultures-modernes-0a_fr_11640.html
- http://www.snv.jussieu.fr/vie/documents/adnancient/adnmt.htm
- http://www.hominides.com/html/art/art.html
- http://www.hominides.com/html/references/neandertal-homo-sapiens-speciation-distance.html

Posté par Silverside le 06.04.08 à 19:48 - Commentaires (0) - Chronologie

Les Multiples Origines des Cultures Modernes

Depuis quand a-t-il acquis les caractères que l'on associe habituellement au propre de l'homme : le langage, l'usage de symboles, l'art, une pensée religieuse ?

Un modèle a longtemps été admis pour rendre compte de cette grande transformation. La modernité de l'homme serait associée à une brusque révolution culturelle ayant eu lieu il y a 40 000 ans environ, soit au début du paléolithique supérieur. Cette mutation culturelle aurait eu lieu en Europe et coïnciderait avec l'arrivée des hommes anatomiquement modernes, des hommes comme nous en somme, sur le Vieux Continent. Ce changement a longtemps été considéré comme soudain et explosif. Il aurait été marqué par l'apparition conjuguée de plusieurs éléments nouveaux dans la culture matérielle : objets gravés et sculptés, parures (colliers, bracelets), instruments de musique (flûtes), peintures sur les parois des cavernes, outils en os soigneusement façonnés, outils en pierre plus sophistiqués. Une variante de ce modèle voit dans la modernité culturelle le résultat d'une mutation génétique qui se serait produite il y a 50 000 ans en Afrique et n'aurait pas laissé de traces visibles dans l'anatomie crânienne des hommes modernes africains.

Un autre modèle a été récemment proposé. Selon ce scénario, la modernité culturelle aurait débuté en Afrique, le continent où selon la génétique notre espèce a eu son origine il y a environ 200 000 ans, et se serait déployée par étapes entre - 200 000 et - 20 000 ans. Deux fragments d'ocre retrouvés en 2002 dans la grotte de Blombos, en Afrique du Sud, datés de - 75 000 ans, et d'autres découverts depuis, portent des motifs géométriques gravés. Dans les mêmes couches archéologiques ont été découvertes, en 2001, des pointes de sagaie et des poinçons en os soigneusement façonnés et, en 2004, de nombreux coquillages percés et ocrés, utilisés comme objets de parure. Ces découvertes sont à mettre en relation avec de nombreux autres indices de comportement moderne, telle l'utilisation intense de matières colorantes dans de nombreux sites africains bien plus anciens que le début du paléolithique supérieur en Europe.

Il n'existe pas de consensus entre spécialistes sur les indices archéologiques permettant de démontrer l'émergence de capacités cognitives et de cultures modernes : tour à tour sont invoqués la chasse spécialisée, la conquête de nouveaux territoires, les stratégies de subsistance dans des environnements contraignants, l'utilisation de nouveaux matériaux, les styles des outils en pierre et en os, l'échange à longue distance de matières premières, la structuration de l'habitat, les sépultures accompagnées ou non d'offrandes, l'utilisation de colorants, la production de gravures, peintures ou objets de parure, etc., ou encore l'association de tous ces comportements. Ces différences de points de vue ne sont pas surprenantes : ces points de vue reflètent chacun une définition possible de ce qui est propre à l'humain. Les archéologues essaient de surmonter cette difficulté en comparant la culture matérielle des populations paléolithiques vivant dans différentes régions de la planète, ceci sans perdre de vue la variabilité des cultures matérielles des sociétés humaines historiquement connues, notamment celles des sociétés de chasseurs-cueilleurs. Cette approche conduit à élaborer un modèle alternatif aux modèles actuels : celui du big bang culturel et celui de l'« out of Africa ». Selon ce modèle, les traits qui définissent la modernité culturelle ne sont pas propres à notre espèce biologique : ils auraient émergé graduellement au sein de plusieurs types humains différents


Les innovations culturelles que l'on observe chez les derniers néandertaliens viennent-elles de contacts avec les hommes modernes ?

Des études récentes montrent que les néandertaliens sont les auteurs des objets de parure et des poinçons en os retrouvés dans la grotte du Renne : en témoigne la présence dans ces mêmes couches des remontages et des déchets de fabrication de ces objets ainsi que la nouvelle étude des nombreuses dents humaines isolées découvertes dans les mêmes couches. Les poinçons en os, parfois décorés de motifs abstraits, montrent des différences techniques par rapport à ceux utilisés par les hommes modernes aurignaciens.

Les outils en pierre racontent la même histoire : les technologies des néandertaliens tardifs ne montrent aucune affinité apparente avec les techniques introduites en Europe par les hommes modernes. Elles apparaissent au contraire comme des développements autonomes de traditions culturelles locales. En d'autres termes, les néandertaliens tardifs étaient déjà en train de développer leur propre transition vers les technologies du paléolithique supérieur, du moins en Europe occidentale, avant que les hommes modernes ne s'établissent dans les mêmes régions. Enfin, l'antériorité de l'aurignacien (culture des premiers hommes modernes européens) sur les cultures régionales néandertaliennes est également remise en cause. Les nouvelles datations disponibles pour cette période en Europe et au Proche-Orient montrent que les premières apparitions de l'aurignacien sont datées d'environ 36 500 ans et non de 40 000 comme il a été soutenu dans le passé.

Si les productions symboliques étaient la conséquence directe d'une mutation biologique, liée à l'apparition d'une nouvelle espèce, ces comportements symboliques devraient apparaître rapidement dans la culture matérielle de nos ancêtres et être synchrones avec le phénomène de spéciation. Or nous observons au contraire que les premières traditions figuratives connues, celles de l'aurignacien en Europe (grotte Chauvet, grande grotte d'Arcy, plaquettes peintes de Fumane en Italie, figurines humaines et animales de l'aurignacien allemand) ou les plaquettes peintes de figures animales du site Apollo-11 (Namibie), apparaissent presque au même moment (respectivement - 33 000 et - 28 000 ans) et très tardivement par rapport à la date admise pour l'origine africaine de notre espèce (- 200 000 ans). Si donc aucune représentation figurative crédible n'a été trouvée dans des sites néandertaliens, des populations biologiquement modernes n'ont apparemment pas ressenti le besoin de produire de telles figurations pendant cent cinquante mille ans au moins de leur histoire.

L'archéologie nous montre donc que durant la même période, tant en Europe qu'en Afrique, des innovations culturelles majeures ont vu le jour. Dans certains cas, ces innovations ont pris la forme d'une complexification graduelle de comportements préexistants, dans d'autres, ce furent des expérimentations soudaines de comportements nouveaux ; dans certains cas, les innovations ont disparu, probablement avec les populations qui les ont créées, dans d'autres, elles se sont répandues. Certaines feront tâche d'huile dans les trois régions examinées (Europe, Proche-Orient et Afrique). Par ailleurs, ce processus « en peau de léopard » ne se termine pas à 40 000 ans, date du prétendu big bang du paléolithique supérieur mais semble décrire de façon appropriée les processus d'invention ou de diffusion des innovations qui se poursuivront pendant encore quelques dizaines de milliers d'années dans plusieurs zones de la planète.

Source : - http://www.scienceshumaines.com/-0ales-multiples-origines-des-cultures-modernes-0a_fr_11640.html

Posté par Silverside le 06.04.08 à 19:50 - Commentaires (0) - Chronologie

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