La Découverte du Feu
La domestication du feu par Homo erectus a marqué un tournant dans la Préhistoire, l'être humain se distinguant alors des autres espèces animales.
Reconstitution d'un campement d'Homo erectus (© Dessin André Houot)
Elle est attestée à partir d’environ 450 000 ans, notamment dans les sites de Terra Amata près de Nice, de Menez-Dregan à Plouhinec en Bretagne, de Bilzingsleben en Allemagne ou de Vértessz?l?s en Hongrie.
Archéologie du feu
La question de la date à laquelle les humains ont maîtrisé l'usage du feu est encore discutée au sein de la communauté scientifique. Certains sites très anciens (Chesowanja, Gadeb, Koobi Fora en Afrique de l'Est, Aldène, L'Escale en France) ont livré des indices directs (charbons) ou indirects (pierres brûlées, argile calcinée) de combustion mais l'absence de structure de combustion organisée interdit d'exclure d'éventuels incendies naturels.
Certains auteurs estiment que dans un premier temps les groupes humains auraient simplement utilisé le feu prélevé lors des incendies provoqués par la foudre ou les éruptions volcaniques. La capacité de produire véritablement du feu serait plus récente. Cette vision est extrêmement difficile à argumenter : elle est en tout cas conforme à certains récits antiques, tels que le De rerum natura de Lucrèce, ou aux fictions préhistoriques telles que La Guerre du feu.
Pour C. Perlès, ce débat présente peu d'intérêt, d'une part parce que l'existence de ces deux phases est indémontrable à partir des données archéologiques, d'autre part parce que l'étape la plus importante reste le passage de la non-utilisation à l'utilisation du feu, qu'il soit produit ou non. La maîtrise du feu constitue effectivement l'une des caractéristiques qui distinguent la lignée humaine du reste du monde animal. La peur du feu chez les animaux doit en revanche être relativisée dans la mesure où certains rapaces et les guépards semblent tirer parti des feux de brousse qui rabattent leurs proies.
Les plus anciens foyers incontestables apparaissent à partir d'environ 400 000 ans BP (Menez-Dregan à Plouhinec, Lunel Viel en France, Vértessz?l?s en Hongrie) et se multiplient vers 200 000 ans BP (Terra Amata, Caune de l'Arago, Orgnac III, Cagny l'Épinette en France, Bilzingsleben en Allemagne, Torralba et Ambrona en Espagne).
Certaines méthodes de production de feu remontent donc probablement au Paléolithique inférieur, même si les preuves archéologiques directes ne remontent pas à plus de 9 000 ans BP pour les méthodes par friction (grotte de Guitarrero au Pérou). Les exemples archéologiques de briquets à percussion sont un peu plus nombreux et plus anciens, même si la marcassite présente aussi des problèmes de conservation liés à son oxydation
Les techniques de production du feu
Ces techniques et les objets que nous utilisons aujourd'hui sont l'aboutissement d'une longue histoire, faite de tâtonnements, d'expériences, d'observations et de découvertes.
La friction du bois :
Le principe général de toutes les techniques de production du feu par friction du bois est très simple. Le frottement de deux pièces de bois entraîne la formation de sciure et un dégagement de chaleur. Si la friction est suffisamment intense, l'augmentation de la température permet l'embrasement de la sciure et une petite braise apparaît. Celle-ci est alors placée dans des herbes bien sèches puis, grâce à l'air apporté en soufflant, une flamme surgit.
A partir de ce principe très simple, l'homme a développé de nombreuses modalités de friction. Parmi celles-ci, la friction par rotation est certainement la technique traditionnelle de production du feu la plus présente dans notre imaginaire collectif. Elle consiste à faire tourner un foret (ou drille) sur une planchette de bois. Le mode d'entraînement et la forme du foret peuvent varier. Dans tous les cas, il est nécessaire d'aménager une gouttière permettant l'évacuation de la sciure produite par le frottement. Grâce à elle, la zone de contact est alimentée par l'oxygène. Sinon, sans air pas de feu ! C'est dans cette gouttière que la sciure rencontrera la chaleur produite par la friction et pourra ainsi se transformer en braise.
La percussion de la pierre :
La production du feu par percussion de deux pierres s'incarne dans un geste extrêmement simple : "taper" une pierre contre une autre. Il est donc très facile d’allumer le feu en percutant deux pierres à condition de bien les choisir. Pour susciter des étincelles efficaces, il est nécessaire d'employer un sulfure naturel de fer dont il existe deux formes : la pyrite et la marcassite. Ces deux minéraux percutés par une roche dure, comme le silex ou le quartzite, produisent de belles étincelles. Pour obtenir une braise, il suffit de les diriger sur une matière sèche et très combustible que l'on désigne par le terme "initiateur". Dès qu’il reçoit une étincelle, ce matériau s'embrase. Quelques herbes bien sèches et un peu d'air permettent alors de passer de cette petite braise à une véritable flamme.
Marcassite
Ce moyen d'allumer le feu était connu au moins dès le Paléolithique supérieur. On trouve des restes de sulfures de fer portant des traces de percussion dans différents gisements (couche aurignacienne de la grotte de Vogelheard en Allemagne, grotte magdalénienne du Trou du Chaleux en Belgique).
Une révolution
Savoir faire du feu a considérablement amélioré le confort de nos ancêtres.
Se chauffer : Dans sa nouvelle "Construire un feu", Jack London, romancier américain du début du 20 e siècle a magnifiquement décrit la lutte contre le froid, pour la survie dans le grand Nord de l'Alaska. Cette lutte a été de tout temps : au Paléolithique les Hommes vivaient dans un environnement beaucoup plus froid qu'actuellement en Europe, et se chauffaient à l'aide de foyers. Cette maîtrise du feu a permis le peuplement des régions septentrionales inhospitalières, ayant un climat très rigoureux en hiver. Les foyers, aménagés en cuvette ou délimités par de gros blocs de pierre ayant pour rôle de contenir le feu et les braises, étaient au centre des activités domestiques. Différents types de structures de foyers peuvent être définis selon leurs fonctions. Les combustibles employés étaient le bois et l'os. Mais tous les bois n'ont pas le même rendement calorifique. L'étude des charbons de bois qui se sont conservés jusqu'à nous, nous renseigne sur les espèces d'arbres utilisées.
S'éclairer : Contrairement à certains animaux qui vivent cachés le jour et sortent pendant la nuit, comme le renard, l'oryctérope en Afrique, hiboux et les chouettes, les hommes s'activent du lever au coucher du soleil. Pour prolonger ses activités plus tard dans la nuit, l'homme a besoin de lumière. Au Paléolithique il disposait de trois types de source de lumière : les lampes, les torches et les foyers. La présence de foyers dans un habitat permettait de disposer de lumière après le coucher du soleil. A l'inverse des foyers qui sont fixes et ont d'autres fonctions domestiques, les lampes et les torches étaient mobiles et jouaient le rôle de nos bougies et lampes de poche actuelles. Les lampes étaient en pierre, constituées d'une partie creuse en forme de godet où on mettait de la graisse animale (cheval, aurochs, renne, etc.) à brûler et une mèche qui pouvait être en matière végétale comme le lichen ou la mousse, et souvent d'une partie formant un manche pour la préhension. De nombreuses lampes paléolithiques ont été retrouvées, leur utilisation permit aux premiers artistes de s'enfoncer dans les grottes pour peindre et graver sur les parois et probablement y pratiquer des rituels. Certaines lampes ont été décorées, c'est le cas de celle trouvée dans la grotte de Lascaux en Dordogne.
La cuisson des aliments : On a longtemps cru que l'homme chassait dès le début du paléolithique; en fait, s'il capturait de petits animaux, il ne pouvait s'attaquer aux plus gros. Il prélevait de la nourriture sur ceux qui avaient été tués par d'autres prédateurs. Ce n'est que vers le début du paléolithique moyen, il y a environ 270'000 ans, que l'homme commence à chasser. Ses proies sont alors des ours, des rhinocéros, des chevaux, des aurochs ou des bisons, des cervidés, mais aussi des carnivores. Pendant le paléolithique supérieur, l'homme, qui a surtout chassé le renne (le climat était très froid), s'en est pris également aux oiseaux (lagopèdes), aux ours et aux renards, et, sous les climats plus tempérés, à des animaux tels l'âne, le bouquetin, le chevreuil et le daim. La cuisson de la viande crue a très certainement facilité sa digestion. Le feu éloigne les animaux dangereux comme les serpents, ou les grands carnivores attirés par des odeurs de carcasses dépecées. Les aliments étaient cuits en grillades, rôtis (à la broche), sur les braises, à l'étouffée, ou bouillis à l'aide de pierres chauffées. Les viandes pouvaient aussi être fumées, ce qui permettait leur conservation.
Le feu, une énergie de transformation : L'homme a découvert que le feu pouvait lui permettre de transformer une matière première brute. Plusieurs millénaires avant l'invention de la céramique et de la métallurgie, les hommes ont chauffé préalablement des rognons de silex : le silex chauffé change de couleur et de texture, il devient plus facile à débiter et à retoucher. On a ainsi obtenu de très beaux objets comme les pointes solutréennes appelées par les préhistoriens "feuille de Laurier". L'ocre rouge est une matière première rare dans la nature, mais fréquemment utilisée par les hommes du Paléolithique pour le traitement des peaux, ou à des fins esthétiques (peintures corporelles et sur les parois des grottes). Cet ocre rouge a souvent été obtenu par chauffage de l'ocre jaune. Le feu a également pu servir à fumer les peaux de bêtes pour en faciliter le tannage, comme on peut le voir chez certaines populations de chasseurs-cueilleurs actuels.
Le feu rapproche les hommes qui aiment à se regrouper autour de cette source de chaleur et de lumière pour partager un rôti, palabrer ou chanter à la veillée. Il a sans nul doute dû jouer un rôle central dans la vie sociale et peut-être favoriser le développement de la communication et du langage.
Source :
- Techniques de production de feu (Wikipedia)
- Feu Production (hominides.com)
- Le Feu (memo.fr)
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