Les Premières Sépultures
L'inhumation volontaire n'est que l'une des modalités du traitement des morts. Les plus anciennes sépultures ont été trouvées au Proche-Orient, en contexte moustérien, et datent de 100 000 ans environ. Elles sont le fait des Néandertaliens aussi bien que des hommes de morphologie moderne. Elles montrent l'attention portée à certains morts... Même si elles ne concernent que quelques individus au sein des groupes humains, elles marquent un changement du comportement, alors que les industries ne laissent rien paraître.
On peut distinguer les types de sépultures en cherchant à savoir si l'inhumation a eu lieu en un seul ou plusieurs temps.
Les sépultures primaires : La découverte des ossements indique que ceux-ci ont été déposés en une seule fois, à un seul moment. Si le fossile a bénéficié d'une protection, on peut donc espérer retrouver la quasi-totalité du squelette.
Les sépultures secondaires : Les vestiges humains peuvent avoir été déplacés avant d'être inhumés. Les causes de ce déplacement peuvent être multiples : embaumement de tout ou partie du corps, rite "religieux"... On a pu remarquer que c'est souvent la tête du défunt (la boîte crânienne) qui a subi un traitement particulier.
On peut également classer les tombes suivant le nombre d'individus qui les composent.
Les sépultures simples : Les inhumations les plus fréquentes : la tombe ne contient qu'un seul individu.
Les sépultures doubles : Ici deux individus sont présents dans la même fosse. Pour des sépultures doubles, les corps doivent avoir été enterrés au même moment (voir la découverte d'un couple enlacé en Italie, à Mantua). Dans le cas contraire il est possible que la tombe ait été simplement réutilisée, sans qu'aucun lien n'existe entre les deux corps.
Les sépultures multiples : Il peut arriver de retrouver dans une même fosse le corps de plusieurs individus. A de rares exceptions près, les inhumations ont été multiples et les corps déposés sur une période plus ou moins longue (jusqu'à plusieurs dizaines d'années).
Source :
- Sepulture Tombe Prehistoire (hominides.com)
- Ce que nous apprennent les premières sépultures (Bernard Vandermeersch)
Les Plus Vieilles Sépultures
C'est au Proche-Orient que l'on trouve les premières preuves d'une inhumation intentionnelle des morts, à Skhul et Qafzeh en Israël, et à Qena en Egypte. Dans toutes ces premières tombes sont enterrés des représentants de l'espèce
Les sépultures de Skhül (100 000 ans)
La grotte du Taboun fut habitée par intermittence pendant le paléolithique inférieur (il y a 500 000 ans) et moyen (il y a environ 40 000 ans).
Un grand nombre de sépultures datant approximativement de la même époque ont été retrouvées dans cette grotte voisine. Quatorze squelettes ont été exhumés, dont trois étaient entiers ; ils ont été identifiés comme un type archaïque de l'Homo sapiens, très proches des êtres humains contemporains par leur apparence physique. On estime que cet humain aux traits faciaux délicats, au menton proéminent et au front droit, était pleinement développé il y a environ 100 000 ans.
Les découvertes dans ces grottes montrent également des signes de culte mortuaire et de rituels relevant du domaine spirituel. Certains des squelettes présentaient des fractures certainement occasionnées lors de combats.
Lien : Sites Archologiques d'Israël
Les sépultures de Qafzeh (92 000 ans)
Les premières fouilles du site de Qafzeh datent des années 1930. C'est le Consul de France à Jérusalem et préhistorien René Neuville qui fit les premières découvertes. En 1965, l'anthropologue Bernard Vandermeersch reprend les fouilles sur le site. 25 squelettes ont été mis à jour sur les sites, ainsi que de nombreux éléments prouvant l'existence d'une industrie lithique. A l'exception de Qafzeh 9 et 10 toutes les sépultures ne contenaient qu'un seul individu (sépultures simples). Tous les restes humains sont des hommes modernes et appartiennent donc à l'espèce Homo sapiens.
Découverte en 1967, la sépulture double est constitutée d'un corps de femme de 20 ans et de celui d'un enfant d'environ 6 ans. On a pu démontrer que ces 2 individus avaient été inhumés simultanément. C'est la seule sépulture double connue de l'époque Moustérienne.
« Les découvertes de Qafzeh, et les dates, ont joué un grand rôle dans la reconnaissance, maintenant unanimement acceptée, de l’ancienneté de notre sous-espèce. Elles ont cassé la notion de succession Néandertal-Moustérien/Hommes modernes-Paléolithique supérieur, au profit d’un schéma plus complexe impliquant à la fois une contemporanéité partielle des deux groupes, l’absence de relations phylogénétique entre les deux, et l’absence de relation entre leurs caractéristiques physiques (biologiques) et leurs capacités technoculturelles. Ce dernier point est très important car jusque-là, beaucoup défendaient l’idée que si les Néandertaliens avaient disparu c’est parce qu’ils avaient une certaine infériorité vis-à-vis des hommes modernes. »
« Il est un autre domaine dans lequel le gisement de Qafzeh a joué un rôle exceptionnel, celui des pratiques funéraires. La plupart des sépultures Moustériennes avaient été fouillées au début du XXe siècle et les données dont nous disposions à leur sujet étaient à la fois succinctes et imprécises. Nous avons eu la chance de mettre au jour deux sépultures moustériennes exceptionnelles. La première, en 1969, était une sépulture double renfermant le squelette d’un adulte, probablement une jeune femme, et celui d’un jeune enfant. C’est la seule sépulture double connue pour cette époque. Malheureusement, il nous a été impossible, jusqu’à aujourd’hui, de mettre en évidence un éventuel lien familial entre ces deux individus. La seconde, dégagée en 1971, était celle d’un sujet adolescent enterré dans une fosse creusée dans le bed-rock. Le squelette reposait sur le dos, les jambes repliées et rejetées sur le côté, les deux mains disposées de part et d’autre du cou, et, sur les mains, les moustériens avaient déposé un hémi-massacre de grand cervidé. Il s’agit certainement de la sépulture avec dépôt intentionnel la plus riche de signification de tout le Paléolithique moyen »
Lien : http://bcrfj.revues.org/document1172.html (Bar Yosef et Vandermeersch, 1991)
Autres sépultures
38 sépultures ont été mises à jour sur l'aire de répartition des Homo Néanderthalensis. Une particularité : ces sépultures sont toujours situées sur un site d'habitat que témoigne la proximité d'éléments lithiques. En France l'Abri de la Ferrassie (Dordogne) a livré huit sépultures néandertaliennes.
A Shanidar (Kurdistan irakien) la tombe 4 (-50.000) renfermait le squelette d’un néandertalien inhumé sur un lit de plantes fleuries appartenant à sept espèces précises : achillées jaunes et blanches, centaurées jaunes, muscaris bleues, séneçon jaune vif, éphédras, cette plante dont les fleurs sont petites et insignifiantes mais dont les vertus hallucinogènes sont connues a pu servir de litière, et, enfin, une dernière espèce non déterminée.
La sima de los Huesos fait partie du complexe des sites pleistocènes de Atapuerca (Espagne). Les restes de 30 individus on été retrouvés dans cet aven de 13 mètres de profondeur, tous représentants de l'espèce Homo Heidelbergensis. On estime l'âge des ossements à environ 350 000 ans. La présence de tant de restes humains, concentrés dans une petite bande sédimentaire ne semble pourtant pas dûe à un événement catastrophique.
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