Igor Brevnjovski : Chronique d'un homme en exil

Le Deutéronome

Le Deutéronome est le résultat d'un long processus de formation, qui a duré plusieurs siècles : (a) lors de la première phrase, antérieure à Josias, le Deutéronome constituait une oeuvre indépendante et comprenait fondamentalement une collection de lois avec leur introduction et conclusion respectives, à savoir une bonne partie des chapitre 6 à 27 ; (b) lors de la seconde phase, postérieure à Josias, à laquelle appartiennent les ch.1 à 5 et 29 à 34, le Deutéronome a perdu son indépendance originale en venant faire partie d'une oeuvre plus vaste : comme commencement de l'Histoire Deutéronomiste d'abord (de Josué à Rois), et comme point final du Pentateuque, ensuite.

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Dans la trame du Deutéronome cinq points jouent un rôle décisif : un Dieu, un peuple, une terre, un sanctuaire et une loi. Il ne s'agit pas d'éléments séparés les uns des autres, mais de cinq fils entrelacés où viennent se raccrocher bien d'autres fils encore (élection, alliance, bénédiction, malédiction,...), pour former un vaste tissu.

  1. L'unité de Dieu, proclamée au début du Livre de la Loi (6,4) détermine l'unité du sanctuaire et du culte de tout le peuple d'Israël (ch.12).

  2. En ce qui concerne l'élection et l'alliance, Israël devient le peuple de Dieu, des liens spéciaux se créant ainsi entre eux : l'union totale avec Dieu implique une séparation totale des nations, des cultes et des pratiques qui pourraient mettre en grand danger ou rompre cette communion.

  3. La terre représente le don par excellence de Dieu à son peuple. En tant que don de Dieu, il porte en lui un genre de transcendance, mais renferme aussi un danger : celui de sa propre immanence, la tendance à s'attacher aux biens terrestres et à oublier son donateur.

  4. La loi, enfin, est l'expression de la volonté de Dieu pour son peuple : être fidèle au Seigneur signifie observer ses commandements, avec, comme quintessence de la Loi, l'amour pour Dieu (le commandement principal suit immédiatement le dogme fondamental : ce Dieu un, sans division ni fissure, on doit l'aimer d'un amour unique et exclusif, « de tout son coeur, de toute son âme, de toutes ses forces » (6,4-5)

Source : « Cahiers Évangile » - Le Deutéronome (Editions du Cerf)

Posté par Silverside le 31.05.08 à 18:30 - Commentaires (0) - Le Deutéronome

Le Deutéronome (I) : La Composition

Trois moments-clés jalonnent l'histoire de la composition du livre du Deutéronome : la deuxième moitié du VIIIe siècle dans le royaume d'Israël (le royaume du Nord et la chute de Samarie en 721), le VIIeme dans le royaume de Juda, et la première moitié du Vieme siècle en Babylonie (après la destruction de Jérusalem en 586). Si nous admettons comme centre de référence la découverte du « Livre de la Loi » dans le temple de Jérusalem, l'an 622 devient le pivot de la datation. On suppose qu'à cette date-là existait déjà le noyau primitif du Deutéronome, les strates primitives de Dt 6-28 ont été composées dans le royaume du Nord entre les dernières années de Jéroboam II et la chute de Samarie : ce serait donc là le berceau du Deutéronome.


La Restauration sous Josias

La disparition du royaume d'Israël eut des répercussions dans le royaume voisin et frère de Juda. Nombre des habitants du Nord, qui ne furent pas déportés, s'enfuirent vers Juda, où ils voyaient un certain avenir et espéraient refaire leur vie.

1) Pendant le règne d'Ezékias, une activité littéraire importante fut accomplie. Le livre des Proverbes parle expressément d'une compilation de proverbes par les scribes d'Ezékias (Pr 25,1). Le Talmud de Babylone lui attribue, à lui et à ces gens, la totalité des Proverbes, ainsi que le Cantique des Cantiques, Qohéleth et Isaïe. C'est probablement à cette époque que les traditions deutéronomiques reçurent un nouvel élan et une nouvelle élaboration.

  1. Les habitants d'Israël qui s'enfuirent vers Juda après la chute de Samarie, emportèrent sûrement avec eux leurs traditions. S'agissant de deux peuples frères, aux origines communes et aux intérêts mutuels importants, on comprend facilement que ces traditions originaires du Nord furent acceptées et adaptées à Juda (dans Amos et Osée, quoique différents, on retrouve aussi les traces de leur adaptation à Juda).

  2. De même que la description de la terre, dans le noyau primitif du Deutéronome, fait penser au royaume du Nord, de même la centralisation du culte et d'autres lois du Code deutéronomique nous invitent à penser plutôt à Juda, plus concrètement à Jérusalem, comme la meilleure hypothèse de lieu de rédaction des lois sur la centralisation. Cela supposait une adaptation de toute la législation cultuelle des strates primitives du Deutéronome. C'est ainsi que s'est formé le « Livre de la Loi ».

2) A la suite de Manassé et Amon, Josias monta sur le trône et changea d'orientation politique, lorsque se présentèrent les conditions précises pour la mise en pratique de ce qui était établi dans le « Livre de la Loi ». On ne saura jamais vraiment si sa découverte dans le temple se fit par hasard ou non. Une telle découverte gagne en crédibilité si l'on considère que, à la même époque, Assurbanipal fit fouiller toutes les archives assyriennes, à la recherche de textes anciens, dans le but de les incorporer à sa bibliothèque de Ninive, la nouvelle capitale assyrienne. Un intérêt semblable aurait pu conduire, pendant la restauration du temple, à la découverte du « Livre de la Loi ».

  1. Le règne de Josias (640-609) se vit favorisé par les circonstances internationales (décadence de l'Assyrie, état naissant de Babylone et intentions pacifiques de l'Egypte), au point de pouvoir occuper Samarie. Ce fut la première occasion sérieuse, depuis la mort de Salomon, de restaurer le royaume de David.

  2. Pour réussir la réunification, Josias fit de Jérusalem le centre politico-religieux. A cette fin, il détruisit le sanctuaire de Béthel et d'autres petits sanctuaires du royaume du Nord. Suivant la ligne réformatrice commencée par Ezékias, Josias mena jusqu'à ses dernières conséquences la centralisation du culte et la suppression des lieux de culte cananéens, ainsi que les sanctuaires yahvistes restants (Dt 12 ; 2 R 22-23).

  3. Le règne de Josias (640-609) se vit favorisé par les circonstances internationales (décadence de l'Assyrie, état naissant de Babylone et intentions pacifiques de l'Egypte), au point de pouvoir occuper Samarie.

(Il est probable que, durant le règne de Josias, le « Livre de la Loi » ait été retouché en divers points : les lois les plus radicales de la centralisation pourraient bien avoir été rédigées à cette époque)


L'histoire Deutéronomiste

L'Histoire deutéronomiste, telle qu'elle a été consignée par écrit, du livre du Deutéronome au deuxième livre des Rois, comprend les événements qui vont de la conquête de la terre jusqu'à sa perte et à l'exil à Babylone. L'histoire a reçu le nom conventionnel de « deutéronomiste », car elle est empreinte du style et de l'esprit du Deutéronome. Le Deutéronome primitif constitue le prologue et la base de cette Histoire deutéronomiste : au Deutéronome original, les auteurs deutéronomistes ont ajouté de leur propre crû les premiers et derniers chapitres du livre actuel (la majeure partie des ch. 1-5 et 29-34), plus d'autres passages qu'ils ont intercalés dans l'oeuvre.

  1. Opérant une rétrospective prophétique, les historiens deutéronomistes ont interprété, à la lumière de la Parole de Dieu, le présent et le passé. Leur message, en résumé, et le suivant : Dieu est constamment intervenu auprès de son peuple par des exhortations, des admonestations et des châtiments, qui sont allés croissant jusqu'à la destruction de Jérusalem.

  2. Que faut-il espérer maintenant : la Parole de Dieu continue de s'accomplir ; ses paroles de menace se sont déjà vérifiées, mais la promesse faite à David (2 S 7) est encore en vigueur, et le salut est encore possible.

La séparation du Deutéronome de l'Histoire deutéronomiste et son rattachement aux quatre premiers livres (Teutrateuque) pour former le Pentateuque représentent le point final de l'évolution du livre. Le « Livre de la Loi » ou Deutéronome venait ainsi faire partie d'une grande oeuvre littéraire, dans laquelle étaient rassemblés les trois grands Codes législatifs de l'Ancien Testament. Cette oeuvre reçut le nom de Tora. Les Juifs l'ont reconnue et l'ont acceptée comme Loi ou Enseignement divin et en ont fait le fondement et la norme de leur vie. Même si, politiquement, elle dépendait de l'Empire perse, la communauté juive était régie de l'intérieur par la Loi de Dieu ou Loi de Moïse.

Israël, selon une expression un peu radicale de De Wette et de Wellhausen, « partit en exil comme nation et en revint comme église ». Sous Esdras, Israël n'était pas une nation, mais une « communauté de la Loi ». L'adhésion à la Loi de Moïse était alors la carte d'identité des Juifs. Le Deutéronome lançait ainsi un pont entre Israël et le Judaïsme. C'était ainsi les premiers pas d'un processus qui a transformé le Judaïsme en une religion du Livre.


La Composition

Du point de vue formel, dans le livre du Deutéronome il faut distinguer, schématiquement, trois composantes fondamentales : l'histoire, la parénèse ou exhortation et la loi. A la loi correspond le centre, non seulement par la place qui lui est assignée au milieu du livre (ch.12-25), mais aussi par sa réelle importance. La parénèse, ou exhortation, se concentre principalement dans les cadres internes (ch.6-11 et 26-28), et l'histoire dans les cadres externes (ch.1-5 et 29-34). Il faut clairement montrer, cependant, qu'aucun de ces trois éléments ne se trouve à l'état pur. La parénèse comporte un fort contenu historique et les sections historiques sont parsemées de parénèses. La loi, à son tour, se fonde en recourant à l'histoire et s'inculque au moyen d'exhortations et d'admonestations pressantes.

Le thème de l'alliance constitue, à coup sûr, l'un des motifs de base du Deutéronome. Cette donnée, vérifiable par le langage même et les formules du Deutéronome a pris du relief lorsque l'on a comparé ce livre au langage et aux formes des anciens Traités orientaux : on a, à cette occasion, réaffirmé l'existence de « formulaires d'alliance » utilisés par les traités internationaux pendant une grande partie de l'histoire du Proche-Orient préhellénique. Ces formulaires suivent fondamentalement deux modèles : celui des Traités hittites et celui des Traités araméens et assyriens.

1) Les Traités hittites utilisent, en général, un schéma en six points :

  1. Préambule : on indique les noms et les titres du souverain (pas de parallèle strict avec le Deutéronome).

  2. Prologue historique : le souverain rappelle à son vassal les événéments historiques antérieurs au pacte, les bienfaits accordés, afin de justifier les conditions de ce pacte (cf Dt 1-11)

  3. Clauses générales de base, se rapportant à la fidélité qui doit régir les relations entre les signataires, et série détaillée des dispositions spécifiques (cf Dt 12-26)

  4. Document du pacte : sa conservation et sa lecture à date fixes (cf Dt 27,8 ; 31, 9-13)

  5. Témoins : on prend les dieux pour témoins et garants du pacte (sans parallèle proprement dit dans le Deutéronome)

  6. Malédictions et bénédictions, selon que ce qui est stipulé est accompli ou non (cf Dt 27-28)

2) La parenté formelle entre le Deutéronome et les Traités d'alliance est indéniable : ce parallèle ne nous explique néanmoins que partiellement la composition du Deutéronome.


Le document trouvé dans le temple de Jérusalem, au temps de Josias, reçoit en un premier temps le nom de « Livre de la Loi » (2 R 22,8.11), mais ensuite il est qualifié de « Livre de l'Alliance » (2 R 23,2). A en juger par les matériaux qui composaient ce document, que nous avons identifié comme le Deutéronome primitif, il était plus proche de la structure des Codes législatifs orientaux que des traités d'alliance.

  1. Concrètement, le célèbre Code de Hammurabi comporte trois parties : un prologue, comparable à l'introduction primitive du Deutéronome (Dt 6,4 à 9,7 ; 10,12 à 11,25), une collection de lois, la partie la plus vaste du document, comparable sans nul doute au corpus législatif du Deutéronome (ch 12-25) et un épilogue, avec bénédictions et malédictions, que l'on peut confronter au noyau primitif des ch.26-28.

  2. On ne peut nier que ces matériaux du Deutéronome primitif – que l'on ne peut déterminer avec précision – présentent aussi plusieurs points de contact avec les Traités d'alliance. Mais, d'après nous, c'est dans la deuxième étape du processus de formation du Deutéronome que celui-ci s'est rapproché des Traités orientaux d'alliance. C'est uniquement dans ce second moment que l'on a développé considérablement les malédictions (les bénédictions-malédictions du Deutéronome primitif ne contenaient problablement que 28,1-26), à l'image des Traités assyriens.

Les élaborations successives ou retouches du livre montrent que celui-ci n'était pas considéré comme un dépôt de doctrine clos ou mort, mais comme une tradition vivante, ouverte et dynamique. Le Deutéronome témoigne du dialogue continu, dans la société israélite, entre la religion, la politique et la culture de son temps.

Source : « Cahiers Évangile » - Le Deutéronome (Editions du Cerf)

Posté par Silverside le 31.05.08 à 18:38 - Commentaires (0) - Le Deutéronome

Le Deutéronome (II) : Un Dieu, un Peuple, une Terre

Suivant la version des Septante, qui utilise le terme grec « nomos » (loi), pour traduire l'hébreu « tora », la majeure partie de nos bibles traduisent tora par « loi ». Mais il n'existe pas d'équivalence exacte entre la loi, telle qu'on l'entend normalement dans les langues et les cultures occidentales, et la tora de l'Ancien Testament.

Etymologiquement, tora signifie « instruction, enseignement ». Le livre du Deutéronome, vivement préoccupé par l'éducation du peuple d'Israël, se présente comme tora et est ainsi désigné dans 2 R 22,8-11. Il est certain qu'il comporte de nombreuses lois, mais il n'est pas moins certain que celles-ci possèdent des traits particuliers. Les lois du Deutéronome ne sont pas strictement juridiques et ne recherchent pas comme objectif l'organisation politique de l'état. La loi deutéronomique est une « loi préchée ».

  1. Bien qu'elles aient des éléments communs aux lois des autres peuples, les lois recueillies dans le Deutéronome ont reçu leur empreinte propre au sein de la communauté israélite : une communauté de personnes libres, une communauté qui a fait l'expérience de la puissance terrible de Dieu au moment de la libération d'Egypte et de sa présence proche quand il ratifia l'alliance. Ce furent là des événements décisifs pour que le peuple d'Israël crût en Yahvé, le reconnût comme son Dieu, acceptât sa Parole et ses lois comme règle de vie. Voilà, dans les grandes lignes, le cadre général dans lequel doivent s'insérer et s'expliquer les lois du Deutéronome.

  2. Par le seul fait d'être révélée dans l'histoire, la parole de Dieu est plus qu'une idée ou une doctrine morale ou théologique ; c'est un événément qui ne peut dissocié des autres événéments historiques du peuple de Dieu. Or, de même que l'intervention de Dieu dans l'histoire a été salvifique, de même les lois qu'il a prescrites ont une valeur salvifique. L'action de Dieu, tant dans la libération de l'esclavage que dans le don de la Loi, poursuit une finalité : « pour notre bien, pour que nous vivions comme jusqu'à présent ». Comme loi promulguée dans le contexte de la libération son but devient évident : pour que le peuple vive bien, c'est-à-dire pour qu'il vive dans la dignité et la liberté, pour qu'il ne retombe pas en esclavage.

La loyauté envers le Seigneur, qui, en Roi souverain, a tiré son peuple de l'esclavage d'Egypte, devient un élément constitutif d'Israël. Par conséquent, la loi – outre qu'elle est don de Dieu – apparaît comme une tâche pour le peuple. La communauté israélite se reconnaît dans cette loi, qu'elle a acceptée comme règle de vie sur la terre. Pour un israélite, vivre bien et dans la liberté implique la possession de la terre et sa jouissance. En tant que tâche à accomplir, la loi sauvegarde la vie libre sur la terre promise ; enfreindre la loi compromet non seulement l'état de bien-être et de liberté, mais aussi la possession même de la terre.


Un Dieu, un Peuple, une Terre

Le Dieu un, Yahvé (6,4), se choisit un peuple (7,6), le fait sortir d'Egypte et le guide à travers le désert (8, 14-16), puis finalement lui fait traverser le Jourdain (9, 1-3), porte d'accès à la terre promise, où il l'ordonne en une grande nation (10,22 ; 11,10-12).

A. Ecoute, Israël, le Seigneur est Un

Confession fondamentale et commandement principal se rencontrent dans ce passage comme partie constitutive du legs le plus précieux et le plus estimé pour les Juifs et les Chrétiens.

4. ECOUTE, Israël ! Le SEIGNEUR notre Dieu est le Seigneur UN.
5.  Tu aimerais le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton coeur, de tout ton être, de toute ta force.
6.  Les paroles des commandements que je te donne aujourd'hui seront présentes à ton coeur ;
7.  tu les répèteras à tes fils ; tu les leur diras quand tu resteras chez toi et quand tu marcheras sur la route, quand tu seras couché et quand tu seras debout ;
8.  tu en feras un signe attaché à ta main, une marque placée entre tes yeux ;
9.  tu les inscriras sur les montants de porte de ta maison et à l'entrée de ta ville.

  1. Les mains et les yeux (v.8) doivent s'associer au coeur et à l'âme (v.5) dans une entreprise commune : les facultés intérieures, de conserve avec les facultés extérieures – à savoir la totalité de la personne – doivent se mettre en jeu pour bien graver les paroles du Seigneur. Les signes visibles, en guise d'aide-mémoire, doivent venir en aide aux facultés intérieures : la vue touche le coeur pour atteindre l'objectif désiré.

  2. Les formules de totalité (v.5) impliquent une opposition analogue à celle des formules antithétiques (v.7). « De tout ton coeur » s'oppose à « d'une partie de ton coeur » ou, « si l'on préfère, « un coeur tout entier » s'oppose à un « coeur partagé ». Une opposition du même genre ne se cacherait-elle pas derrière le « un » qui caractérise le Seigneur (v.4) ? « Un » est un terme relatif, qui se dit par rapport à « multiple ». Affirmer que « Le Seigneur est un » revient à dire qu'il n'est pas divisible. Et si le Seigneur est un et indivisible, l'amour pour lui doit être total et sans division ni faille.

  3. On connaît le danger de voir le Dieu d'Israël se dissoudre en une entité vague et multiforme, comme il arrivait avec les Baals des peuples cananéens. Nombreuses étaient les divisions de Baal et multiples ses titres, selon les sanctuaires où l'on célébrait son culte : Baal-Peor, le Baal de l'Hermon, Baal-Berith de Sichem, le Baal de Samarie, le Baal du Carmel. Dans ce contexte, on comprend que soit proclamée l'unité du Seigneur.

Le Deutérome se trouve profondément engagé dans le courant de sagesse de l'Ancien Testament et du Proche Orient ancien. En ce qui concerne 6,4-9, concrètement, on peut remarquer de nombreux points de contact avec cette littérature de sagesse, plus particulièrement avec le livre des Proverbes et avec quelques textes égyptiens comme l'Enseignement d'Amenemopé.


B. Un Peuple Choisi par le Seigneur (7,1-6.7-8)

Dt 7 représente le lieu classique de l'Ancien Testament à propos de l'élection d'Israël. Le verbe « choisir », avec Dieu pour sujet et le peuple pour complément, est une création originale du Deutéronome.

1. Lorsque le SEIGNEUR ton Dieu t'aura fait entrer dans le pays dont tu viens prendre possession, et qu'il aura chassé devant toi des nations nombreuses, le Hittite, le Guirgashite, l'Amorite, le Cananéen, le Perizzite, le Hivvite et le Jébusite, sept nations plus nombreuses et plus puissantes que toi, 2. lorsque le SEIGNEUR ton Dieu te les aura livrées et que tu les auras battues, tu les voueras totalement à l'interdit. Tu ne concluras pas d'alliance avec elles, tu ne leur feras pas grâce. 3. Tu ne contracteras pas de mariage avec elles, tu ne donneras pas ta fille à leur fils, tu ne prendras pas leur fille pour ton fils, 4. car cela détournerait ton fils de me suivre et il servirait d'autres dieux ; la colère du SEIGNEUR s'enflammerait contre vous et il t'exterminerait aussitôt. 5.  Mais voici ce que vous ferez à ces nations : leurs autels, vous les démolirez ; leurs stèles, vous les briserez ; leurs poteaux sacrés, vous les casserez ; leurs idoles, vous les brûlerez.  6. Car tu es un peuple consacré au SEIGNEUR ton Dieu ; c'est toi que le SEIGNEUR ton Dieu a choisi pour devenir le peuple qui est sa part personnelle parmi tous les peuples qui sont sur la surface de la terre.

  1. La séparation entre les Israélites et les peuples voisins plonge ses racines dans la culture et la religion des Patriarches, ce dont Gn 34 conserve un souvenir inestimable. Le comportement des patriarches envers les « habitants du pays » permet de deviner les premiers germes de la foi en l'élection qui ira croissant peu à peu, jusqu'à atteindre son plein développement.

  2. A l'époque prémonarchique déjà, les tribus d'Israël avaient une idée relativement claire de l'élection divine. Cette affirmation théologique se rattache particulièrement aux tribus du Nord. Quelles que soient les origines mêmes de cette conception, il semble clair que les traditions du Nord étaient un excellent bouillon de culture pour que pût s'y enraciner et croître l'idée de l'élection. Dans ce sens précisément, l'élection fait son apparition dans Dt 7,6, comme fondement de la séparation entre les Israélites et les Cananéens.  Dans 14,2, parallèle de de 7,6, le concept d'élection sert à motiver l'exigence de séparation par rapport aux coutumes païennes (14,1), probablement aussi cananéennes. La précision que l'on apporte dans ces textes, quand on se réfère à l'élection d'Israël « parmi tous les peuples », laisse entendre que cette réflexion théologique a comme fond historique la confrontation d'Israël avec Canaan.

Ce texte, comme Dt 6,4, correspond à une époque où Israël adorait le Seigneur dans de nombreux sanctuaires, avec le risque qui en découlait. A la lumière de ces données, si l'on comprend la proclamation polémique de l'unité du Seigneur, on explique encore mieux la loi de séparation des Cananéens et l'anéantissement de ses sanctuaires et de ses lieux de culte. Israël ne pouvait céder aux tentations – indéniables par ailleurs – de la culture et de la religion cananéennes. Toute concession dans ce domaine revenait à trahir sa véritable identité de peuple séparé et consacré au Seigneur.

Pourquoi le Seigneur choisit-il précisément Israël ?

7. Si le SEIGNEUR s'est attaché à vous et s'il vous a choisis, ce n'est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le moindre de tous les peuples. 8. Mais si le SEIGNEUR, d'une main forte, vous a fait sortir et vous a rachetés de la maison de servitude, de la main du Pharaon, roi d'Egypte, c'est que le SEIGNEUR vous aime et tient le serment fait à vos pères.

  1. Dans Dt 7,7-8 – un complément explicatif, certainement tardif – on affirme que l'élection ne se base pas sur une grandeur ou la puissance nationale d'Israël, car c'est le « plus insignifiant de tous les peuples » (l'élection ne se base pas sur la justice ou l'intégrité d'Israël). Il n'existe donc pas de base objective démontrable pour l'élection d'Israël.

  2. Celle-ci s'explique seulement par l'amour gratuit de Dieu et sa fidélité au serment fait aux pères. L'élection n'est pas le fruit d'une conquête humaine, mais est pure grâce de Dieu. L'élection peut se perdre, mais pas se mériter ni se gagner. On touche ici au mystère gratuit de l'amour insondable de Dieu pour son peuple.

La sortie d'Egypte et l'entrée-possession de la terre sont les événements fondamentaux par lesquels l'élection divine se manifeste. La conscience de l'élection se fonde donc sur une expérience historique de libération des mains de l'ennemi.


C. Une Terre où Coulent Lait et Miel (8, 7-18)

La terre apparaît dans ces textes comme l'espace vital pour l'accomplissement de la loi. Le rédacteur du Code des lois deutéronomiques a eu grand soin de placer toutes les lois en connexion avec la terre. (12,1)

7. Le SEIGNEUR ton Dieu te fait entrer dans un bon pays, un pays de torrents, de sources, d'eaux souterraines jailissant dans la plaine et la montagne, 8. un pays de blé et d'orge, de vignes, de figuiers et de grenadiers, un pays d'huile d'olive et de miel, 9. un pays où tu mangeras du pain sans être rationné, où rien ne te manquera, un pays dont les pierres contiennent du fer et dont les montagnes sont des mines de cuivres. 10. Tu mangeras à satiété et tu béniras le SEIGNEUR ton Dieu pour le bon pays qu'il t'aura donné.

11.  Garde-toi bien d'oublier le SEIGNEUR ton Dieu en ne gardant pas ses commandements, ses coutumes et ses lois que je te donne aujourd'hui. 12. si tu manges à satiété, si tu te construis de belles maisons pour y habiter, 13. si tu as beaucoup de gros et de petit bétail, beaucoup d'argent et d'or, beaucoup de biens de toute sorte, 14. ne va pas devenir orgueilleux et oublier le SEIGNEUR ton Dieu. C'est lui qui t'a fait sortir du pays d'Egypte, de la maison de servitude ; 15. c'est lui qui t'a fait marcher dans ce désert grand et terrible peuplé de serpents brûlants et de scorpions, terre de soif où l'on ne trouve pas d'eau ; c'est lui qui pour toi a fait jaillir l'eau du rocher de granit ; 16. c'est lui qui, dans le désert, t'a donné à manger la manne que tes pères ne connaissaient pas, afin de te mettre dans la pauvreté et de t'éprouver pour rendre heureux ton avenir. 17. Ne va pas te dire : « C'est à la force du poignet que je suis arrivé à cette prospérité »,  18. mais souviens-toi que c'est le SEIGNEUR ton Dieu qui t'aura donné la force d'arriver à la prospérité, pour confirmer son alliance jurée à tes pères, comme il le fait aujourd'hui.

  1. Le thème central, dans les deux parties, est la terre de Canaan, à laquelle sont étroitement reliés la terre d'Egypte et le désert (v.14-16). Dans une perspective historique, la terre d'Egypte apparaît comme un point de départ, le désert comme un lieu de passage et la terre de Canaan comme le but auquel aspire le peuple de Dieu. Comme clé de la théologie du salut, la sortie d'Egypte marque l'événement le plus significatif, la base indispensable pour qu'Israël puisse jouir de la terre fertile de Canaan. Celle-ci est qualifiée de « bonne », alors que le désert est décrit comme « terrible ». Deux touches simples et générales mais très expressives, qui se précisent ensuite par des traits plus concrets : l'abondance d'eau et de pain dans la terre de Canaan contraste avec leur absence dans le  désert.

  2. Une description très semblable à celle des v.7-8 est faite dans un document égyptien, l'Histoire de Sinouhé, datée de 1950 av. JC environ. Il s'agit d'un récit autobiographique d'un officier égyptien du nom de Sinouhé, qui, lors de l'accession au trône d'un nouveau Pharaon, s'enfuit d'Egypte et se réfugia dans un pays dont il dit ceci : « C'était une terre riche, appelée Ararou. Il y avait des figues, des raisins, plus de vin que d'eau. Il y avait du miel en quantité et des oliviers en abondance. Ses arbres produisaient toutes sortes de fruits. Il y avait de l'orge et du blé. » L'image que l'on obtient dans ce document se rapproche considérablement de celle du Deutéronome. A l'exception des grenadiers, la liste de Sinouhé correspond à celle de 8,7-8. Bien qu'on ne sache pas vraiment à quoi correspond la désignation d'Ararou, les spécialistes pensent qu'il se réfère à une région qui doit se situer dans la vallée du Yarmouk, à l'est du Jourdain. La description convient très bien à cette région comme à celle que fait le texte biblique du pays de Canaan.

En tant que don du Seigneur, la terre porte en elle un genre de transcendance. Mais elle renferme en même temps le danger que le peuple s'attache trop aux biens matériels. Dans une situation de richesse et de bien-être, on court le risque de voir les biens de la terre détourner Israël du Seigneur, en le laissant confiant en ses propres forces. L'insistance pressante des exhortations et des admonestations à ne pas oublier le Seigneur mais à se souvenir de lui, suppose un expérience réelle et invite à penser à l'infidélité d'Israël, qui cède aux tentations de la terre.

Source : « Cahiers Évangile » - Le Deutéronome (Editions du Cerf)

Posté par Silverside le 31.05.08 à 18:42 - Commentaires (0) - Le Deutéronome

Le Deutéronome (III) : Une Loi (ch. 12-25)

Situées dans un vaste horizon des codes législatifs du Proche-Orient ancien, les lois du Deutéronome comptent de nombreux antécédents formels et thématiques. Les plus proches et les plus importants se trouvent dans le Code de l'Alliance (ex 20,22 – 23,19), le plus ancien des trois grands codes législatifs de l'Ancien Testament. Environ la moitié des lois du Code deutéronomique ont un précédent dans le Code de l'Alliance ; les coïncidences abondent surtout dans la première partie. Il est très probable que le Code deutéronomique dépend de Ex 20,22 – 23,19. Dans le cas contraire, il faudrait penser à une source commune. Ex 34,10-26 pourrait être leur base à tous les deux :

10. Il dit : « Je vais conclure une alliance. Devant tout ton peuple, je vais réaliser des merveilles, telles qu'il n'en fut créé nulle part sur la terre, ni dans aucune nation ; et tout le peuple qui t'entoure verra qu'elle est terrible, l'oeuvre du SEIGNEUR, celle que je vais réaliser avec toi. 11. Observe bien ce que je t'ordonne aujourd'hui. Je vais chasser devant toi l'Amorite, le Cananéen, le Hittite, le Perizzite, le Hivvite et le Jébusite ; 12. garde-toi de conclure une alliance avec les habitants du pays où tu vas monter, cela deviendrait un piège au milieu de toi - 13. mais leurs autels, vous les démolirez ; leurs stèles, vous les briserez ; les poteaux sacrés, vous les couperez. 14. Ainsi donc : Tu ne te prosterneras pas devant un autre dieu, car le nom du SEIGNEUR est '' Jaloux '', il est un Dieu jaloux. 15. Ne va pas conclure une alliance avec les habitants du pays : quand ils se prostituent avec leurs dieux et sacrifient à leurs dieux, ils t'appelleraient, et tu mangerais de leurs sacrifices. 16. Si tu prenais de leurs filles pour tes fils, leurs filles se prostitueraient avec leurs dieux et amèneraient tes fils à se prostituer avec leurs dieux.

17. Tu ne te feras pas de dieux en forme de statue.

18. Tu observeras la fête des pains sans levain. Pendant sept jours tu mangeras des pains sans levain - ce que je t'ai ordonné - au temps fixé du mois des Epis, car c'est au mois des Epis que tu es sorti d'Egypte.

19. Tout ce qui ouvre le sein maternel est à moi. Ainsi, de tout ton troupeau, tu feras l'occasion d'un mémorial, que ce premier-né soit du gros ou du petit bétail. 20. Mais, un premier-né d'âne, tu le rachèteras par un mouton ; si tu ne le rachètes pas, tu lui rompras la nuque. Tout premier-né de tes fils, tu le rachèteras. Et on ne viendra pas me voir en ayant les mains vides.

21. Tu travailleras six jours, mais le septième jour, tu chômeras ; même en période de labours ou de moissons, tu chômeras.

22. Tu célébreras une fête des Semaines pour les prémices de la moisson du froment, et la fête de la Récolte, à la fin de l'année.

23. Trois fois par an, tous les hommes viendront voir la face du Maïtre, le SEIGNEUR, Dieu d'Israël. 24. En effet, quand j'aurai dépossédé les nations devant toi et que j'aurai élargi ton territoire, personne n'aura de visées sur ta terre au moment où tu monteras pour voir la face du SEIGNEUR, ton Dieu, trois fois par an.

25. Tu n'égorgeras pas pour moi de sacrifice sanglant en l'accompagnant de pain fermenté ; la victime sacrifiée pour la fête de Pâque ne passera pas la nuit jusqu'au matin.

26. Tu apporteras les tous premiers fruits de ton sol à la Maison du SEIGNEUR, ton Dieu. Tu ne feras pas cuire un chevreau dans le lait de sa mère. »

Mais les ressemblances ne gomment pas le moins du monde les différences : alors que le Code de l'Alliance – et il concorde en cela avec le Code de Sainteté (Lv 17-26) – se présente comme une loi divine codifiée (le Seigneur parle et Moïse écoute), le Code deutéronomique apparaît comme une loi prêchée par Moïse à son peuple.


L'idée de la centralisation du culte, dans Dt 12,13-28 s'exprime par deux formules différentes, chacune ayant ses correspondantes dans d'autres textes du Deutéronome. La première est une formule courte : « Dans le lieu que le Seigneur choisira ». La seconde, plus développée, dit ceci : « Dans le lieu que le Seigneur choisira pour y mettre son nom ».

  1. Des divers éléments qui composent les formules de centralisation, l'expression « pour y faire demeurer son nom » est sans nul doute la plus ancienne. « Faire demeurer le nom » sur un lieu revient à prendre possession de ce lieu. Les rois assyriens avaient pour coutume d'ériger une stèle portant leur nom dans les villes conquises. Peut-être dans les lettres d'El Amarna cette pratique est-elle présupposée. C'est pourquoi le roi de Jérusalem, vassal du Pharaon d'Egypte, lui envoie un message pour lui dire qu'il ne peut abandonner le territoire de Jérusalem. Celui-ci lui appartient, puisqu'il y a fait demeurer son nom. A la lumière des lettres d'El Amarna, la formule deutéronomique « le lieu choisi par Yahvé pour y faire demeurer son nom » signifierait, selon R. de Vaux, le lieu que le Seigneur a choisi pour sien, pour en prendre possession. La formule de centralisation du culte, avec le verbe « mettre », est équivalente en substance, à celle qui comporte le verbe « demeurer ». En plaçant son nom sur un lieu, Yahvé le fait sien ; il le prend en sa possession. D'où il ressort que « le lieu choisi par Yahvé pour y faire demeurer/mettre en son nom » est le lieu légitime du culte.

  2. La loi de l'autel de Ex 20,24 reste ouverte à la pluralité des lieux de culte. Les textes deutéronomistes du livre des Rois, au contraire, signalent de façon expresse le sanctuaire de Jérusalem comme lieu choisi par le Seigneur (1 R 11,36 ; 14,21). La loi deutéronomique se réfère probablement aussi au sanctuaire de Jérusalem. Mais le livre de Deutéronome, présenté comme un discours de Moïse, ne pouvait mentionner explicitement le sanctuaire de Jérusalem, dont la construction date de l'époque de Salomon.

La relation de l'élection (l'élection d'Israël, l'élection de la tribu de Lévi, l'élection du roi) avec la fidélité à l'unique Dieu d'Israël se comprend mieux à la lumière de la situation religieuse pendant la monarchie. Face à l'idolâtrie et au syncrétisme religieux, avec la dégradation des moeurs et des pratiques cultuelles qui en découle, s'est fait sentir le besoin de revaloriser la religion yahviste ainsi que toutes ses institutions. Pressé par une telle situation, le courant réformateur a proposé de rénovation afin de consolider l'unité religieuse d'Israël, fortement menacée. Le nerf théologique de cette réforme – qui a conduit à des options précises comme la centralisation du culte, non exemptes d'un certain radicalisme – il faut le chercher sûrement dans l'idée même de l'élection. Dans la conception des réformateurs, l'élection était le fondement religieux et juridique sur lequel reposait l'union nationale d'Israël. D'une telle élection dépendaient l'unité et la grandeur d'Israël et, plus concrètement, son unité et sa pureté dans la foi et le culte.


Le Deutéronome ébauche une constitution pour Israël, dans laquelle on assigne aux autorités (juges, rois, prêtres et prophètes) une place et une fonction déterminées. La procédure judiciaire représente l'une des institutions-clés de la vie civile d'Israël. La loi royale suit celle des juges, du fait que, pendant quelques temps, le roi était le juge suprême en Israël. Après la centralisation du culte, les prêtres avaient une charge importante dans le sanctuaire central, non seulement dans le culte lui-même, mais aussi dans l'administration de la justice. Le point culminant de la section est la loi sur les prophètes. Poussé par l'Esprit, le prophète ne se laisse enchaîner ni bâillonner par aucune institution ; il est au-dessus de toutes. Son autorité morale lui permet de donner des ordres à tout le peuple d'Israël, y compris aux autorités elles-mêmes.

Source : « Cahiers Évangile » - Le Deutéronome (Editions du Cerf)

Posté par Silverside le 31.05.08 à 19:08 - Commentaires (0) - Le Deutéronome

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