Igor Brevnjovski : Chronique d'un homme en exil

L'Exode

Certains auteurs voudraient nier à peu près toute rédaction préexilienne des récits du Pentateuque et dateraient la plupart des textes de pendant ou après l'exil. Tel autre renonce aux quatre sources recouvrant toute l'histoire jusqu'à l'entrée en Terre promise, au bénéfice de grandes unités nées chacune de son côté et regroupées tardivement : notre livre de l'Exode se rattacherait à trois de ces unités : les « légendes sur Moïse », la « péricope du Sinaï » et les « récits du désert ».

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La plupart des chercheurs voient là pourtant des réactions excessives et s'en tiennent à une reprise modifiée de la théorie documentaire :

  1. La première étape est complexe : au départ, un noyau yahviste (J) assez restreint, d'époque salomonienne, comportant le texte-programme de Gn 12, partant des récits du jardin d'Eden et se poursuivant au moins jusqu'aux premières tentatives de conquête en Canaan. Ce noyau est repris et considérablement élargi, vers 700, dans une oeuvre que l'on peut appeler "jéhoviste" (JE), dont l'auteur intègre à (J) d'importants éléments de son cru, mais aussi des fragments isolés d'une oeuvre "élohiste" (E) en grande partie disparue, probablement originaire du Nord. Ce jéhoviste englobait un récit de la conquête et s'achevait par l'assemblée de Sichem (Jos 24).

  2. A la deuxième étape apparaît, au VIIème siècle, le Deutéronome primitif, composé essentiellement de lois avec un court prologue : découvert sous Josias, il est élargi pour former à peu près le texte actuel de Dt 1.28.

  3. La troisième étape, dans le cadre des remises en cause provoquées par la catastrophe de l'exil, voit apparaître la grande oeuvre historique "deutéronomiste", qui se constitue en plusieurs étapes, intégrant (JE), le Deutéronome, et toute l'histoire jusqu'à l'exil. Cette construction grandiose entraîne toute une série de retouches "deutéronomistes" tout au long du texte de (JE).

  4. La quatrième étape voit naître à Babylone, parmi les prêtres exilés, "l'écrit sacerdotal primitif" (Pg) : indépendant des sources précédentes, il comporte un récit qui s'étend de la création en sept jours à la mort de Moïse. Au Ve siècle, après le retour, cet écrit est combiné avec les précédents dans des conditions telles qu'il y occupe une place dominante ; d'où à la fois la limitation du nouvel ensemble à la mort de Moïse (la suite de l'oeuvre deutéronomiste constituera un autre ensemble : nos livres de Josué, Juges, Samuel et Rois), l'introduction de retouches "sacerdotales" au long du texte, et l'addition d'autres textes sacerdotaux (en particulier de lois) n'appartenant pas à l'écrit sacerdotal primitif. Le tout s'achève vers 400, où notre Pentateuque atteint sa forme définitive.

Source : « Cahiers Évangile » - Le Livre de l'Exode (Editions du Cerf)

Posté par Silverside le 29.05.08 à 23:32 - Commentaires (0) - L'Exode

L'Exode (I) : Les Premières Règles Rituelles (Ex 12,2 - 13,16)

Ces règles ne sont pas sans lien avec le récit où elles s'insèrent : ce qui se passe doit être commémoré à tout jamais par des gestes sacrés. Cela a paru si important aux rédacteurs qu'ils en ont situé l'institution avant même et aussitôt après la glorieuse sortie d'Egypte. Ou plutôt le rite lui-même se situe au cours de l'événement, et on distingue à peine le geste qui a sauvé les fils d'Israël de celui qu'il faudra répéter au long des Ages.

Ces éléments rituels paraissent bien fastidieux au lecteur d'aujourd'hui, peu intéressé par l'âge du mouton ou du chevreau, par la manière de les cuire, ou par l'élimination du levain dans les maisons. Mais au-delà de ces détails, nous atteignons ici une caractéristique essentielle du peuple de la Bible. Ces rites, donc certains proviennent des religions païennes, sont vécus en Israël dans l'ambiance du souvenir, du mémorial : « Ton fils te demandera demain : " Pourquoi cela ? " » et Israël répondra qu'il s'agit de célébrer YHWH « qui nous a fait sortir d'Egypte ». Ainsi l'événement passé n'est pas enfoui dans des souvenirs qui s'effacent peu à peu ou dans des archives qu'on laisse dormir dans la poussière ; il demeure vivant dans des célébrations qui marquent fortement l'existence.

1) Les anciennes fêtes d'Israël sont des fêtes rurales « historicisées » : leur origine se trouve dans les usages religieux communs aux peuples de l'Orient ancien, mais Israël, tout en maintenant bien souvent les rites tels quels, leur a donné une signification nouvelle rattachée à son histoire.

  1. Ainsi la Pâque est un vieux rite de bergers nomades : à la saison où les brebis et les chèvres ont leurs petits, on consommait solennellement un animal de l'année précédente ; ce repas marquait l'appartenance à la communauté et son lien avec la divinité. L'animal était rôti à la broche, mode de cuisson habituel des bergers ; du fait de son caractère sacré qui arrêtait l'intrusion des puissances néfastes. On consommait avec l'agneau des herbes récoltées dans la steppe et des galettes non levées, aliment habituel, rapidement préparé au gré des campements de courte durée.

  2. Les pains sans levain n'étaient donc pas sans lien avec la Pâque. Ils avaient cependant un autre enracinement, cette fois dans la vie des agriculteurs sédentaires. Au moment de la moisson, on tenait à marquer la coupure d'une année nouvelle. On éliminait donc le vieux levain provenant de la fermentation de la pâte faite avec la farine de l'année précédente, et on repartait à neuf avec une nouvelle pâte non fermentée en attendant d'en avoir tiré un levain nouveau.

2) On retrouve ainsi dans ces usages primitifs à peu près tous les rites de la religion biblique. Mais ils y ont pris un autre sens. Au lieu de célébrer le cycle annuel des saison dont on souhaite le retour, sans accrocs (stérilité ou maladies du bétail, mauvaises récoltes), on célèbre l'action du Dieu libérateur – action qui aboutit au don gratuit de la terre où on pourra vivre en paix (cf Dt 26,9).

Source : « Cahiers Évangile » - Le Livre de l'Exode (Editions du Cerf)

Posté par Silverside le 31.05.08 à 13:42 - Commentaires (0) - L'Exode

L'Exode (II) : La Merveille de la Mer (Ex 14)

(En gras et bleu, le noyau yahviste initial ; en bleu, le récit jéhoviste ; en noir, le récit sacerdotal)

1. Le SEIGNEUR adressa la parole à Moïse : 2. « Dis aux fils d'Israël de revenir camper devant Pi-Hahiroth, entre Migdol et la mer - c'est devant Baal-Cefôn, juste en face, que vous camperez, au bord de la mer. 3. Alors le Pharaon dira des fils d'Israël : '' Les voilà qui errent affolés dans le pays ! Le désert s'est refermé sur eux ! '' 4. J'endurcirai le coeur du Pharaon, et il les poursuivra. Mais je me glorifierai aux dépens du Pharaon et de toutes ses forces, et les Egyptiens connaîtront que c'est moi le SEIGNEUR. » Ils firent ainsi.

5. On annonça au roi d'Egypte que le peuple avait pris la fuite. Le Pharaon et ses serviteurs changèrent d'idée au sujet du peuple et ils dirent : « Qu'avons-nous fait là ? Nous avons laissé Israël quitter notre service ! » 6. Il attela son char et prit son peuple avec lui. 7. Il prit six cent chars d'élite, et tous les chars d'Egypte, chacun avec des écuyers. 8. Le SEIGNEUR endurcit le coeur du Pharaon, roi d'Egypte, qui poursuivit les fils d'Israël, ces fils d'Israël qui sortaient la main haute. 9. Les Egyptiens les poursuivirent et les rattrapèrent comme ils campaient au bord de la mer - tous les attelages du Pharaon, ses cavaliers et ses forces - près de Pi-haniroth, devant Baal-Cefôn.

10. Le Pharaon s'était approché. Les fils d'Israël levèrent les yeux : voici que l'Egypte s'était mise en route derrière eux ! Les fils d'Israël eurent grand-peur et crièrent vers le SEIGNEUR. 11. Ils dirent à Moïse : « L'Egypte manquait-elle de tombeaux que tu nous aies emmenés mourir au désert ? Que nous as-tu fait là, en nous faisant sortir d'Egypte ? 12. Ne te l'avions-nous pas dit en Egypte : '' Laisse-nous servir les Egyptiens ! Mieux vaut pour nous servir les Egyptiens que mourir au désert. '' » 13. Moïse dit au peuple : « N'ayez pas peur ! Tenez bon ! Et voyez le salut que le SEIGNEUR réalisera pour vous aujourd'hui. Vous qui avez vu les Egyptiens aujourd'hui, vous ne les reverrez plus jamais. 14. C'est le SEIGNEUR qui combattra pour vous. Et vous, vous resterez cois ! »

15. Le SEIGNEUR dit à Moïse : « Qu'as-tu à crier vers moi ? Parle aux fils d'Israël : qu'on se mette en route ! 16. Et toi, lève ton bâton, étends la main sur la mer, fends-la, et que les fils d'Israël pénètrent au milieu de la mer à pied sec. 17. Et moi, je vais endurcir le coeur des Egyptiens pour qu'ils y pénètrent derrière eux et que je me glorifie aux dépens du Pharaon et de toutes ses forces, de ses chars et de ses cavaliers. 18. Ainsi les Egyptiens connaîtront que c'est moi le SEIGNEUR, quand je me serai glorifié aux dépens du Pharaon, de ses chars et de ses cavaliers. »

19. L'ange de Dieu qui marchait en avant du camp d'Israël partit et passa sur leurs arrières. La colonne de nuée partit de devant eux et se tint sur leurs arrières. 20. Elle s'inséra entre le camp des Egyptiens et le camp d'Israël. Il y eut la nuée, mais aussi les ténèbres ; alors elle éclaira la nuit. Et l'on ne s'approcha pas l'un de l'autre de toute la nuit.

21. Moïse étendit la main sur la mer. Le SEIGNEUR refoula la mer toute la nuit par un vent d'est puissant et il mit la mer à sec. Les eaux se fendirent, 22. et les fils d'Israël pénètrèrent au milieu de la mer à pied sec, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche. 23. Les Egyptiens les poursuivirent et pénétrèrent derrière eux - tous les chevaux du Pharaon, ses chars et ses cavaliers - jusqu'au milieu de la mer.

24. Or, au cours de la veille du matin, depuis la colonne de feu et de nuée, le SEIGNEUR observa le camp des Egyptiens et il mit le désordre dans le camp des Egyptiens. 25. Il bloqua les roues de leurs chars et en rendit la conduite pénible. L'Egypte dit : « Fuyons loin d'Israël, car c'est le SEIGNEUR qui combat pour eux contre l'Egypte ! » 26. Le SEIGNEUR dit à Moïse : « Etends la main sur la mer : que les eaux reviennent sur l'Egypte, sur ses chars et ses cavaliers ! » 27. Moïse étendit la main sur la mer. A l'approche du matin, la mer revint à sa place habituelle, tandis que les Egyptiens fuyaient à sa rencontre. Et le SEIGNEUR se débarrassa des Egyptiens au milieu de la mer. 28. Les eaux revinrent et recouvrirent les chars et les cavaliers ; de toutes les forces du Pharaon qui avaient pénétré dans la mer d'Israël, il ne resta personne. 29. Mais les fils d'Israël avaient marché à pied sec au milieu de la mer, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche.

30. Le SEIGNEUR, en ce jour-là, sauva Israël de la main de l'Egypte, et Israël vit l'Egypte morte sur le rivage de la mer. 31. Israël vit avec quelle main puissante le SEIGNEUR avait agi contre l'Egypte. Le peuple craignit le SEIGNEUR, il mit sa foi dans le SEIGNEUR et en Moïse son serviteur.


Commentaires :

Dans les récits yahviste et jévohiste, Moïse est le porte-parole qui annonce la merveille et donne confiance au peuple, qui peut ainsi accueillir dans le calme l'événement et cheminer dans la foi.

Dans l'ensemble du récit sacerdotal, YHWH intervient par sa parole, qui occupe une grande partie du texte. Tous les autres personnages sont ses instruments : Moïse commande à la nature, qui subit une transformation prodigieuse : le peuple s'engage dans la mer selon l'ordre reçu : les Egyptiens, dont YHWH endurcit le coeur, s'avancent vers leur anéantissement. YHWH est le maître du monde, l'Egypte avec toute sa puissance n'est rien devant lui ; il se glorifie à ses dépens. C'est sur cette gloire qu'est centré le récit, plus encore que sur le salut d'Israël, qui en est évidemment la conséquence.

Source : « Cahiers Évangile » - Le Livre de l'Exode (Editions du Cerf)

Posté par Silverside le 31.05.08 à 13:44 - Commentaires (0) - L'Exode

L'Exode (III) : La Grande Théophanie (Ex 19,1-25 - 20,18-21)

« 1. Le troisième mois après leur sortie du pays d'Egypte, aujourd'hui même, les fils d'Israël arrivèrent au désert du Sinaï. 2. Ils partirent de Refidim, arrivèrent au désert du Sinaï et campèrent dans le désert. - Israël campa ici, face à la montagne. »

Arrivé au Sinaï en 19,1, Israël y rencontre YHWH dans une théophanie dont le récit est interrompu par le Décalogue. Nous lisons donc 19,1-25 et 20,18-21 qui forment un tout que ces parties ne se raccordent pas exactement. Nous sommes ici au coeur de la partie centrale : c'est le sommet du livre. Malgré le mélange des sources (apparent dès 19,1-2 où il y a des répétitions évidentes), on a, à partir de 19,3, une architecture cohérente :


A. Préparation de la Théophanie

Moïse est en contact alternativement avec YHWH sur la montagne et avec le peuple resté en bas. Ces va-et-vient - peut-être une conséquence de la combinaison de sources - marquent bien le rôle de médiateur assurant le lien entre le Très-Haut et les hommes :

  1. Le discours de YHWH : il est bâti sur un schéma historique : le passé , le présent et l'avenir. « 3. Le SEIGNEUR l'appela de la montagne en disant : « Tu diras ceci à la maison de Jacob et tu transmettras cet enseignement aux fils d'Israël. 4. '' Vous avez vu vous-mêmes ce que j'ai fait à l'Egypte, comment je vous ai portés sur des ailes d'aigle et vous ai fait arriver jusqu'à moi. 5. Et maintenant, si vous entendez ma voix et gardez mon alliance, vous serez ma part personnelle parmi tous les peuples - puisque c'est à moi qu'appartient toute la terre - 6. et vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte. '' Telles sont les paroles que tu diras aux fils d'Israël. »

  2. La réponse du peuple : la réaction est un engagement unanime. « 7. Moïse vint ; il appela les anciens du peuple et leur exposa toutes ces paroles, ce que le SEIGNEUR lui avait ordonné. 8. Tout le peuple répondit unanime : « Tout ce que le SEIGNEUR a dit, nous le mettrons en pratique. »

  3. La préparation de la rencontre : la première déclaration porte sur la relation entre Moïse et le peuple et sur la foi en lui ; la seconde est la suite d'éléments rituels de préparation à la rencontre avec Dieu. « 8. Et Moïse rapporta au SEIGNEUR les paroles du peuple. 9. Le SEIGNEUR dit à Moïse : « Voici, je vais arriver jusqu'à toi dans l'épaisseur de la nuée, afin que le peuple entende quand je parlerai avec toi, et qu'en toi aussi, il mette sa foi à jamais. » Et Moïse transmit au SEIGNEUR les paroles du peuple. 10. Le SEIGNEUR dit à Moïse : « Va vers le peuple et sanctifie-le aujourd'hui et demain ; qu'ils lavent leurs manteaux, 11. qu'ils soient prêts pour le troisième jour, car c'est au troisième jour que le SEIGNEUR descendra sur le mont Sinaï aux yeux de tout le peuple. 12. Fixe des limites pour le peuple en disant : '' Gardez-vous de monter sur la montagne et d'en toucher les abords '' Quiconque touchera la montagne sera mis à mort ! 13. Nulle main ne touchera le coupable, mais il sera lapidé ou percé de traits. Bête ni homme ne survivra. Quand la trompe retentira, quelques-uns monteront sur la montagne. »

  4. L'exécution des prescriptions : « 14. Moïse descendit de la montagne vers le peuple. Il sanctifia le peuple, ils lavèrent leurs manteaux. 15. et il dit au peuple : « Soyez prêts dans trois jours. N'approchez pas vos femmes. »


B. Récit de la Théophanie

On remarque une symétrie assez étonnante dans l'emploi des mots :

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L'événement se produit le troisième jour comme en d'autres occasions où se manifeste l'action de Dieu (Gn 22,4 ; Jos 1,11 ; 2R 20,5-8 ; Os 6,2). Les éléments sonores et visuels accompagnent la présence divine, liée au feu comme en 3,2. Moïse fait sortir le peuple à la rencontre de YHWH comme il l'a fait sortir d'Egypte (3,10 ; 14,11 : même mot) : peut-être faut-il comprendre que c'est bien à cette rencontre que menait l'arrachement à la terre de servitude. : « 16. Or, le troisième jour quand vint le matin, il y eut des voix, des éclairs, une nuée pesant sur la montagne et la voix d'un cor très puissant ; dans le camp, tout le monde trembla. 17. Moïse fit sortir le peuple à la rencontre de Dieu hors du camp, et ils se tinrent tout en bas de la montagne. 18. Le mont Sinaï n'était que fumée, parce que le SEIGNEUR y était descendu dans le feu ; sa fumée monta, comme la fumée d'une fournaise, et toute la montagne trembla violemment. 19. La voix du cor s'amplifia : Moïse parlait et Dieu lui répondait par la voix du tonnerre. 20. Le SEIGNEUR descendit sur le mont Sinaï, au sommet de la montagne, et le SEIGNEUR appela Moïse au sommet de la montagne. »


C. Réactions à la Théophanie

Nouvelles prescriptions : on est de nouveau dans le domaine des gestes de respect envers le sacré. « 20. Moïse monta. 21. Le SEIGNEUR dit à Moïse : " Descends et avertis le peuple de ne pas se précipiter vers le SEIGNEUR pour voir, il en tomberait beaucoup. 22. Et que même les prêtres qui s'approchent du SEIGNEUR se sanctifient de peur que le SEIGNEUR ne les frappe. " 23. Moïse dit au SEIGNEUR : " Le peuple ne peut pas monter sur le mont Sinaï, puisque toi, tu nous as avertis en disant : Délimite la montagne et tiens-là pour sacrée ! " 24. Le SEIGNEUR lui dit : " Redescends, puis tu monteras avec Aaron. Quant aux prêtres et au peuple, qu'ils ne se précipitent pas pour monter vers le SEIGNEUR, de peur qu'il ne les frappe ! " »

Elements théologiques : après une brève reprise de la description théophanique arrivent deux éléments importants, l'intervention du peuple pour appeler Moïse à servir d'intermédiaire, et le thème de l'épreuve. « 25. Moïse descendit vers le peuple et leur dit... 18. Tout le peuple percevait les voix, les flamboiements, la voix du cor et la montagne fumante ; le peuple vit, il frémit et se tint à distance. 19. Ils dirent à Moïse : « Parle-nous toi-même et nous entendrons ; mais que Dieu ne nous parle pas, ce serait notre mort ! » 20. Moïse dit au peuple : « Ne craignez pas ! Car c'est pour vous éprouver que Dieu est venu, pour que sa crainte soit sur vous et que vous ne péchiez pas. » 21. Et le peuple se tint à distance. »

Source : « Cahiers Évangile » - Le Livre de l'Exode (Editions du Cerf)

Posté par Silverside le 31.05.08 à 14:10 - Commentaires (0) - L'Exode

L'Exode (IV) : L'Alliance (Ex 20,1-18 - 31,18)

A. Le Décalogue (Ex 20,1-18 ; Dt 5,6-21)

Selon F.L Hossfeld, des deux variantes du Décalogue, celle du Deutéronome est la plus ancienne ; elle a pris forme en plusieurs étapes, sous l'influence de différents préceptes des législations anciennes (Code de l'Alliance et "paroles de l'alliance" d'Ex 34), ainsi que d'oracles prophétiques, en particulier d'Osée ; ces textes, souvent considérés comme échos du Décalogue, en seraient en fait les sources. Les étapes de la rédaction seraient les suivantes :

1) Il y aurait eu une rédaction initiale en deux parties (Cette première rédaction ne comportait que huit commandements)

  1. La première était centrée sur Dieu et encadrée par deux formules rappelant son action en faveur de son peuple : « C'est moi YHWH ton Dieu qui t'ai fait sortir d'Egypte, la maison de servitude (cf Os 12,10 ; 13,4) : 1) Tu n'auras pas d'autres dieux en face de moi (cf. Os 3,1 ; Ex 22,19 ; 34,14) ; 2) Tu ne te feras pas d'idole (cf. Os 3,4 ; 10,1-2). C'est moi YHWH ton Dieu, un Dieu jaloux, poursuivant la faute des pères chez les fils sur trois et quatre générations, mais prouvant sa fidélité à des milliers. »

  2. La seconde partie était faite de six interdits, les trois premiers inspirés des prophètes (Os 4,2, repris par Jr 7,9) : « 3) Tu ne commettras pas de meurtre ; 4) Tu ne commettras pas d'adultère ; 5) Tu ne commettras pas de rapt (en hébreu, chacun de ces interdits se compose de deux mots) ». Les trois autres mentionnant tous le "prochain" et destinés à compléter les précédents : « 6) Tu ne témoigneras pas à tort contre ton prochain ; 7) Tu n'auras pas de visées sur la femme de ton prochain ; 8) Tu ne convoiteras ni la maison de ton prochain, ni ses champs, ni rien qui lui appartienne. »

2) Un auteur postérieur en aurait fait dix en combinant les deux premiers et en ajoutant les trois préceptes relatifs au nom de Dieu (cf Dt 18,19-20), aux parents (cf Dt 21,18-20) et au sabbat ; pour ce dernier se rejoindraient pour la première fois deux institutions anciennes : le repos du septième jour (Ex 23,12 ; 34,21) et le "sabbat" identifié jusque là à la fête de la pleine lune (cf. Am8,5 ; Os 2,13)

3) Après quelques derniers ajouts aux v.8-10, ce texte aurait pris sa forme définitive de Dt 5.

4) Au moment de la rédaction définitive du Pentateuque, on n'aurait pas voulu laisser dans la dernière partie de l'ensemble un texte si important, et on l'aurait répété dans le récit de la théophanie du Sinaï (Ex 20) après lui avoir fait subir diverses modifications, en particulier l'interprétation sacerdotale du sabbat dans la ligne de Gn 2,2-3.


B. Le Code de l'Alliance (Ex 20,22 - 23,33)

Dans le déroulement du récit, le Code de l'Alliance est le troisième des grands ensembles législatifs du livre de l'Exode. Il apparaît comme un développement du Décalogue, promulgué cette fois par l'intermédiaire de Moïse. En fait, il s'agit d'un ensemble de lois né indépendamment des récits et incorporé assez tardivement à ceux-ci dans l'optique qui est celle du Pentateuque : rattacher à Moïse la totalité de la législation.

Ce code remonte certainement à une date très ancienne. On le voit d'après l'état social qu'il reflète. Il traduit les problèmes d'une société peu structurée, rurale, plus centrée sur l'élevage que sur l'agriculture, où les gens disposent de peu de moyens, où la famille et la maison semblent être les structures essentielles. Il y a cependant des plus riches et des plus pauvres, des émigrés, des esclaves ; le peuple a des responsables, mais il n'est pas question de roi : il existe une organisation de la justice et du culte, mais sans mention de prêtres spécialisés ; on célèbre des fêtes et des pélerinages liés aux étapes de la vie rurale, mais aussi au souvenir de la sortie d'Egypte. Tout cela pourrait correspondre aux débuts de l'implantation en Canaan, autrement dit à l'époque de Josué et des Juges. Il n'est pas exclu d'ailleurs que tel élément ait été ajouté ou modifié au cours du temps.

On peut se demander quelle signification peut avoir le Code de l'Alliance dans l'ensemble du Pentateuque, surtout s'il a été inséré tardivement dans le livre. Un certain nombre de préceptes ne correspondaient plus à l'état social : certaines lois étaient reprises et modifiées dans des codes plus récents, comme celui du Deutéronome. Outre le désir de conserver intact un patrimoine, ne voulait-on pas donner l'image d'une société équilibrée sous le regard de Dieu – une société à imiter au-delà de la différence des temps ?


C. Les Tables de Pierre (Ex 24,12 - 31,18)

Cette longue partie du livre de l'Exode a sa signification dans le déroulement de l'ensemble : elle orchestre en effet avec une étonnante solennité la conviction que Dieu qui s'est manifesté avec éclat au Sinaï n'a pas voulu laisser cet événement sans lendemain.

Le texte est encadré par la mention des « tables de pierre » : « Le SEIGNEUR dit à Moïse : " Monte vers moi sur la montagne et reste là, pour que je te donne les tables de pierre : la Loi et le commandement que j'ai écrits pour les enseigner. " » (Ex 24,12) et « Puis, ayant achevé de parler avec Moïse sur le mont Sinaï, il lui donna les deux tables de la charte, tables de pierre, écrites du doigt de Dieu. » (Ex 31,18)

L'ensemble peut être regroupé en huit étapes :

  1. La contribution populaire (25,1-7) : le sanctuaire demandé par YHWH va être l'oeuvre de tous.
  2. Le sanctuaire, son plan et son mobilier (25,8 - 27,21).
  3. Les prêtres (28,1 - 29,37) : avant l'exil, l'oint de YHWH était le roi ; une fois la royauté disparue, le rite fut transféré au grand prêtre, devenu le seul chef de la communauté d'Israël.
  4. Le sacrifice quotidien (29,38-46).
  5. Eléments complémentaires (30,1-10 - 30,17-38)
  6. L'impôt pour le sanctuaire (30,11-16)
  7. Les ouvriers (31,1-11)
  8. La loi du sabbat (31,12-17)

La culte est donc le lieu où peut se poursuivre une rencontre. Que celle-ci soit guettée par le formalisme, c'est certain, mais elle n'est pas pour autant condamnée à ce formalisme. Et sans doute ne faut-il pas oublier qu'au coeur de ce culte il y a l'arche, et que celle-ci contient la charte, la loi qui engage Israël inséparablement envers Dieu et envers les hommes.

Source : « Cahiers Évangile » - Le Livre de l'Exode (Editions du Cerf)

Posté par Silverside le 31.05.08 à 14:28 - Commentaires (0) - L'Exode

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