Le Lévitique : La Notion de Sainteté
Les mots hébreux qu'on peut traduire par « saint, sacré, sanctifier, consacrer » dérivent d'une même racine (QaDaSh) qui figure 152 fois dans le Lévitique. Ce livre se place ainsi en première place avant Ezéchiel (105 emplois) et l'Exode (102 emplois). Ce qui confirme la première approche du livre : le Lévitique peut et veut être lu comme un programme de sanctification.
1) Dans la Bible, la notion fondamentale du « sacré » (qadosh, qodesh) signifie l'appartenance à Dieu :
Est saint, sacré tout ce qui lui appartient tout ce qui a une relation spéciale avec lui : certaines réalités sont saintes par nature (le nom du Seigneur, sa résidence céleste).
D'autres le sont parce que Dieu les a consacrés : le peuple qu'il choisit (Ex 19,6), le septième jour (Gn 2,3), les premiers-nés des humains ou du bétail (Ex 13,11-16 ; Lv 27,26), le sang et la graisse des animaux domestiques (Lv 7,25-26), le lieu où Dieu se révèle à Moïse (Ex 3,2).
D'autres encore sont saintes parce que l'homme les consacre : les offrandes apportées au sanctuaire (2,1-3 ; 27,9-10), les jours fériés dans la mesure où on les respecte ; et chacun doit consacrer sa personne (« soyez saints »). L'exemple du sabbat montre la double dimension de la consécration : ce jour est déclaré saint par le Créateur mais il doit aussi être traité comme tel par l'homme.
« Etre saint » est donc à la fois un don de Dieu et une exigence pour l'homme.
2) Pour les humains la sainteté a naturellement deux dimensions : collective et individuelle. Le Lévitique développe surtout la dimension individuelle : on n'y trouve pas l'expression traditionnelle de « peuple saint » (Ex 19,6 ; Dt 7,6 ; 14,2) mais bien « vous serez saints » ou « je vous sanctifie ». Pourtant la dimension collective n'est pas absente : elle joue de deux façons.
La sainteté est d'abord un don de Dieu qui ne sanctifie pas son peuple simplement en déclarant : « je vous sanctifie ». Il lui donne les moyens concrets d'être saints, à savoir des institutions : un sanctuaire, un sacerdoce, un rituel (Lv 1-10)
La sainteté est ensuite une exigence pour le peuple pris dans son ensemble. Ce qui se traduit par une législation qui fera d'Israël un peuple « à part ». Cette idée de séparation que l'histoire sacerdotale met en vedette dès le récit de la création (Gn 1) colore toute la législation (Lv 20,24-26) et explique plus d'une prescription.
3) Quant à la dimension individuelle elle joue dans cette vaste collection de règles de conduite qui concernent chaque personne. Il s'agit surtout d'actions concrètes, visibles (Lv 11-25)
La sainteté est une propriété de Dieu, c'est son identité. Elle commande son action envers les humains. Elle se caractérise par la toute-puissance : rien n'est impossible à Dieu et on n'a pas le droit de refuser ses exigences. Cette puissance et cette autorité sont généralement bienfaisantes pour Israël. Et le mot « saint » n'apparaît que rarement sans qu'Israël soit à l'arrière-plan. Finalement, c'est en se consacrant Israël que Dieu se montre saint.
Les Notions de Pureté / Impureté
On relève les notions suivantes, auxquelles « pur » (tahor) et « impur » (tamé) sont associés. Pur s'apparente à : propre, clair, sans mélange, vrai, complet, en ordre. Ce qui est pur favorise la vie, l'épanouissement, la rationalité, la maîtrise de la nature. Impur s'apparente à : sale, trouble, hybride, faux, anormal, désordonné. Ce qui est impur mène à l'affaiblissement de la vie, à la mort, à l'absurdité ; l'impur est souvent du côté de la nature mal contrôlée, de l'animalité.
Le caractère pratique de la Loi fait qu'on détaillera beaucoup les cas d'impureté et les manières de se purifier, mais sans donner une théorie de cette notion. Bien qu'elle relève du domaine religieux, l'impureté est une réalité physique et non morale. On peut la contracter involontairement et même inconsciemment. Elle est contagieuse, comme une maladie ; elle présente plusieurs degrés de gravité.
On la définira mieux en regardant ses conséquences : l'impureté étant contagieuse, elle oblige plus ou moins l'être impur à s'isoler de la société ; l'impureté interdit de toucher des choses consacrées, de manger des aliments consacrés, de fréquenter des lieux saints ; l'impur est exclu de toute assemblée cultuelle.
Mais l'impur n'est pas pour autant coupé de Dieu ; il peut prier, car l'impureté n'est pas un péché ; mais c'en serait un de ne pas respecter les interdits qu'elle entraîne ou de ne pas essayer de s'en débarrasser.
Source : « Cahiers Évangile » - Le Lévitique, la Loi de Sainteté (Editions du Cerf)
La Loi de sainteté (I) : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même »
Ce texte a certainement connu une histoire complexe. On peut y distinguer au moins deux composantes : (a) une première Loi de sainteté, antérieure à la déportation d'Ezéchiel (en 597) et sans doute à la réforme de Josias (en 622) ; (b) une édition « sacerdotale » de cette Loi au cours de l'exil.
Le chapitre 19 apparaît comme un sommet du livre. La tradition rabbinique y verra un « résumé de toute la Torah », spécialement le v.18. C'est un texte soigneusement construit, charpenté par de multiples répétitions.
On remarque spécialement les trois injonctions générales : « Vous serez saints car moi, le Seigneur, je suis saint » (v.2), « vous observerez mes lois » (v.19), « c'est moi le Seigneur votre Dieu qui vous ai fait sortir d'Egypte ; et vous observerez mes lois » (v.36-37). On a là l'essentiel du programme de sainteté du Lévitique : obéir aux exigences du Dieu libérateur. Il s'est acquis un droit exclusif à commander au peuple qu'il s'est consacré.
« C'est moi le Seigneur votre Dieu » (6 fois : v.3,4,10,25,31,34, encadrées par deux autres, plus développées : v.2 et 36) ou « C'est moi le Seigneur » (8 fois : v.12,14,16,18,28,30,32,37). La première est presque toujours employée avec le pluriel (« votre Dieu ») (sauf v.10), tandis que la seconde est surtout dans des phrases au singulier (sauf v.28 et 30). Dans les deux cas, il s'agit toujours d'exigences qui concernent chaque membre du peuple (au moins les adultes chefs de famille).
« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Ch 19)
Ce commandement ne figure que dans le Lévitique. Les traditions juive et chrétienne y ont vu le commandement le plus important après celui d'aimer Dieu, et l'essentiel de la Loi révélée. « Tous les autres commandements se résument en cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. L'amour ne fait pas de tort au prochain ; l'amour accomplit donc pleinement la Loi » (Rm 13,9-10)
1. Le SEIGNEUR adressa la parole à Moïse : 2. « Parle à toute la communauté des fils d'Israël ; tu leur diras : Soyez saints, car je suis saint, moi, le SEIGNEUR, votre Dieu. 3. Chacun de vous doit craindre sa mère et son père, et observer mes sabbats. C'est moi, le SEIGNEUR, votre Dieu.
4. Ne vous tournez pas vers les faux Dieux, ne vous fabriquez pas des dieux en forme de statue. C'est moi, le SEIGNEUR, votre Dieu.
5. Quand vous immolez au SEIGNEUR un sacrifice de paix, faites-le à la manière à être agréés : 6. On le mange le jour du sacrifice et le lendemain ; ce qu'il en resterait le troisième jour serait brûlé ; 7. si l'on en mangeait quand même le troisième jour, ce serait de la viande avariée, on ne saurait être agréé ; 8. celui qui en mangerait porterait le poids d'une faute pour avoir profané ce qui est consacré au SEIGNEUR ; et celui-là serait retranché de sa parenté.
9. Quand vous moissonnerez vos terres, tu ne moissonneras pas ton champ jusqu'au bord et tu ne ramasseras pas la glanure de ta moisson ; 10. tu ne grappilleras pas non plus ta vigne et tu n'y ramasseras pas les fruits tombés ; tu les abandonneras au pauvre et à l'émigré. C'est moi, le SEIGNEUR, votre Dieu.
11. Ne commettez pas de rapt, ne mentez pas, n'agissez pas avec fausseté, au détriment d'un compatriote. 12. Ne prononcez pas de faux serment sous le couvert de mon nom : tu profanerais le nom de ton Dieu. C'est moi, le SEIGNEUR.
13. N'exploite pas ton prochain et ne le vole pas ; la paye d'un salarié ne doit pas rester entre tes mains jusqu'au lendemain ; 14. n'insulte pas un sourd et ne mets pas d'obstacle devant un aveugle ; c'est ainsi que tu auras la crainte de ton Dieu. C'est moi, le SEIGNEUR.
15. Ne commettez pas d'injustice dans les jugements : n'avantage pas le faible et ne favorise pas le grand, mais juge avec justice ton compatriote ; 16. ne te montre pas calomniateur de ta parenté et ne porte pas une accusation qui fasse verser le sang de ton prochain. C'est moi, le SEIGNEUR.
17. N'aie aucune pensée de haine contre ton frère, mais n'hésite pas à réprimander ton compatriote pour ne pas te charger d'un péché à son égard ; 18. ne te venge pas et ne sois pas rancunier à l'égard des fils de ton peuple : c'est ainsi que tu aimeras ton prochain comme toi-même. C'est moi, le SEIGNEUR.
19. Gardez mes lois : n'accouple pas deux espèces différentes de ton bétail ; ne sème pas dans ton champ deux semences différentes ; ne porte pas de vêtement en étoffe hybride, tissée de deux fibres différentes.
20. Si un homme a des relations sexuelles avec une femme et qu'il s'agisse d'une servante réservée à quelqu'un, mais ni rachetée ni affranchie, cela donne lieu à une indemnisation ; ils ne sont pas mis à mort, car elle n'était pas affranchie ; 21. l'homme amène un bélier à l'entrée de la tente de la rencontre, en sacrifice de réparation pour le SEIGNEUR ; 22. quand, au moyen du bélier de réparation, le prêtre a fait sur lui devant le SEIGNEUR le rite d'absolution du péché qu'il a commis, ce péché lui est pardonné.
23. Quand vous serez entrés dans le Pays et que vous aurez planté n'importe quel arbre fruitier, vous tiendrez son fruit pour quelque chose d'incirconcis ; pendant trois ans il sera incirconcis pour vous, on n'en mangera pas ; 24. la quatrième année, tout son fruit sera consacré au SEIGNEUR dans une fête de louange ; 25. la cinquième année, vous en mangerez ; c'est ainsi que votre récolte ira en augmentant. C'est moi le SEIGNEUR, votre Dieu.
26. Ne mangez rien au-dessus du sang , ne pratiquez ni magie, ni incantation ; 27. ne taillez pas en rond le bord de votre chevelure, et ne supprime pas ta barbe sur les côtés ; 28. ne vous faites pas d'incision sur le corps à cause d'un défunt et ne vous faites pas dessiner de tatouage. C'est moi, le SEIGNEUR.
29. Ne déshonore pas ta fille en la prostituant, de peur que le pays ne se prostitue et qu'il ne se remplisse d'impudicité ; 30. observez mes sabbats et révérez mon sanctuaire. C'est moi, le SEIGNEUR.
31. Ne pratiquez pas la divination ; n'y recourez pas, car cela vous rendrait impurs. C'est moi, le SEIGNEUR, votre Dieu. 32. Lève-toi devant des cheveux blancs et sois plein de respect pour un vieillard ; c'est ainsi que tu auras la crainte de ton Dieu. C'est moi, le SEIGNEUR.
33. Quand un émigré viendra s'installer chez toi, dans votre pays, vous ne l'exploiterez pas ; 34. cet émigré installé chez vous, vous le traiterez comme un indigène, comme l'un de vous ; tu l'aimeras comme toi-même ; car vous-mêmes avez été des émigrés dans le pays d'Egypte. C'est moi, le SEIGNEUR, votre Dieu.
35. Ne commettez pas d'injustice dans ce qui est réglementé : dans les mesures de longueur, de poids et de capacité ; 36. ayez des balances justes, des poids justes, un épha juste et un hîn juste. C'est moi, le SEIGNEUR, votre Dieu qui vous ai fait sortir du pays d'Egypte.
37. Gardez toutes mes lois et toutes mes coutumes et mettez-les en pratique. C'est moi, le SEIGNEUR. »
Notre texte ne se contente pas de cette formule ; il détaille les applications de l'amour fraternel. D'abord son aspect négatif, qu'on cite souvent sous la forme donnée par le vieux Tobie : « Ce que tu détestes, ne le fais à personne » (Tb 4,15). Plutôt que cette formulation, le Lévitique détaille plusieurs applications : violences à des infirmes, injustices, calomnies (v.11.13-16). Mieux, il condamne la forme de violence qui semblerait la plus justifiée et qui est considérée dans plusieurs civilisations comme un devoir sacré de l'honneur : la vengeance.
On se rappelait les exemples de Moïse intercédant pour le peuple qui voulait le supprimer (Nb 14,1-19) ou de David épargnant Saül qui le pourchassait (1 S 24 et 26). La Loi essayait aussi de limiter les conséquences de cette coutume de la vengeance par l'institution des « villes de refuge » pour les homicides involontaires (Nb 35,9-34 ; Dt 19,1-10) ou encore par le principe du talion (Lv 24,19-20). Mais pour arrêter l'enchaînement fatal des vengeances, il fallait la déclaration tranchante : « Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas rancune envers tes compatriotes. » (19,18)
Poussant encore plus loin, notre texte s'attaque à la racine même de toute violence : « Tu n'auras pas dans ton coeur de haine envers ton frère. » Et pour guérir cette haine, il prescrit : « Tu dois faire des reproches à ton frère... » - non pas faire des reproches sans fondements, mais la dénonciation de l'agression ou de l'injustice - « ... sinon tu encourerais un péché à cause de lui » (v.17). C'est dire que la victime qui n'ose pas dénoncer le mal subi en vient à endosser la culpabilité ! Ce transfert de culpabilité a pu être constaté dans des cas extrêmes par certains psychiatres. Mais l'expérience quotidienne sait bien qu'un reproche étouffé empoisonne la conscience et qu'un conflit se résout mieux quand on l'a mis au jour.
La question reviendra toujours : qui est ce prochain que je dois aimer ? La variété des termes employés dans ces versets : « prochain, frère, parent, compatriote (littéralement fils de ton peuple) » empêche une interprétation trop restrictive. Et déjà le v.24 ouvre la perspective : « l'émigré, tu l'aimeras comme toi-même » C'est sans doute à Hillel (de peu antérieur à Jésus) que remonte la formule rabbinique : « Aime tes prochains, les créatures », c'est-à-dire les humains créés à l'image de Dieu. Plus subtilement Jésus définit le prochain comme « celui dont on se fait proche » (Lc 10,36-37)
Source : « Cahiers Évangile » - Le Lévitique, la Loi de Sainteté (Editions du Cerf)
La Loi de sainteté (II) : L'Alliance au Risque de l'Histoire
La loi de sainteté n'est pas un exposé neutre des exigences du Seigneur. C'est une exhortation, une invitation pressante à s'y soumettre. La conclusion classique de ce genre d'exhortation est une exposé des conséquences respectives de l'obéissance et du refus. C'est ce qu'on trouve à partir de 26,3.
Les conséquences sont présentées en deux volets plus ou moins symétriques : « si vous suivez mes lois » (v.3) - « si vous rejetez mes lois » (v.15). Ce qui introduit d'un côté six actions bienfaisantes du Seigneur et de l'autre leurs antithèses. Mais, comme dans bien d'autres textes de ce genre, le volet des menaces est surchargé parce qu'il semble plus efficace pour motiver la décision : la peur du châtiment a plus de poids que l'espoir d'une récompense !
Il l'est spécialement par une série de formules qui décrivent une escalade dans le refus et dans la punition : « Si vous n'écoutez pas, si vous vous opposez à moi, je vous corrigerai au septuple » (v.18.21.23-24.27-28). On aboutit ainsi à une destruction totale : le pays est dépeuplé et les survivants dispersés.
On attendrait ici une conclusion exhortative : voilà ce qui vous attend si vous ne vous convertissez pas (ce qu'on lit en Dt 30,15.17-18). Mais le discours rebondit pour raconter ce qui va arriver aux survivants. Il n'y a plus de « si » : on passe progressivement à la troisième personne et le texte prend la forme d'un récit au futur. L'alternative obéissance/refus devient une succession : obéissance puis refus sanctionné par un châtiment sévère. On se demande quelle pourra être la suite...
La suite, c'est que ces survivants pâtiront encore, qu'ils confesseront leurs fautes et s'humilieront (v.36-40). Alors le Seigneur se rappellera son alliance, son engagement envers les patriarches : il renoncera à anéantir leur descendance et sera encore leur Dieu (v.41-45).
Un Récit en Quatre Séquences
1) Le peuple obéit à la Loi et connaît le bonheur (abondance, sécurité, présence de Dieu, v.3-13)
3. « Si vous suivez mes lois, si vous gardez mes commandements et les mettez en pratique, 4. je vous donnerai les pluies en leur saison ; la terre donnera ses produits et les arbres des champs donneront leurs fruits ; 5. chez vous, le battage durera jusqu'à la vendange, et la vendange durera jusqu'aux semailles ; vous mangerez de votre pain à satiété et vous habiterez en sûreté dans votre pays ; 6. je mettrai la paix dans le pays ; vous vous coucherez sans que rien vienne vous troubler ; je ferai disparaître du pays les animaux malfaisants ; l'épée ne passera plus dans votre pays ; 7. vous poursuivrez vos ennemis, qui tomberont sous votre épée ; 8. cinq d'entre vous en poursuivront cent, et cent en poursuivront dix mille, et vos ennemis tomberont sous votre épée ; 9. je me tournerai vers vous ; je vous ferai fructifier et je vous multiplierai ; je maintiendrai mon alliance avec vous ; 10. vous mangerez des plus anciennes récoltes, vous sortirez une ancienne récolte pour faire place à une nouvelle ; 11. je mettrai ma demeure au milieu de vous ; je ne vous prendrai pas en aversion ; 12. je marcherai au milieu de vous ; pour vous je serai Dieu, et pour moi, vous serez le peuple. 13. C'est moi, le SEIGNEUR, votre Dieu, qui vous ai fait sortir du pays des Egyptiens, afin que vous ne soyez plus leurs serviteurs ; c'est moi qui ai brisé les barres de votre joug et qui vous ai fait marcher la tête haute.
2) Le peuple refuse d'obéir et fait le gros dos sous les coups que lui inflige le « vengeur » de l'alliance (v.14-33).
14. « Si vous ne m'écoutez pas et ne mettez pas tous ces commandements en pratique, 15. si vous rejetez mes lois, si vous prenez mes coutumes en aversion au point de ne pas mettre tous les commandements en pratique, rompant ainsi mon alliance, 16. eh bien ! voici ce que moi je vous ferai : Je mobiliserai contre vous, pour vous épouvanter, la consomption et la fièvre, qui épuisent les regards et grignotent la vie. Vous ferez en vain vos semailles, ce sont vos ennemis qui s'en nourriront. 17. Je tournerai ma face contre vous et vous serez battus par vos ennemis ; ceux qui vous haïssent domineront sur vous, et vous fuirez sans même qu'on vous poursuive.
18. Si vous ne m'écoutez pas davantage, je vous infligerai pour vos péchés une correction sept fois plus forte. 19. Je briserai votre orgueilleuse puissance, je rendrai votre ciel dur comme fer et votre terre dure comme bronze ; 20. vous épuiserez vos forces en vain, la terre ne donnera plus ses produits et les arbres du pays ne donneront plus leurs fruits.
21. Si vous vous opposez à moi et que vous ne vouliez pas m'écouter, je vous infligerai des coups sept fois plus forts, à la mesure de vos péchés. 22. J'enverrai contre vous les animaux sauvages, qui vous raviront vos enfants, qui anéantiront votre bétailet qui vous décimeront au point de rendre vos chemins déserts.
23. Si vous n'acceptez toujours pas ma correction, mais qu'au contraire vous vous opposiez à moi, 24. moi aussi, je m'opposerai à vous, moi aussi, je vous frapperai sept fois pour vos péchés. 25. Je ferai vernir sur vous l'épée chargée de venger l'Alliance, et vous vous rassemblerez dans vos villes. J'enverrai la peste au milieu de vous, et vous serez livrés aux mains de l'ennemi. 26. Quand je vous priverai de pain, dix femmes pourront cuire votre pain dans un seul four ; ce pain qu'elles vous rapporteront sera rationné, et vous mangerez sans être rassasiés.
27. Si malgré cela vous ne m'écoutez pas et que vous vous opposiez à moi, 28. je m'opposerai à vous, plein de fureur ; je vous corrigerai moi-même sept fois pour vos péchés. 29. Vous mangerez la chair de vos fils, vous mangerez la chair de vos filles. 30. Je supprimerai vos haus lieux, je ferai disparaître vos autels à parfum ; j'entasserai vos cadavres sur les cadavres de vos idoles et je vous prendrai en aversion. 31. Je réduirai vos villes en ruines, je mettrai la désolation dans vos sanctuaires ; je ne respirerai plus vos parfums apaisants ; 32. je mettrai moi-même la désolation dans le pays, et vos ennemis venus l'habiter en seront stupéfaits. 33. Quant à vous, je vous disperserai parmi les nations, et je dégainerai l'épée contre vous ; votre pays deviendra une terre désolée et vos villes des monceaux de ruines.
3) Le peuple finit pas confesser ses fautes et celles de ses ancêtres (v.34-41) : les v.40-41 sont à lire comme un retour en arrière, rappellant qu'il s'agit d'une hypothèse commandée par le si du v.14.
34. Alors le pays accomplira ses sabbats, pendant tous ces jours de désolation où vous-mêmes serez dans le pays de vos ennemis ; alors le pays se reposera et accomplira ses sabbats ; 35. pendant tous ces jours de désolation, il se reposera, pour compenser les sabbats où il n'aura pas pu se reposer, lorsque vous y habitiez.
36. Quant à ceux d'entre vous qui subsisteront, je vous amènerai à se décourager dans les pays de vos ennemis. Le simple bruit d'une feuille qui tombe les poursuivra ; ils fuiront comme on fuit devant l'épée et ils tomberont sans même qu'on les poursuive ; 37. ils trébucheront l'un sur l'autre comme devant l'épée, et pourtant personne ne les poursuivra. Vous ne pourrez pas tenir face à vos ennemis ;
38. vous périrez chez les nations, et le pays de vos ennemis vous dévorera. 39. Ceux d'entre vous qui subsisteront dépériront à cause de leur faute, dans les pays de vos ennemis ; mais également, c'est à cause des fautes de leurs pères, en plus des leurs, qu'ils dépériront.
40. « Mais ils confesseront leur faute et celle de leurs pères, en disant qu'ils ont commis un sacrilège envers moi, qu'ils se sont même opposés à moi, 41. que je me suis alors opposé à eux et les ai amenés dans le pays de leurs ennemis ; ou bien, un jour, leur coeur incirconcis s'humiliera et leur châtiment s'accomplira.
4) Le Seigneur remet en oeuvre son alliance (v.42-45)
42. Je me souviendra de mon alliance avec Jacob, je me souviendrai aussi de mon alliance avec Isaac, et aussi de mon alliance avec Abraham ; je me souviendrai du pays. 43. Ainsi, quand le pays sera abandonné par eux, quand il accomplira ses sabbats pendant le temps où ils le laisseront dans la désolation, quand leur châtiment s'accomplira parce qu'ils auront rejeté mes coutumes et pris mes lois en aversion, 44. même alors, quand ils seront le pays de leurs ennemis, je ne les aurai pas rejetés ni pris en aversion au point de les exterminer et de rompre mon alliance avec eux, car c'est moi, le SEIGNEUR, leur Dieu. 45. Je me souviendrai, en leur faveur, de l'alliance conclue avec leurs aïeux que j'ai fait sortir du pays d'Egypte sous les yeux des nations, afin que pour eux je sois Dieu, moi, le SEIGNEUR. »
Une Nouvelle Conception de l'Alliance
1) Dans ce texte on rencontre six fois le mot « alliance » (berit) qu'on n'avait rencontré que deux fois dans le reste du Lévitique (2,13 et 24,8 avec le sens de disposition légale). L'analyse montre que le mot prend plusieurs significations différentes d'un bout à l'autre du chapitre 26. Aux v.9.15.25 l'alliance est comprise comme un traité entre le Seigneur et son peuple : sa durée dépend de la conduite du peuple. Quand il refuse les exigences de cette alliance, celle-ci est rompue et le Seigneur qui en est le garant doit la « venger ». Mais aux v.52 et 44 il s'agit du serment fait aux ancêtres par lequel le Seigneur s'est engagé à maintenir en vie son peuple, quelle que soit sa conduite. Au v.45, il s'agit peut-être encore de ce même engagement inconditionnel ou bien de l'alliance conclue au Sinaï qui, elle, est du type contractuel et serait rompue. Cela dépend du sens qu'on donne au mot « les premiers », les aïeux : les ancêtres de l'exode et les Patriarches.
2) Ce passage d'une conception de l'alliance à une autre pourrait s'expliquer par une composition en plusieurs étapes, réunissant des morceaux d'époques et d'origines différentes. Mais cette transformation pourrait aussi être voulue ; et en tout cas c'est bien l'effet que produit le texte qui nous a été transmis. Quand on a senti que la tranche d'histoire inaugurée avec David touchait à sa fin, on a commencé à comprendre que le projet d'une alliance contractuelle qui responsabilise le peuple n'était pas viable et n'avait jamais bien fonctionné. Il fallait donc repenser la relation entre Dieu et son peuple sur la base de la promesse inconditionnelle faite aux ancêtres. La fidélité ne sera plus la condition de la bénédiction, elle sera un don de Dieu. Privé de toutes les médiations rassurantes, placé devant un projet d'alliance dont le contenu n'est pas encore révélé, Israël devra vivre dans la foi pure.
Source : « Cahiers Évangile » - Le Lévitique, la Loi de Sainteté (Editions du Cerf)
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