Les Difficultés des Mérovingiens
La puissance de la dynastie mérovingienne s'appuyait sur un réseau de fidélités. Les rois distribuaient terres, revenus et charges « publiques » à partir de leur trésor personnel pour s'assurer le soutien de l'aristocratie. La « cassette du souverain » s'était ainsi substituée aux « biens publics » de l'époque romaine, évolution qui jeta les bases de la vassalité.
L'administration du palais royal était confiée à des officiers domestiques, fidèles et compagnons du roi : (1) le « connétable » était chargé des écuries royales , (2) le « maréchal » s'occupait du tribunal , (3) le « référendaire » envoyait les ordres écrits du roi dans les régions où le pouvoir de ce dernier s'exerçait , (4) la charge de « maire du palais » prit de l'importance, en raison de son rôle central au cœur des relations du pouvoir avec l'aristocratie.
Le pouvoir local était conféré aux comtes et aux évêques, qui furent progressivement nommés par le roi. Le comte (comes ou « compagnon » du roi) dirigeait une circonscription (pays ou pagus) et constituait un véritable relais du pouvoir
Les richesses de la monarchie mérovingienne ont cessé de croître par le concours de divers facteurs :
Absence de victoires militaires, privant le royaume des tributs et butins habituellement acquis
Diminution des domaines du fisc à cause de donations pour acheter certains dévouements
Absence de budget due à l'incapacité à faire rentrer les impôts et taxes suite à des révoltes et aux détournements ou usurpations des fonctionnaires qui en ont la charge
Ainsi, les descendants de Dagobert étaient contraints de dilapider les richesses acquises pour acheter la reconnaissance et la fidélité de leurs hommes. C'est donc privé du renouvellement des richesses que le pouvoir s'affaiblit, à la faveur de riches familles aristocratiques
C'est dans ce contexte que les Pippinides, ancêtres de la future dynastie des Carolingiens, prirent une place des plus importantes.
L'Affirmation de la Famille des Pippinides
De 639 à 751, la famille des Pippinides ne va cesser de porter son empreinte sur l'anarchie de la monarchie mérovingienne : elle va progressivement concentrer entre ses mains les réels pouvoirs et se montrera capable de résister aux dangers tant intérieurs qu'extérieurs.
Les membres influents de cette famille seront successivement :
Pépin le Vieux : fondateur de la maison des Pippinides , Pépin le Vieux, également appelé Pépin de Landen, a été l'un des conseillers de Dagobert avant d'être écarté pour calmer ses prétentions. Il redevient Maire du Palais d'Austrasie en 639 à la demande de la régente du royaume (les fils de Dagobert sont trop jeunes pour régner) et en profite pour prendre possession de la moitié du trésor royal !
Grimoald : fils de Pépin de Landen, il est initialement écarté de la Mairie du Palais d'Austrasie. Il parvient toutefois à ses fins après avoir gagné la confiance du roi Sigebert III (fils de Dagobert) et fait assassiner Otton qui occupe la fonction convoitée. Pour asseoir son propre fils sur le trône, il imagine un plan d'une audace extrême : à la mort de Clovis II en 657, il fait adopter son fils par le roi Sigebert III (il va même jusqu'à se permettre de le faire baptiser du nom royal de Childebert !). Afin d'écarter le descendant légitime de Sigebert III au profit de son fils, Grimoald le fait tonsurer et enfermer dans un couvent. Cette usurpation va générer des protestations chez les austrasiens : Grimoald et son fils seront assassinés en 662.
Pépin de Herstal : environ 10 ans après l'assassinat de son oncle Grimoald, Pépin de Herstal s'impose en qualité de Maire du Palais d'Austrasie : sa puissance militaire et politique font de lui un homme incontournable. En 687 et après avoir essuyé 2 échecs, il s'empare à l'issue de la bataille de Tertry de la Mairie du Palais de Neustrie : les Pippinides s'affirment désormais comme maîtres incontestés de tout le royaume du Nord (Neustrie et Austrasie). Il meurt en 714.
Charles Martel : la mort de son père Pépin de Herstal et la désastreuse régence de sa femme Plectrude vont inciter la Neustrie à se soulever contre les austrasiens. Sur le point d'être battue, l'Austrasie est sauvée in extremis par un des fils de Pépin de Herstal, Charles Martel, qui s'évade après avoir été emprisonné par Plectrude qui se méfiait de son ambition et souhaitait transmettre le pouvoir à ses fils naturels. Charles Martel parviendra en quelques années à rétablir l'autorité des Pippinides
Le succès pippinide s’explique par sa puissance foncière : la famille possède d’immenses territoires sur les bords de la Meuse ; mais aussi par ses liens avec l’épiscopat — Arnoul, évêque de Metz, en est l’un des fondateurs — et par ses succès militaires à la fois contre les Neustriens (Pépin de Herstal) et contre les envahisseurs du Nord (Frisons) ou du Sud (Arabes).
Les Rois Fainéants
A la mort de Dagobert Ier , l’Austrasie est de nouveau séparée de la Neustrie : les maires du palais, chargés de l’administration générale du royaume, jouent dès lors un rôle croissant.
Clovis II n'a que deux ans à la mort de son père. Sa mère assume la régence, mais ce sont les maires du palais qui s'emparent du pouvoir, en Neustrie, en Austrasie (où "règne" Pépin de Landen), et en Bourgogne. À la mort de Sigebert III (656), Grimoald, fils de Pépin le Vieux (ou de Landen), tente ainsi de substituer son propre fils Childebert « l’Adopté » à l’héritier légitime Dagobert (Childéric II, roi de Neustrie, le fait assassiner)
Clotaire III (qui ne laissera aucune descendance) a environ 5 ans à la mort de son père. Le pouvoir est exercé par le maire du palais Ebrouïn, qui, pour imposer son autorité sur la Neustrie et la Bourgogne, va jusqu'à faire supplicier l'évêque d'Autun (saint) Léger, soutenu par Pépin, maire du palais d'Austrasie.
Childéric II, proclamé roi d'Austrasie à l'âge de 6 ans, devient roi de Neustrie à la mort de son frère Clotaire III. Jugé trop autoritaire par l'aristocratie, il est assassiné en forêt de Lognes, près de Paris.
Thierry III , bien soutenu par le maire du palais Ebroïn, est écarté par les partisans de Childéric II du trône de Neustrie et envoyé dans un couvent. A la mort de Childéric II, il est sorti de son monastère et proclamé roi de Neustrie
De 679 à 714, le gouvernement est exercé par Pépin le Jeune, ou de Herstal, maire du palais. Pépin de Herstal ,maire carolingien du palais d'Austrasie, rassemble les royaumes francs à la fin de la période mérovingienne.
En 687, il imposa la domination carolingienne aux autres royaumes francs, la Neustrie et la Bourgogne, tout en gardant les membres de la dynastie mérovingienne comme monarques en titre. A partir de 687, les rois ne sont plus que rois de Neustrie et les maires du palais (Austrasiens) gouvernent de fait les trois royaumes.
Deux ans plus tard, il s'imposa aussi aux Frisiens, peuple païen vivant sur les côtes de la mer du Nord
Les rois perdent dès lors, en Austrasie puis en Neustrie, toute réelle capacité d’initiative au profit des maires du palais issus de Pépin Ier.
1. Clovis IV (691-695) , comme son père Thierry III , prête son nom aux actes d'autorité de Pépin de Herstal. Il meurt à 13 ans.
Childebert III (695-711) , roi de Neustrie, Bourgogne de 695 à 711 , régne sous la tutelle du maire du palais Pépin le Jeune
Son fils Dagobert III (roi à 12 ans et mort à 16 ans) lui succéde.
Charles Martel
Charles Martel , à la mort de Pépin de Herstal en 714, s’assure le pouvoir au détriment des petits-fils légitimes de Pépin. À la tête des armées austrasiennes, Charles remporte les victoires d’Amblève, de Vincy et de Nérysur la Neustrie. À partir de 720, il dirige ainsi tout le royaume franc sous l’autorité théorique des rois mérovingiens Chilpéric II puis Thierry IV.
Chilpéric II , fils de Childéric II , enfermé dans un monastère à l'âge de 5 ans, est hissé, à plus de 40 ans, sur le trône par les Neustriens, qui veulent se libérer de la tutelle des Austrasiens. Mais Charles Martel, bâtard de Pépin de Herstal, nouveau maire du palais d'Austrasie, lui impose son autorité.
Thierry IV est également exhumé de l'ombre du couvent de Chelles par Charles Martel
Charles mène alors une politique de conquête et d’unification du royaume mérovingien, avec une détermination qui lui vaut, à partir du IXe siècle, le surnom de Martel.
Durant les dix années suivantes, il dirige ainsi une série de campagnes militaires contre les Frisons, les Saxons, les Alamans et les Bavarois. Les succès de ce grand guerrier permettent l’intégration d’une partie de la Germanie au royaume des Francs.
Les Maures, qui occupent l’Espagne et la Provence, lancent en 732 une expédition vers Bordeaux et Poitiers sous le commandement d’Abd al-Rahman. Appelé par le prince Eudes d’Aquitaine, Charles bat les Musulmans à Moussais, près de Poitiers, le 25 octobre 732, arrêtant ainsi l’invasion arabe en Europe. L’événement a un grand retentissement et fait de Charles le champion de la chrétienté
Le maire du palais saisit cette opportunité pour poursuivre l’expansion du royaume franc. De 733 à 739, il conquiert la Bourgogne, la Provence et l’Aquitaine.
A la mort du roi Thierry IV en 737, il ne lui reconnaît aucun successeur, demeurant seul au pouvoir. Charles meurt en 741, après avoir partagé son royaume entre ses fils Carloman et Pépin le Bref.
Childéric III , fils de Chilpéric II , vit dans un monastère quand Pépin le Bref l'appelle sur le trône en 743 pour symboliser le pouvoir mérovingien. Childéric III assure la pérennité du titre royal pour l’ensemble des royaumes francs , mais la politique se joue ailleurs.
Pépin le Bref le fait tonsurer en 751 (la longue chevelure était alors un signe de royauté) avant de le faire enfermer dans un monastère
Childéric III est ainsi le dernier roi mérovingien
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