Les Alamans : assimilés par les Francs
Les Alamans tirent leur nom du vieux haut allemand Alle Mannen signifiant “tous les hommes”. Par la suite, le terme se transforma en allemand pour désigner indistinctement toutes les populations de Germanie. Cette expression exprime et souligne parfaitement le fait que ce peuple ne constitue qu’un conglomérat de diverses tribus germaniques d’origine très variée, à l’instar des Francs, dont nous ignorons la composition précise. En effet, les Alamans se présentèrent souvent sous une forme de ligue de divers peuples germains parmi lesquels on retrouve parfois des Francs lors de leurs attaques contre les Romains. Cependant, malgré la diversité de leurs origines, certains travaux historiques estiment que les Alamans sont un peuple germain apparenté aux Suèves.
De Simples Expéditions
Les Alamans se situaient dans la région comprenant les sources et les cours supérieurs du Rhin et du Danube, proche des provinces romaines de Rhétie et des Champs Décumates. La première mention de cette ligue barbare date de 213 apr. J.-C., sous le règne de Caracalla lorsque les Alamans envahirent la Rhétie et la Germanie qu’ils pillèrent avant de subir une terrible défaite de la part de l’empereur.

Expansion des alamans du IIIe siècle au VIe siècle
De fait, les Alamans mirent vingt ans avant de reconstituer leurs forces et d’attaquer à nouveau l’Empire sous le règne de Sévère Alexandre en 234-235 et incendièrent Strasbourg. Par la suite, les attaques des Alamans s’égrènent le long du III° siècle notamment en 244 en Germanie supérieure et en Alsace, ainsi qu’en 253-254. Cette dernière expédition dévasta la Rhétie avant d’être repoussée. Durant ces attaques, ils furent soutenus par des Francs. Plus tard, une nouvelle ligue alémanique se forma en 256 mais fut écrasée par l’empereur Gallien.
L’Empire, affaiblit par l’anarchie du III° siècle, dû de nouveau affronter la ligue Alémanique en 258 car les Alamans s’étaient emparés des champs Décumates et dévastaient la province romaine de Germanie, la Gaule, et la Rhétie en 259 avant d’arriver en Italie du Nord où ils ravagèrent la plaine du Pô. Mais cette expédition fut finalement écrasée à Milan par Gallien qui parvint ainsi à les refouler et rétablir le limes. Cependant, les Alamans renouvelèrent leurs exploits en 268 en rompant de nouveau le limes en Rhétie et pillant une nouvelle fois l’Italie du Nord et la plaine du Pô avant d’être défaits au lac de Garde en 269.
Cette défaite ne suffit pas à les décourager. Dès 270, ils attaquèrent la Pannonie, franchirent les Alpes, arrivèrent une nouvelle fois en Italie, et ravagèrent encore la plaine du Pô. Mais cette fois-ci, la menace fut extrêmement grave et sérieuse puisque les Alamans parvinrent jusqu’à 130 Km de Rome. Mais lors du trajet de retour, les Alamans, ralentis par le fabuleux butin amassé et par le long cortège des prisonniers asservis, furent défaits lors de la bataille de Pavie et lorsqu’ils tentèrent de franchir le Danube. Après cette expédition, les romains consolidèrent le limes romain protégeant la péninsule italienne si bien que les Alamans, découragés, changèrent de proie.
Se détournant de l’Italie, ils déferlèrent en 275 en Gaule qui fut totalement ravagée. Toutes ces attaques incita l’empereur Probus à ramener la frontière romaine près des fleuves du Rhin et du Danube. Il évacua les Champs Décumates qu’il abandonna en 277 au profit des Alamans tout en chassant de l’Empire tous les Alamans. En revanche, il fortifia la nouvelle frontière romaine.
Cette retraite des romains ne les mit pas à l’abri des raids de ce peuple dangereux. De 283 à 286, les Alamans franchirent le Rhin et commirent des razzias en Gaule avant d’être vaincus par l’empereur Maximien. La longue énumération des attaques de pillages des Alamans se poursuit en 288 où ils furent encore défaits par l’empereur Maximien, et en 297 contre le Rhin. De nouveaux raids furent organisés en 306, 310 et de 313 à 315 en relation avec les Francs. Toutes ces expéditions ne visaient qu’à piller le riche Empire romain, ramener des prisonniers asservis et du butin. Elles furent donc ponctuelles et le plus souvent localisées donc en définitive peu dangereuse dans la mesure où les Alamans retournaient vers leurs pays après chaque incursion même si elles affaiblissaient l’Empire.
Puisque de nombreux peuples germaniques migrèrent vers l’Empire romain d’occident, les Alamans occupèrent les terres de la Germanie occidentale plus ou moins délaissées par les romaines tout en gardant un foyer d’occupation généralement situé entre les Vosges et le Jura. De là, ils persistèrent à organiser de multiples raids dévastateurs dans l’Empire.
Sous Domination Franque
Lors de la Grande Invasion de 406-407, les Alamans ne voulurent plus entreprendre de simples expéditions de pillages mais espéraient cette fois-ci véritablement s’installer dans l’Empire. De fait, ils s’étendirent lentement vers le Nord et le Sud et, en 406, occupèrent l’Alsace et le Palatinat avant de subir une contre-offensive romaine menée par Aetius. Ce dernier bloqua les Alamans en installant les Burgondes en 443 en Savoie afin de lutter contre eux. L’accès de la Gaule ayant été provisoirement verrouillé, les Alamans pénétrèrent alors en 457 en Italie du Nord avant de revenir pour attaquer la Franche-Comté entre 470-480. Finalement, ils se fixèrent dans une région appelée la Suisse dite alémanique à la fin du V°s jusqu’à l’Iller, un affluent du Danube.
Mais l’expansion alémanique se heurta violemment contre celle les Burgondes et surtout contre celle des Francs qui les vainquirent à Tolbiac (Zülpich). Cette bataille stoppa définitivement leur expansion. Par la suite, en 506, menaçant les Francs Rhénans, les Alamans furent défait par Clovis qui poussa son avantage pour annexer la partie rhénane de leur territoire. Abandonnés par leurs alliés Ostrogoths alors en lutte contre la reconquête byzantine de l’Italie, les Alamans se trouvaient très isolés. C’est pourquoi le roi franc Théodebert en profita pour attaquer les Alamans et annexer la totalité du royaume alémanique en 536-537. Il envoya également en Italie un corps expéditionnaire pour lutter contre une armée alamane qui soutenait les ostrogoths. Dès lors, les mérovingiens créèrent un duché alémanique relativement autonome et se contentèrent d’un protectorat.
Ce dernier se rebella à de nombreuses reprises mais il fut à chaque fois réprimé par les Francs. Toutefois, les Alamans reprirent leurs progressions en Helvétie après la chute du royaume Burgonde avant d’atteindre la région d’Avenches où ils infligèrent cette fois-ci aux Francs l’humiliante défaite de Wangen en 610. Si les représailles et les massacres franques furent importantes, elles n’empêchèrent pas une partie des Alamans de s’établir sous la forme d’un habitat diffus autour de Besançon et de la Franche-Comté ainsi qu’en Bourgogne.
Afin de mettre fin à la large autonomie dont jouissait l’Alémanie et de rétablir la domination franque sur cette région, Pépin de Herstal entreprit 4 campagnes militaires entre 709 et 712 afin de soumettre le duc révolté des Alamans Willehari. En 730, le duché est de nouveau soumit après la révolte du duc Lantfred. Charles Martel imposa alors un code juridique commun aux Alamans et aux Bavarois, ce qui impliquait ipso facto la perte du particularisme Alamans. Les derniers soubresauts de révoltes eurent lieu lorsque Griffon se souleva contre ses frères Pépin le Bref et Carloman en 747, avec l’appui des Alamans. Mais défait, les Alamans virent Carloman massacrer l’aristocratie d’Alémanie. L’Alémanie se résigna alors à vivre sous les souverains carolingiens.
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