Les Différentes Cultures (IV) : Le Paléolithique supérieur
Le Paléolithique supérieur débute à l'arrivée en Europe de l'Homme moderne. Plusieurs cultures vont se succéder durant cette période.
Le Châtelperronien (40 000 à 35 000)
Cette période est une transition entre le Paléolithique moyen et le Paléolithique supérieur, on en a retrouvé les traces dans la Grotte des Fées, à Châtelperron (Allier), et surtout dans le Sud-Ouest de la France.
L'industrie lithique châtelperronienne se caractérise par le développement du débitage de lames, des éclats allongés produits en série et parfois retouchés, modifiés pour réaliser des outils spécialisés (grattoirs, burins, etc.). L'un des outils sur lame caractéristiques de cette culture est la pointe de Châtelperron (ou couteau de Châtelperron), présentant un dos courbe abattu par des retouches abruptes. La forme de ce « fossile directeur » pourrait être liée à une modalité d'emmanchement à l'aide de matériaux périssables qui ne nous sont pas parvenus.
Pendeloque en os du Châtelperronien
Les autres éléments importants de la culture matérielle châtelperronienne sont l'apparition de la parure (pendentifs en os ou en ivoire, dents perçées ou rainurées, fossiles aménagés pour la suspension, etc.) et le développement de l'outillage en matières dures animales (lissoirs, épingles, poinçons en os, etc.)
Il est aujourd'hui admis de manière très consensuelle que les industries châtelperroniennes ont été réalisées par les derniers Néandertaliens, juste avant ou contemporainement avec l'arrivée en Europe des premiers hommes modernes porteurs de l'Aurignacien. Toutefois, l'attribution du Châtelperronien aux Néandertaliens ne repose que sur deux découvertes : la sépulture néandertalienne indiscutable de Saint-Césaire, considérée comme associée à une industrie châtelperronienne, et quelques restes humains d'Arcy-sur-Cure, considérés comme néandertaliens. On ne sait cependant si le Châtelperronien est uniquement dû à l’homme de Néanderthal où s’il résulte d’échanges culturels entre celui-ci et les migrants venus d’Afrique.
L'Aurignacien (36 000 à 29 000)
L'Aurignacien est caractérisé par son industrie osseuse (sagaies à bases fendues) et lithique (pièces carénées, lamelles, lames retouchées, etc.).
Les Aurignaciens inaugurent le débitage des lames, ils convertissent ces lames par retouches et tronca-tures (remplacement d'une arrête par une facette), en outils divers. L'enlèvement de fines lamelles à l'extrémité donne un grattoir sur bout de lame, dans les déchets de tailles, selon leurs formes, ils fabriquent des "grattoirs à museau" destinés au travail de précision sur os, ainsi que des burins busqués pour le même usage.
Dans sa phase ancienne, l'Aurignacien est caractérisé par une industrie lithique très laminaire : les grattoirs sont nombreux et souvent aménagés sur de grandes lames retouchées. La retouche dite "aurignacienne " est écailleuse et forme souvent de larges encoches sur le bord des lames qui prennent le nom de "lames étranglées " lorsque ces encoches sont bilatérales. De petites lamelles à retouche marginale, les lamelles " Dufour ", (du nom d'une grotte en Corrèze), sont abondantes dans certains gisements.
Cette industrie lithique s'accompagne d'une industrie osseuse soignée et élaborée. Les pointes de sagaies en bois de rennes deviennent nombreuses, et leur mode d'emmanchement est différent selon les époques. Les premiers bâtons percés font leur apparition, ce sont des perches de bois de renne portant une grande perforation.
Sagaie
L'Aurignacien montre une évolution polymorphe qui se manifeste par l'existence de faciès caractérisés par l'abondance d'outils particuliers : les grattoirs sont très variés, soit par le forme de leur front, grattoirs à museau ou à épaulement, soit par leur robustesse, grattoirs carénés et rabots.
A la fin de l'Aurignacien, certains burins à biseau très robuste, les " burins busqués " ou " carénés " deviennent très abondants. L'Aurignacien a couvert une aire géographique s'étendant sur l'ensemble de l'Europe et jusqu'au Proche-Orient.
Le Gravettien (29 000 à 22 000)
Le Gravettien est caractérisé par le débitage de lames en silex très droites, utilisées pour réaliser des pointes de projectile à dos rabattu rectiligne, appelées « pointe de la Gravette ». L'industrie lithique comprend également de petits outils diversifiés et spécialisés : petites pointes appelées « fléchettes », « pointes de la Font-Robert », pointes à retouches sur face plane, divers types de burins, etc.
Lame en silex
À la fin du Gravettien, les pointes et micropointes de la Gravette sont progressivement remplacées par des lamelles à dos et les burins dièdres se substituent aux burins sur troncature retouchée alors que les lames retouchées se développent.
La culture gravettienne se termine par un faciès lithique original nommé Protomagdalénien : ils se caractérise par l'emploi d'une retouche "composite" dite protomagdalénienne (retouche semi-plate assez ample couplée à un léger grignotage des tranchants) et présente sur les bords latéraux de grandes lames souvent appointées ou mousses. La culture matérielle du Protomagdalénien voit l'abondance des burins, fréquemment dièdres multiples, des lames retouchées et surtout de petites pièces à bords abattus. Au contraire, les grattoirs, les burins sur troncature retouchée et les pièces à dos de technique gravettienne (microgravettes, pointes de la Gravette et pointes des Vachons) sont plus rares.
Le Solutréen (20 000 à 16 000)
Cette phase culturelle préhistorique du Paléolithique supérieur de France d'Espagne débute vers —20000, à la fin de la phase glaciaire du Würm III et se termine durant l'interstade Würm III/IV vers —16000. Elle tire son nom du fameux gisement de Solutré. Ce sont sans doute ces conditions climatiques rigoureuses qui ont gêné son extension, notamment vers le Nord, où on ne le trouve qu'exceptionnellement.
Son origine reste mystérieuse. Sa période finale voit des particularismes régionaux s'établir, mais elle disparaît brutalement. Les différences climatiques sont importantes durant tout le Solutréen, qui commence par une période de froid constant et sec, puis le climat se tempère et devient humide et instable, des oscillations d'humidité et de froid sec suivent, pour laisser place à une période où il pleut beaucoup. Le renne est l'animal le plus chassé ainsi que le cheval.
La grande originalité de cette période préhistorique repose sur les outils en silex taillé, dont les formes, très particulières, n'appartiennent qu'au Solutréen ; ils témoignent d'une grande habileté de l'homme préhistorique, qui porte le travail du silex à la perfection.
La technique de le retouche connaît une extension extraordinaire : retouche plate envahissante, obtenue par percussion directe du percuteur doux en bois de renne, tenu dans la paume de la main, ce qui permet de donner au bord le contour désiré et d'obtenir un tranchant micro-crénelé (pour les grandes feuilles-de-laurier, en particulier), retouches parallèles minces obtenues par pression (pour les feuilles-de-saule et les pointes à cran). Ces pièces peuvent atteindre de grandes dimensions, (jusqu'à 35 cm) et sont parfois taillées dans des roches ayant une qualité esthétique identique à celle du cristal de roche, du jaspe ou de la calcédoine.
Les pointes à cran redoutables au bout d'une sagaie, et l'apparition des premiers propulseurs, vont augmenter l'efficacité des armes de trait.
C'est aussi à cette période qu'apparaît l'aiguille à chas. Elle est inventée par les Solutréens vers —16000. Sa confection est délicate : une esquille osseuse tirée au burin du fût d'un os long qu'il faudra ensuite arrondir et épointer, polir avec une roche de grès fin, et enfin perforer à une extrémité (Indirectement l'aiguille va permettre la confection d'outres que l'on peut chauffer et dans lesquelles on peut transporter des liquides plus aisément, mais aussi par l'assemblage plus solide des peaux, permettre la fabrication de kayaks)
L'art solutréen est célèbre surtout par les bas-reliefs sculptés du gisement du Roc de Sers, en Charente, et du Fourneau du Diable, en Dordogne
Le Magdalénien (17 000 à 10 000)
Le Magdalénien se développe entre 17000 et 10000, à la fin de la dernière période glaciaire. L'apparition d'instruments variés dans l'outillage, montre un important niveau de diversification des tâches. L'industrie lithique se miniaturise, annonçant les microlithes de la période suivante.
C'est surtout dans l'industrie des matières osseuses que les innovations foisonnent. Les baguettes demi-rondes, destinées à être associées par deux, apparaissent à côté de pointes de sagaies, qui présentent des aménagements variés : bases en biseau, simple ou double, bases fourchues, rainures longitudinales. Les foènes et hameçons sont liés au développement de la pêche. A la fin du Magdalénien, les harpons à une ou deux rangées de barbelures sont abondants.
Harpons
Les propulseurs deviennent nombreux et sont souvent décorés de façon artistique. Les bâtons percés, sont eux aussi transformés en objets d'art mobilier par la gravure et la sculpture. Des os plats sont découpés en forme de têtes d'animaux et perforés sans doute pour être utilisés comme éléments de parure.
Source :
- Le Châtelperronien (Wikipedia)
- L'aurignacien (Nicole Rolin)
- Le Solutréen (Nicole Rolin)
- Le Gravettien (Wikipedia)
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