Les Dynasties Archaïques (I) : Le Système des Cités-Etats
Le système politique sumérien des cités-Etats prévaut de 2900 à 2340. La réalité du pouvoir revient à la fois au temple (réminiscence de la période précédente) et au palais, qui est l'émanation de nouvelles forces politiques nées à la faveur de l'évolution de la société mésopotamienne.
Les Cités-Etats
Sumer est à l'époque des Dynasties Archaïques divisé en petits territoires groupés autour d'un centre urbain formé depuis les époques précédentes, où se trouvent les autorités étatiques. Ces grandes cités sont donc les capitales d'un espace rural, et quelquefois d'autres cités ou bourgs, sur un territoire qui reste toutefois réduit, la Basse-Mésopotamie, appelée par ses contemporains KALAM, "le Pays". On appelle ces ensembles les cités-Etats.
A cette époque, les plus importantes sont :
Ur, Uruk, Lagash (dont la capitale était en fait la cité de Girsu, au moins après le XXIVè siècle), Umma, Eridu au sud, constituant le pays de Sumer, peuplé en majorité de Sumériens, peuple d'origine indéterminée.
Nippur (où réside le dieu principal, Enlil, considérée comme une ville sainte, la capitale religieuse de Sumer), Kish (le titre de "roi de Kish" ayant à certain moments signifié la suzeraineté sur toutes les autres principautés), Akshak, Adab, Shuruppak au nord, formant le pays d'Akkad peuplé en majorité d'Akkadiens, qui sont des Sémites.
Une cité-Etat est constituée d'une capitale, et d'une campagne environnante, où se trouvaient des villes secondaires et des villages. Ces principautés entretenaient entre elles des rapports quelquefois conflictuels.
C'est durant cette période que se forment les bases de la société mésopotamienne qui évoluera durant plusieurs millénaires. Dès cette époque, deux grands organismes se partagent la direction de la société : le palais et le temple, organes constituant ce que nous appelons l'Etat.
Le Palais
La palais est le lieu de résidence du gouvernement de la cité-Etat. Au début de l'époque archaïque, le souverain d'Uruk était appelé EN ("seigneur"). Il était à la tête du temple principal de la cité, l'Inanna, et était considéré comme l'époux de la déesse. Son pouvoir était religieux, mais aussi politique. Certains textes plus tardifs montrent une sorte d'assemblée populaire (notamment un conseil des Anciens) assistant le roi pour cette même ville. Mais ce témoignage indirect reste incertain. On ne sait pas si ce modèle peut être étendu aux autres cités sumériennes de l'époque. La situation évolue par la suite :
L'EN devient simplement le grand prêtre du temple de la cité. Les souverains portent d'autres titres : ENSI, "gouverneur", mot dérivé d'EN, qui dénote la subordination de son porteur envers le dieu de la cité, tandis qu'avant il était plutôt son égal ou LUGAL, "grand homme", traduit généralement par roi.
Le titre ENSI, "gouverneur", appliqué à Lagash, montre bien la conception de cette charge : il s'agit de celui qui dirige les terres du Dieu tutélaire de la cité, qui agit au nom des Dieux, selon leur volonté, pour leur bien. Il ne faut pas oublier qu'en Mésopotamie, les hommes sont sur Terre pour servir les Dieux
Ce système a été identifié par certains auteurs comme un sorte de théocratie. Le titre d'ENSI est surtout employé à Sumer, alors que celui de LUGAL l'est à Akkad et aussi à Mari, mais pas à Ebla, où le souverain porte le titre d'EN.
Le roi doit s'assurer du bien-être des siens, et pour cela il doit entreprendre des travaux, rendre la justice pour prévenir du désordre, et mener la guerre contre une cité ennemie pour faire prévaloir son Dieu sur celui du voisin. Le souverain a aussi une fonction de prêtre, et il est le premier pourvoyeur des temples : c'est lui qui les bâti et les rénove.
Le Temple
Le temple est la demeure terrestre du Dieu. Son image, une statue le représentant, qui se trouvait dans la cella du temple assurait sa présence. Ce lieu était donc sacré. Le clergé qui y officiait assurait le service du Dieu, avec le concours occasionnel du roi, le premier prêtre du royaume. A la tête du secteur religieux du temple se trouve le grand-prêtre (EN). Chaque principauté disposait d'un dieu principal, siégeant dans le plus grand temple de la capitale. Le reste de la famille de la divinité tutélaire avait des temples dans le reste de la principauté.
Mais en plus de cette fonction religieuse, qui était très importante aux yeux des habitants de la Mésopotamie ancienne, le temple (en tant qu'organisme, mais il en existait plusieurs dans une même Cité-Etat) avait une fonction économique déterminante.
C'est lui qui encadrait les classes laborieuses dans leur travail.
Il était le plus grand propriétaire terrien, et un agent important du commerce
On voit ainsi que, parallèlement au système administratif dirigé par l'ENSI s'était développé un autre système dépendant du temple. Les deux sont certes imbriqués, et du fait de l'enclavement de la religion et de toute la société, on ne voyait probablement pas la différence. De toute manière, le pouvoir du souverain de la cité primait sur celui du temple.
Tout un système administratif hiérarchisé et spécialisé avait été mis en place pour diriger ces grands organismes. Ils étaient dirigés par le SHANGA, le grand prêtre du temple et son administrateur en chef. Les pouvoirs "civil" et religieux sont très imbriqué : les grand prêtres ont de tout temps été principalement des membres de la famille royale ou des proches.
Source : http://geocities.com/esagil1/sumer.htm
Agriculture et métallurgie, sources de prospérité
La région, contrairement à ce que l'on croit, n'était guère fertile – mais néanmoins beaucoup plus que les montagnes ou les plateaux arides qui l'entouraient. La richesse des cités sumériennes reposait sur une agriculture savante, bien adaptée au pays. Les paysans sumériens pratiquaient une agriculture diversifiée et efficace, fondée sur la culture irriguée des céréales, orge et blé, des vergers, ainsi que l'élevage des bovidés, des moutons et des porcs. Sumer fut le pays des villes parce qu'il fut d'abord le pays des champs.
Les Sumériens ne se contentèrent pas d'être de bons agriculteurs. Ils firent preuve aussi d'un grand savoir-faire métallurgique. La basse Mésopotamie était dépourvue de ressources minérales, mais les tombes de l'élite étaient remplies d'objets de cuivre ou de bronze, d'argent ou d'or, dont les techniques étaient variées, en avance sur celles des pays voisins.
Les Sumériens utilisaient, certes, le martelage qui suffisait à fabriquer des objets simples, pointes ou lames, mais ils pratiquaient aussi le moulage et la fonte à la cire perdue pour fabriquer des objets élaborés.
À côté du cuivre et de ses alliages, ils travaillèrent l'argent. L'or, facilement rayé mais inoxydable et brillant, ne servait à rien, sinon à marquer le statut social élevé de celui qui le détenait. À ce titre, il devint indispensable au monde sumérien.
Les orfèvres savaient le travailler à l'aide de deux techniques remarquables, le filigrane et la granulation.
D'autres matériaux retrouvés sur le sol mésopotamien témoignent des relations d'échange de cette société avec des régions fort éloignées, sur des distances qui peuvent surprendre. À côté du bois, de l'or, de l'argent ou du cuivre, il arrivait dans le pays de Sumer des pierres rares, chlorites venus d'Arabie ou d'Iran, ou albâtre ; on les utilisait pour fabriquer des vases peu fonctionnels, dont l'emploi dans la pratique était limité, mais qui étaient des symboles qu'on échangeait à titre de cadeau ou de signe de reconnaissance sociale. L'élite témoignait également d'un goût prononcé pour le lapis-lazuli, magnifique pierre bleue qu'on ne trouve qu'en Afghanistan oriental. Les tombes d'Ur ou de Kish en renfermaient des quantités considérables.
Une grande inégalité sociale
D'autres constatations attestent la progression des inégalités, dont l'architecture monumentale ou privée est un bon reflet.
Les villes sumériennes connurent de véritables opérations d'urbanisme au profit de la partie la plus favorisée des habitants. De grands bâtiments, souvent qualifiés de palais par les fouilleurs, étaient de vastes résidences réservées à une élite.
Les sculptures sur pierre, assez nombreuses, témoignent des mêmes phénomènes, en particulier les statues dites « d'adorants », fidèles en prière ou convives de banquet. Le thème a persisté à travers toute l'époque sumérienne, même si le style et l'exécution ont évolué.
Un des témoins les plus spectaculaires de cette époque reste le cimetière d'Ur, fouillé en 1927-1929, dont les trésors se répartissent aujourd'hui entre les musées de Bagdad, Londres et Philadelphie. La richesse du mobilier funéraire est unique : splendide bijouterie en or et lapis-lazuli, vases d'or et d'argent, harpes, tabliers de jeux, pièces de harnais, armes, sceaux-cylindres. Ces tombes extraordinaires témoignent du haut degré d'inégalité atteint par la société sumérienne au milieu du troisième millénaire.
Source : http://www.clio.fr
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