Igor Brevnjovski : Chronique d'un homme en exil

Les Dynasties Archaïques (IV) : La troisième dynastie d'Ur

Durant cette période de domination d'Akkad, Ur participe à des révoltes contre l'autorité des souverains akkadiens, qui sont toutes matées brutalement, la ville subissant de plein fouet la répression.

L'Empire d'Akkad détruit par les barbares Gutis, qui domine à partir de ce moment le pays de Sumer et d'Akkad, les Sumériens ne se laissent pas dominer longtemps, et vers 2120, le roi d'Uruk, Utu-hegal, défait Tiriqan le roi des Gutis. Il peut alors exercer sa souveraineté sur le sud mésopotamien. Mais son règne fut de courte durée. En 2113, il est détrôné par des notables de la cour, à la tête desquels se trouve Ur-Nammu, gouverneur d'Ur, et qui est peut-être son frère. Ce dernier prend le pouvoir et transfère la capitale dans sa ville.


Ur-nammu (2112-2095)

Dès son intronisation, Ur-nammu affirme sa domination sur le territoire dirigé auparavant par Utu-hegal. Il se fait couronner à Nippur, la ville sainte de Sumer, et prend le titre de roi "d'Ur, de Sumer et d'Akkad".

Ur-nammu montre son intention de réunir sous sa coupe toutes les puissantes cités autrefois rivales du sud de la Mésopotamie, et se présente en continuateur du royaume d'Akkad. Son règne sera avare en exploits militaires. Ur-nammu accomplira avant tout ses devoirs de souverain à l'intérieur de son pays : il restaurera les grandes cités, rendra de nombreux hommages aux dieux, développera l'agriculture, encouragera le commerce, et permettra ainsi à son royaume d'atteindre un haut niveau de prospérité.

Son règne est surtout connu par l'introduction du code de lois qu'on lui attribue : la dénomination de "Code d'Ur-Nammu" sert à désigner un texte qui constitue le plus ancien code de lois que l'on connaisse. Comme son nom l'indique, il est généralement attribué au roi Ur-Nammu d'Ur (2112-2095). Le fait que l'en-tête du texte soit lacunaire nous empêche néanmoins d'avoir une certitude à ce sujet, puisque le nom du roi l'ayant promulgué n'apparaît pas. Si ce n'est pas à Ur-Nammu qu'il faut l'attribuer, c'est à son fils Shulgi qu'il faut le faire.

Ur-nammu meurt en 2095, semble-t-il dans une expédition militaire.

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Plan du sanctuaire de la ziggurat d'Ur

Une ziggurat est un édifice religieux mésopotamien en forme de pyramide à étages, dont la fonction demeure floue même s'il s'agirait plutôt d'un lieu de cultes et de sacrifices, qui comportait un sanctuaire. C'est à partir de trois plates-formes que ce genre d'édifices est appelé ziggourat, le maximum est de sept niveaux.

Source : http://fr.wikipedia.org


Shulgi (2094-2047)

Son fils Shulgi lui succède. Il décide dès le début de son règne d'entreprendre plusieurs réformes qui vont être à la base de l'Empire d'Ur pendant de longues années.

  1. Il unifie le système administratif de son royaume pour le rendre plus cohérent, réforme le système de propriété des terres, réorganise l'armée.

  2. Il se trouve ainsi à la tête d'un Etat bien organisé, servi par des fonctionnaires efficaces et dévoués.

  3. Devenu un roi puissant et incontesté, il peut se faire diviniser la vingtième année de son règne (2074), fait très rare dans l'histoire mésopotamienne

On peut imaginer que son pouvoir est dès lors sans limites.

En 2070, Shulgi rentre dans une politique extérieure expansionniste, et dirige son armée vers le nord de la Mésopotamie et l'Elam. Ces guerres sont motivées par un besoin de sécuriser les frontières du riche pays d'Ur, qui attise bien des convoitises.

  1. Au nord, les pays de Karkhar, Simurrum, Urbilum et Harshi (situés en bordure du Zagros, dans la région des deux Zab), peuplés de Lullubi et de Hurrites sont soumis au bout de onze campagnes.

  2. Pour protéger son pays, le souverain d'Ur (ou un de ses prédecesseurs) fait bâtir un mur, le bâd mada ("mur de territoires non incorporés") dans la région où la Diyala rejoint le Tigre. Les royaumes élamites d'Anshan, de Warahshe et surtout de Simashki (au Luristan) sont vaincus par la méthode douce (alliances matrimoniales) ou forte (campagnes militaires). Shulgi s'empare de la grande cité de Suse et l'intègre à son Empire

Shulgi meurt en 2047, après 48 ans d'un règne bien accompli. Quoiqu'il en soit, son fils Amar-Sîn lui succède alors, et fait ériger un splendide tombeau à son père, digne de son statut divin.


Amar-Sîn, Shu-Sîn et Ibbi-Sîn (2047-2004)

Les trois fils de Shulgi vont se succéder à la tête de l'Empire d'Ur.

L'aîné Amar-Sîn (2046-2038) s'empare d'Assur, et poursuit l'oeuvre militaire de son père au nord et à l'est, pour mater des soulèvements. Ses victoires lui permettent d'assurer le calme dans ces régions. Tout comme son père, Amar-Sîn se fait déifier. Il meurt en 2038, probablement d'une infection due à une ampoule plantaire.

Shu-Sîn (2037-2029) doit dès son intronisation faire face à des révoltes contestant son autorité au nord et attaquer l'Elam. Mais le danger principal ne vient pas de ces région affaiblies par de longues années de guerre, mais plutôt de l'ouest, d'où arrivent ceux que les sumériens appelaient mar.tu, c'est-à-dire des nomades dont les principaux sont les Amorrites. Pour faire face à leurs intrusion, Shu-Sîn fait bâtir un grend mur défensif. Désormais, le puissant royaume d'Ur est sur la défensive face aux hordes nomades.

Ibbi-Sîn (2028-2004) monte sur le trône à la mort de son frère : il fait les frais de la montée en puissance des adversaires d'Ur, et voit la fin du royaume.


L'Organisation du Royaume d'Ur

Plus que les faits historiques, c'est avant tout l'étude de l'organisation de l'Empire sumérien qui fait l'intérêt de cette époque, parce qu'il est l'un des premiers grands Etats historiques auquel on ait tenté de donner des structures cohérentes et efficaces, et parce que cette période a connu une grande prospérité.

Le personnage le plus haut placé est le lugal (roi) d'Ur. Il est l'élu de Enlil, roi des Dieux et patron de l'Empire, ce qui lui assure une supériorité sur tous ses sujets. Depuis Shulgi, le roi se fait diviniser. Il dispose donc d'un prestige encore plus grand, mais son autorité n'est cependant pas sans limites. A sa mort, il est toutefois vénéré comme un Dieu. Shulgi s'est même fait construire un mausolée prestigieux, et s'est vu dédié des lieux de cultes.

Après le lugal, le second personnage de l'administration centrale est le sukkalmah (le grand chancelier).

  1. Il dirige les sukkal (messagers), qui sont des inspecteurs ayant pour devoir de contrôler les administrations locales. Le roi dispose ainsi d'un réseau de controleurs fidèles qui lui permettent de savoir tout ce qu'il advient dans son pays.

  2. Grâce à un système de relais situés chacun à une journée de marche d'un autre relai, ces fonctionnaires peuvent se déplacer aisément et quadriller tout le territoire. Le sukkalmah est aussi chargé du gouvernement des marches, qui sont les provinces les plus instables politiquement.

L'Empire d'Ur était ainsi un Etat fortement centralisé.

L'Empire était divisé en une trentaine de provinces, ayant chacune un gouverneur à leur tête, chargé de diriger l'administration civile et de rendre la justice, ensi (ancien titre issu de la période des Dynasties Archaïques) ainsi qu'un gouverneur militaire, le shagin en sumérien (shakkanakkum en akkadien).

  1. Les provinces extérieures abritaient des colonies militaires destinées à y maintenir la domination d'Ur et à défendre les frontières. Les gouverneurs sont souvent issus de la province qu'ils dirigent, et il arrive même que ce titre soit transmis par hérédité.

  2. La seule différence avec l'avant-Empire est qu'ils sont désormais soumis à l'autorité du lugal d'Ur. Les souverains ont essayé de se les attacher par une politique d'alliances matrimoniales. Il pouvait arriver aussi que certains personnages réussissent à cumuler plusieurs fonctions d'ensi

Dans les campagnes, le hazannum (le maire) dirige les petits bourgs et les villages.

Pour diriger l'Etat, le lugal dispose d'abord de terres à Ur. Mais celles-ci sont insuffusantes pour permettre à l'Etat de subsister. Il perçoit donc des impôts (en fait des redevances sur les produits agricoles ou manufacturés), payés principalement par les temples, mais aussi par les particuliers, ainsi que des tributs livrés par les pays vaincus.

Il existe aussi un système de prélèvement spécifique à l'Empire d'Ur : la bala. Chacune des provinces du kalam est chargée de payer à tour de rôle un tribut dont le montant est négocié par avance avec des représentants du pouvoir central, en fonction des capacités de la région (animaux, céréales, bois).


La Fin de l'Empire d'Ur

Ibbi-Sîn monte sur le trône en 2028, et entreprend les premières années de on règne des expéditions contre Simmurum au nord, et contre Suse et Anshan à l'est en Elam. Mais ce ne sont que des victoires inutiles contre des adversaires qui ne sont pas les plus dangereux.

  1. En effet, les Martu pénètrent de plus en plus profondément vers le coeur du pays de Sumer, et affaiblissent le pouvoir d'Ur. Ibbi-Sîn perd rapidement sa souveraineté sur plusieurs territoires : Eshnunna au nord, puis Suse et Dêr à l'est, ainsi que Umma et Lagash, dans le pays de Sumer même.

  2. Le royaume connaît alors la disette et l'inflation, causées par la perte de ces riches terres, la perturbation du commerce et les ravages causés par les Martu. En 2017, une incusion de ceux-ci cause la famine à Ur.

Ibbi-Sîn envoie alors Ishbi-Erra, un de ses fidèles, à la recherche de grain à Isin. Profitant de la présence de nomade qui limite les possibilités d'intervention armée du roi d'Ur, ce dernier fait sécession. Il restaure l'ordre dans ses territoires, et s'empare de Nippur, la cité sainte, et devient ainsi le souverain légitime du pays, choisi par Enlil le roi des Dieux.

Ibbi-Sîn est alors considérablement affaibli, mais, grâce à des derniers fidèles, il conserve son autorité sur certains territoires.

  1. Mais Ishbi-Erra, s'il ne peut s'emparer d'Ur, est toutefois à la tête d'un royaume plus prospère qu'il peut mieux défendre. Il réussit ainsi à se débarrasser des Martu.

  2. En 2007, le roi Kindattu de Simashki dirige une armée composée d'Elamites et de soldats des pays de Subartu (le nord de la Mésopotamie) et de Su (indéterminé) vers le pays de Sumer, qu'ils ravagent. Mais ils sont repoussés par Ishbi-Erra.

  3. En 2004, une nouvelle armée revient dans la région. Elle s'attaque cette fois-ci au plus faible, c'est-à-dire Ibbi-Sîn. Ur ne tient le siège que quelques jours, et tombe rapidement. Elle est pillée, incendiée, et son roi est emmené captif vers l'Elam où il finira ses jours

C'est ainsi que fut porté le coup de grâce au royaume qui s'était élevé plus haut qu'aucun autre avant lui, et avait laissé de ses riches années une impression d'âge d'or, qui fit que sa chute fut considérée comme un désastre, la fin d'une grand époque.

Posté par Silverside le 16.03.08 à 16:46 - Commentaires (0) - Les Dynasties Archaïques

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