Les Elamites (III) : La Période médio-élamite
Après la crise qui frappa l'Anshan, le pays fut divisé en de multiples principautés qui entretenaient des rapports conflictuels entre elles durant le XVè siècle. Suse resta quand à elle une ville prospère, toujours en contacts avec la Mésopotamie, mais encore dominée par la population nomade élamite.
La Dynastie des Kidinuides
La dynastie des Kidinuides tient son nom de son fondateur, Kidinu, qui a régné au début du XVè siècle (en même temps que le dernier sukkalmah, Kuk-nashur III). Il se proclame "roi de Suse et d'Anzan (nouvelle forme d'Anshan)".
De ses quatre successeurs, seul un, Tepti-ahar, est bien connu. Il fit de la ville de Kabnak (actuellement le site de Haft-Tepe), à une dizaine de kilomètres au sud-est de Suse, sa capitale, et eut une intense activité de bâtisseur. Il vénérait particulièrement Kirwashir, une divinité élamite qui est par ailleurs très peu connue.
Cette ville comptait un complexe funéraire destiné à Tepti-ahar et à sa famille. L'art de Kabnak témoigne de fortes influences artistiques et architecturales mésopotamiennes, kassites (la population qui dominait alors Babylone) et même hurrites (établis à l'ouest du Zagros).
L'Élam est alors fortement marqué par les peuplades installées dans le Zagros, notamment les Hurrites, récemment installés dans la région, mais aussi les Kassites, les Guti,et les Subaréens.
Cette dynastie fut de courte durée, et n'annonçait en rien la plus prestigieuse période de l'histoire élamite, à venir les deux siècles suivants. Elle marque en tout cas un début de renforcement de l'influence élamite sur la Susiane, comme en témoigne le site de Kabnak. Son œuvre reste néanmoins éphémère, et son règne s'achève sans doute dans le chaos, face aux barbares Gutis, qui emportent la dynastie d'Awan.
La Dynastie de Simashki
Après quelques décennies qui nous sont inconnues, une nouvelle dynastie domine l'Elam, celle de Simashki, une ville située soit dans le Lorestan, soit dans le Kerman.
La partie occidentale de l'Elam, Suse comprise, est depuis la fin du XXIIè siècle sous la coupe des rois d'Ur, qui ont réussi tant bien que mal à soumettre les rois d'Anshan, de Marhashi, et de Zabshali. Mais lorsque cette dynastie s'affaiblit à la fin du XXIè siècle, le roi Kindattu de Simashki prend la direction de l'Elam, et il réussit à s'emparer d'Ur en 2004, capturant son roi Ibbi-Sîn.
Mais il ne parvient pas à maintenir sa domination sur la Basse-Mésopotamie.
L'apogée de Simashki dure quelques années, avant que les souverains amorrites d'Isin, puis de Larsa, nouveaux maîtres de Sumer et d'Akkad, ne lui infligent plusieurs défaites sévères.
La Dynastie des Igehalkides
C'est sous la Dynastie des Igehalkides (peut-être originaires de la région de Malamir), instaurée par le souverain Ige-halki au début du XIVè siècle, que l'Élam redevint unifié. On retrouve certaines caractéristiques hurrites dans cette dynastie, aussi bien dans les noms (le composant -halki est probablement hurrite), que dans les pratiques (à sa mort, Untash-Naparisha se fera incinérer selon une coutume hurrite).
Pahir-Ishshan, fils et successeur d'Ige-halki, peut être considéré comme le véritable fondateur de la dynastie, puisqu'il est le premier à avoir laissé des inscriptions, commémorant son action militaire. Il épouse la fille du roi babylonien Kurigalzu I, témoignage de la bonne entente entre les deux royaumes.
Son frère Attar-kittah lui succède qui reprend enfin Suse. Il peut alors se proclamer "roi de Suse et d'Anzan". Puis ses deux fils, Unpahash-Naparisha et Kiten-Hutran I montent sur le trône l'un après l'autre.
Humban-numena, qui règne au milieu du XIVè siècle depuis Anzan, multiplie les conquêtes, et agrandit considérablement son Empire. Il peut ainsi se proclamer "Celui qui a agrandit l'Empire". Il est contemporain du roi kassite Burnaburiash II.
Untash-Napirisha, son fils, fait une incursion en Babylonie et inflige à son roi Kadashman-Enlil une sévère défaite. Il ravage la région de la Diyala comme ses ancêtres de la lignée d'Eparti.
Le ton est donné : l'Élam est prêt à reprendre ses attaques en Mésopotamie.
On ne sait rien à propos des deux souverains suivants, tous deux fils d'Untash-Naparisha, Kiten-Hutran II et Naparisha-untash. Il semble que l'Assyrien Tukulti-Ninurta ait mené un raid dévastateur dans le nord de l'Élam. Le souverain élamite suivant, Kiten-Hutran III, dévasta la Babylonie à deux reprises, sous les règnes de Enlil-nadin-shumi et Adad-Shuma-idinna, affaiblissant encore plus un pouvoir kassite déjà en conflit quasi-permanent avec la puissante Assyrie. On est peu renseigné sur la période qui voit la transition en les Igehalkides et les Shutrukides. Il est d'ailleurs possible que ces deux dynasties ne soient en fait qu'une, et qu'il n'y ait pas de coupure successorale entre les deux.
La Dynastie des Shutrukides
La Dynastie des Shutrukides, commence à la fin du XIIIè siècle. Tukulti-Ninurta mort, l'Assyrie est considérablement affaiblie et très éteinte, tout comme la Babylone kassite. Celui qui est considéré comme le premier souverain shutrukide, Hallutush-Inshushinak, peut ainsi réaffirmer son pouvoir après une courte période de querelles de succession.
Shutruk-nahhunte (1185-1155) attaque les premières années de son règne les ville situées dans la vallée de la Diyala, l'ancienne région d'Eshnunna, cible privilégiée des souverains élamites de tout temps. La région est alors le cadre de guerres opposant babyloniens et assyriens. Mais Shutruk-Nahhunte, accompagné de son fils aîné Kutir-Nahhunte, est de taille à lutter face à ces opposants, affaiblis par des années de guerre.
Sa plus brillante victoire de ce roi va se produire vers 1160, lorsqu'il mène une armée puissante en Babylonie, alors que l'Assyrie était affaiblie par des querelles de succession. Le faible souverain kassite Zababa-shuma-iddina ne résiste pas longtemps, et il est tué. Son pays est ravagé, sa ville pillée, et des oeuvres célèbres telles que la stèle du "Code" d'Hammurabi et la statue de Marduk, le dieu national babylonien, sont emportées en Susiane. Shutruk-nahhunte va même nommer son fils aîné Kutir-Nahhunte gouverneur de Karduniash (la Babylonie). Shutruk-Nahhunte garda la mainmise sur la région jusqu'à sa mort en 1160.
Son fils Kutir-nahhunte quitte alors la Babylonie pour diriger l'Elam. Un dernier roi kassite, Enlil-nadin-ahhe, réussit à reprendre le trône de Babylone en 1157 et à le conserver pendant trois ans, mais le roi élamite revint et le déposa. Ce dernier mourut brusquement, peut-être assassiné, en 1150, et c'est son frère Shilhak-Inshushinak (1150-1120) qui lui succéda.
Le nouveau souverain continua l'œuvre de son père, et l'Élam resta un puissant empire militaire, avide de conquêtes : déjà maître d'une partie de la Basse-Mésopotamie, il lance ses attaques surtout vers le nord où l'Assyrie s'affaiblit. Il met de longues années à soumettre la région située aux pieds du Zagros occidental. Il affronte des tribus sémites, hurrites, kassites, et il a besoin d'effectuer plusieurs passages pour soumettre ces région où la résistance est farouche. Puis l'armée élamite atteint le Tigre et remonte jusqu'aux cités d'Arrapha et de Nuzi, dont il s'empare.
Aux portes de l'Assyrie, elle ne peut continuer. Shilhak-Inshushinak avait en effet trop négligé la Babylonie pendant ses années de conquête, et la révolte grondait dans cette région. Il doit donc y retourner, et réprime la révolte.
Mais en 1130, les Élamites subissent une cuisante défaite et doivent se replier dans leur contrée. Cette défaite plonge l'Élam dans une crise, et Shilhak-Inshushinak voit toutes ses conquêtes redevenir indépendantes une à une. Lorsqu'il meurt en 1120, l'Élam n'est plus que l'ombre de ce qu'il a été. Nabuchodonosor I de Babylone décide de l'attaquer et finit, profitant de la trahison d'un chef élamite, par écraser l'armée adverse. Le pays est ravagé. L'Élam plonge dans l'obscurité pendant plus de trois siècles.
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