Igor Brevnjovski : Chronique d'un homme en exil

Homo Floresiensis (Indonésie - 95 000 et 12 000 ans)

L'Homme de Flores a été découvert par une équipe de paléontologues dirigée par Michaël Morwood (University of New England, à Armidale en Australie) et Radien P. Soejono (Centre indonésien pour l'archéologie de Djakarta). Ils ont fourni un moulage du crâne à Peter Brown qui a pu étudier le squelette sur une période de trois mois.

En septembre 2003, les deux chercheurs découvraient dans la grotte de Liang Bua, sur l'île de Florès, les ossements d'un étrange petit homme n'appartenant à aucune espèce connue.

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Les ossements retrouvés en septembre 2003

À la différences de nombreuses découvertes récentes, les restes retrouvés dans la grotte de Liang Bua ne se limitent pas à quelques éléments isolés. À 5,90 mètres de profondeur, dans une couche de terrain datant de 18 000 ans, les chercheurs ont en effet pu dégager un crâne presque complet accompagné de sa mandibule, une jambe droite, quelques éléments de la jambe gauche, des fragments de mains, de pieds, ainsi que quelques éléments de la colonne vertébrale, du sacrum, des clavicules et des côtes. Des ossements suffisamment nombreux pour que soit dressé un portrait précis de ce nouvel hominidé.


Caractéristiques Physiques

L’Homo floresiensis aurait vécu sur l’île de Flores entre -95 000 et -12 000 ans environ. Il mesure environ 1 m pour 16 à 28 kilogrammes et se tient debout. Sa bipédie est attestée par la position du trou occipital, à la base du crâne, auquel se rattache la colonne vertébrale. Sa caractéristique principale est la petite taille, mais aussi la taille réduite du cerveau. En effet, celui-ci serait encore plus petit que celui de l’australopithèque Lucy. L'Homme de Florès aurait une capacité crânienne de moins de 400 cm3, soit un cerveau de la taille d'un pamplemousse. Homo floresiensis aurait été doté d’un cerveau évolué, présentant un lobe frontal, impliqué dans la résolution de problèmes, et un lobe temporal développé, important dans les mécanismes liés à la mémoire.

On peut également noter les différences anatomiques suivantes : Insertion du fémur plus oblique que chez Homo sapiens, Bassin plus large que chez H. sapiens. Pour le crâne :

  1. cloison nasale renforcée par une structure osseuse (comme chez les Australopithèques)
  2. os de la voûte crânienne épais, comme chez les autres représentants du genre Homo, mais renforcé vers l'arrière (caractère propre)
  3. forte courbure de l'os occipital (comme les autres Homo)
  4. faible prognathisme
  5. petites canines
  6. bourrelet sus-orbitaire réduit et séparé en deux parties nettes.

Homo floresiensis était clairement capable de concevoir des outils. En atteste la présence sur le site archéologique de nombreux outils en silex noir et en roches volcaniques. Ces instruments sont constitués essentiellement de simples éclats, mais comprennent aussi des nucléus avec de traces de coups portés de manière à obtenir des bifaces. Il chassait et maîtrisait aussi l'usage du feu.

Sources :
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Homme_de_Flores
- http://pagesperso-orange.fr/nicole.rolin/prehistoire/Pages/Nature%20Homo%20Floresiensis.htm

Posté par Silverside le 31.03.08 à 21:00 - Commentaires (0) - Homo Floresiensis

Une Nouvelle Espèce

Pour ses découvreurs, il s'agit clairement d'un représentant d'une nouvelle espèce d'homme qui vivait encore il y a seulement 18 000 ans, alors que nous imaginions que seul subsistait Homo sapiens.

Mais à peine quelques jours seulement après l'annonce de la découverte, Marciej Henneberg de l'université d'Adélaïde faisait part de ses doutes sur l'identité du squelette : l'homme de Flores lui rappelait un Homo sapiens vieux de 4000 ans découvert en Crète souffrant de microcéphalie, une anomalie morphologique caractérisée par une tête et un encéphale anormalement petits, généralement accompagnée de capacités intellectuelles réduites…


Nanisme insulaire et Cerveau trop petit

L'homme de Flores présente en effet des caractéristiques très étonnantes : « LB1 », le principal spécimen mis au jour, ne dépasse pas un mètre de hauteur ! D'après ses ossements, il s'agit pourtant d'un adulte âgé d'une trentaine d'années.

Cette taille atypique peut s'expliquer par un « nanisme insulaire », un phénomène observé chez de nombreux mammifères herbivores (cervidés, hippopotames, éléphants, mammouths…) : isolés sur une île durant plusieurs générations, les animaux voient leur taille diminuer, ce qui s'explique facilement s'il on considère que face à une quantité de nourriture limitée, seuls les plus petits individus (dont les besoins sont moins importants) peuvent survivre. Pour les australiens Mike Morwood et Peter Brown à l'origine de la découverte, Homo floresiensis aurait subi le même sort. Selon l'hypothèse qu'ils avançaient en octobre 2004, des Homo erectus seraient arrivés sur l'île de Flores il y a 800 000 ans. Leur taille diminuant progressivement, ils auraient évolué vers la forme Homo floresiensis jusqu'à la disparition complète de l'espèce, il y a environ 12 000 ans.

Pourtant, le problème ne touche pas tant la taille d'Homo floresiensis que celle de son cerveau. Mesuré d'après l'endocrâne de LB1, celui-ci est estimé entre 380 et 400 cm³ : le volume d'un pamplemousse, à peine le tiers d'un cerveau d'homme moderne. Pour Robert Martin, primatologue au Field Museum de Chicago, ces dimensions sont anormales. Si la critique n'est pas nouvelle, elle est cette fois-ci argumentée. Dans une étude publiée en mai sur le site Internet de la revue Science, le scientifique a comparé les dimensions de différents mammifères nains (ou pygmées) avec des individus de taille normale. Une règle invariable semble émerger de cette étude : toute proportion gardée, le volume du cerveau ne diminue jamais autant que le reste du corps. En utilisant différents modèles, le chercheur est ainsi arrivé à la conclusion que si Homo floresiensis était bien issu d'Homo erectus, le cerveau de LB1 devrait appartenir à un individu n'excédant pas les 11,9 kg. Or, son poids estimé oscille entre 16 et 29 kg ! En revanche, le chercheur estime, chiffres à l'appui, que ce cerveau anormalement petit pourrait bien appartenir à un Homo sapiens atteint de microcéphalie.

Homo Flores : Crâne

Le Crâne d'Homo Sapiens et d'Homo Floresensis

En mars 2005, l'Américaine Dean Falk, du département d'anthropologie de l'université d'état de Floride à Tallahassee, avait pu modéliser l'endocrâne de LB1, et était arrivée à la conclusion qu'il ne présentait pas les déformations observées habituellement chez les patients victimes de microcéphalie. Robert Martin rétorque que ces déformations sont plus ou moins marquées selon les individus. « Je ne suis pas sûr à 100% qu'il s'agisse de microcéphalie, explique-t-il dans Science, il n'en demeure pas moins que ce cerveau est trop petit. »

Pour Dean Falk, l'homme de Flores se rapproche d'Homo erectus : Après avoir scanné le crâne d' Homo floresiensis , la neuropaléontologue Dean Falk et son équipe sont arrivées à la conclusion que le cerveau de cet homininé ne peut appartenir à un individu souffrant de microcéphalie. En revanche, il se rapprocherait de celui d'Homo erectus.


Continuité technologique

Autre cas de figure compatible avec les travaux de Robert Martin : celui qu'Homo floresiensis dérive d'un ancêtre plus ancien, possédant dès l'origine un cerveau aux dimensions réduites. En 2004, Mike Morwood et Peter Brown estimaient que cet ancêtre devait être Homo erectus (apparu il y a 1,8 million d'années). Dans son étude menée au début de l'année 2005, Dean Falk était d'ailleurs arrivée aux mêmes conclusions. Mais depuis, d'autres ossements ont été mis au jour, permettant à la fois de compléter (en partie) le squelette de LB1 mais aussi de retrouver les restes (très partiels) de huit autres individus. Fort de ces découvertes, les chercheurs australiens Mike Morwood et Peter Brown sont revenus sur leur première hypothèse : certes, la taille des dents et la morphologie faciale sont caractéristiques du genre Homo mais la stature et les proportions du corps rappellent plus celles de préhumains : celles d'Australopithèques !

Soit. Homo floresiensis est peut-être issu d'une lignée plus ancienne. Mais alors se pose un nouveau problème : celui de la capacité de cet homme à fabriquer des outils élaborés. « Difficile en effet d'imaginer qu'une lignée préhumaine ait pu développer, parallèlement à l'homme moderne, le même savoir en matière d'outillage », juge Jean-Jacques Hublin, paléoanthropologue à l'institut Max Planck de Leipzig (en Allemagne).

Homo Flores : Outils

Des outils retrouvés dans la grotte de Liang Bua

Des pierres taillées ont pourtant été retrouvées dans la grotte Liang Bua. Mais, « la relation entre ces outils et les restes humains n'est pas très claire, » estime le chercheur. « La plus grande partie de cet outillage provient d'une fouille située à une dizaine de mètres de celle où ont été retrouvés les ossements, le seul point commun étant leur profondeur. Tout spécialiste vous expliquera que la stratigraphie dans une grotte est quelque chose de très particulier et que la profondeur, à elle seule, ne peut suffire pour la datation. »

Pour certains, comme Robert Martin, ces objets particulièrement élaborés pourraient très bien avoir été taillés par des Homo sapiens de passage ou vivant sur l’île. Mais dans un article paru le 1er juin 2006 dans la revue Nature, Adam Brumm, de l'université nationale d'Australie, infirme cette hypothèse. Selon le chercheur, il existe des similarités frappantes entre les outils retrouvés à Liang Bua et ceux d'une autre grotte située à 50 kilomètres de là : les 507 outils examinés présenteraient de fortes ressemblances « au niveau de la forme, de l'angle d'attaque et des pierres utilisées ». Or, ces objets sont vieux de plus de 800 000 ans, « preuve » selon le chercheur qu'il existe sur l'île une transmission culturelle de la taille des pierres antérieure à l'apparition d'Homo sapiens (il y a 150 000 à 200 000 ans).

Si cette étude démontre qu'il y a bien eu une industrie lithique sur l'île avant l'arrivée de l'homme moderne, de nombreux chercheurs (y compris ceux défendant farouchement Homo floresiensis) avouent être peu convaincus par cette « continuité technologique » qui se serait maintenue durant des centaines de milliers d'années. Quoiqu'il en soit, elle ne démontre en rien la capacité de l'homme de Flores à développer lui-même son outillage.


La Forme des Os de son Poignet

Une équipe internationale du Smithsonnian's Human Origines Program vient de publier dans la revue Science une nouvelle étude des restes fossiles d'Homo floresiensis découverts sur l'ile de Flores. Les scientifiques se sont interessés au squelette le plus complet des douze individus retrouvés. C'est plus particulièrement trois petits os du poignet qui ont été étudié : le trapézoîde, le scaphoïde et le grand-os (capitatum).

Les chercheurs sont partis du constat que l'homme moderne (Homo sapiens) et son proche cousin néandertal avaient en commun des os du poignet semblables. Et que cette même partie du corps était très différente de ceux des grands singes actuels ou d'ancêtres tel que les Austalopitheques ou Homo habilis. L'analyse en 3 dimensions montre que les os du poignet ne ressemblent en rien à ceux d'Homo sapiens alors qu'ils sont presque indistingables de ceux des grands singes actuels ou d'autres membres du genre Homo !

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Différences entre les trois os du poignet des grands singes
et des hominidés primitifs (à gauche) et ceux des hommes modernes (à droite).

L'auteur principale de l'étude, Matt Tocheri, déclare qu'avant de d'étudier les fossiles "il n'avait pas de véritable opinion sur le débat qui concerne l'appartenance du hobbit à l'espèce Homo sapiens"... "Mais les os de son poignet sont tellement peu semblables à ceux des homme modernes qu'Homo floresiensis ne peut pas être un Homo sapiens"

Jean-Luc Voisin (Institut de Paléontologie Humaine - Paris) fait remarquer "La morphologie de ces trois os se met en place très tôt, dés la 11e semaine du développement de l’embryon. Ainsi, la morphologie observée ne peut résulter d’une pathologie telle que la microcéphalie, car les caractères se mettent en place plus tard lors du développement. Par ailleurs, même si des caractères liés à ces maladies se mettaient en place aussi tôt il y aurait peu de chance qu’ils reproduisent un aspect aussi proche de ceux d’autres primates."

Cette étude est importante car elle invalide totalement la controverse qui affirmait qu'Homo floresiensis n'était qu'un simple Homo sapiens atteint de microcéphalie ou d'une autre pathologie.

Source :
- La cité sciences - Question d'Actu (6283)
- La cité sciences - Question d'Actu (3583)
- La Forme des Os de son Poignet

Posté par Silverside le 31.03.08 à 21:10 - Commentaires (0) - Homo Floresiensis

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