Igor Brevnjovski : Chronique d'un homme en exil

Homo Neanderthalensis (I) : La Découverte

Un homme de Néandertal ou Néandertalien est un représentant fossile du genre Homo qui a vécu en Europe et en Asie occidentale au Paléolithique moyen, entre environ 250 000 et 28 000 ans avant le présent. Autrefois considéré comme une sous-espèce au sein de l'espèce Homo sapiens, nommée par conséquent Homo sapiens neanderthalensis, il est désormais considéré par la majorité des auteurs comme une espèce indépendante nommée Homo neanderthalensis.

Il est à l'origine d'une riche culture matérielle appelée Moustérien, ainsi que des premières préoccupations esthétiques et spirituelles (sépultures). Après une difficile reconnaissance, l'homme de Néandertal a longtemps pâti d'un jugement négatif par rapport aux Homo sapiens. Il est encore considéré dans l'imagerie populaire comme un être simiesque, fruste, laid et attardé. Il est en fait plus robuste qu'Homo sapiens et son cerveau est légèrement plus volumineux en moyenne. Les progrès de l'archéologie préhistorique et de la paléoanthropologie depuis les années 1960 ont mis au jour un être d'une grande richesse culturelle. De nombreux points sont encore à élucider, notamment concernant les causes de son extinction.


La Découverte

Le nom de « Néandertalien » est lié à celui de Neandertal, une petite vallée située sur les territoires des deux villes Erkrath et Mettmann, entre Düsseldorf et Wuppertal (Allemagne). Au mois d'août 1856, dans le cadre de l'exploitation d'une carrière, des ouvriers vidèrent une petite cavité de cette vallée, la grotte de Feldhofer. Ils y découvrirent des ossements et un fragment de crâne qu'ils remirent à Johann Carl Fuhlrott, instituteur d'Elberfeld, passionné d'histoire naturelle.

Homo Neanderthalensis

Calotte crânienne découverte à Neandertal en 1856

Le toponyme Neandertal signifie « vallée de l'homme nouveau ». Le nom de Neander avait été donné à cette vallée (tal en allemand) en l’honneur de Joachim Neumann (1650-1680), dit aussi Joachim Neander.


Une reconnaissance difficile

Fuhlrott comprit rapidement l'intérêt de la découverte et se rendit sur place pour tenter en vain de découvrir d'autres ossements ou des vestiges qui leur auraient été associés. Il s'était rendu compte qu'il s'agissait d'ossements anciens mais surtout incroyablement primitifs, correspondant à un homme nouveau, d'une « conformation naturelle jusqu'ici inconnue ». En fait, les ossements découverts à Neandertal ne sont pas les premiers vestiges de Néandertaliens découverts :

  1. un crâne d'enfant avait déjà été mis au jour par P.C. Schmerling à Engis (Belgique) en 1830
  2. un crâne d'adulte avait été trouvé à Gibraltar dans le site de Forbe's Quarry en 1848.

Si le premier était un crâne de jeune individu sur lequel les traits caractéristiques des Néandertaliens étaient moins évidents, le deuxième aurait dû conduire à reconnaître l'existence d'une espèce humaine fossile.

Malgré des différences importantes avec les os d'hommes modernes, Fuhlrott reconnaît dans ses trouvailles des os humains et les soumet à Hermann Schaaffhausen pour un examen complémentaire. Ce dernier présente ses premières conclusions en 1857. Il estime que les ossements datent d'une période antérieure aux Celtes et aux Germains, et sont ceux d'un individu appartenant à l'une des races sauvages du nord-ouest de l'Europe dont parlent les auteurs latins (Tous les chercheurs n'acceptent pas cette interprétation : pour certains, les os ont appartenu à un genre différent du nôtre, sans doute plus proche du singe, pour d'autres ils renvoient à un individu pathologique ou frappé d'idiotisme)

Mais peu à peu les découvertes vont se multiplier, d'abord celles d'Homo sapiens fossiles associés à des vestiges lithiques et à des animaux disparus (dont l'Homme de Cro-Magnon en 1868), puis d'autres Homo neanderthalensis, encore en place dans les sédiments, complets et présentant les mêmes spécificités anatomiques : parmi les plus spectaculaires, il faut citer les deux squelettes de la Grotte de Spy en 1886, la sépulture de l'Homme de la Chapelle-aux-Saints en 1908.

Homo Neanderthalensis

Homme de la Chapelle-aux-Saints

Elles contribuèrent à faire définitivement accepter l'existence d'une nouvelle espèce d'humain par la communauté scientifique.

Posté par Silverside le 31.03.08 à 21:10 - Commentaires (0) - Homo Neanderthalensis

Homo Neanderthalensis (II) : La Position Phylogénétique

La position phylogénétique exacte de l'homme de Néandertal provoque encore de nombreux débats : certains considèrent qu'il représente une sous-espèce au sein de l'espèce Homo sapiens et le nomment donc Homo sapiens neanderthalensis tandis que d'autres considèrent qu'il représente une espèce indépendante et le nomment Homo neanderthalensis. Il ne s’agit pas d’un simple problème de classification, il s’agit aussi de savoir si l’Homme de Néandertal représente une lignée parallèle et éteinte (espèce indépendante) ou bien s’il a pu contribuer en partie au patrimoine génétique de l’homme actuel. Deux sous-espèces peuvent se croiser et avoir une descendance fertile, mais deux espèces différentes ne le peuvent pas.

Lors de son identification, l’hypothèse d’une espèce distincte a été privilégiée. Mais dans les années 1960, tous les Hominidés à l’exception des Australopithèques ont été regroupés dans le genre Homo. Les Néandertaliens ont alors été considérés comme une sous-espèce d'Homo sapiens. Cette hypothèse était alors soutenue par de nombreux spécialistes, comme le généticien Theodosius Dobzhansky ou le biologiste Ernst Mayr qui déclarait que « jamais plus d'une seule espèce d'homme n'a existé au même moment ». Aujourd’hui, l’idée d’espèces distinctes est à nouveau proposée, notamment grâce aux apports de la génétique.

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En effet, les multiples études paléoanthropologiques effectuées sur les ossements ne permettent pas de se prononcer clairement sur la classification de l'homme de Néandertal. De récentes analyses comparées d'ADN mitochondrial extrait d'ossements de Néandertaliens, d'Homo sapiens anciens et de formes supposées intermédiaires indiqueraient un cheminement séparé des lignées humaine et néandertalienne pendant 500 000 ans ; il s'agirait donc bien de deux espèces différentes.

La question n'est pas résolue, la difficulté étant de concilier deux notions d'espèce (biologique et paléontologique) dont l'unicité est contestée. La possibilité pour ces deux représentants du genre Homo d'avoir une descendance féconde serait une preuve irréfutable, mais là encore les indices sont contradictoires. Aucun élément n'a permis d’établir la possibilité de croisements, même partiels, entre les Néandertaliens et les ancêtres de l'homme moderne qui lui étaient contemporains. Les analyses d’ADN des hommes de Néandertal découverts autrefois et récemment laissent penser que Néandertaliens et sapiens modernes n'ont échangé aucun de leurs gènes lors de leur coexistence (autour de 30 000 ans avant notre ère). Il s’agit pour l’instant de résultats partiels, portant sur les gènes qui ont pu être comparés, à savoir 370 paires de base sur 600 ; jusqu'à ce que l'étude soit complète, un échange de gènes ne peut être complètement exclu.

En Afrique et au Proche-Orient, une coexistence des deux taxons durant plus de 10 000 ans est vraisemblable. En Europe, cette coexistence n'a duré qu'un peu plus de 5 000 ans.


Deux espèces

Un squelette d'enfant trouvé en contexte Gravettien à Lagar Velho dans la vallée de Lapedo, au centre du Portugal, porterait des caractéristiques des deux espèces. Cet enfant d'environ quatre ans a été inhumé dans une sépulture intentionnelle, il y a 25 000 ans. Il n’est donc postérieur que de quelques milliers d'années aux derniers restes clairement attribuables aux Néandertaliens, datant d'environ 30 000 ans avant notre ère. Cependant, le caractère hybride de cet enfant est très discuté et difficile à établir : les caractères dérivés des deux taxons sont moins marqués chez les individus juvéniles que chez les adultes et la variabilité individuelle des enfants de l’époque est absolument inconnue.

Enfin, l'analyse publiée en 2006 d'une séquence d'ADN mitochondrial de la racine d'une molaire d'un enfant néandertalien datant de - 100 000 ans, mise au jour dans la grotte de Scladina à Sclayn (Belgique), vient à l'appui de la thèse faisant de Néandertal une espèce différente d'Homo sapiens. La séquence d'ADN mt de cette dent présente une grande distance par rapport aux autres séquences connues de Néandertaliens, ce qui montre la grande diversité génétique de l'espèce à l'époque. Cette diversité semble s'être fortement réduite ensuite comme le montrent les analyses faites sur les séquences connues entre - 29 000 et - 42 000 ans, au moment ou Néandertal cohabite avec l'Homo sapiens. Cette tendance vient à l'appui de la thèse du déclin démographique de Néandertal sur cette longue période conduisant, par un phénomène de goulet d'étranglement de la population, à la disparition progressive de certains génotypes, et donc à l'appauvrissement génétique de l'espèce puis à sa disparition. Reste à savoir ce qui a pu causer cette évolution.

En 2006, un programme de séquençage de l'ADN de l'homme de Néandertal a été lancé par le Max Planck Institut en collaboration avec la société 454 Life Sciences fabriquant des séquenceurs de gènes à haut débit. Ceci permettra de connaître l'étendue du lien de parenté avec l'homme moderne et d'évaluer l'interfécondité de l'homme de Néandertal et l'homme moderne. Un million de paires de bases d'ADN nucléaire ont déjà été analysées.

Posté par Silverside le 31.03.08 à 21:30 - Commentaires (0) - Homo Neanderthalensis

Homo Neanderthalensis (III) : Histoire et Répartition

L'homme de Néandertal est un représentant du genre Homo dont l'apparition et l'évolution sont liées au continent européen, même si des Néandertaliens ont émigré par la suite au Proche-Orient, sur les territoires actuels de l'Irak, de la Syrie et d'Israël, ainsi qu’en Asie centrale (Techik-Tach, en Ouzbékistan) et en Sibérie.

En 2007, la répartition géographique des Néandertaliens a été précisée : leur expansion a été repoussée de 2 000 km vers l'est par rapport au site de Techik-Tach, le plus oriental connu jusqu'alors. Des fragments osseux de la grotte Okladnikov, dans l'Altaï, jusqu'alors mal référencés, ont été attribués à des Néandertaliens après une analyse génétique de leur ADN mitochondrial par l'Institut Max Planck d'anthropologie évolutionnaire de Leipzig. D'après les chercheurs, l'ADN mitochondrial des Néandertaliens de l'Altaï était d'ailleurs plus proche de celui des Néandertaliens de la grotte Scladina, en Belgique, que de celui de l'Ouzbékistan, suggérant plusieurs vagues de migrations et de peuplements de la région. L'équipe du généticien Svante Pääbo a suggéré que la présence de Néandertaliens dans l'Altaï rendait envisageable une extension plus orientale, en Mongolie voire en Chine.

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Carte de répartition des principaux sites ayant livré des restes

L’évolution qui conduit à l’apparition d’Homo neanderthalensis, parfois appelée « néandertalisation », est un processus lent et progressif. Elle a sans doute comme origine des groupes humains isolés en Europe, qu’il s’agisse d’Homo erectus, d’Homo georgicus ou d’Homo antecessor. Elle peut être suivie depuis différents fossiles, parfois qualifiés d'« anténéandertaliens » ou, mieux, de « pré-Néandertaliens » jusqu’aux Néandertaliens récents.

Les pré-Néandertaliens anciens

La première étape correspond à des fossiles généralement attribués à Homo heidelbergensis : c’est le cas de l’Homme de Tautavel (- 400 000 ans), trouvé dans les Corbières en France, de la mandibule de Mauer (- 600 000 ans), trouvée près de Heidelberg en Allemagne, ou du crâne de Petralona (Grèce).

Les pré-Néandertaliens récents

La deuxième étape est marquée par les fossiles de Swanscombe (Angleterre), de Steinheim (Allemagne) ou de la Sima de los Huesos à Atapuerca (Espagne).

Les Néandertaliens anciens

Les plus anciens fossiles indéniablement néandertaliens ont des âges compris entre - 250 000 et - 110 000 ans. Parmi eux, on peut citer le crâne de Biache-Saint-Vaast (Pas-de-Calais), les restes de la Chaise (Charente), la mandibule de Montmaurin (Haute-Garonne), les crânes de Saccopastore en Italie ou les nombreux restes de Krapina en Croatie.

Les Néandertaliens classiques

Les Néandertaliens les plus typiques, dont les caractères dérivés sont les plus marqués, ont des âges compris entre - 100 000 ans et - 28 000 ans, date de leur disparition. Parmi les fossiles de Néandertaliens classiques, outre les vestiges de Néandertal même (env. 42 000 ans), il faut mentionner les squelettes de La Chapelle-aux-Saints, du Moustier, de La Ferrassie, de La Quina, de Saint-Césaire dans le Sud-Ouest de la France ou de Spy en Belgique pour ne citer que les plus complets.

Homo neanderthalensis de La Ferrassie

Crâne d'Homo neanderthalensis de La Ferrassie

Les derniers Néandertaliens connus ont été découverts notamment au Portugal, en Espagne (Zafarraya, -30 000 ans), en Croatie (Vindija, - 32 000 ans) et dans le Nord-Ouest du Caucase (Mezmaiskaya, - 29 000 ans). Toutes ces dates sont toutefois à considérer avec précaution, des réévaluations successives ayant tendance à les vieillir. Des recherches conduites de 1999 à 2005 dans la grotte de Gorham à Gibraltar suggèrent que les Néandertaliens y ont vécu jusqu'à - 28 000 ans, voire - 24 000 ans. Ils auraient donc longuement cohabité avec les Hommes anatomiquement modernes, présents dans la région depuis 32 000 ans. Ces résultats sont toutefois fortement critiqués, par exemple par Joao Zilhao, de l'université de Bristol.

Posté par Silverside le 31.03.08 à 21:40 - Commentaires (0) - Homo Neanderthalensis

Homo Neanderthalensis (IV) : Caractéristiques Physiques

Les Néandertaliens sont de corpulence souvent très massive et robuste : 90 kg et 1,65 m en moyenne pour les mâles et 70 kg et 1,55 m pour les femelles (des individus auraient atteint 1,90 m). L'ensemble de leur structure et leurs attaches musculaires laissent supposer une grande force physique.

Les Néandertaliens présentent quelques caractères archaïques, hérités de leur prédécesseur (caractères plésiomorphes, ayant subi au cours de l'évolution une modification), ainsi que des caractères évolués (caractères nouveaux, résultat d'une modification d'un caractère ancestral au cours de l'évolution). Les caractères évolués peuvent être partagés avec les Homo sapiens (caractères synapomorphes) ou bien être des caractères dérivés spécifiques (caractères autapomorphes). Seuls ces derniers permettent d'identifier l'espèce lors de l'examen d'un fossile.

Caractères Crâniens

principales caractéristiques du crâne d'Homo neanderthalensis


Les Caractères

Les caractères plésiomorphes des Néandertaliens sont :

  1. La présence d'un épaississement osseux au-dessus des orbites (dit bourrelet sus-orbitaire)
  2. Un front fuyant
  3. L'absence de menton.

Les caractères synapomorphes des Néandertaliens sont :

  1. Un cerveau volumineux (leur capacité crânienne moyenne est légèrement supérieure (1 500 cm³) à celle de l'humain moderne)
  2. Des molaires de dimensions réduites, comme chez Homo sapiens.

Les caractères autapomorphes des Néandertaliens sont :

  1. Une face allongée, de forme particulière
  2. Des orbites hautes et arrondies
  3. Une vaste cavité nasale
  4. Une arcade dentaire et un nez avancés
  5. Des pommettes en retrait
  6. Le trou auditif externe est ovalaire et se place dans le prolongement de la racine de l'arcade zygomatique (en-dessous chez Homo sapiens). Il est fermé par un tympanal à deux versants
  7. La présence d'un espace séparant les dents du fond de la branche montante de la mandibule, dit « espace rétro-molaire »
  8. Un crâne au profil circulaire en vue postérieure (alors que le crâne de tous les autres Hominidés présente un profil pentagonal)
  9. Un os occipital formant une sorte de chignon et présentant une fosse en son centre, dite fosse sus-iniaque.

Les traits spécifiques aux Néandertaliens ont souvent été présentés comme des adaptations au froid. Cela est vrai en partie et les membres courts et robustes des Néandertaliens trouvent des analogues modernes dans les populations vivant dans les régions proches du pôle. Mais le climat ne suffit pas à expliquer cette évolution et des facteurs écologiques tels que l'isolation de la population et le faible brassage génétique liés aux avancées glaciaires ont également dû intervenir.


Le Langage

L'aptitude physique au langage articulé des Néandertaliens a longtemps été controversée. En 1983, un os hyoïde néandertalien très semblable à celui de l'homme moderne a été découvert à Kébara (Israël). L'os hyoïde est un petit os qui maintient la base de la langue et qui est indispensable à l'élocution.

Même en faisant abstraction de cet argument de poids, de nombreux chercheurs considèrent que la complexité de l'outillage moustérien attribué à l'Homme de Néandertal est une preuve indirecte de ses capacités cognitives, incluant une forme de langage articulé.

D'après une récente étude de l'os hyoïde de Kébara, le larynx des Néandertaliens aurait été plus court que celui des hommes modernes. Le ton moyen émis par les Néandertaliens aurait donc été plus haut et plus aigu que chez Homo sapiens, à l'opposé des grognements simiesques que leur attribue l'imagerie populaire.

Une étude publiée en 2007 et portant sur l'analyse de l'ADN provenant des restes de deux Néandertaliens découverts à El Sidrón (Espagne) aurait permis d'y détecter la même version du gène FOXP2 (forkhead box P2) que celle présente chez les hommes modernes. Cela pourrait plaider en faveur de l'aptitude des Néandertaliens au langage puisqu'on estime que ce gène joue un rôle important dans le développement des parties du cerveau liées à la maîtrise du langage articulé.

Posté par Silverside le 31.03.08 à 22:04 - Commentaires (0) - Homo Neanderthalensis

Homo Neanderthalensis (V) : Extinction des Néandertaliens

Leur disparition est encore en partie inexpliquée et a suscité de nombreuses hypothèses, faisant parfois intervenir des modèles mathématiques ou économiques plus ou moins insolites. Les données archéologiques montrent qu'il n'y a pas eu une extinction massive mais au contraire une disparition progressive.

La disparition des Néandertaliens semble coïncider avec l'arrivée de groupes d'Hommes anatomiquement modernes ayant quitté le Proche-Orient pour l'Europe, il y a environ 40 000 ans, sans doute à la faveur d'un épisode climatique tempéré de la dernière glaciation. Ces hommes modernes, parfois appelés « Hommes de Cro-Magnon », sont porteurs d'une nouvelle culture matérielle, appelée Aurignacien et caractérisée par la généralisation du débitage laminaire et lamellaire, l'utilisation du percuteur tendre pour ces débitages, la fabrication d'outils en matières dures animales (notamment des pointes de sagaies en os). Les hommes de l'Aurignacien sont également les auteurs des plus anciennes œuvres de l'art pariétal et mobilier d'Europe.


Cohabitation d'Homo sapiens avec son cousin Néanderthal

Le grotte des fées à Chatelperron montre des traces d'occupation des deux espèces. Le professeur Paul Mellars et son équipe ont publié dans la revue Nature le résulat de leurs études sur le site de la Grotte aux fées (à Châtelperron).

La datation au carbone 14 montre différentes strates d'occupation de la grotte.

  1. entre 40 000 et 38 000 ans les Néanderthaliens occupent la grotte et y laissent des traces de leur passage.
  2. entre 38 000 et 36 500 les objets retrouvés, typique de la culture aurignacienne (début du paléolithique supérieur) sont attribués à Homo sapiens.
  3. entre 36 500 et 35 000 on retrouve des vestiges d'occupation de Néanderthal (des outils et des défenses de mammouths).

Sans être une véritable "première", cette étude prouve clairement la coéxistence des deux espèces, sur un même lieu. Cette cohabitation (simultanée ou non) démontre que les Homo sapiens et les Néanderthaliens ont pu se rencontrer juste avant la disparition de l'homme de Néanderthal. D'un point de vue culturel, ils ont ainsi pu échanger et communiquer.


Des traces de Néandertal retrouvées à Gilbraltar dans la grotte de Gorham (Nature 15/09/06)

Des outils attestent de la présence de Néandertal. C'est dans la revue Nature que viennent d'être publiés les résultats d'une étude de la grotte de Gorham à Gibraltar. L'équipe internationale de scientifiques a daté deux couches stratigraphiques récentes. Elle a trouvé une industrie lithique de type moustérien qui caractérise les techniques employées par Homo neanderthalensis.

Les échantillons de charbon de bois retrouvés dans la grotte ont été datés de - 24 000 ans pour les plus récents et de - 33 000 ans pour les plus anciens. Ce charbon de bois se trouvait dans les mêmes couches archéologiques ou l'on a retrouvé les outils de pierre attribués à Néandertal. La présence de Néandertal il y a 24 000 ans est donc présumée à Gibraltar. Pour Clive Finlayson (du Musée de Gibraltar), cela "prouve de manière concluante que la caverne de Gorham est aujourd'hui le dernier endroit sur la planète ou nous savons que Neandertal a vécu".

Homo sapiens s'est déployé en Europe il y a 40 000 ans. On pensait jusqu'à présent que l'homme de Neandertal s'était etteint il y a 28 000 ans. Cette nouvelle étude repousse donc de 4 000 ans la disparition d'Homo neaderthalensis. Il faut noter que cette présence tardive de Néandertal à Gibraltar ne pourra vraiment être confirmée qu'avec la découverte de reste fossiles. Ainsi pour Bruno Maureille, chargé de la recherche au CNRS et qui travaille sur le peuplement de l'ancien monde, et pour Jean-Guillaume Bordes (Bordeaux-I-CNRS): « Les auteurs n'expliquent pas les procédures archéologiques. Or des sédiments occupent certaines places à cause des éboulis ou de glissements de terrain. C'est ainsi que l'on peut découvrir des squelettes de l'époque médiévale dans des niveaux archéologiques de -100 000 ans. Rien ne nous prouve dans la publication que nous avons bien affaire à du moustérien. »

Posté par Silverside le 31.03.08 à 22:22 - Commentaires (0) - Homo Neanderthalensis

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