Igor Brevnjovski : Chronique d'un homme en exil

Les Ancêtres (III) : Australopithecus

Alors, la paléonthologie - ou paléoanthropologie - a avancé ces dernières années en vue d'une meilleure connaissance de l'origine de l'homme. Les points d'interrogation demeurent nombreux, mais les découvertes l'ont été également, au cours de la dernière décennie : Kenyanthropus platyops (en 1999), Orrorin tugenensis (en 2000), Toumai (Sahalanthropus tchadensis en 2001), sans oublier Ardipithecus Ramidus (en 1992) ni Ardipithecus Kadabba (en 1994).

Avant ces découvertes, le plus lointain "ancêtre" du genre homo était australopithecus :

Australopitheque

La découverte en 1974, par Yves Coppens, Donald Johanson et Maurice Taïeb, de Lucy (Australopithecus afarensis), dans la dépression de l'Afar dans le nord-est de l'Éthiopie (site de Hadar) aura, quant à elle, été exceptionnelle, avant tout par la conservation d'une grande partie de son squelette.

Sources :
- http://www.dinosoria.com
- http://www.hominides.com
- http://fr.wikipedia.org
- http://www.cnrs.fr

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Australopithecus afarensis (Ethiopie - 4,1 à 2,9 millions)

C'est lors d'une campagne internationale dans l'Afar (Ethiopie) dirigée par Donald Johanson, Maurice Taieb et Yves Coppens que fut découvert l'un des plus célèbres fossiles au monde. Ce squelette d'australopithèque féminin fut baptisé Lucy.

Lucy

Squelette de Lucy

Lucy mesurait 1 m de haut pour 30 kg de muscles. On dispose d’un squelette complet à 40% (soit 52 fragments osseux). Sa capacité crâniene n'est que de 450 cm3, mais tout à fait en rapport avec la taille d'Afarensis soit 1m06..

Selam est le surnom donné à un fossile d'hominidé de l'espèce Australopithecus afarensis, dont le squelette fut découvert par le paléoanthropologue éthiopien Zeresenay Alemseged en décembre 2000 à Dikika dans l'Afar en Éthiopie.

Les australopithèques vivaient en groupe et utilisaient des outils sommaires, tels des galets brisés ou des fragments d’os (comme certains singes actuels). Ses petites dents à l’émail épais nous ont appris qu’elle préférait manger des feuilles, des fruits tendres, des baies et des insectes.

Caractéristique principale : la bipédie

Si Lucy était incontestablement apte à la locomotion bipède, comme l’indiquent son port de tête, la courbure de sa colonne vertébrale, la forme de son bassin et de son fémur, elle devait être encore partiellement arboricole : pour preuve, ses membres supérieurs étaient un peu plus longs que ses membres inférieurs, ses phalanges étaient plates et courbées et l’articulation de son genou offrait une grande amplitude de rotation.

Sa bipédie n’est donc pas exclusive et sa structure corporelle a été qualifiée de « bilocomotrice » puisqu’elle allie deux types de locomotion : une forme de bipédie et une aptitude au grimper.

Le squelette de Selam a permis de confirmer les connaissances déjà acquises à propos des australopithèques concernant leur mode de locomotion bipède toutefois chaloupée et ne leur permettant pas de courir debout, ainsi que le fait qu'ils se déplaçaient dans les arbres. Ce mode de locomotion était bien adapté au milieu de l'époque, qui mêlait des marais (où des fossiles de crocodiles et d'hippopotames ont été découverts) avec des forêts et des prairies.

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Australopithecus africanus (Afrique du Sud - 3,2 et 2,8 millions)

En 1924 en Afrique du Sud, Raymond Dart découvre et décrit l'« enfant de Taung », le premier fossile d'Australopithèque.

Africanus

Le propriétaire d'une carrière de calcaire de Taung avait envoyé un colis de roches fossilifères à Dart. En examinant les roches en question, Dart découvre un moulage endocrânien puis un fragment facial de crâne qui s'y adapte. Le fossile est celui d'un jeune primate et devient connu comme l'« enfant de Taung ». Dart publie sa description et crée un nouveau genre et une nouvelle espèce : Australopithecus africanus, le singe du Sud de l'Afrique.

Dart considère le fossile comme un représentant du « chaînon manquant » entre les grands singes et les humains, du fait de son cerveau relativement petit, de sa dentition évoquant celle des humains modernes et de probable station bipède.

Caractéristiques

Ces hominidés avaient une face large et massive, avec des pommettes et une mâchoire proéminente. La capacité crânienne de sept spécimens s’étend de 420 à 500 cm3. Leurs canines sont plus petites que celles de Lucy et leurs molaires très développées.

Leur morphologie indique la bipédie. Cependant, ils pouvaient également grimper aux arbres.

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Australopithecus anamensis (Australopithèque du lac - 3,2 millions)

Le premier fossile fut découvert en 1965, par Bryan Patterson non loin du lac Turkana. À l'époque le spécimen a été provisoirement rangé parmi les australopithèques et daté d'environ quatre millions d'années.

Anamensis

On n'a pas découvert beaucoup plus à son sujet jusqu'en 1987, quand l'archéologue canadien Allan Morton (avec des membres de la Koobi Fora Field School de l'Université Harvard) a découvert des fragments d'un spécimen qui faisaient saillie sur un flanc de colline partiellement érodé à l'est d'Allia Bay, près du Lac Turkana. Six ans plus tard Meave Leakey, paléoanthropologue kenyane née à Londres, et l'archéologue Alain Walker ont fouillé le site d'Allia Bay et y ont découvert plusieurs fragments supplémentaires de l'hominidé, comprenant une mâchoire inférieure complète, très proche par son aspect de celle du chimpanzé ordinaire (Pan troglodytes) mais dont les dents ressemblent beaucoup plus aux dents humaines.

En 1995, pour tenir compte des différences entre Australopithecus afarensis et les nouvelles découvertes, Meave Leakey et ses collaborateurs ont attribué ces dernières à une nouvelle espèce, Australopithecus anamensis, ou australopithèque du lac car, dans la langue turkana, anam veut dire lac.

Caractéristiques

La face d'Australopithécus anamensis est plus simienne que A. afarensis : une mandibule étroite et un canal de l'oreille interne peu développé.

Pour Pascal Picq, "les caractères très dérivés de son appareil locomoteur surprennent car A. anamensis possède une bipédie plus évoluée que celle des autres australopithèques plus récents".

  1. L'articulation du coude n'est pas vérouillée à l'inverse de celle des primates qui utilisent la marche sur les phalanges.

  2. Le tibia est évasé au niveau du genou et permet un meilleur amorti des chocs engendrés par la marche bipède.

Bien sur cette bipédie n'était pas le seul mode de locomation d'Australopithécuas anamensis et celui-çi devait se retrouver plus souvent dans les arbres qu'au sol !

Malgré cette bipédie plus perfectionnée, son crâne semble plus primitif que celui de l'Australopithecus afarensis. Certains éléments nous rappellent ceux du chimpanzé, en particulier la forme en U de l'arcade dentaire ainsi que la petitesse du canal de l'oreille externe.

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Australopithecus bahrelghazali (Tchad - 3,5 à 3 millions)

L’unique fossile d’Australopithecus bahrelghazali a été découvert en 1995 par Michel Brunet. Baptisé Abel, c’est le premier hominidé découvert à l’ouest de la Rift Valley. C’est aussi le premier qui a remis en cause la théorie de l'East Side Story d’Yves Coppens.

Bahrelghazali

La mandibule a conservé une incisive, deux canines et les quatre prémolaires. Les dents sont très robustes et rappellent celles des Australopithèques de l'Hafar dont elles se distinguent par la forme de la symphyse mentonnière et par l'existence de trois racines pour les prémolaires au lieu de deux.

Australopithecus bahrelghazali appartiendrait à une lignée évolutive distincte de celle d'Australopithecus afarensis. Ce qui n'aurait rien de surprenant si on tient compte du fait que la distance géographique entre Tchad et Hafar est de 2 500 km.

Caractéristiques

Les restes sont très fragmentaires : la partie antérieure d’une mâchoire. Il présente des traits anatomiques pour certains très primitifs mais pour d’autres « évolués » : il est à ce jour le seul australopithèque à posséder, comme la plupart des gorilles et chimpanzés, trois racines entièrement distinctes à ses prémolaires inférieures et supérieures ( l'homme actuel n’en a qu’une seule)

  1. Incisives et canines fortes comme pour les australopithèques

  2. Email des dents moins épaisse que celle de Lucy

  3. Des prémolaires qui ressemblent à des molaires comme chez l'Homme.

La partie antérieure de la mâchoire est réduite et quasi verticale. On ne sait quasiment rien de cet hominidé et encore moins de son mode de vie. Seules ses dents confirment qu’il s’agit bien d’un australopithèque contemporain de Lucy.

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Australopithecus garhi (Kenya - 2,6 millions)

Le fossile type, répertorié sous le code BOU-VP-12/130, a été découvert en 1997 par Yohannes Haile-Selassie, l’un des membres de l’équipe de chercheurs dirigée par le paléontologue éthiopien Berhane Asfaw. Ce dernier a publié la définition et la description de l’espèce en 1999, en collaboration notamment avec le paléontologue américain Tim White.

Garhi

La découverte initiale a eu lieu près du village de Bouri, dans la moyenne vallée de l’Awash, dans la dépression de l’Afar en Éthiopie. Le nom de l’espèce, « gahri », signifie « surprise » en langue afar.

La capacité crânienne de A. garhi, évaluée à 450 cm3, est proche de celles des autres australopithèques.

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Le milieu de vie

Sur certains sites, les australopithèques évoluaient dans une savane : « Les avis divergent un peu quant au degré de couverture arborée, explique Denis Geraads. Il devait certainement y avoir de nombreux arbres au vu des fossiles d'animaux mis au jour. »

Il y avait en effet des bandes de colobes, mais aussi des singes du genre Parapapio proches des babouins, ainsi que des ongulés nécessitant ce type de végétation pour survivre, des girafes et des Deinotherium. « Deux espèces de girafes coexistaient. L'une était semblable à celle que l'on rencontre aujourd'hui, l'autre était plus petite. Le Deinotherium était une sorte d'éléphant ne possédant que des défenses inférieures, recourbées vers le bas, et dont l'usage reste inconnu. On sait qu'il se nourrissait de feuilles parce qu'il possédait des dents broyeuses semblables à celles des tapirs. Il y avait également un giraffidé très fréquent, le Sivatherium. Il ressemblait à un énorme buffle aux longues cornes aplaties et recourbées. Sa lèvre supérieure était puissante et préhensible comme chez l'élan. »

Ces espèces évoluaient avec des koudous à cornes spiralées, des cobes, des impalas, et d'autres antilopes. Et puis, outre les hyènes et les Dinofelis, des lions à canines en sabre - du genre Homotherium - régnaient en maîtres sur l'ensemble.

Source : Sciences et Vie Hors-Série

Posté par Silverside le 20.06.07 à 22:30 - Commentaires (0) - Australopithecus

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