Igor Brevnjovski : Chronique d'un homme en exil

Les Ancêtres (I) : Toumaï et Orrorin

J'ai commencé à étudier, il y a maintenant deux ans, l'origine lointaine de l'homme. En effet, suite à une étude de la Grèce préclassique, je me suis rendu compte de l'utilité d'étudier le néolithique ainsi que le paléolithique, et comme ça, je suis remonté jusqu'aux grands singes.

Il y a quelques mois, je produisais cette image, qui résume le mieux possible l'histoire de l'homme :

Ligneep

L'arbre buissonnant (condition de tourner la tête de 90°) de la lignée humaine jusqu'à l'homme

Je n'ai pour l'instant pu me renseigner que sur nos lointains ancêtres : Toumaï, Orrorin, Ardipithecus, Australopithecus et Paranthropus (voire Kenyanthropus). Ayant envie de poursuivre l'exploration, je me rafraichis un peu la mémoire. Et je cite mes sources :

- Science et Vie Hors Série
- http://www.hominides.com/
- http://www.journaldunet.com/
- http://www.cite-sciences.fr

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Théorie de l'East Side Story

Yves Coppens a émis dans les années 1980, une hypothèse selon laquelle l'apparition des préhumains en Afrique orientale s'est faite à l'est du Rift africain. Vers 8 millions d'années débutaient les premiers mouvements tectoniques dans l'Est Africain et, pour Yves Coppens, ces événements géologiques ont eu pour conséquences de modifier les climats des deux côtés du Rift. A l'ouest, l'humidité relative aurait permis la persistance de la forêt tropicale, tandis qu'à l'est, l'assèchement du milieu aurait favorisé l'extension des savanes.

Rift

La Vallée du Grand Rift

L'avénement de ces étendues herbacées parsemées d'arbres aurait conduit à l'évolution des hominoïdés africains vers les premiers préhumains bipèdes. A l'ouest, en revanche, les autres homonoïdés auraient perduré dans la forêt tropicale humide.

Après la découverte de Toumaï, la théorie de l'East Side Story déjà mise à mal par la découverte d'Abel, n'a pas résisté. Yves Coppens, son auteur, y renonce 2003 et réfute sa propre théorie : « Si le cadre géographique de l'East Side Story n'est certainement plus le bon, l'Homme reste un animal de savane. L'histoire retiendra sans doute que cette théorie a été la première à lier l'évolution des hominidés à un événement climatique à grande échelle : l'assèchement du climat il y a 8 millions d'années. »

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Toumaï (Tchad - 7 millions d'années)

En juillet 2001, une équipe de paléontologue dirigée par Michel Brunet, mettait à jour un crâne fossilisé, celui du plus viel hominidé : baptisé Sahelanthropus tchadensis, il est plus connu sous le nom de Toumaï, qui signifie « espoir de vie » en langue goran.

Toumai

Toumaï

Le crâne, déformé par le temps, était enfoui dans les couches sédimentaires du désert du Djourab au nord du Tchad, soit à l'ouest de la vallée du Rift, où la majorité des fossiles de la famille humaine a été mise au jour. Depuis, plusieurs mâchoires ont été dégagée des terrains tchadiens. Mais, pour le moment, aucun os des membres n'a été décrit, si bien qu'on ne peut confirmer ni infirmer la bipédie de l'espèce (même même si l'étude du crâne de Toumaï et sa reconstitution en trois dimensions laissent supposer que l'espère était bipède : certaines mesures sont proches de celles obtenues pour les australopithèques, bipèdes avérés).

Sa taille était probablement proche de 1,20m ou 1,30m et sa capacité crânienne était de l'ordre de 360-380 cm3, comparable à celle des chimpanzés communs.

Le Milieu de vie

Depuis au moins sept millions d'années, le bassin du lac Tchad a connu sucessivement des périodes arides et désertiques, et des périodes humides dont la dernière a conduit, il y a près de 5000 ans, à la formation du méga lac Tchad.

Toumaï fut retrouvé dans les dépôts lacustres de ces étendues humides et vivant donc dans un univers riche et verdoyant. Là, il côtoyait en nombre des éléphants, des chevaux, des tridactyles, des antilopes, des hippopotames, des anthracotères (cousin des hippopotames), de grands sangliers (les nyanzachoeres), des crocodiles, des tortues et une grande diversité de poissons. La présentces de fossiles de poisson-tigre, connu pour chasser dans des eaux bien oxygénées, indique qu'il existait des chenaux d'eau vive. De plus, la présence d'une nouvelle espèce de crocodile possédant un museau effilé à bords latéraux festonné et se nourrissant exclusivement de poissons montre que ces eaux étaient assez claires pour héberger la faune aquatique nécessaire à leur survie.

Michel Brunet suppose que Toumaï vivait dans les zones boisées, qui lui fournissaient, entre autres, les fruits nécessaires à son régime alimentaire, et qui devaient lui permettre de se réfuguer rapidement dans les arbres, pour échapper aux dangereux prédateurs, parmi lesquels il devait y avoir le Machairodus, un félin aux canines supérieures en lame de sabre.

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Orrorin (Kenya - 6 millions d'années)

Orrorin a été découvert en 2000 par les paléontologues Martin Pickford et Brigitte Senut, dans la formation géologique de Lukeino au Kenya à l'est du Rift : son crâne n'a pas été trouvé, mais plusieurs fémurs, une partie de la mandibule et des élémets de membres antérieurs ont été mis à jour : leur analyse a permis montrer que l'individu était bipède.

Orrorin

Orrorin

Sa taille est de 115 à 125 cm. La taille de ses dents est proche de celle de sapiens mais réduite par rapport à celle d'Australaupithecus. L'humerus est aplati et la phalange longue et incurvée (arboricolisme). Il dispose d'un long fémur dont la partie supérieure est plus fine que la partie inférieure...

La phalange du pouce d'Orrorin révèle des caractéristiques d'hominidé : en particulier, une insertion ligamentaire qui prouve qu'il utilisait sa main comme une pince, - caractéristique que l'on a retrouvé chez aucun singe actuel, et qui semble annoncer la préhension humaine (qui lui permettra plus tard de frabriquer des outils). La bipédie et la préhension de la main n'aidaient pas Orrorin à grimper aux arbres, mais il semble avoir compenser ce handicap (comme l'indique ses humerus, les os du bras situés entre le coude et l'épaule).

Le Milieu de vie

A l'est, du côté du Rift africain et plus particulièrement dans la région de Lukeino au Kenya, le milieu était de type tropical humide. Orrorin vivant non loin d'un lac ; avec lui, on a retrouvé des paons, des canards et des flamands : or, le paon étant un animal de forête, on en a déduit que la forêt était présente.

Autour d'Orrorin, il y avait des colobes, des singes à longue queue, mais aussi des animaux plus caractéristiques des milieux ouverts comme des rhinocéros blancs, des zèbres et des antilopes. Parmi les prédateurs il y avait aussi le Dinofelis, un type de félin proche du léopard.

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A la recherche de l'ancêtre commun

Le concept de chaînon "manquant" a été forgé il y a un peu plus d’un siècle : on disait alors que l’Homme descendait du singe. Aujourd'hui, on parle plutôt d'ancêtre commun.

Selon Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France : « L'homme ne descend pas du singe. On sait que l'évolution n'a pas procédé par grades successifs. Les singes ont évolué en même temps que nous. Ils ne sont pas plus, pas moins évolués que nous. Les chimpanzés et les bonobos sont plus proches de nous que les gorilles. En terme de famille, cela veut dire que ce sont nos frères et que les gorilles sont nos cousins. Nous, les chimpanzés, les bonobos et les hommes, avons un dernier ancêtre commun à partir duquel nous nous sommes séparés en Afrique vers 6 ou 7 millions d'années. Si on fait le bilan de ce que l'on a observé depuis 30 ans chez les chimpanzés, on s'aperçoit que tout ce que l'on avait cru voir se manifester en termes d'adaptation uniquement chez les hommes c'est à dire la bipédie, l'outil, la chasse, le partage de la nourriture, la sexualité, les systèmes sociaux, le rire, la conscience, l'empathie, la sympathie, les chimpanzés le font aussi. Donc, soit ils ont tout acquis indépendamment, soit cela vient du dernier ancêtre commun, ce qui est plus plausible. Cela veut dire que déjà dans le monde des forêts, il y a 6 à 7 millions d'années, toutes ces caractéristiques que l'on a cru propres à l'homme existaient et font partie d'un bagage ancestral commun. »

Selon Michel Brunet, Toumaï est le plus vieil hominidé connu à ce jour. Pour autant, l’interprétation de Michel Brunet n’est pas partagée par tous : Toumaï est-il bien un hominidé ? N'est-il pas plutôt un panidé, c'est-à-dire un ancêtre des chimpanzés ? Il est en effet troublant de constater que le crâne de Toumaï présente des caractéristiques propres à la fois aux grands singes et aux hominidés. Michel Brunet rappelle cependant que Toumaï possède des caractères présents exclusivement dans la lignée humaine : « La seule présence de caractères dérivés dans la denture de Toumaï implique son appartenance au rameau humain... »

Martin Pickford, quant à lui, conteste la découverte de Michel Brunet et considère toujours Orrorin comme le premier hominidé bipède. Lui-même est contesté par des chercheurs américains ayant découvert Ardipithecus ramidus Kadabba.

Posté par Silverside le 16.06.07 à 22:37 - Commentaires (0) - Toumaï et Orrorin

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