Igor Brevnjovski : Chronique d'un homme en exil

Les Huns

Le Peuple

Les Huns sont un peuple asiatique turco-mongol, de langue turque. C'est le premier peuple mentionné comme tel par les historiens. Des références à un peuple appelé Xiongnu (Hsiung-nu) existent dans les sources chinoises depuis -1200, faisant allusion aux ancêtres des Huns.

  1. Un groupe appelé les Huns européens et mené par Attila est considéré comme étant l'extension occidentale des Huns. L'établissement du premier État Hun a été un des premiers aspects bien documentés de la culture de la migration à dos de cheval.

  2. Ces tribus nomades surpassèrent leurs rivaux dans la maîtrise du cheval, grâce à la promptitude et la mobilité étonnante de leurs montures, ainsi qu'au talent des cavaliers, initiés dès le plus jeune âge. Cet avantage, couplé à l'arc court qui pouvait être utilisé depuis le dos de la monture, fut crucial dans les nombreuses batailles que livrèrent les Huns

Les Huns au combat contre les Alains

Les Huns au combat contre les Alains (illustration de Geiger 1873)

Selon l'histoire hongroise traditionnelle, les Huns, les Magyars et les Avars faisaient tous partie du même peuple ; le mot « Hongrie » (Hungary en anglais) vient d'ailleurs de « Hun », et les Hongrois se nomment eux-mêmes les Magyars.

Selon les descriptions laissées par l'historien romain Ammien Marcellin, les Huns sont des pasteurs nomades qui ignorent l'agriculture, ne possèdent pas d'habitations permanentes et parcourent sans répit la steppe à la recherche de pâturages et de points d'eau pour leurs troupeaux.

  1. Ils subsistent grâce à la chasse et à la cueillette, sont vêtus d'habits de lin et de fourrures. Vivant presque constamment à cheval, ils ne semblent pas avoir de vrai roi, chaque clan ayant son propre chef.

  2. Guerriers redoutables, archers, cavaliers montés sur de petits chevaux robustes, les Huns surprennent leurs ennemis en se livrant à des charges rapides, des retraites inattendues, un harcèlement permanent

Des tombes hunniques retrouvées près du Dniepr attestent leur goût pour le pillage.


La Marche vers l'Ouest

Les Huns ont fortement marqué l'imaginaire des peuples de l'Empire romain finissant, par le caractère particulièrement cruel de leurs exactions. C'est vers la fin du IVe siècle apr. J.-C. que les Huns apparaissent dans le bassin de la Volga.

  1. Après avoir écrasé les Alains, ils s'installent entre ce fleuve et le Don, avant d'envahir le royaume des Ostrogoth implanté dans les plaines d'Ukraine.

  2. Poursuivant alors leur progression vers l'ouest, ils défont les Wisigoths, établis dans l'actuelle Roumanie, et atteignent les frontières de l'Empire romain sur le Danube.

  3. Après avoir traversé et dévasté les plaines roumaines, les Huns franchissent les Carpates et s'installent dans la plaine de Pannonie (Hongrie actuelle) vers 396

Peu inquiète, Rome les laisse agir à leur guise au-delà du limes (fortification marquant la frontière de l'Empire romain), car les Huns s'en prennent aux Goths, ennemis traditionnels de Rome.

  1. Mais la situation change brutalement en 408, date à laquelle les Huns pénètrent en territoire romain en lançant de nombreuses razzias. Vers 425, un empire hunnique semble s'être formé sur le moyen Danube.

  2. Étendant leur domination sur les populations germaniques, les Huns enrôlent des Germains dans leur armée.

En 430, l'empereur Théodose II accepte de leur payer un tribut annuel, qui est doublé cinq ans plus tard, puis multiplié par cinq en 443


Le Règne d'Attila

C'est sous le règne du fils de Rua, Attila, que les Huns acquirent une puissance, une richesse et une renommée inégalée parmi les peuples barbares. Accédant au pouvoir en 434 à la mort de son père Rua, qui était également son oncle, Attila régna avec son frère Bléda jusqu’à l’assassinat de ce dernier par Attila en 445. Mais il semble incontestable qu’Attila devait disposer de la totalité du pouvoir dès 434 puisqu’il organisa le noyau d’une administration centrale et fixa sa capitale. Son amitié personnelle avec Aetius permit à l’Empire romain d’Occident de résister contre les assauts germains et explique le fait que les Huns n’attaquèrent jamais la partie occidentale de l’Empire.

L'empire des Huns

L'empire des Huns, nomade et décentralisé

Néanmoins, Attila dirigea ses expéditions contre l’Empire romain d’Orient. Après avoir doublé puis triplé le tribut exigé de Constantinople qui finalement refusa de payer, Attila lança ses troupes qui envahirent les Balkans puis dévastèrent la Macédoine et la Grèce centrale en 447, et pillèrent Sirmium. En 449, Théodose II, incapable de refouler les hordes hunniques, est finalement contraint d’envoyer une ambassade afin de faire cesser les attaques.

  1. Mais un brutal et spectaculaire retournement d’alliance diplomatique eut lieu en 450. En effet, la sœur de l’empereur romain d’occident Valentinien III, Honoria, désireuse de se venger de son frère qui avait ordonné l’exécution de son amant, proposa à Attila de l’épouser, faisant ainsi entrer Attila dans la famille impériale. Devant le refus de l’empereur de céder la main de sa sœur, Attila, fort de la légitimité de sa demande et du soutien d’Honoria, entreprit de tourner son armée contre l’Empire d’Occident et contre la Gaule. En réalité, il semble qu’il savait pertinemment qu’il ne pourrait jamais obtenir ce mariage. Attila recherchait le moindre prétexte pour lancer une expédition de razzia et amasser du butin. Ainsi, en 451, remontant le cours du Danube, il franchit le Rhin avec près de 30 000 cavaliers à Mayence, ravagea la Belgique, pille Trèves, Metz, avant de se diriger vers Paris, où s’organisa la résistance sous la conduite de sainte Geneviève.

  2. Puis il se tourna vers Orléans mais les Alains récemment installés et fédérés par Aetius autour de la ville, dont l’inimitié envers les Huns avait pour source la destruction de leur royaume en 375, firent vaillamment face et, sous la conduite de l’évêque Aignan, contraignirent Attila à établir un siège. Mais devant l’arrivée d’une formidable coalition menée par Aetius et composée de romains, de Francs, de Burgonde et surtout de Wisigoths, Attila leva le siège et retraita. Rapidement rejoint par ses ennemis, Attila livra la célèbre bataille des Champs Catalauniques où il fut vaincu. Mais cette défaite, bien qu’elle frappa les esprits puisqu’elle signifiait la fin de l’invulnérabilité hunnique et l’union des romains et des barbares contre un péril commun, n’amoindrit pas la puissance d’Attila mais affaiblit considérablement Aetius qui n’avait plus assez de forces militaires.

Si la Gaule lui était dès lors fermée, le roi des Huns se dirigea en 452 vers la péninsule italienne. S’il ne put prendre la famille impériale réfugiée à l’intérieure de la capitale impériale, Ravenne, protégée derrière des marais, Attila pilla de nombreuses cités importantes dont Aquilée, Milan, Pavie, Padoue, Mantoue, Vérone et songea un instant à assiéger Rome. Mais le Pape Léon Ier lui proposa en échange de la Ville Éternelle un tribut et la main de la princesse Honoria. Satisfait, ayant obtenu la main de sa promise, Attila repartit contrer l’attaque de l’empereur d’Orient Marcien sur le cours moyen du Danube. C’est là qu’Attila mourut subitement en 453 au cours d’un festin.


La Fin des Huns

Dès lors, l’État et le royaume hunnique déclinèrent rapidement sous les querelles successorales. En effet, les deux fils d’Attila, Ellac et Ernac entra en guerre et, profitant des désordres, les peuples germains soumis par les Huns - Ostrogoths, Gépides, Ruges, Hérules, Skires - reprirent leurs indépendances et formèrent une vaste coalition anti-hunnique dirigée par le roi des Gépides Ardaric. Pendant l’affrontement sur le fleuve Nedao en 454, près de la Pannonie, Ellac trouva la mort. C’est alors qu’Ernac vit son dernier frère, Dengizik, revendiquer à son tour le trône. Cela engendra une nouvelle guerre fratricide qui accentua le déclin irrémédiable des Huns.

Leur vaste royaume s’étant effondré avec l’indépendance de leurs anciens vassaux, le peuple Hun se divisa, se morcela et se dispersa rapidement. On trouve des tribus qui sont demeurés en Pannonie mais sous le tribut de Rome. Le roi Ostrogoth Théodoric Ier engagea dans ses troupes une petite bande de Huns dirigés par Mundo qui se trouvait alors en Mésie. D’autre s’installèrent au sud du Danube et servirent un temps l’Empire d’Orient. Le reste repartit vers l’Ukraine.

Les principaux peuples germaniques après l'effondrement de l'empire des Huns

Les principaux peuples germaniques après l'effondrement de l'empire des Huns

A partir de 491, les Huns se perdent définitivement dans la brume de l’histoire puisque dorénavant plus aucune sources historiques ou archéologiques ne les mentionnèrent. Devenus fortement minoritaires, on peut émettre l’hypothèse qu’ils furent probablement amalgamés puis intégrés parmi d’autres peuples autochtones.

Posté par Silverside le 09.08.10 à 17:10 - Commentaires (0) - Les Grands Royaumes

Les Goths

Les Goths étaient des peuples germaniques, selon leur propres traditions originaires de la Scandinavie. Ils provenaient probablement de l’île de Gotland (terre des Goths) et se fixèrent dans la région de l’Ukraine moderne et de la Biélorussie. Les Goths formaient un seul peuple jusqu’au IIIe siècle, date à laquelle ils se séparèrent en Ostrogoths ou « Goths brillants », à l’Est, et en Wisigoths ou « Goths sages » à l’Ouest.

  1. Installés aux frontières de l’empire romain, les Goths furent, dès 230, à l’origine des premières grandes invasions barbares que subit l’empire. En 267, les Goths pillèrent la Thrace, la Macédoine et la Grèce. En 269, les Romains, menés par l’empereur Claude II le Gothique, leur firent subir une terrible défaite à la bataille de Naissus et, en 271, ils furent repoussés jusqu’au Danube.

  2. Ce groupe, les futurs Wisigoths, s’installa alors de l’autre côté du Danube et établit un royaume indépendant dans la province romaine abandonnée de Dacie.

  3. Pendant ce temps, les Goths restés en Ukraine établirent un vaste et puissant royaume le long de la mer Noire. Ils devinrent les Ostrogoths.

Les Goths ont été brièvement réunis sous une couronne unique, au début du VIe siècle, lors du règne du roi ostrogoth Théodoric le Grand, qui fut le régent du royaume wisigoth pendant presque deux décennies. Les Goths furent le premier peuple barbare a être christianisé. L’évêque Wulfila traduisit la Bible en gotique et convertit les Goths à l’arianisme, une des premières hérésies du christianisme et qui contribua à marquer les différences entre Romains et Barbares.


Les Wisigoths

Les Wisigoths, ou Tervinges, étaient un peuple germanique d’origine scandinave, issu de la Suède méridionale et incorporé tardivement dans l’Occident romain. Après la chute officielle de l’Empire romain occidental (476), les Wisigoths ont continué pendant près de 250 ans à jouer un rôle important en Europe occidentale. C’est à coup sûr le peuple barbare le plus prestigieux d’Europe, tant par sa longue histoire et ses origines mythiques, que par ses traces qu’il laissa longtemps dans les esprits.

Alors qu’ils occupaient l’ancienne province romaine de Dacie depuis la fin du IIIe siècle, les Wisigoths ont adopté peu à peu l’arianisme, à partir de l’année 341, c’est-à-dire une branche du christianisme qui affirme que Jésus-Christ n’est pas Dieu, mais un être distinct créé directement par ce dernier. Cette croyance était en opposition totale avec la croyance chrétienne qui était majoritaire dans l’empire romain et qui plus tard s’est scindée en catholicisme et orthodoxie. Les Wisigoths sont restés fidèles à l’hérésie arienne officiellement jusqu’en 589, lorsque le roi Récarède Ier (en espagnol : Recaredo) choisit de se convertir publiquement, faisant ainsi joindre officiellement l’Église catholique au royaume wisigothique d’Espagne. Toutefois, après cette date, un fort parti arien demeura fort actif et influent, notamment dans la noblesse. Il en sera encore question au début du VIIIe siècle dans les derniers jours de l’Espagne wisigothique.

L'Émergence

Les Wisigoths sont apparus pour la première fois dans l’Histoire en tant que peuple distinct en l’an 235, quand ils envahirent et dévastèrent la Dacie. A partir de 268, ils s’attaquent à l’Empire romain et tentent de s’installer dans la péninsule des Balkans. Cette invasion concerna aussi les provinces romaines de Pannonie et d’Illyrie et menaça même l’Italie. Cependant, les Wisigoths furent battus près des frontières modernes d’Italie et de Slovénie et à la Bataille de Naissus, en septembre 269. Au cours des trois années suivantes, ils furent repoussés au-delà du Danube par une série de campagnes militaires menées par l’empereur Claude II le Gothique, le futur empereur Aurélien étant le commandant de la cavalerie. Cependant, ils purent se maintenir en Dacie, qu’Aurélien fit évacuer en 271, transférant la population vers une nouvelle province créée au sud du Danube sous le nom de Dacia Ripensis.

  1. Ils y restèrent établis jusqu’en 376, lorsqu’un de leurs deux chefs, l’arien Fritigern, fit appel à l’empereur romain Valens et lui demanda l’autorisation de pouvoir s’installer sur les berges Sud du Danube, afin de se protéger des Huns, incapables de traverser en force ce large fleuve. Valens accorda sa permission et aida même les Wisigoths à traverser le Danube. En retour, Fritigern dut fournir des mercenaires pour l’armée romaine.

  2. Mais, l’année suivante, une famine éclata sur les terres occupées par les Wisigoths et les gouverneurs romains de leurs territoires les traitèrent cruellement. Comme Valens ne répondait pas aux appels à l’aide de Fritigern, celui-ci prit les armes. La guerre qui s’ensuivit se termina le 9 août 378 lors de la bataille d’Andrinople où Valens mourut. Fritigern, victorieux, fut reconnu comme roi par son peuple et les Wisigoths devinrent la principale puissance des Balkans. Le successeur de l’empereur Valens, Théodose Ier, conclut la paix avec Fritigern en 379.

  3. Le traité fut respecté jusqu’à la mort de Théodose en 395. Cette même année, Alaric Ier, le plus célèbre des rois Wisigoths, monta sur le trône, alors qu’à l’empereur Théodose succédaient ses deux fils incapables : Arcadius en Orient et Honorius en Occident.

Au cours des quinze années suivantes les conflits furent entrecoupés par des années d’une paix vacillante entre Alaric et les puissants généraux germaniques qui commandaient les armées romaines. Mais, après l’assassinat du général d’origine vandale Stilicon (Stillicho) par Honorius en 408 et après le massacre des familles de 30 000 soldats wisigoths servant dans l’armée romaine, Alaric déclara la guerre. Il fut bientôt aux portes de Rome, et devant le refus d’Honorius de négocier, les Wisigoths pillèrent la ville le 24 août 410. Cet événement frappa considérablement les esprits des contemporains, et sert parfois comme événement final de l’Antiquité.

La Naissance d'un Royaume

Lorsque la paix fut conclue par le fœdus de 418, Honorius accorda aux Wisigoths des terres dans la région de l’actuelle Aquitaine, suivies d’autres en Espagne. L’Espagne, outre les Wisigoths était également aux mains des Vandales et des Alains mais les Wisigoths écrasèrent ces derniers et harcelèrent les Vandales qui finirent par partir vers l’Afrique. Euric, le second grand roi des Wisigoths, unifia les diverses factions et, en 475, força les Romains à leur accorder l’indépendance complète. À sa mort, les Wisigoths formaient le plus puissant des états succédant à l’Empire romain d’Occident.

Évolution du royaume Wisigoth

Évolution du royaume Wisigoth jusqu'au VIe siècle

  1. Lors de sa plus grande extension, avant l’année 507, le royaume wisigoth comprenait l’Aquitaine ainsi que toute la péninsule ibérique, mis à part une partie du nord de la péninsule, appartenant aux Basques, les Vascons, les Astures et les Cantabres (populations montagnardes d’origines celtibériques) et le royaume des Suèves dans le nord-ouest.

  2. En 507, après la bataille de Vouillé, les Francs prirent le contrôle de l’Aquitaine et, en 554, Grenade et l’Andalousie devinrent des possessions byzantines lors de la « reconquête de l’Ouest » par l’empereur byzantin Justinien Ier.

  3. Le Wisigoths annexèrent le royaume des Suèves en 585 et chassèrent en 624 les Byzantins des régions méridionales

Mais le royaume wisigoth disparut en 711, lors du décès du roi Rodéric (Rodrigue/Rodrigo), tué lors de l’invasion du Sud de la péninsule par les Musulmans Omeyyades et leurs troupes de cavaliers berbères islamisés. La majeure partie de l’Espagne actuelle se trouva rapidement sous domination musulmane.


Les Ostrogoths

Les Ostrogoths étaient une des deux fractions des Goths, peuple germanique venu des confins de la Baltique et établi au IVe siècle en Ukraine et en Russie méridionale, au nord de la Mer Noire. Ils jouèrent un rôle considérable dans les événements de la fin de l’empire romain.

  1. Les Huns soumirent les Ostrogoths vers 370, et leur arrivée incita probablement les Wisigoths à s’installer au-delà du Danube. Selon Jordanès, la défaite face aux Huns provoqua également le suicide du roi ostrogoth Ermaric en 378. Au cours des décennies suivantes, les Ostrogoths demeurèrent dans les Balkans sous la domination des Huns, devenant un de leurs nombreux peuples vassaux. Les Ostrogoths combattirent en Europe sous les ordres des Huns, notamment lors de la bataille des Champs catalauniques en 451. Les Ostrogoths se soulevèrent plusieurs fois contre les Huns. Ces soulèvements furent matés, mais l’apport de la « culture à dos de cheval » des Huns constitua par la suite un avantage majeur pour les Ostrogoths.

  2. Leur histoire écrite commence avec leur indépendance de l’empire des Huns après la mort d’Attila. Alliés à leurs anciens vassaux et rivaux, les Gépides, les Ostrogoths menés par Théodimir écrasèrent les forces hunniques commandées par les fils d’Attila lors de la bataille de Nedao en 454. Les Ostrogoths entrèrent en relation avec l’Empire et s’installèrent en Pannonie.

Pendant la majeure partie de la seconde moitié du Ve siècle, les Ostrogoths jouèrent en Europe du Sud-Est un rôle équivalent à celui que jouèrent les Wisigoths au siècle précédent. Ils furent présents dans toutes les relations d’amitié et d’hostilité imaginables avec la puissance romaine orientale, et cela jusqu’à ce que, comme les Wisigoths l’avaient fait avant eux, ils ne passent d’Orient en Occident.

Théodiric le Grand

Le plus grand de tous les souverains ostrogothiques, Théodoric le Grand, naquit vers 455, peu après la bataille de Nedao. Il passa son enfance en tant qu’otage à Constantinople, où il reçut une instruction soignée. Il participa à divers conflits, intrigues et guerres dans l’empire byzantin et il eut comme rival Théodoric Strabo, un parent éloigné et fils de Triarius. Ce Théodoric, plus âgé mais de moindre qualité, semble avoir été le chef et non le roi de la branche des Ostrogoths qui s’était installée dans l’Empire un peu plus tôt.

Théodoric le Grand, fut tour à tour l’ami et l’ennemi de l’Empire. Dans le premier cas, il se para de divers titres romains, comme ceux de patrice et de consul ; mais dans tous les cas, il resta avant tout le roi de la nation ostrogothique.

  1. C’est dans ces deux rôles à la fois qu’en 488 il conquit l’Italie à la demande de l’empereur byzantin Zénon Ier, trop heureux de se débarrasser d’un chef de guerre entreprenant dont les troupes venaient de ravager les faubourgs de Constantinople quelque temps auparavant. La péninsule était alors aux mains d’un chef hérule nommé Odoacre, passé dans la postérité pour avoir déposé le dernier empereur romain d’Occident, Romulus Augustule en 476.

  2. En 493, Ravenne fut prise et Odoacre fut tué des mains même de Théodoric. La puissance des Ostrogoths était alors pleinement établie en Italie, Sicile, Dalmatie et dans les terres situées au nord de l’Italie. Lors de cette reconquête, Ostrogoths et Wisigoths commencèrent également à se réunir, du moins si l’on en croit le témoignage d’un auteur qui écrit que Théodoric était aidé par des auxiliaires wisigoths. Les deux branches de la nation furent bientôt rassemblées beaucoup plus étroitement.

Alors que la puissance de Théodoric s’étendait en pratique sur une grande partie de la Gaule, elle s’installa sur presque la totalité de l’Espagne : en effet, les événements contraignirent Théodoric à devenir le régent du royaume wisigoth de Toulouse. Un moment de confusion avait suivi la mort du roi des Wisigoths Alaric II, le beau-fils de Théodoric, lors de la bataille de Vouillé contre les Francs de Clovis. Le roi Ostrogoth assuma à cette occasion son rôle de tuteur à l’égard de son petit-fils Amalaric et se réserva la totalité du domaine hispanique ainsi qu’un fragment de la Gaule. Toulouse passa aux Francs mais les Goths gardèrent la cité de Narbonne et la Septimanie : cette dernière région était la dernière partie de la Gaule qui fut tenue par les Goths et elle garda le nom de Gothie pendant encore longtemps. Tant que Théodoric vécut, le royaume Wisigoth demeura pratiquement indissociable de ses propres possessions.

Il semble également avoir établi, dès cette époque, une sorte de protectorat à l’égard des puissances germaniques d’Occident : il profita plusieurs fois de son autorité à l’égard de celles-ci, excepté dans le cas des Francs.

Le Royaume de Théodoric

Le domaine des Ostrogoths était alors aussi grand et bien plus munificent qu’il ne le fut jamais au temps d’Hermanaric ; mais il était surtout d’un caractère complètement différent. Les deux nations, différentes par leurs coutumes, leur langue et leur religion, vivaient côte à côte sur le sol de l’Italie. Chacune était dirigée par un souverain unique mais sous le régime de la personnalité des lois.

L'Empire de Théodoric en 524

L'Empire de Théodoric en 524

C’est cette image du règne de Théodoric, surtout, qui apparaît à travers les ordonnances élaborées en son nom et en celui de ses successeurs : dans l’ensemble, les Goths restèrent concentrés dans le nord de l’Italie. Dans le sud, ils ne formèrent guère plus que des garnisons.

Selon la conception de Théodoric, les Goths étaient les protecteurs armés des paisibles Romains ; le roi Goth avait la difficile charge de gouverner alors que le consul romain en recevait les honneurs. De même, toutes les formes de l’administration romaine subsistèrent sous le règne de Théodoric. La politique et la culture romaine eurent même une grande influence sur les Goths. C’est là que la double culture du roi barbare joua à plein. Notamment, la souveraineté sur des nations distinctes mais établies sur le même sol était nécessairement une conception romaine du pouvoir, qui avait ses contraintes pesant lourdement sur la liberté des troupes germaniques. Mais un tel système avait besoin d’un pouvoir fort, tenu par une personnalité comme celle de Théodoric ; à sa mort l’édifice s’effondra.

En 526, Ostrogoths et Wisigoths furent de nouveau séparés. Les quelques exemples à travers lesquels ils agissent encore de concert portent sur des affaires espacées et sans importance réelle. Amalaric hérita du royaume wisigoth en Espagne et en Septimanie. La Provence fut ajoutée au domaine du nouveau roi ostrogoth, Athalaric, petit-fils de Théodoric par sa mère, Amalasunthe.

Aucun des deux souverains ne put régler les conflits qui survinrent au sein des élites gothiques. Théodat, cousin d’Amalasunthe et neveu de Théodoric par la sœur de ce dernier, leur succéda après les avoir massacrés. Cependant, cette usurpation déclencha encore plus de carnages. Trois rois Goths se succédèrent sur le trône en l’espace de cinq ans.

La Reconquête de l'Italie par les Byzantins

La faiblesse de la position des Ostrogoths en Italie devint alors évidente. L’empereur byzantin Justinien s’était toujours efforcé de restaurer autant que possible le pouvoir impérial sur la totalité du pourtour de la Méditerranée : il ne rata pas cette occasion d’intervenir.

  1. En 535, il chargea son meilleur général et ami, Bélisaire, d’attaquer les Ostrogoths. Bélisaire envahit rapidement la Sicile et débarqua en Italie où il prit Naples, puis Rome en 536. Puis il marcha vers le nord et prit Mediolanum (Milan) et Ravenne, la capitale des Ostrogoths, en 540. C’est alors que Justinien offrit aux Goths un arrangement généreux – de loin trop généreux aux yeux de Bélisaire : le droit de maintenir un royaume indépendant dans le Nord-Ouest de l’Italie, mais à la condition qu’ils s’acquittent d’un tribut de la moitié de leur trésor à l’Empire. Bélisaire transmit le message aux Goths, bien que lui-même ne l’approuvait pas. Les Goths, qui ne faisaient pas confiance à Justinien, craignaient un piège, mais parce que Bélisaire s’était si bien comporté à leur égard lors de sa reconquête de l’Italie, ils acceptèrent de reconnaître cet arrangement si Bélisaire donnait son approbation. Cette situation conduisit à une impasse.

  2. Une faction de la noblesse gothique trancha : décrétant que leur propre roi qui venait d’être vaincu, Vitigès, était un lâche et qu’ils avaient besoin d’un nouveau souverain, ils se tournèrent vers Bélisaire. Éraric, leur chef, offrit la couronne à ce dernier. Bélisaire était un soldat fidèle à Justinien et non un homme d’État. Il fit comme s’il acceptait l’offre, se rendit à Ravenne pour s’y faire couronner, mais il fit promptement arrêter les chefs goths. Ensuite, il réclama l’intégralité de leur royaume pour Byzance. Justinien était furieux : les Perses avaient attaqué l’Empire d’Orient à l’Est et il désirait qu’un État neutre et stable serve de tampon entre la frontière de ses possessions occidentales et le royaume des Francs. Ces derniers, en effet, étaient étranges et paraissaient hostiles à l’égard de la cour orientale. Bélisaire fut alors rappelé et envoyé en Orient contre les Perses. Il laissa un nommé Jean, officier byzantin, gouverner temporairement l’Italie.

  3. En 545, quand il put enfin retourner en Italie il trouva une situation considérablement changée : Éraric avait été assassiné et la faction pro-romaine de l’élite goth avait été renversée. En 541, les Ostrogoths avaient élu un nouveau chef Totila ; ce « nationaliste » goth, brillant général, avait repris toute l’Italie du Nord et avait chassé les Byzantins hors de Rome. Bélisaire reprit alors l’offensive : il dupa Totila pour reprendre Rome, mais perdit à nouveau la cité après que Justinien, jaloux et craintif de sa puissance, lui supprima approvisionnements et renforts. Le général, vieilli, fut alors contraint d’assurer la défense par ses propres moyens.En 548 Justinien le remplaça par le général eunuque Narsès en qui il avait plus confiance. Narsès ne déçut pas Justinien. Totila fut massacré lors de la bataille de Taginae (Gualdo Tadino) en juillet 552 et ses partisans Teia, Aligern, Scipuar et Gibal furent tous tués ou se rendirent lors de la bataille de Mons Lactarius en octobre 552 ou 553.

Widhin, le dernier chef attesté de l’armée gotique se révolta à la fin des années 550 avec une aide militaire minimale des Francs et des Alamans. Le soulèvement fut sans conséquences : les Ostrogoths se soulevèrent à Vérone et à Brescia mais la révolte prit fin avec la capture de son chef, en 561. Widhin fut finalement conduit à Constantinople pour y être exécuté en 561 ou en 562. Une minorité, soumise aux byzantins et convertie au catholicisme, survécut à Ravenne.

Posté par Silverside le 09.08.10 à 18:48 - Commentaires (0) - Les Grands Royaumes

Les Lombards : intégrés aux Francs

Les Lombards étaient un peuple germanique venu de la baltique, appartenant plus précisément au groupe des Germains de l’Elbe mais originaire de Scandinavie méridionale selon leur propre tradition orale rapportée par leur historien Paul Diacre à la fin du VIIIe siècle. Les Lombards restent plusieurs siècles dans l’ombre : il ne participe pas au invasions et migrations barbares des IVe siècle et Ve siècle. Sous la conduite de leur roi Alboïn, Ce peuple envahit l’Italie du Nord à partir du début de l’an 568.


Le Royaume d'Italie des Lombards

Devenu roi des Ostrogoths, Théodoric obtient l'autorisation de conduire son peuple en Italie, alors aux mains d'Odoacre; il bat celui-ci et fonde un royaume solide qui reste dans la mouvance de Constantinople. Mais les bonnes relations avec l'Empire se gâtent à la fin de son règne (il meurt en 526), et deviennent franchement mauvaises lorsque Justinien entreprend la reconquête de l'Occident. Les troupes byzantines débarquent en 536. Refusant toute capitulation, les Ostrogoths, sous la direction de Vitigès, puis de Totila, vont résister vingt-cinq ans, puisque, après leur défaite du mont Vésuve (552), ils se soulèvent encore, en 561, à Vérone et à Brescia. Justinien décide alors d'en finir avec le peuple ostrogoth: massacré, réduit en esclavage, déporté en Orient, il disparaît de la scène de l'histoire.

Mais cette guerre a épuisé l'Italie, et aussi Constantinople. Moins de vingt ans après, la domination impériale sur l'Italie est partiellement anéantie par les Lombards, vengeurs involontaires des Ostrogoths. Le royaume lombard succède au royaume ostrogoth en Italie du Nord pendant une époque tardive des Grandes invasions européennes. L'arrivée des Lombards en 571, un peuple germanique laissera le toponyme de la région italienne ; avant eux la Lombardie est occupée par les Gaulois, puis par les Romains (IIIe siècle av. J.-C.), après quoi existe un court royaume barbare d'Italie dont la capitale est Ravenne, une fois l'Empire romain foulé aux pieds à la fin du Ve siècle.

Le Royaume Lombard à son apogée

Le Royaume Lombard à son apogée

Alduin puis Alboïn fondèrent ce potentat. L'avenir du royaume se joue en 752 sous le règne d'Aistolf lorsque le pape Étienne II introduit les Carolingiens pour régler une crise lorsque les lombards cherchent à atteindre la suprématie dans la péninsule. Vingt ans après, ils ont perdu: Charlemagne met fin au royaume en 774 par une invasion suivie d'une dévolution du pouvoir. Cette terre devenue la Lombardie devient une possession du Saint Empire romain germanique en 952.

  1. Quand ils entrèrent en Italie, les Lombards n'avaient jamais connu l'autorité impériale. Ils étaient de plus encore probablement en majorité païens, quoiqu'un certain nombre d'entre eux fut touché par l'arianisme. En plus de leurs déprédations et du choc culturel que causa leur venue dans le monde romain du Bas-Empire, leur foi constitua un puissant frein à leur intégration dans la péninsule. Dans les faits, le royaume des Lombards demeura le dernier royaume « hérétique » d'Europe occidentale (même si l'arianisme est encore important dans le royaume wisigoth officiellement catholique, situé sur les terres d'Hispanie) en dépit – ou à cause – de la proximité de Rome et d'une Papauté toujours plus influente.

  2. Ce sont les rois Authari (élu en 584) et surtout Agilulf qui installèrent véritablement le « royaume lombard » en Italie. Les ducs, surtout dans le nord de la péninsule, les gastaldii (du germanique, signifiant les « hôtes », les « serviteurs ») et les colonies militaires lombardes (les arimannii : du germanique ; signifiant les « hommes libres », c'est-à-dire les « guerriers » pour un peuple germanique) fournirent le premier cadre, politique et militaire, du royaume. Ce cadre, essentiellement rural, constitua la structure dans laquelle vécurent des paysans italiens, désormais liés à la terre : les coloni.

  3. Après la restauration de la royauté, les Lombards massacrent les « Romains puissants » (la noblesse). La classe sénatoriale, qui avait conservé son pouvoir sous Odoacre, les Goths et les Byzantins, est laminée. L'efficace administration romaine, préservée autrefois par Théodoric, fut anéantie. On ne sait pas si les Romains sont réduits en esclavage ou s’ils conservent leur liberté personnelle. La situation semble varier selon les conditions d’arrivée des envahisseurs. De toute façon, le pouvoir politique leur échappe au profit des guerriers lombards et leurs familles. Les terres d’État (fisc) et celles des dirigeants romains sont confisquées. Les petits propriétaires doivent verser des droits correspondant au tiers des produits de la terre. Peu à peu, ils s’appauvrissent et deviennent en quelque sorte les colons des Lombards. Á la différence des peuples germaniques avant eux tels les royaumes burgondes et le royaume wisigoth, les Lombards ne partagent pas leurs terres avec les autochtones.

L’Italie de la fin du VIe siècle siècle est dépeuplée par la guerre et la maladie, la famine et les inondations, et la peste fit son apparition au début du VIIe siècle avec son lot de victimes. Les habitations rurales de la plaine sont repoussées vers les collines et les montagnes, les champs et les systèmes d’irrigation sont laissés à l’abandon.


L'Administration du Royaume

Les rois ariens du début du VIIe siècle mirent en place le second cadre, administratif et juridique, du royaume : l'administration de la cour royale à Pavie, capitale lombarde à partir de 626, supplantant Milan, Monza et Vérone. Il fallut attendre le roi Arioald pour que dans la capitale lombarde une administration soit fonctionnelle. Celle-ci fut beaucoup inspirée par la bureaucratie byzantine.

  1. En 643, le roi Rothari fait écrire la loi de son peuple par un édit en latin (l'Édit de Rothari), les Leges langobardorum qui coexistèrent avec la loi romaine dans un royaume coupé en deux : Les Lombards, détenant du pouvoir politique et militaire, et les « Italiens » faisant fonctionner l'Église et l'administration.

  2. Au VIIIe siècle, notamment à travers les lois de Ratchis (746) et d'Aistolf (ou Aistulf) (755), l'influence du droit romain grandit à la cour de Pavie ce qui peut nous prouver une certaine romanisation des Lombards, de la noblesse et de la cour royale du moins.

Le royaume lombard d'Italie connut ses plus grandes extensions sous les règnes des roi Agilulf (591 - 615), Rothari (636 - 652), Grimoald (662 - 671) et surtout Liutprand (712–744), le plus grand des rois lombards, qui amena le royaume à son apogée malgré son échec dans sa tentative d'unification italienne.


L'Hégémonie lombarde

Contre Byzance, les Lombards emportent d'abord les possessions médidionales qui deviennent les duchés de Spolète et de Bénévent en 570 et 571. Après une timide tentative de reconquête impériale menée en 590, les Lombards prennent ensuite Gênes (sous Rothari, en 650). L'exarchat de Ravenne (enclave byzantine constituée autour de la dernière capitale de l'Empire d'occident), communément appelé Romania, continue cependant d'échapper à leur contrôle jusqu'en 751 et ce, en dépit de plusieurs tentatives de la part de ces derniers. Quant à la Vénétie et à Naples, elles échappent au joug lombard.

  1. Aux VIIe et VIIIe siècles, les relations des Lombards avec l'Église romaine et, durant une période plus courte, avec l'aristocratie romaine, sont quant à elles détestables. Rome, d'abord officiellement rattachée à l'exarchat de Ravenne et Byzance, voit le pouvoir du pape se substituer à celui d'un empereur lointain et incapable d'intervenir sur le sort de ses sujets péninsulaires, tandis que la primauté du siège apostolique romain s'affirme de plus en plus sur les autres évêchés de la péninsule.

  2. Agilulf fut le premier souverain lombard à se convertir à l'orthodoxie non sans entraîner de vives résistances au sein de son peuple. Ses successeurs, en effet, reviennent vite à l'hérésie arienne et le roi arien Rothari confisque les biens romains de son royaume. Le roi Aripert (653–661) se convertit au catholicisme mais il décide de se rattacher à l'Église d'Aquilée qui refuse l'autorité papale sur le Frioul. Le roi Perctarith est finalement celui qui installe l'orthodoxie romaine dans le royaume, sans pour autant que les relations politiques lombardes avec Rome s'améliorent durablement. En 698, un rapprochement a pourtant lieu sous le règne du roi Cunipert : un concile met fin au schisme d'Aquilée et les biens de Rome sont restitués. Liutprand, dans son rêve de gouverner toute la péninsule italienne, mit plus tard à profit les divergences entre Rome et Byzance, alors iconoclaste, pour tenter de s'approprier Ravenne.

  3. Finalement, contre des Lombards de plus en plus pressants et menaçants, Rome se tourne vers les Francs, d'abord sans succès avec le Pape Grégoire III, en 739 – 740. Cependant, le successeur de ce dernier, Zacharie, décide d'appuyer la famille carolingienne lorsque cette dernière usurpe la royauté au dernier roi franc mérovingiens, Childéric III : cet événement majeur fait basculer les relations entre Lombards et Francs. Après la prise de Ravenne par les Lombards (751), en effet, Aistolf tente de prendre Rome. Le pape Étienne II effectue alors un voyage en Gaule en 754 pour demander l'aide de Pépin le Bref, nouveau roi des Francs. Le roi accomplit alors deux brèves expéditions contre Astolf, en 754 et en 756, plaçant ainsi Rome et la Papauté sous sa protection.

Il est probable que le roi franc a évité de trop affaiblir les Lombards afin de les conserver comme alliés éventuels.


L'Intégration à l'Empire Carolingien

Le dernier roi des Lombards fut Desiderius, ou « Didier », qui régne jusqu'en mars 774. Ce souverain au tempérament indécis tente de contrebalancer l'influence franque en se rapprochant du duché de Bavière. En 772, Charlemagne répond à l'appel à l'aide du pape Étienne II, menacé par Didier, et intervient en Italie au printemps 773. Il prend Pavie en mars 774 après un siège difficile mais une conquête rapide et sans résistance notable, mettant ainsi fin au règne de Didier et à la domination lombarde sur l'Italie. Le manque de cohésion entre les différents ducs lombards et l'une des principales causes de leurs trois défaites face aux Francs.

Le jeune souverain carolingien, compte tenu de l'importance stratégique de l'Italie pour l'Église, prend néanmoins à cette occasion le titre de « roi des Lombards », plaçant ainsi la péninsule sous son contrôle direct. Il prélève également une partie du royaume des Lombards pour le siège apostolique, acte qui est à l'origine de la création des États pontificaux et qui existèrent jusqu'au milieu du XIXe siècle. Ainsi, le Franc honore la promesse de protéger Rome comme l'avait fait son père à l'évêque de Rome. C'est dans ce contexte que le Lombard Paul Diacre (Warnefried de son vrai nom) put participer à la Renaissance carolingienne et que l'influence du monastère de Bobbio gagna le royaume des Francs. Quant aux Lombards, ils conservèrent leurs lois nationales et s'accomodèrent tant bien que mal du pouvoir carolingien.

Le nom de « Langobardorum » pour désigner l'ancien royaume lombard resta en vigueur jusqu'en l'an 817, date à laquelle on protesta pour que la péninsule retrouve son nom d'« Italie » pour devenir le « royaume d'Italie du Nord ».

Posté par Silverside le 09.08.10 à 19:36 - Commentaires (0) - Les Grands Royaumes

Les Vandales : éliminés par les Byzantins

L’origine des Vandales est certainement scandinave, les Sillings seraient originaires du Nord du Jutland, tandis que les Hasdings du Golfe d’Oslo qu’ils quittèrent pour le Jutland également: il sont mentionnés pour la première fois par Tacite (Germanie, II). Entre le Ier et le IIIe siècle, ils étaient établis en Germanie orientale, dans une région située entre la Vistule et l’Oder, au bord de la mer Baltique. Ils étaient alors très proches d’autres peuples barbares comme les Goths et les Gépides. Le nom de Vandales, qui avait pu désigner plusieurs peuples barbares (Pline l’Ancien) fut bientôt porté par deux peuples frères : les Sillings, qui donnèrent son nom à la Silésie, et les Hasdings, qui gagnèrent la Slovaquie : il est possible que le nom de « Hasdings » ne fût alors porté que par la famille royale (L. Musset).

Au début du Ve siècle, les Huns chassèrent les Vandales et leurs alliés Sarmates de leurs territoires. Les Hasdings du roi Godégisel et les Sillings de Frédébal se joignirent alors aux Suèves ou Quades, et aux Alains et se dirigèrent vers le cours supérieur du Rhin. Maintenus un temps sur la rive Est du fleuve par le dispositif défensif romain (le limes rhénan), l’ensemble de ces peuples franchit le fleuve gelé selon la légende, durant la nuit de la saint-Sylvestre (en réalité il fallu plus d’une nuit pour la traversée) le 31 décembre 406, entrant ainsi en masse dans l’Empire romain occidental et participant aux « grandes Invasions ».

Les Vandales

Le Royaume Vandale

En Gaule (407-409)

Les Vandales, comme leurs alliés, se heurtèrent à la résistance des auxilliaires Francs et d’autres peuplades germaniques occidentales fédérées au service de Rome. Ces derniers, d’abord vainqueurs des Vandales, encombrés par leurs familles et qui auraient perdu 20000 hommes (?) et leur roi Godégisel (tué au combat), furent cependant battus, principalement grâce à l’intervention de la cavalerie lourde des Alains (les Cataphractes).

Les Vandales participèrent ensuite à l’invasion de la Gaule qu’ils pillèrent, en tous sens, durant près de deux ans. Après quoi, ils migrèrent en compagnie des Alains et des Suèves vers les Pyrénées.

En Espagne (409-429)

À l’automne 409, les Vandales entrèrent dans la péninsule ibérique, où ils s’installèrent avec une partie de leurs alliés alains (dont certains clans étaient restés en Gaule, notamment sur la Loire). Les Hasdings s’établirent un temps en Bétique avec les Alains, qui errèrent dans les plaines du Tage, tandis que les Sillings, en accord avec les Suèves, s’établirent dans le Sud de la Galice: après avoir mit l’Espagne à feu et à sang, répendant partout famine et désolation, ils furent écrasés en 418 par les troupes fédérées wisigothiques commandés par leur roi Wallia en personne, envoyé par Rome pour rétablir l’ordre.

Les Suèves furent battus à plusieurs reprises, repoussés et confinés dans le N.-O. de la péninsule, les Alains, beaucoup moins nombreux que les Wisigoths, furent réduits, tandis que les Sillings, très durement touchés, furent obligés de rejoindre leurs cousins dans le Sud et reconnaitrent comme roi, le roi hasding Gundéric vers 419: c’est à ce moment que le nom de Vandales les désigna communément. Ils pillèrent la région de la future Andalousie durant une dizaine d’années. Cette étape fut très importante pour eux car elle leur permit de devenir le seul peuple barbare maîtrisant la navigation (après avoir enrôlé des marins de force), tandis qu’ils élargirent le champ de leurs actions aux îles baléares et sur la côte Nord-africaine.

Enfin, c’est probablement durant leur séjour d’une vingtaine d’années en Espagne que les Vandales se convertirent en partie à l’Arianisme (peut-être sous influence wisigothique), conversion qui fut lourde de conséquences par la suite.

Le Royaume Vandale d’Afrique (429-533)

En 428, Genséric devint roi des Vandales et des Alains, succédant à son demi-frère Gundéric, qui aurait été tué par des Suèves (empalé). Probablement attiré par la richesse de l’Afrique romaine, encore épargnée par les Barbares, qu’il avait découvert en Maurétanie et devant l’épuisement des richesses de la Bétique (certainement aussi la peur des Goths, leurs ennemis héréditaires, de plus en plus puissants et entreprenants), il regroupe son armée et son peuple, qu’il compta minutieusement pour les besoins de la traversée du détroit et réunissant ainsi environ 80 000 individus dont 15 à 20000 guerriers, selon les sources contemporaines (Victor de Vita). L’« armée » ainsi constituée accomplit la traversée du détroit de Gibraltar au printemps 429 et entra dans l’actuelle Algérie pour atteindre la ville de Hippone (Bône: Annaba) en mai ou juin 430. Celle-ci tomba à la suite d’un long siège en 431 durant lequel le célèbre saint Augustin mourut. Les Romains reconnurent l’établissement des Vandales en Algérie orientale et en Tunisie et tentèrent de les apaiser en signant un traité avec eux (foedus), en 435. Néanmoins, les Vandales reprirent leur progression le long de la côte pour prendre Carthage sans grande résistance, le 19 octobre 439.

  1. De 429 à 439, les Vandales conquirent une partie des territoires situés sur la côte Nord-africaine et s’établirent durablement en Algérie orientale et en Tunisie. Ils contraignirent Rome à établir un traité (fœdus) avec eux par deux fois (en 435 et 442) et constituèrent un original royaume vandale d’Afrique, parfois nommé « royaume de Carthage », du nom de la riche capitale romaine d’Afrique qu’ils prirent en 439. En 439, les Vandales prirent la ville de Carthage (dans l’actuelle Tunisie), alors capitale de l’Afrique romaine. ils menacèrent ensuite rapidement l’Italie après avoir débarqué en Sicile en 440. Aussi, en 442, l’empereur Valentinien III leur abandonna de nouvelles terres en Afrique par le biais d’un deuxième fœdus, reconnaissant ainsi la constitution du royaume vandale d’Afrique autour de Carthage.

  2. Les Vandales, trop peu nombreux, n’occupèrent jamais véritablement l’ensemble des terres qui leurs avaient été abandonnées, principalement pour des raisons démographiques et à cause de leur isolement par rapport aux populations indigènes et romaines. Ils créèrent ainsi un vide rapidement occupé par les tribus berbères voisines, peu ou pas romanisés. À l’inverse, c’est sur les territoires correspondant à l’actuelle Tunisie et à l’est de l’Algérie, qu’ils tentèrent d’asseoir durablement leur pouvoir depuis la ville de Carthage. Pour cela, ils appliquèrent une politique de confiscation des terres appartenant à des propriétaires romains (contrairement aux autres barbares qui partagèrent simplement les terres comme les Burgondes). Les coutumes et les lois du Bas-Empire romain furent conservées dans leur royaume (tablettes d’Albertini, 493–496), mais les Vandales refusèrent toute fusion avec la population indigène ou romaine, hypothéquant ainsi en grande partie leur avenir dans cette région. Ils se réservèrent les fonctions militaires et politiques mais par leur manque de connaissance en lois écrites et en administration, laissèrent ces tâches aux autochtones romains ou romanisés.

  3. De plus, continuant à poursuivre leur seul intérêt, ils assirent progressivement leur contrôle sur la Méditerranée méridionale : ils conquirent la Corse et la Sardaigne (455), rançonnèrent Rome durant 15 jours de pillage systématique (2-16 juin 455), et prirent la Sicile (468), non sans avoir détruit une importante flotte byzantine envoyée contre eux. Finalement peu après la chute officielle de l’Empire romain d’Occident en 476, le pouvoir vandale fut reconnu par le nouveau maître de Rome, le barbare Odoacre. Seule la mort de Genséric, en janvier 477, marqua le terme de leur expansion et de leur agressivité mais marqua aussi le début des luttes intestines et de l’affaiblissement du royaume et des Vandales eux-mêmes, dû essentiellement au luxe et au confort qui ramollissent les esprits les plus guerriers comme l’on sait. Les Vandales vont payer leur main-mise sur la riche Afrique.

Le saccage systématique des côtes et des îles de Méditerranée occidentale (Espagne, Sicile, Corse, îles Baléares, ...) par les Vandales fidèles à leur tradition de pillages et désireux de profiter de leur supériorité maritime, eut aussi comme conséquences d’affaiblir un peu plus l’Empire romain et les provinces touchées ne s’en relevèrent jamais. Le royaume vandale s’étendant sur des régions productrices de céréales, l’approvisionnement en blé de l’Italie aussi avait été grêvé. Pour autant, il semble que l’Afrique vandale conserva sa prospérité économique.

Le Chute des Vandales (533-534)

L’instabilité du trône vandale à la mort de Genséric (luttes intestines), l’affaiblissement des Vandales eux-mêmes, notamment du point de vue militaire (goût du luxe, confort et oisiveté, manque d’entraînement et d’ennemis sérieux à combattre, baisse de la combatitivité, difficulté de recruter pour l’armée,...), les conflits politiques et religieux, la division de la noblesse entre nationalistes et pro-byzantins, les attaques de plus en plus fréquentes des Berbères et l’énergie de l’empereur Justinien et de son général Bélisaire, provoquèrent la chute rapide du royaume vandale d’Afrique du nord.

À la fin du mois d’août 533, Bélisaire débarqua en Afrique avec 15000 mercenaires barbares, des Hérules et 1000 Huns : il se rendit maître de Carthage à peine deux mois plus tard (octobre) après les batailles de Tricamarum et Decimum, non-loin de Carthage. Au printemps 534, le dernier roi vandale Gélimer, qui s’était réfugié un temps chez ses alliés berbères dans les montagnes de l’Ouest et qui aurait cherché à rejoindre l’Espagne wisigothique (où vivait encore une communauté vandale et certains vandales d’Afrique qui y auraient fuit), se rendit à lui, fut enmené à Byzance figurant dans le triomphe de Justinien et finit ses jours en Galatie.

Les Vandales survivants furent alors déportés en masse en Asie (534-535), soit en esclavage, soit enrôlés de force comme cavaliers auxilliaires de l’Empire byzantin à l’Est. Beaucoup de jeunes femmes vandales furent prises comme épouses par les soldats de Bélisaire. Enfin, une partie du peuple parvint à fuir et se réfugia un temps chez les Maures et harcelèrent vainement les troupes byzantines. Ces derniers furent en grande partie pris et déportés à leur tour en 538.

Posté par Silverside le 09.08.10 à 19:40 - Commentaires (0) - Les Grands Royaumes

Accueil