Homo Georgicus (Géorgie - 1,8 millions d'années)
Le site préhistorique de Dmanissi a été découvert sous un village médiéval. Fouillé par une équipe internationale comprenant le scientifique géorgien David Lordkipanidze, il a livré une industrie lithique archaïque évoquant l'Oldowayen et une faune très ancienne, dite villafranchienne. Il repose sur une coulée basaltique datée de 1,8 million d'années.
Il a également livré un nombre important de fossiles humains :
- en 1991, une mandibule (D211) attribuée à un jeune adulte.
- en 1999, un crâne (D2282) de jeune femme et une calotte crânienne (D2280) d'un homme d'une vingtaine d'années.
- en 2000, une mandibule (D2600).
- en 2001, un crâne complet (D2700) et sa mandibule (D2735) découverte à moins d'un mètre.
- en avril 2005, un crâne (D3444) et une mandibule (D3900)

Crâne D2700
Les deux crânes découverts en 1999 furent initialement considérés comme proches d'Homo ergaster. Le crâne de 2001 était moins volumineux et présentait certains points communs avec Homo habilis. Toutefois les différents fossiles étaient trop proches pour relever d'espèces distinctes et ils furent tous rapportés à Homo Georgicus, dont D2600 est le specimen type.
Caractéristiques d’Homo Georgicus
Homo georgicus présente des caractères intermédiaires entre Homo habilis africain et Homo erectus asiatique. Sa taille est estimée à 1,50 m.
Avec environ 600 à 680 cm³ de volume cérébral, le crâne D2700 offre des comparaisons intéressantes avec la morphologie crânienne de l'homme moderne. Jusqu'à la découverte d'Homo floresiensis sur l'île de Flores, il était le plus petit et le plus primitif des crânes d'Homininés jamais découverts hors d'Afrique.
L'étude démontre également un faible dimorphisme sexuel : les males et les femelles de cette espèce ont une taille très proche. Un dimorphisme sexuel marqué, avec des mâles nettement plus grands que les femelles, traduirait un caractère primitif. Un tel dimorphisme est moins marqué chez les Hominidés plus récents d'Europe, c'est-à-dire Homo antecessor, Homo heidelbergensis et Homo neanderthalensis.
Le crâne D3444 avait perdu plusieurs de ses dents depuis un certain nombre d'année, et sa survie a probablement été rendue possible par l'entraide au sein de son groupe.
Homo georgicus est peut-être le premier représentant du genre Homo à avoir peuplé l'Europe, environ 800 000 ans avant Homo erectus.
« Ces découvertes confirment des hypothèses qui avaient été émises lors de la mise au jours des nombreux crânes et mandibules, à savoir qu’Homo georgicus serait plus proche des Homo habilis que des Homo erectus. Ainsi, les Homo erectus ne sont pas les premiers représentants du genre Homo à être sortis d’Afrique. La première sortie du berceau africain a eu lieu plutôt, avec des hominidés proches des Homo habilis, voir Homo habilis lui-même. L’attribution des hommes de Dmanisi à Homo georgicus et non à Homo habilis tient au faite qu’il existe des différences qui pourraient refléter un isolement de ces populations. » (Jean-Luc Voisin UMR 5198 & USM 103-Institut de Paléontologie Humaine)
La Théorie de la Sortie de l’Homme de l’Afrique Revisitée
Alors que les restes d’hominidés de Dmanissi sont initialement datés à 1,6 millions d’années, et donc attribués à l’Homo Erectus, une étude de datation menée en 2001 ébranle la communauté scientifique internationale. Un chiffre tombe, et avec lui la théorie de la première sortie de l’Homme hors d’Afrique : l’Homme de Dmanissi a 1 810 000 ans.
Les fouilles de Dmanissi ont révolutionné la théorie sur la sortie de l’Homme de son berceau Africain. « Avant notre découverte, la première sortie d'Afrique et l'arrivée en Europe par le couloir du Levant était datée à un million d’années. Mais les restes d’hominidés que nous avons mis à jour remontent à 1,8 millions d’années : la date de la première sortie de l’Homme du berceau africain a donc été doublée », rappelle David Lordkipadidze, depuis son bureau au Muséum national de Tbilissi.
Les connaissances et théories sur les hominidés ayant pour la première fois mis les pieds en Eurasie s’en trouvent bouleversées. « Avant la découverte de Dmanissi, on pensait que c’était une forme tardive d’Homo Erectus, c’est-à-dire un homme assez évolué doté d’une capacité crânienne d’environ 1000 cm3. Or, nous avons trouvé un groupe d’hominidés beaucoup plus archaïque, doté d’une capacité crânienne de seulement 600 cm3 et très différent de l’Homo Erectus classique », poursuit le professeur Lordkipanidze.
Se situant entre Homo Habilis et Homo Erectus, ou peut-être même entre Homo Habilis et Homo Ergarster, ce groupe pourrait appartenir à une nouvelle espèce : Homo Georgicus. « Tout laisse à penser que physiquement et technologiquement, Homo Georgicus n’était pas évolué », précise-t-il.
Avec des capacités intellectuelles réduites, l’Homme de Dmanissi était effectivement doté d’une technologie beaucoup plus primitive qu’Homo Erectus. Les outils mis à jour sont préoldowayens, c’est-à-dire similaires à ceux trouvés en Afrique (Tanzanie) et datés de 2,5 millions d’années.
Dmanissi a obligé à repenser les hypothèses concernant les plus anciens humains qui se sont éparpillés à partir de l'Afrique pour atteindre les portes de l’Europe : ils n’étaient ni grands, ni taillés pour la marche et encore moins dotés d’un cerveau suffisamment important pour conquérir ce nouveau monde. L’Homo Georgicus est le chaînon manquant. Celui que beaucoup cherchaient pour comprendre les débuts de l’homme hors d’Afrique.
Source :
- http://www.caucaz.com/home/breve_contenu.php?id=170
- http://www.hominides.com/html/actualites/dmanissi-fossile-hominides-0068.html
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Homo_georgicus
- http://hominines.portail-svt.com/articles.php?lng=fr&pg=41
Accueil
